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Outre leur milieu social pauvre mais non miséreux, tout devrait opposer Al et Birdy : le premier est sicilien, athlétique et bagarreur, il en a à démontrer, à son père en particulier, et ses journées sont vouées au sport et à l'entraînement. Le second est rêveur, paraît chétif et se consacre à sa seule passion, les oiseaux. Dès l'enfance ils deviennent inséparables et l'intérêt pour les volatiles leur est commun : ils chassent les pigeons, les capturent puis les vendent. Moyen de gagner de l'argent et occasion d'étude, Birdy, le plus sérieusement possible veut voler. La Seconde Guerre mondiale éclate, Al et Birdy ont combattu chacun de son côté, tous deux sont blessés. Al est convoqué au chevet de Birdy, enfermé dans un hôpital psychiatrique, mutique et prostré. Il lui est demandé de rappeler leurs souvenirs communs pour tenter de le «ramener» parmi les hommes, lui devine l'oiseau en Birdy mais simule-t-il ou bien s'est-il comme métamorphosé ? Deux monologues où s'égrènent les souvenirs, marques d'une amitié profonde, sincère et respectueuse ; le rêve y a la part belle à la limite de la folie, à la limite de la schizophrénie ; et les oiseaux, presque une étude d'ornithologie... Une aspiration à la liberté. Ce roman est signé Wharton, nom de plume de l'artiste peintre Albert du Aime qui s'est inspiré de ses propres expériences ; paru une première fois en France dans les années 1980, il est connu pour l'adaptation cinématographique d'Alan Parker.
Nouvelle chronique «sociale», de Knockemstiff et de ses alentours. Nouveaux portraits de familles dont le marasme ne ressemble pas à celui décrit dans Knockemstiff (cf. Nos coups de coeur), moins désespérant peut-être mais toujours aussi «prenant». Ici, les familles sont engluées dans les notions de bien et de mal, dans la perversion et la folie, poussées à leur comble. Les protagonistes sont plus mobiles, oscillant entre l'Ohio (Meade) et la Virginie occidentale (Lewisburg) comme s'ils avaient osé franchir la frontière imaginaire de la ville, mais à leurs risques et périls. Tous se retrouvent liés, les récits s'entremêlent, les routes se croisent, les actes des uns agissent sur les autres ? Se rencontrent ainsi un vétéran et les siens, un prédicateur et son cousin handicapé, des artistes de cirque, un couple serial killer, un flic véreux ?
Velues ou non, grosses ou petites ? les araignées sont souvent source de frayeur. Comment s'en débarrasser ? Les conseils ici prodigués sont ceux de parents à leurs enfants : les armes sont parfois étonnantes, les parents ne manquent pas d'imagination ! Mais faut-il vraiment s'en débarrasser ? Humour au rendez-vous, un graphisme très proche de la bande dessinée.
Une série de planches issues du blog de l'auteur sur le thème de la famille. Les propos décalés, déplacés que nul ne saurait tenir qui à son enfant qui à son parent - Les thèmes de la sexualité, de la chirurgie esthétique... abordés au travers de questions/réponses que la décence et la norme interdisent, grinçantes. Une impertinence du discours de l'ordre du fantasme accentuée par le graphisme dépouillé, noir et blanc.
Une jeune femme «s'éveille» sur un banc parisien, désemparée : que lui vaut de se trouver là, en pleine ville ? Et ce sentiment d'être perdue, dans le flou, l'incompréhension ? De fait, ce sentiment perdure et ne se limite pas aux sensations : elle a perdu la mémoire. Débute alors une véritable enquête, la jeune femme imagine tous les scénarios pour découvrir qui «elle» est/était et ce qu'elle sera. À décortiquer sa vie, elle part en quête d'elle-même.
Ce roman, malgré une quatrième de couverture qui «gâche» un peu la lecture, est une belle rencontre, avec l'écriture d'un auteur méconnu en France et récemment décédé, avec un récit fort et finement travaillé où priment l'allusion et la métaphore. Hans Keilson l'a initié avant 1942 mais ne l'a achevé qu'après la guerre. Si l'on sait, si l'on sent que la réalité constitue la toile de fond, rien n'est «dit», tout est de l'ordre de la suggestion, de l'anonymat même les personnages. Inspiré par une vieille histoire racontée par l'ami - déchu - d'enfance, le narrateur décortique avec un détachement troublant sa propre fascination mêlée d'angoisse, il s'essaie à comprendre la dépendance qui semble exister entre un persécuteur et un persécuté, un bourreau et une victime.
