Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
New York, le 13 mars 1964. A quatre heures du matin, après son service, une jeune femme rentre chez elle. En bas de son immeuble, tapi dans la pénombre, un homme armé l'attend. Elle va recevoir un nombre incroyable de coups de couteau, appeler au secours en vain et agonir près de trois longues heures dans une mare de sang sans que personne ne vienne l'aider. Pourtant ils seront près d'une quarantaine derrière leurs fenêtres à assister à la scène effroyable, convaincus qu'un autre parmi eux aura déjà appelé la police... Comment ce drame, qui à bouleversé l'Amérique, a-t-il été possible ? C'est la question que se pose Ryan David Jonathan dans ce premier roman d'une noirceur incroyable. Entrecroisant les existences fragiles d'hommes et de femmes suffisamment occupés par leurs propres problèmes avec la narration minutieuse du calvaire de la jeune victime, il brosse le portrait d'une ville la nuit, où règnent violence, corruption, pédophilie et racisme. Une Amérique en guerre au Viet Nam qui s'oublie et s'enfonce dans une fange cérébrale où se noie le quotidien. Restent quelques personnages magnifiques : un fils prisonnier de l'amour qu'il porte à sa mère gravement handicapée, un homme qui découvre son homosexualité en compagnie d'un collègue de travail, un couple qui se dispute après une soirée échangiste... La vie ne manque décidemment pas de distractions qui vous feraient oublier qu'à quelques marches delà, en bas de votre immeuble, votre jeune et jolie voisine rampe dans son sang depuis de longues minutes déjà, espérant atteindre la porte de son appartement avant que son agresseur ne vienne terminer un travail suspendu. Coitus interruptus...
Voilà un roman noir magistral ! Une perle à ne pas rater ! Quelque chose entre Short Cuts, le film de Robert Altman, pour la construction et Hubert Selby Jr ou Truman Capote pour le talent de plume.
Voici un témoignage historique incroyable retrouvé par hasard en 1995 dans une bouquinerie par le documentariste italien Angelo Caperna. Il est extrait des carnets intimes de Ranuccio Bianchi Bandinelli, éminent professeur d'archéologie et d'art antique. En 1938, âgé de 38 ans, il est contraint par les autorités administratives italiennes d'accompagner le temps d'une semaine Mussolini et Hitler à travers les musées de Florence et de Rome, afin de commenter pour eux les chefs-d'oeuvre picturaux et architecturaux qui leur sont présentés. Une semaine étonnante dans la vie de ce professeur, antifasciste silencieux, qui se présente comme "un homme ordinaire dans un temps de prétendus surhommes". De toile en toile, de salle en salle, interlocuteur privilégié, il observe sans aucune fascination ces deux uniformes et leurs cliques respectives dans tout le grotesque de leur importance. Rentré chez lui, il note aussitôt ses impressions à vif. D'une plume féroce il rend l'ignorance crasse du Duce que dispute une crainte enfantine de ne pas être à la hauteur en la matière de son camarade le führer, lequel s'échauffe et papillonne devant le moindre nu féminin sans réellement prêter attention aux qualités artistiques de l'oeuvre qui lui est présentée. "Contrairement à
Mussolini qui traversait les salles sans regarder ou s'approcher d'une oeuvre pour lire l'étiquette, Hitler aimait réellement les fausses qualités artistiques qu'il repérait, il en concevait de l'émotion. Comme un coiffeur à l'opéra quand le ténor pousse son aigu." Ce qui stupéfait le lecteur dans ce document, c'est l'impression d'être réellement aux côtés de deux des plus grands dictateurs de l'Histoire, de partager leur table le temps d'un déjeuner coude contre coude avec Goebbels, Himmler face à vous qui vous tend le sel en se moquant cruellement de la gourmandise du gros Goering "resté au pays pour garder la boutique". Et au milieu d'eux, être seul. Là sans y être vraiment, sans être impressionné le moins du monde par ces barbares. Simplement curieux de pouvoir observer à portée de lame ces deux criminels qui, face à quelques unes des plus grandes créations artistiques occidentales de tous les temps, s'apprêtent à mettre en oeuvre, dans un coin bien gardé de leur cerveau, la plus grande entreprise de destruction humaine jamais exécutée.
