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Rosalinda est magnifique... En plus d'une classe naturelle incroyable et d'une silhouette de rêve, elle est douée en toutes choses, Dieu lui-même d'ailleurs, semble toujours être de son côté. En tout cas, elle en est persuadée, et dans l'URSS des années 80, de toute manière, il ne sert à rien de se poser trop de questions. Pour survivre, la «débrouille» et la roublardise sont bien plus nécessaires que les bons sentiments et la fausse humilité. La seule faiblesse de Rosa, est sa fille, Sulfia, une pauvre «petite chose» quelconque dépourvue de la volonté de fer maternelle. Or Sulfia ««l'insignifiante», lui annonce un jour qu'elle est enceinte et bien sûr sans savoir de qui ! Bien obligée d'accepter le venue de la petite Aminat, Rosa développe pour ce bébé inattendu un amour exclusif, une passion malsaine, une envie irrépressible de l'avoir tout à elle. Rosa ne se rend pas compte des dégâts qu'elle cause avec ses plans machiavéliques, cependant, Aminat a hérité un peu de la personnalité de sa grand-mère et la petite poupée sans volonté va bien vite se rebeller... Impossible de décider si l'on déteste ou si l'on plaint Rosalinda. Ce personnage hors norme, à l'énergie inépuisable, mène tambour battant le récit de la vie de ces trois femmes sur plus de 20 ans. Comme elle est la narratrice, force est de constater que ses intentions sont plutôt bonnes et que c'est bien malgré elle, qu'elle provoque des situations difficiles dont l'humour noir lui échappe totalement.
Les amateurs de la très bonne littérature anglaise au parfum délicieusement désuet, seront comblés avec Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons... Elise Landau est une jeune fille oisive, élevée au sein d'une famille riche et talentueuse. Hélas, sa vie insouciante et heureuse jusque là, va se heurter aux heures sombres de l'Histoire. Les landau sont juifs... et nous sommes en 1938 à Vienne. Elise doit s'exiler pour survivre. Elle trouve une place de femme de chambre dans une grande propriété dans le Dorset. Elle parle à peine l'anglais et n'a jamais travaillé de sa vie, mais elle sait pourtant qu'elle doit faire bonne figure et s'adapter aux coutumes des grandes demeures anglaises où les domestiques veillent à maintenir les traditions ancestrales. Peu à peu, Elise oublie l'étrangeté des lieux et se laisse envouter et charmer par le vieux manoir et ses habitants. Ce roman, un mélange entre Downton Abbey et Rebecca de Du Maurier, est de ceux qui se lisent et se dévorent en toute tranquillité, de ceux qui nous font oublier les petits tracas quotidiens, de ceux enfin, que l'on conseille et confie en souriant à nos amies... Un vrai régal à partager !
On a coutume de dire que derrière chaque grand homme se cache une femme, celle sans qui rien n'aurait été possible. Il faudrait aussi ajouter, que bien souvent d'ailleurs, elle est de loin la plus sympathique dans le couple ! C'est le cas ici, avec Hadley, la première Madame Hemingway, celle qui a connu la «période des vaches maigres» à Paris. Sans son amour inconditionnel et sa foi inébranlable dans le talent du grand Ernest, peut être que celui-ci n'aurait pas pu réaliser ainsi son destin. Le roman de Paula McLain est une merveilleuse pépite, un habile prolongement plus féminin au fameux roman hemingwayien «Paris est une fête». Tout y est : l'amour, les affres de la création, le tourbillon de fêtes, l'effervescence d'une époque où Gertrude Stein, Joyce, Ezra Pound et Fitzgerald animaient les rues de la capitale.
Pigalle, quartier mythique au nom si évocateur... Ce bout de paris est le point commun entre tous les personnages du roman d'Anne Plantagenet. Comme une marionnettiste, l'auteure tire les ficelles et les fait se croiser même si c'est parfois sans se voir. Un beau jour, leur vie à tous va être bouleversée par l'incendie criminel d'un appartement du quartier. De ce geste désespéré, découle un très beau roman foisonnant, servi par une très jolie plume....
