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Ce roman était à l'origine un échange de lettres avec un autre écrivain. Emmanuelle Pagano et lui se l'étaient représenté comme une oeuvre de fiction qu'ils construiraient chaque jour, à deux, et dans laquelle ils inventeraient qu'ils s'aimaient. Évidemment, ils ne savaient pas jusqu'où le pouvoir du roman les amènerait. Ils ne connaissaient pas la fin de l'histoire.
Il est sorti de sa vie brutalement, abandonnant ce texte en cours d'écriture.
En partant, il a repris ses lettres.
Il y a donc des v (...)
Il ne fallait pas parler de ma voisine, même dans son dos. Il ne fallait pas lui parler non plus. Elle n'avait pas demandé la permission d'être enceinte. D'ailleurs, elle faisait plein de choses sans autorisation. Je crois qu'elle sautait par-dessus le portail, quand elle n'avait pas encore le droit d'avoir une clé. Moi non, mais je me cachais pour écrire, parce que je n'étais pas bien sûre que ce soit permis. Je regardais le fils de ma voisine, tout de travers dans sa poussette, les orbites pleines de sole (...)
Les mains gamines étaient très jeunes et malhabiles, inexpérimentées, presque analphabètes, d'autant plus brutales.
Crier ne servait à rien.
Pour supporter, je me disais crier ne sert à rien. Je tenais en me disant plus tard, j'écrirai, et ce sera plus violent encore, plus adroit. Je rentrais en classe, et j'essayais d'apprendre très vite, de tout comprendre, pour aller plus loin, bien plus loin que leurs gestes limités de petits garçons.
J'ai des mains de petite fille, gants taille 5-6, 12 ans. N (...)
Les personnages de ces nouvelles ne se trouvent pas au milieu du récit, ils restent dans les marges, ils se tiennent au bord de leurs vies, de leur maison, de leur pays, ils marchent au bord des routes, à côté de leur mémoire, à la lisière de l'ordinaire et de la raison, comme il leur arrive de faire du stop : au cas où on s'arrêterait pour les prendre. Je les ai pris dans mon livre.