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Noor se sent aussi sèche que les feuilles flétries qui collent à ses semelles, que son puits déserté par l'eau.
Elle s'alimente le moins possible, ne fait plus de feu pour chasser le froid accumulé sous sa peau, s'attache à ne rien modifier autour d'elle. Ils viendront accompagnés d'enfants et de chiens teigneux qui s'en prendront à sa chèvre utile pour le repas traditionnel prévu d'avance. Ils mangeront après avoir lancé les sept premières pierres appelées les salvatrices. Sept, répète-t-elle en s'aidant (...)
Adam m'aimait à cause du désert, de l'odeur de sable qui collait à la plante de mes pieds, aimait Mathilde parce qu'elle lisait et écrivait.
Elle tapait ses romans, tapait jour et nuit jusqu'à oublier qu'elle était une femme. Mathilde n'aimait pas le plaisir. Pauvre Mathilde qui n'a connu qu'un seul homme, un mari, pas un amant. Elle s'est privée de la halwa de la vie, de ce qui fait scintiller une femme comme lune de septembre. Mais les responsabilités l'ont vieillie : gérer un domaine a blanchi ses cheve (...)
Si les morts voulaient bien rester tranquilles, les écrivains pourraient inventer leurs histoires en toute quiétude. Hélas, au moment où Vénus Khoury-Ghata commence ce nouveau livre, elle ne soupçonne pas dans quels conciliabules ses défunts vont l'entraîner. C'est d'abord sa mère - pourtant analphabète - qui se penche par-dessus ses pages d'écriture, l'interpelle, la critique et y va de ses propres commentaires. Surgit cette maison d'enfance entourée d'orties, où planent les ombres d'un père menaçant et d' (...)
«[...] Les obscurcis dit-on reviennent sur l'envers des chemins
déplacent des objets familiers
tirent des tables
empilent des chaises
secouent le contenu des miroirs
puis traversent dans un cri les maisons qu'ils habitèrent et celles qui les habitent
Peut-être que la lune est soleil nocturne répètent-ils nuit après nuit
que l'ombre de l'érable est femme aux bras interminables
peut-être sommes-nous arbres récalcitrants
forêt crayeuse
et ceux qui détiennent le jour sont des obscurcis [.. (...)
«L'intention de raconter les forêts de mon pays incendiées par quinze années de guerre a tourné court. Des personnages ont surgi au fil de l'écriture, ont pris d'assaut les poèmes. Enfants vêtus d'écorce. Mères faites du même bois que la table. Ils ont poussé les murs, disloqué les maisons, fraternisé avec les arbres, partagé leurs peurs et leurs jeux.»
V.K.-G
Romancière et poète, Vénus Khoury-Ghata est l'auteur de nombreux ouvrages dont Sept pierres pour la femme adultère, Im fille qui marchait dans (...)