Ce petit livre fera le bonheur de tous ceux (et ils sont nombreux !) qui aiment et admirent J.P. Toussaint. Il y parle du métier "d'écrire", de ce qui pousse un auteur à s'asseoir derrière un bureau. De même, il consacre quelques belles pages à ses souvenirs de lecture et à sa rencontre avec Beckett. Touchant et impressionnant, ce double portrait "d'auteur-lecteur" est un vrai moment de bonheur !
Parfois quelques pages suffisent à un livre pour devenir un immense chef d'oeuvre. C'est le cas ici avec ce court texte tout aussi fort et inoubliable qu'Inconnu à cette adresse. Roman choc où rien n'est à enlever ni à ajouter, Sauver Mozart, est un joli conte cruel, une bulle de révolte en pleine barbarie. En 1939, Otto J. Steiner, fin mélomane, végète dans un sanatorium de Salzbourg. Témoin impuissant de la folie Hitlérienne, le destin lui offre pourtant un jour la possibilité de sortir de sa passivité. En sauvant Mozart pourra t-il sauver l'humanité ?
Avec La Grande mêlée, Michel Tremblay achève l'histoire des Desrosiers et des Chroniques du Plateau mont-royal. Si vous n'avez pas lu la quarantaine de romans précédents, pas de panique, vous ne serez pas perdu. Le seul risque avec les romans de Michel Tremblay est de ne plus pouvoir s'arrêter de les lire ! Son talent de conteur est tel, que nous nous attachons immédiatement à son univers. Son utilisation joyeuse d'une langue colorée, riche d'expressions québécoises est tout simplement unique et magique. Ici, nous sommes en 1922 à Montréal. Nana et Gabriel vont se marier et les invitations ont été lancées. Des quatre coins du Canada, les membres de la famille viennent pour la noce. Ils ont tous été séparés depuis tant d'années que les retrouvailles s'annoncent riches en belles émotions...
Parfois les lectures se suivent et se ressemblent... Et parfois non ! Avec Bruce Machart et son premier roman, le sillage de l'oubli aux éditions Gallmeister, l'année 2012 s'ouvre sous les meilleurs auspices. Au fin fond du Texas et à l'aube du XXe siècle, une famille de fermiers, éleveurs d'étalons, se déchire. C'est une époque et un pays rudes où il faut lutter pour survivre, les femmes meurent trop souvent dans des accouchements difficiles et «elles ne sont jamais assez payées pour tout ce qu'on leur prend». Cette histoire magnifique, toute en force et en grâce, ressemble un peu à la course de ces magnifiques chevaux dont le galop cadence le récit.
Pour les lecteurs qui recherchent un de ces rares moments «d'humanité joyeuse» qui sont de petites «étincelles» dans notre quotidien, le dernier livre de Lucien Suel est une lecture INCONTOURNABLE ! Nous y retrouvons Mauricette, si fragile et si touchante. Elle rencontre par hasard «Blanche» dans une librairie. La passion de la littérature, la curiosité de tout, la gentillesse et la soif des «autres» vont rapprocher ces deux femmes. Quel plaisir de retrouver Lucien Suel le poète ! Ce n'est pas pour rien qu'il anime «la Station Underground d'Émerveillement Littéraire», son texte est une surprise perpétuelle, à chaque ligne une trouvaille, une jolie pensée, un jeu de mots ou de rimes. En tout cas, une chose est sûre, Lucien Suel est un auteur rare, avec sa «petite musique intime» entre traditions et modernité, il sait trouver le coeur de son lecteur et la suite des aventures de Mauricette est attendue avec une grande impatience !
Les éditions de Minuit peuvent vraiment s'enorgueillir de leur splendide catalogue riche en écrivains de très grand talent. C'est le cas avec Hélène Lenoir, auteur à la plume si précieuse mais hélas encore trop méconnue du grand public....
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