Un texte d'une très grande finesse d'analyse et d'une incroyable humanité à lire absolument.
Alors voilà, vous connaissez certainement un de ces étudiants au cerveau bien composé ne jurant que par la prestigieuse école de commerce où il est en train de faire ses gammes. Certain du destin brillant qui l'attend, ce garçon ou cette fille se lancera peut-être dans la création d'entreprise, laquelle bien entendu, lui ouvrira rapidement les portes d'une réussite proprement insolente, lui apportant fortune et gloire. Si ce spécimen traîne de par chez vous, empressez-vous de lui offrir Le Livre blanc de Rafael Horzon, livre ovni d'un allemand né en 1970 et qui, durant les années 90 jusqu'au milieu des années 2000, a multiplié les créations d'entreprises emporté par la force de son génie (ou supposé génie) créatif. Un type un rien frappé dont la plupart des projets seront rapidement marqués par le sceau de l'échec, le précipitant alors dans des abîmes de perplexité insondables avant qu'une autre idée non moins géniale (ou stupide, c'est selon) lui redonne la foi et le remette sur pieds.
Sa plus grande idée - comprendre son plus beau coup : un modèle de bibliothèque unique «d'un genre nouveau, tout en angles droits, inspirées des proportions du corps humain.» Ce meuble sera le seul de Moebel Horzon, sa boutique berlinoise, et il le fabriquera à la chaîne, aidé de quelques amis armés de perceuses. Sinon il entreprendra, en vrac : l'écriture d'une pièce de théâtre, l'exposition d'oeuvres d'artistes japonais n'existant pas, la rédaction du Compendium des savoirs (sorte de condensé de tous les savoirs de l'humanité en un seul livre...), de rencontrer le poète français Frédéric Beigbeder, la création d'une Université des Sciences où l'on apprendra ce qui ne s'apprend pas, un espéranto sans grammaire, la création d'une agence de séparation pour contrer les agences de rencontre puis d'une ligne de vêtements appelée Gelée Royale avec là encore un seul modèle de costume, etc, etc, etc.
Ce livre blanc, publié par les inénarrables éditions Attila, raconte par le menu ce parcours d'un homme qui ratera la plupart de ses entreprises au point de finir par passer pour un artiste performeur d'un genre nouveau. Un performeur ? ! Quelle horreur ! Lui qui déteste l'univers de l'art lequel serait mort avec l'urinoir de Duchamp. On éclate de rire à chaque page, on aime ce type comme on avait aimé le Brave soldat Chveik de Jaroslav Haek avec lequel il partage une naïveté et une honnêteté déconcertantes, parfois si proche de la stupidité. Cette histoire tout simplement incroyable est bien heureusement réelle, et pour notre plus grand bonheur Rafael Horzon nous l'offre dans ce livre absolument indispensable. Peut-être sa plus belle réussite.
On l'appelle L'auberge de l'allemand. Elle est tenue par Max dont le père avait fui l'Allemagne nazie des années plus tôt et était venu s'installer ici, en Espagne pour refaire sa vie. Tarifa est la ville côtière la plus proche du détroit de Gibraltar et, vue du Maroc, elle symbolise la ville de tous les espoirs. La police y règne, la mafia des passeurs aussi. Loin de l'ambiance balnéaire du bord de mer où règnent les kite-surfeurs, ces sportifs nouvelle génération qui allient le surf au cerf-volant, l'auberge de Max est surtout ouverte aux immigrés fraîchement débarqués qui viennent par hasard y trouver un verre de lait chaud, une couverture ou un coin de matelas pour s'y reposer un instant avant de reprendre la route vers le nord et ce long voyage censé les mener vers une vie meilleure. Max ne pose pas de question. Max est l'Auvergnat que chantait Brassens. Son propre père, en son temps, était l'étranger, le malvenu, et certainement que quelqu'un, alors, lui a porté secours. Il n'est pas trop de toute une vie pour rendre cette générosité à l'autre qui à présent en a besoin, et Max s'y applique au mieux.
