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Entrez dans le monde impitoyable de HT.
HT - Human Tools - est une multinationale dont le siège est en France, créée et dirigée par Frédéric Hautfort. Elle vend des services, en particulier la rationalisation du travail, comment transformer des êtres humains en robot.
Chaque nouveau concept est d'abord testé dans son entreprise, sur le personnel, avant d'être vendu - très cher - à d'autres. Les actionnaires sont heureux, les actions sont très bien cotées en Bourse (en pointe).
Denis, comédien, arrive donc chez HT pour remotiver six salariés, plus assez compétitifs, plus assez dans le moule, plus assez gagnant, plus assez lobectomisé.
Nous entendons toutes ces voix, les non-conformes, les conformes, quelques autres qui viennent se greffer sur ce grand "corps". Nous les suivons dans leur mal-être, leur quotidien interne et externe, leur ressenti face à ce monstre broyeur, leurs hésitations, leurs doutes, leurs réactions, leurs motivations, leurs acceptations à se laisser écraser, ensevelir, et tout doucement, la révolte des non-conformes.
Car tout est mascarade, ils ne sont rien, même pas des pions que l'on déplace à la guise des actionnaires.
Un constat cynique du monde de cette entreprise.
Un livre captivant, qui ne vous lâche plus, qui vous happe dès la première ligne, et dont vous ne ressortez pas indemne, qui vous habite longtemps après la dernière ligne, qui nous force à nous interroger sur l'humanité que nous voulons.
Angèle attend : elle attend - dans une salle d'attente - pour une consultation chez un médecin. Elle est peut-être enceinte, du moins le croit-elle, comme bien souvent.
En attendant, elle fait défiler sa vie.
Sa prime enfance, avec sa soeur Arielle.
Avant la découverte de ce désamour filial : le rejet de Grammy, sa grand-mère paternelle, pour son fils, et le rejet de Mané, sa grand-mère maternelle, pour sa fille - c'est une histoire d'hérédité, de tous les côtés -.
Armelle, sa mère, souvent malade, presque incapable d'un geste d'amour ; l'enfermement de leur vie à quatre ; la difficulté des relations entre parents, soeurs.
L'admiration d'Angèle, la moche, la garçonne, la révoltée, pour sa soeur Arielle, qui est belle, dans la "norme" qu'on attend d'elle.
La relation d'Angèle avec Mané, son refuge. Jusqu'au jour où éclate sa haine pour sa fille, Armelle.
Pendant cette attente - une de plus - elle a tellement l'habitude d'attendre, depuis qu'elle est petite- dans cette salle, Angèle soliloque, elle raconte à son futur bébé que la transmission du malheur, de rejet, est fini. Elle ne veut pas transmettre le poids du désamour, des non-dits.
Comme ce frère, qu'elle a surnommé Eric, qu'elle n'a jamais vu, puisque Armelle, sa mère, a avorté (sur les conseils de Grammy, qui lui a même prêté l'argent).
Toutes ces vies, qui se sont assemblées autour de ce chaînon manquant, d'un grand désamour commun, le grand-père, la grand-mère, les parents. Tout ce poids qu'il faut arriver à évacuer pour, enfin, pouvoir être mère véritablement.
Et contre toute attente, elle apprend que, peut-être, enfin, elle attend un bébé.
La fin de toutes les attentes ?
Sa fille, Angèle, déroule la bobine de la vie de sa mère.
Plusieurs voix se succèdent pour approcher, suivre Héléna dans cette trajectoire. Et en même temps qu'Angèle, nous effleurons, et découvrons cette tragédie.
Le lecteur est un des personnages du livre, tellement il est happé par cette histoire, enveloppé dans cette atmosphère brumeuse. On est presque dans un film.
Mais les mots sont tellement présents, enrobés de musique et de poésie.
Un livre coup de poing.
Plonger dans ce livre pour découvrir dans quel monde nous évoluons ; ce monde cynique de la finance qui prédomine, du pouvoir des hommes de l'argent. Évidemment, que l'on sait déjà cela.
Mais suivre le roman de Fabrice Humbert est captivant de terreur : il donne froid dans le dos.
Tout commence avec Sila, l'Africain, déraciné, mais son rêve se réalisant ; être en France et servir dans un grand restaurant.
C'est dans ce restaurant, microcosme de notre société, que tout se met en place, comme sur un échiquier, tous les protagonistes sont présents.
Sila évidemment, Lev le Russe, ancien prof de philo devenu un homme d'affaires, Helena sa femme, une intellectuelle, Simon le naïf, Matt l'arriviste - tous deux Français -, Ruffle l'américain et Shoshana sa femme.
Nous côtoyons tous ses personnages dans leur passé, leur présent, leur quotidien.
Et c'est un monde calculateur, sans morale, sans sentiment, sans scrupule, qui se déroule sous nos yeux.
A lire avant de tout faire exploser ! ! !
Le livre commence par une scène très violente, une mère est emmenée par des hommes casqués, sous le regard de sa fille, Lila.
Lila qui est "enfermée" dans un centre, où une rééducation lui est imposée.
Nous comprenons que nous sommes aux alentours de l'an 2110.
Une frontière, puissamment gardée, sépare la ville "intra muros", de la zone.
Intra muros : tout est sous contrôle, sous vidéo surveillance, programmé, dicté, organisé, censuré, décidé, par le Conseil. Les Gramabooks ont remplacé les livres papier, considérés comme dangereux, nuisibles, que l'on touche uniquement avec des gants.
