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Les coups de cœur de Christine Galaverna de la librairie LE MARQUE PAGE à SAINT- MARCELLIN, France


L'Islande, une terre où la glace côtoie le feu, où les tunnels sont de lave, et où les trolls hantent les concrétions de pierre et les aurores boréales. Michel et Anne-Marie Detay nous dévoilent dans ce très bel ouvrage cette île aux portes du cercle polaire, dont on connaît le nom sans bien savoir ce qui se cache derrière. Les photographies, dont certaines sont époustouflantes, rendent compte d'une terre extrême, d'une terre où les extrêmes se rencontrent, et où pourtant les hommes se sont fait une place.


  • Le choix des libraires : Nager sans se mouiller (1 choix) - Carlos Salem - Actes Sud, Arles, France - 07/12/2010

"Tu aimes nager sans te mouiller". C'est ce que Numéro Trois répétait sans cesse à Juan.
Juan Perez Perez est un banal représentant de commerce en produits pharmaceutiques, un homme qui n'a rien de remarquable, son ex-femme le confirme. Mais il ne faut pas se fier aux apparences : Juan gagne en fait sa vie comme tueur à gage. Et il est parmi les meilleurs. Aussi, lorsque son "Entreprise" l'envoie pour une mission de surveillance dans un camping de nudistes, qu'il y retrouve son ex-femme avec son nouvel amant (juge incorruptible), son meilleur ami d'enfance accompagné d'une bombe sexuelle aussi froide que dangereuse, qu'il fait la rencontre d'une jeune femme qui semble faite pour lui et un homme qui pourrait remplacer le père qu'il n'a jamais eu, il se dit que cela fait trop de coïncidences pour un seul homme... et il se pourrait bien que cette fois, Juan ait à se mouiller...
Carlos Salem mène son intrigue avec brio, emmenant le lecteur d'une hypothèse à l'autre, d'un soupçon à l'autre. On devine sans jamais être certain, on balance au rythme des doutes de Juan, en pleine remise en question. Car l'autre force de ce roman, ce sont ses personnages auxquels l'auteur donne une véritable épaisseur (charnelle et psychologique). Sans oublier la cocasserie des situations. Carlos Salem dit qu'il "écrit des histoires tristes qui font rire les lecteurs". Et c'est sans doute ce mélange (rire pour ne pas pleurer) qui fait de Nager sans se mouiller un livre à part.
Un excellent polar. Un excellent livre.


Constantinople, 1506. En froid avec le pape Jules II, Michel-Ange répond à l'appel du sultan Bajazet. Il doit dessiner un pont reliant les deux rives du Bosphore. Il doit faire mieux que Léonard. Mathias Enard nous dresse le portrait d'un Michel-Ange tiraillé entre sa peur des grands et son ambition démesurée. Il nous montre un Michel-Ange abordant le monde ottoman avec réticence, ne s'aventurant presque pas à l'extérieur, travaillant à reculons, refusant d'explorer les merveilles de la ville. Puis, peu à peu, Michel-Ange se déride, écoute, sent, respire, lui qui n'est pas très à l'écoute de ses sens. Il se laisse envahir par la sensuelle ambiguïté de ce monde qui lui est profondément étranger. Il se laisse troubler par cette danseuse qui est peut-être un danseur, par ce guide qui se voudrait son ami et peut-être plus.
Mathias Enard s'est nourri des documents historiques sur ce bref passage de Michel-Ange à Constantinople. Mais comme les documents ne disent pas tout, le romancier a comblé les trous. Et il les a comblés avec bonheur de poésie, de chair, d'histoires dignes des Mille et une nuits. Il a répondu parfaitement à son exergue : "Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d'éléphants et d'anges, mais n'omets pas de leur parler d'amour et de choses semblables." Mathias nous raconte ici magnifiquement une très belle histoire dont le titre est à lui seul une formidable invitation au voyage.


Comment traiter littérairement du travail ? En empruntant sa forme à la tragédie antique : un choeur qui représente le collectif et des personnages qui se débattent dans leur individualité. C'est ce que fait avec bonheur Nathalie Kuperman dans ce livre.
Le choeur, c'est le groupe, l'ensemble des salariés de Mercandié Press, entreprise qui connaît enfin son repreneur après un an d'incertitude. Un choeur qui tente de maintenir le lien entre les salariés. Les personnages, ce sont chacun des membres de ce groupe, pris dans leur individualité, dans leur intimité. Le passage du choeur aux individus permet de mettre au jour ce qu'une même situation fait sur les individus, comment leur mise en danger (incertitude quant à l'avenir, modification des conditions de travail, déménagement de l'entreprise et réaménagement de l'espace de travail en open space...) se répercute sur leur vie privée et inversement. Des personnalité se révèlent, d'autres s'éteignent ; certains acceptent le changement, l'appellent et sont remerciés, d'autres se hissent en haut grâce à leur peur et à leur fragilité. Le choeur ne fait plus corps, le collectif se délite, l'individuel prend le pas.
Nathalie Kuperman décrit avec une très grande justesse les rapports ambigus que les individus entretiennent avec leur travail. Un très, très bon roman.