Mais les bonnes oeuvres de Max embêtent pas mal de monde. Les flics et les mafieux qui ne l'entendent pas de cette oreille. Et quand ceux là s'en mêlent, notre histoire plonge dans un polar au suspens bien léché.
Tarifa est un roman qui devrait séduire les lecteurs adeptes d'intrigues tendues au cordeau tout en nous faisant réfléchir au monde tel qu'il tourne mal et aux réalités humaines que l'on refuse trop souvent de considérer.
Connaissez-vous Blue Gap ? Une vingtaine d'habitations au coeur d'une réserve Navajo de l'Arizona. C'est là que Louise a trouvé l'amour. Il s'appelle Scott, est indien et ne porte que des chemises à carreaux.
Le voyage que le narrateur, père de la jeune femme, s'apprête donc à faire en terre indienne pour retrouver sa fille et rencontrer Ben et Lauren, les parents de Scott, sera surtout pour lui un voyage sur les sentiers tortueux de la mémoire. Celle, bien sûr, des premiers habitants de ce continent dit nouveau, massacrés et déportés par les pionniers, à présents parqués dans des réserves éloignées, trompant, mais à peine, la misère de leur condition dans des entreprises commerciales sans âme. Mais aussi celle de sa mère, qui s'enfuit comme le temps passe. Et les médecins qui lui font comprendre qu'elle n'en reviendra pas. Alzheimer.
Marchant sur les traces des ancêtres de Scott, suivant par la pensée celles de ses propres parents, paysans des terres grasses du grand ouest, l'auteur de ce texte sensible, touche ce qui en chacun de nous se trouve de plus fragile et pudique : le sentiment d'appartenance filiale.
Patrice Robin fuit l'éloquence, ne brusque pas la langue. Ne brode pas de ces phrases chargées de style et de poésie. Ses mots font le bruit du papier qui brûle. Et vous laissent bouleversé.
De quoi est faite une vie ? De choix, de paris, de changements de direction, de rencontres et d'erreurs. Polina sera danseuse, et toute petite déjà, son avenir semble tracé. D'autant que la gamine, bourrée de talent, est très vite remarquée par des professeurs parmi les plus réputés. Mais où exercer son génie de la danse quand autour de soi, les sollicitations se multiplient ? Dans le monde de la danse classique avec l'impressionnant professeur Bojinski ou dans celui de la danse contemporaine avec Mme Litvosky, dénicheuse de talents hors pair ? Polina va devoir faire sa route toute seule, assumer ses choix au risque de passer à côté d'une très grande carrière. Mais qu'est-ce qu'une vie réussie, après tout ? Une vie sans regrets est-elle possible ? Et ce danseur aux cheveux bruns, qui la regarde depuis le début de la saison, n'est-ce pas plutôt vers lui qu'elle doit aller, de sauts de biche en entrechats... ?
Avec Polina et après les superbes Le goût du chlore et Amitié étroite, Bastien Vivès nous éblouit de nouveau par l'insolence de son génie graphique associée à une sensibilité et une intelligence des coeurs incroyables. Nul ne rend mieux le mouvement des corps que lui. Nul ne saisit avec autant de classe les silences éloquents où tout se décide sans que rien ne se passe. Voici Polina, voici un chef d'oeuvre !
Deux amis se retrouvent et partent pour une longue randonnée en montagne dans l'espoir de retrouver une intimité perdue. Un garçon va devoir se battre parce que ses copains l'ont décidé pour lui. Un veuf d'une quarantaine d'années rencontre par hasard, quelques semaines à peine après la mort de sa femme, l'amie de longue date dont il a toujours été, en vérité, amoureux. Un homme part à la recherche d'un toxicomane qui fut, des millions d'années plus tôt, son meilleur ami. Planté par ses amis alors qu'il est en pleine préparation d'un cochon de lait qui promet d'être succulent, un type invite au débotté à la dégustation les deux ouvriers mexicains qui s'occupent de son jardin. Une jeune femme et un jeune homme se retrouvent enfermés toute une nuit dans la boutique du centre commercial où ils travaillent, et attendent, l'une avec impatience, l'autre avec crainte, le moment où leurs jeunes corps se retrouveront. Dans une ville du nord ouest des États-Unis, en route pour l'Alaska où elle espère trouver un job du côté des pêcheries, Wendy perd sa chienne Lucy et va la chercher toute une journée et toute une nuit jusqu'au moment de la révélation ultime... Qui choisit pour nous ? Qu'est-ce que la fidélité en amour et en amitié ? A quel moment un lien casse-t-il, une amitié bascule-t-elle dans l'indifférence ? Pourquoi nos vies nous échappent-elles à ce point ?
