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Le choix des libraires : Garden of love (1 choix)
- Marcus Malte
- Gallimard, Paris, France
- 17/12/2010
Alexandre Astrid reçoit par la poste un étrange manuscrit qui semble décrire sa vie d'un point de vue qu'il aurait préféré ignoré. Va s'en suivre un énigmatique jeu de dupes, sorte de labyrinthe psychologique dont il lui sera difficile de sortir indemne. Un livre troublant et passionnant qui vous entraîne dans les tréfonds de l'âme humaine.
Le choix des libraires : Crépuscule irlandais (1 choix)
- Edna O'Brien
- Sabine Wespieser éditeur, Paris, France
- 06/09/2010
Edna O'Brien est un auteur irlandais réputé pour ses romans qui parlent de son pays natal avec un ton résolument moderne et anticonformiste. Dans ce livre elle nous dévoile le secret si bien gardé des mères de son pays : le poids de la tradition en lutte contre leurs passés aux couleurs plus vives.
Tout commence par un prologue magnifique qui évoque «la soirée esseulée des mères qui disent que ce n'est pas notre faute si nous pleurons, c'est la faute de la nature, qui nous a faites d'abord pleines, puis vides. Tel est le courroux des mères (...) qui n'en finit pas jusqu'au dernier jour (...) au crépuscule et à la poussière des mortels.» Il s'agit donc bien d'un livre sur cet amour si complexe, à la fois fort et étouffant : l'amour maternel. Il est encore plus complexe dans un pays comme l'Irlande où le destin des femmes est resté si longtemps sous le joug combiné de la tradition et de la morale. Ici tout part du domaine de Rusheen où Dilly, âgée de 77 ans, emballe ses affaires pour partir en maison de soins afin de guérir d'une maladie qui sera sans doute la dernière. En mettant de côté ses objets auxquels elle tient, elle se remémore sa vie passée, sa fille Eleanora si vite partie pour écrire des livres qui font d'elle une paria dans son pays natal, et Cornélius son mari si dépendant d'elle. Une fois internée à l'hôpital, ses souvenirs tourneront surtout autour de cet épisode qu'elle chérit plus que tout : son séjour de plusieurs mois à New-York lorsqu'elle était encore une jeune femme. Et surtout elle pense à Gabriel, ce premier amour qui l'a fait souffrir si cruellement après des mois de frustrations et qui avait fini par briser en mille morceaux son rêve américain. L'amertume de trop qui la fera rentrer au pays pour lui faire épouser le premier garçon qui l'invitera à danser, et fera d'elle un autre des maillons de la chaîne de traditions qui entoure les femmes irlandaises. Mais comme elle le dit «On a été élevées au Moyen-âge», et son éducation reprendra le dessus pour lui servir de modèle quand viendra son tour d'être maman. Eleanora passera sa vie d'adulte à fuir ce carcan transmis par sa mère. Et même sachant Dilly hospitalisée elle ne lui fera qu'une courte visite, pressée qu'elle est de retrouver un amant, tellement dans l'urgence qu'elle fera tomber de son sac son journal intime. Il constituera une sorte de lien profond et secret entre la mère et la fille depuis si longtemps éloignées. Un roman troublant et magnifique écrit par un auteur important pour la condition de la femme en Irlande : Edna O'Brien fait en effet partie du mouvement intellectuel appelé révisionnisme culturel qui a contribué à ce que les irlandais portent un regard critique sur le nationalisme dans leur pays. Ses livres furent longtemps interdits en Irlande, mais elle est depuis toujours soutenue par son lectorat américain qui a toujours aimé son style si puissamment évocateur. On la surnomme d'ailleurs la Colette anglophone.