Monsieur Vanadris se fait accompagner par son fils en unité de soins palliatifs. La qualité des soins, l'humanité de l'équipe médicale, les réponses apportées ne peuvent atténuer la réalité : l'issue est proche, ils le savent et chacun doit l'accepter et faire face aux nouvelles réflexions qui surgissent. Tous deux sont tourmentés, chacun son dilemme, l'un ne veut pas perdre l'autre tout en ne voulant pas qu'il souffre, l'autre ne veut pas souffrir tout en ne voulant pas mourir. Or dans ces couloirs, regardant ses compagnons de misère, le père capte les images de ce qu'il va devenir... il s'y refuse, ses échanges avec le prêtre, avec les médecins ne le satisfont pas : il a une ultime requête à faire à son fils. Un très beau récit sur la délicate question de l'euthanasie relevé par des dessins où expression et émotion sont de mise. Poignant.
Monsieur Vanadris se fait accompagner par son fils en unité de soins palliatifs. La qualité des soins, l'humanité de l'équipe médicale, les réponses apportées ne peuvent atténuer la réalité : l'issue est proche, ils le savent et chacun doit l'accepter et faire face aux nouvelles réflexions qui surgissent. Tous deux sont tourmentés, chacun son dilemme, l'un ne veut pas perdre l'autre tout en ne voulant pas qu'il souffre, l'autre ne veut pas souffrir tout en ne voulant pas mourir. Or dans ces couloirs, regardant ses compagnons de misère, le père capte les images de ce qu'il va devenir... il s'y refuse, ses échanges avec le prêtre, avec les médecins ne le satisfont pas : il a une ultime requête à faire à son fils. Un très beau récit sur la délicate question de l'euthanasie relevé par des dessins où expression et émotion sont de mise. Poignant.
Tous les jours, la narratrice issue d'un sous-continent franchit les barbelés invisibles de la Ville lumière et atteint cette zone périphérique, les bureaux de l'administration, où elle a trouvé une place d'interprète. Tous les jours, le même scénario : un agencement de mots exposant, composées et travaillées, les histoires de la misère des demandeurs d'asile qu'elle a pour rôle de traduire. Des récits qu'elle pourrait devancer mais qu'elle tente de maintenir à distance : lutter contre la compassion ; se vouloir professionnelle ; nier ses racines et son propre passé sans cesse rappelés. Mais cette violence la pénètre au quotidien, sa cuirasse s'effrite. Une nuit dans le métro, tout à son avenir et à son intégration, elle cède et agresse à coups de bouteille un homme déjà rencontré, entendu et refoulé. Ce sont les raisons de son acte qu'elle explore, interrogée au commissariat. Un texte déroutant et cynique sur la migration qui présente, outre la reprise du poème de Baudelaire
(«Assommons les pauvres», Petits Poèmes en prose), la description faussement décousue de tout un système administratif, acteurs et rouages, et qui laisse «dans un état d'esprit avoisinant le vertige ou la stupidité».
Tout dans la vie de Morris Magellan pourrait se résumer au mot «réussite» : il est doué et occupe un bon poste, la maison de famille est cossue, sa femme est aimante et compréhensive, le couple a deux enfants. Une vie confortable, il en a conscience. L'ombre est celle de l'alcool, la prise chronique et consciente qui s'accentue jour après jour, heure après heure... L'homme est rongé, il cherche à se fuir, à masquer l'angoisse qui le ronge, mais ses tentatives sont vaines et il le sait. La mise à distance qu'il pourrait imposer avec ce «tu» à la fois détaché et proche se fait mise à nu : les différentes expériences, les hallucinations, le nombre de verres, l'intime, le caché, la composition pour affronter l'inexorable - il plonge et le lecteur avec.
«Trente-quatre ans plus tôt, tu es né dans un petit océan et tu es venu au monde à sa plus grande marée [...]. Ces jours-ci, cependant, tu vis instant après instant comme un homme qui se noie. Quand tu bois, tu arrêtes de lutter et glisses petit à petit au-dessous de la surface, descendant brasse après brasse.»
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