Dans ce premier recueil de nouvelles de Jon Raymond, ne vous attendez pas à trouver de ces gens bâtis de certitudes qui affrontent la vie avec insolence et succès, mais plutôt des hommes et des femmes qui tâtonnent autour d'eux et essaient, tant bien que mal, de réussir des choses aussi simples qu'une intimité. Ces nouvelles sont des trésors de tendresse et d'empathie de la part d'un auteur envers ses personnages. On rit, on pleure avec eux, et l'on se retrouve un peu dans ces destins dérisoires qui se tracent en silence comme des pas perdus dans la neige.
Si vous ne devez lire qu'un seul recueil de nouvelles cette année, Wendy et Lucy est pour vous.
Comment parler d'un livre pareil quand on est encore sous le choc de ses dernières pages, quand on reste le coeur serré en plein milieu de la nuit à tourner et retourner entre ses mains cet objet littéraire explosif aux apparences pourtant tellement anodines ?
Féroces. Le titre, en français, est en fait très mal choisi. Robert Goolrick avait intitulé ce roman en anglais : La fin du monde telle que je l'ai connue : scènes d'une vie, annonçant d'emblée le caractère autobiographique de son entreprise tout en lui conférant une note élégante et tragique.
Les années 50 en Virginie. La famille Goolrick semble vivre dans un état de joie permanent, réalisation parfaite de ce que la société américaine d'alors peut produire de plus achevé. Les Goolrick ont plein d'amis qu'ils reçoivent où visitent quasi quotidiennement, des robes et des costumes d'une très grande élégance pour habiller leur réputation d'infatigables noceurs et un esprit d'un charme fou qui font d'eux les personnes indispensables à avoir dans un carnet d'adresses digne de ce nom. Ils singent la vie telle qu'ils la lisent dans la revue du New Yorker qui leur sert de référence indépassable, ils lisent les romans de John Cheever ou de Updike, apportent un soin tout particulier à l'élaboration de leur jardin et achètent des quantités de glace pillée pour rafraichir les dizaines de cocktails à venir. En apparence, ces Goolrick là, avec leurs trois enfants, nagent dans le bonheur. Il y a cependant une règle chez eux que chacun se garde d'outrepasser : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe dans la maison.
On ne parle pas des mille et une astuces pour vivre au-dessus de leurs moyens en tapant à droite et à gauche ces quelques précieux dollars qui leur permettront d'organiser, ce soir encore, un de ces apéritifs délicieux qui font leur réputation. On ne dit rien des doses d'anxiolytiques dont ils se nourrissent pour garder le cap jusqu'à leur prochaine soirée. Rien non plus de l'état permanent de gueule de bois dans lequel ils vivent, le plus souvent incapables de répondre aux demandes d'amour de leurs propres enfants, se montrant même à l'occasion parfaitement cruels avec eux en société pour le bonheur d'un trait d'esprit. Et puis il y a ce secret. Il y a surtout ce secret. Cette chose abominable dont il ne faudra jamais parler ou sinon " des choses terribles arriveront".
Un des chapitres de Féroces s'intitule L'été de nos suicides. Où l'on lit pendant une vingtaine de pages insoutenables comment Robert Goolrick est tombé à l'âge de trente ans au plus profond d'une dépression suicidaire durant laquelle il s'est appliqué, pendant de longues semaines, avec une "jouissance érotique", à s'auto-mutiler en se coupant les veines chaque fois un peu plus profondément. Ce chapitre central est d'une force terrible. Il plonge le lecteur dans un profond sentiment de compassion envers cet inconnu de papier dont on ignorait jusqu'à l'existence avant d'avoir ouvert ce livre, et l'oblige à se demander ce qui a donc poussé donc ce type à en venir à de pareilles extrémités.