Par contre, dans la zone, les livres papier existent encore, la rébellion s'organise.
Dans ce monde futuriste, les humains n'ont pas tant changé ; les réfractaires à l'ordre établi (M. Kauffmann Directeur du Centre où se trouve Lila), voire révolutionnaire (Milo Templeton, Directeur de la Grande Bibliothèque, les frileux qui s'accommodent de l'ordre établi comme Fernand, ceux qui brisent les chaînes, se révoltent et fuient dans la Zone (Lucienne, la femme de Fernand).
Tous ces personnages vont croiser la route de Lila, l'aider chacun à leur manière, dans sa quête de retrouver sa mère, de comprendre pourquoi les maltraitances subies dans sa petite enfance.
Nous pénétrons dans ce monde aseptisé, dans cet avenir proche, angoissant, déshumanisé.
Mais la rébellion apparaît et s'organise, des fissures apparaissent, et nous terminons avec l'espoir d'une révolution qui mettra fin à ce monde totalitaire.
Est-ce ainsi que les hommes vivront ?
Cinq ans que nous attendions le nouveau roman d'Yves Bichet.
Nous entrons dans la vie de Bertrand, le suivons dans son quotidien, entre travail - il est professeur d'arts plastiques - et vie de famille - Agathe, ses deux enfants, Marion et Théo-.
Mais Yves Bichet a l'art de décaler légèrement la réalité ; il campe une situation, qui à première vue paraît complètement anodine, mais du fait de ce léger décalage, donne une autre dimension, une autre profondeur au récit.
Par quel extraordinaire hasard, Bertrand, qui vient de perdre son père, se retrouve face à Resplendy, une urne funéraire également à la main ?
Et alors affleure une autre histoire, celle d'un fils en quête de la mémoire de son père, de son passé méconnu, du secret qu'il a dissimulé toute sa vie.
Et nous voilà projetés au début de la guerre d'Algérie.
C'est une histoire d'hommes, de femmes, d'amitiés, d'amours, de quêtes, de questionnements, d'erreurs, de doutes, de recherches d'identités, somme toute de la vie qui s'enroule et se déroule.
Été 2003, le festival d'Avignon, pendant la grève des intermittents.
Odon, directeur du théâtre au Chien Fou, présente la pièce "Nuit rouge" d'un auteur inconnu, mort très jeune, Paul Selliès.
La Jogar - Mathilde - célèbre comédienne, revient dans sa ville natale, pour interpréter "Sur la route de Madison".
Marie, la soeur de Paul, arrive également en Avignon, écorchée vive, hantée par son frère et la mort de celui-ci -mort dont on devine les circonstances, mais qui sont divulguées lentement, presque confidentiellement.
Isabelle, vieille dame dont le coeur fait des caprices, est la mémoire du festival depuis le début. Elle accueille les connus, les moins connus, les paumés. "Vieillir ce n'est rien quant on se souvient. C'est l'oubli qui fait la souffrance..." dit-elle De nombreux personnages, qui se croisent et se décroisent, tous très attachants.
Les chapitres, très courts, se suivent comme des flashs de vie.
Avignon, la chaleur écrasante de cet été-là, soulignent et maintiennent une atmosphère envoutante.
Un livre magnifique, beau comme une tragédie, comme la vie qui passe, comme les rêves non réalisés ; "le possible est ennuyeux, avec l'impossible on a des chances" dit Odon.
Un seul regret : que le livre se termine.
Une idée à priori simple et sans danger aucun : deux écrivains décident - à l'initiative de l'un deux - d'écrire un roman d'amour épistolaire imaginaire ; pour devenir à la finale un échange à une voix.
Tout à l'air véridique, mais où commence la fiction et où finit la réalité ?
De la poésie, du charme, de la sensualité, des interrogations, des attentes, de l'espoir, de la souffrance...
Un bel éloge de la littérature, de l'imagination, ancré dans la vie.
Cela paraît dérisoire et presque inutile de commenter le nouveau livre d'Emmanuelle Paganno : il faut seulement se précipiter pour le lire.
Comment transformer une histoire qui pourrait être banale et sordide, en conte.
Tom, onze ans, est souvent laissé seul par sa mère, Joss ; sa mère, très jeune femme, un peu immature, inconséquente, désinvolte, versatile.
On croise dans ce roman des personnages, touchants, lumineux, des jeunes et des moins jeunes, de vieux, des étrangers, une galerie de portraits.
Comment transforme-t-on une histoire qui pourrait être sordide, en conte ?
Tom, onze ans, est souvent laissé seul par sa mère, Joss. Sa mère, très jeune femme, un peu immature, inconséquente, versatile.
On croise dans ce roman des personnages, touchants, lumineux, des jeunes et des moins jeunes, des vieux, des étrangers. Barbara Constantine aime ses personnages, tous ses personnages, et nous la suivons. A travers eux, transparaît l'humanité de l'écrivain.
On côtoie des situations difficiles, d'autres plus légères, cocasses. Nous sommes confrontés aux questions essentielles telles que la naissance, l'enfance, la vie, la vieillesse, la mort, la peur, la joie, l'amour, l'amitié, la relation aux autres.
Mais toujours avec une légèreté, un humour, une langue vivante, des mots inventifs, chatoyants.
Il faut se laisser bercer, emmener dans l'univers que Barbara Constantine crée de roman en romans, traverser les ponts, les liens qu'elle tisse entre ses personnages, ses livres et les lecteurs.
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