  • Le choix des libraires : Antoine et Isabelle (6 choix) - Vincent Borel - Sabine Wespieser éditeur, Paris, France - 21/09/2010

"Il n'y a jamais eu de chambre à gaz à Mauthausen, affirme posément Florian". Première phrase du roman et sa motivation première : le grand-père de l'auteur a été déporté à Mauthausen, il a vu les chambres à gaz, comme des milliers d'autres, et pourtant son témoignage est mis en question des années plus tard. Répondre à l'ignoble par un roman.
Un roman qui n'est cependant pas seulement un roman sur la guerre. Il va également au-delà de la chronique familiale, même si le point de départ est de rendre hommage à ses grands-parents. Il prend plutôt la forme d'une épopée : celle des hommes qui ont fui la misère de l'Andalousie, qui ont cru en la République espagnole, qui ont participé à la guerre d'Espagne pour sauver cette liberté dont ils avaient tant envie et besoin, qui ont connus une autre guerre, une autre barbarie, sont morts ou ont survécus, comme Antonio. Au destin d'Antonio et Isabel répond celui des Gillet, riche famille d'industriels lyonnais qui traversent les crises à leur manière, pas toujours très propre.
Antoine et Isabelle est un roman chorale où se mêlent destins individuels et familiaux, où l'histoire de chacun donne son relief à l'Histoire avec un grand H et inversement.
Un formidable roman à la construction complexe, à l'écriture incisive qui retrace avec virtuosité l'histoire du premier quart du XXe siècle.


Contes fantastiques où l'on croise des hommes de la Lune, un esquimau qui fait peur à un ours, un acheteur de churros le dimanche matin, et d'autres encore. Contes moraux ou amoraux, selon le point de vue, tous nous entraînent ailleurs, soit par un frisson, soit par un grand éclat de rire (à ce titre, le conte intitulé "La solidarité venue des étoiles" est exemplaire).
Mais derrière le rire demeure toujours une pointe de malaise. Sanchez-Piñol n'est fondamentalement pas un drôle. Ces récits sont marqués par un désenchantement certain vis-à-vis du genre humain : hommes oublieux de leurs origines, sauvant leur peau avant celle de leur frère, préférant le débat idéologique au bonheur de l'humanité... Un désenchantement comme un amour déçu pour l'humanité, mais un amour malgré tout...
Ces contes, genre que Sanchez-Piñol manie avec un art consommé, sont à lire et à relire.
A lire également et absolument, du même auteur et chez le même éditeur : La Peau froide.


  • Le choix des libraires : La revanche des otaries (2 choix) - Vincent Wackenheim - Dilettante, Paris, France - 15/05/2010

Quel libraire n'a pas eu cette demande : "Je voudrais un livre drôle, léger... mais bien écrit, avec de la tenue..." ? Avec La Revanche des otaries, vous pouvez y aller les yeux fermés. Non seulement c'est drôle, d'une ironie grinçante et irrévérencieuse, mais c'est intelligent.
Vincent Wackenheim nous offre ici une joyeuse relecture du déluge. On y apprend que Noé a un penchant pour les jolies otaries ; que pour lui, un animal, ça se caresse ou ça se mange ("Noé, la biodiversité, c'était pas son truc."). Et lorsque est découvert un couple d'intrus sur l'arche, un couple de dinosaures, tout se détraque, Noé perd le contrôle... Car là est la grande question : et s'il y avait eu des dinosaures (après tout, ce sont des animaux comme les autres) dans l'arche de Noé, que se serait-il passé ? Le lecteur se rendra compte au fil de sa lecture que cette question est beaucoup moins anecdotique qu'il n'y paraît, et qu'y répondre pourrait bien nous révéler pourquoi le monde va mal aujourd'hui...
Une écriture vive et rythmée ; de belles idées et de vraies trouvailles ; une vraie réussite à garder dans ses rayons pour les jours de mauvaise lune !


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