Quel est ce secret pourri qui empoisonne en silence la vie des Goolrick ? Vous ne l'apprendrez qu'à la toute fin du livre, révélation bouleversante qui vous pousse à penser, avec le narrateur malheureux de cette histoire magnifiquement écrite : "Comment ont-ils fait pour continuer, sachant ce qu'ils savaient, et chacun sachant ce que l'autre savait ?"
Cela commence par une scène plutôt tendre et choquante où l'on voit le jeune Lenz obligé par son père à forniquer sous ses yeux avec la petite bonne. Il en résultera ceci que toute sa vie, Lenz agira toujours en fonction des opinions de son père, comme placé en permanence sous son regard, et ce même après sa mort. Et ce père là, officier autoritaire et cinglant, avait banni la peur de son foyer et veillé à ce que ses deux fils grandissent en hommes d'action, en décideurs, toujours prompts à attaquer la vie et ses événements plutôt qu'à les subir. Aussi Lenz Buchmann, à la différence de son frère aîné Albert, trop proche de sa mère et donc par conséquent de caractère trop faible, ne vivra-t-il qu'avec pour unique soucis l'efficacité de chacun de ses gestes, exécrant au-delà de tout la compassion et la maladie.
Procédant par chapitres très courts, Tavarès trace donc en pointillés le parcours d'un homme intelligent et fou, obsédé par la force, découvrant jour après jour avec un cynisme jubilatoire combien un esprit aussi aiguisé que le sien, porté par une volonté dévastatrice, peut comprendre, séduire et enfin entraîner dans ses délires autoritaires, pourquoi pas, un jour, tout un peuple. Buchmann n'a d'autre projet que lui-même. Chirurgien admiré au début du livre, il veut devenir plus que cela. Un individu ce n'est pas assez. Chef de parti, maire, représenter et diriger des foules, en voilà une ambition pour un ambitieux ! Et Buchmann plonge dans la politique.
Ce roman a quelque chose de militaire. Il s'agit comme à la guerre, de gagner du terrain, d'éliminer l'ennemi et de sombrer gentiment dans une sombre paranoïa. Dieu ne sert à rien. La technique seule compte, qui se passe de sentimentalisme. Machiavélique à souhaits Apprendre à prier à l'ère de la technique est, après Jérusalem*, une nouvelle approche de la question du mal par un auteur parfaitement inclassable. Une dernière chose après toutes ces horreurs - mais le croirez-vous ? Ce roman est d'une drôlerie redoutable !
Deux histoires de trahison sur fond de guerre civile espagnole, Requiem pour un paysan espagnol & Le gué est d'abord un douloureux diptyque autour de la question de l'insondable complexité de l'âme humaine.
Dans le premier texte, il s'agit d'un requiem qu'un prêtre doit donner pour un jeune paysan abattu par les phalangistes. Ce jeune homme, il l'a lui-même baptisé puis marié. Avec les années, il est devenu le confident avec lequel il aimait discuter de justice mesurant celle dite «divine» à celle des hommes. Pourtant, il le trahira...
Le second texte, Le gué, se déroule le long d'un cours d'eau aux abords d'un village. Deux soeurs lavent leur linge. Il y a celle qui a perdu son mari, abattu par les franquistes voilà tout juste deux ans, et celle qui est à l'origine de ce malheur et qui, torturée de remords, tente d'en faire l'aveu en ce triste jour anniversaire. Elle aussi a trahi...
Comment deux personnes en viennent à agir de façon criminelle sans l'avoir vraiment désiré - Voilà vraiment ce qui semble interroger Ramon Sender - et le perdre dans un puits de perplexité sans fond. Ces deux textes magnifiques de sécheresse nous affligent par la force du remord qui habitera à tout jamais celui ou celle qui aura péché, soit par excès d'amour divin, soit par jalousie, entraînant la disparition tragique de l'objet de leur affection. Oserait-on dire à Sender, qui a vu sa femme et son frère être exécutés par les franquistes, que ces deux textes ne sont pas sur la guerre civile espagnole mais bien plus généralement sur l'absurde de notre condition humaine ?
Un trésor de la littérature espagnole ressurgi du XXe siècle par les curieuses éditions Attila.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia