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Dans l'Institut d'Études Spatiales de Bombay, les savants étudient le ciel, à la recherche, notamment, de preuves de vie extraterrestre. Et Ayyan Mani, l'intouchable, le dalit comme on dit maintenant, profite de son poste de secrétaire du grand patron pour étudier les savants. Il n'a guère de sympathie ni d'estime pour ces brahmanes qui se passionnent pour des théories fumeuses et s'entredéchirent dès qu'il est question d'argent ou de pouvoir. Lui, comme ceux de sa caste, est condamné à exercer un emploi subalterne et à habiter avec sa femme et son fils dans un logement à pièce unique d'une cité qui en comporte 10 000. C'est sur cet enfant de 11 ans qu'Ayyan mise tous ses espoirs pour sortir sa famille de sa condition. Il suffit de le faire passer pour un génie. Comment ? Comptez sur la débrouillardise d'Ayyan pour trouver la solution ou plutôt les solutions aux nombreuses embûches qui se présentent.
Un roman foisonnant, plein de suspense et de rebondissements, qui dresse, avec un humour ravageur, un portrait satirique de l'Inde d'aujourd'hui.
Il y a des livres qu'on aurait aimé avoir écrits. Bien sûr pour leurs qualités d'écriture, mais surtout parce qu'on se sent en affinités avec leur façon de regarder le monde. J'avoue que j'aurais aimé être l'auteur du recueil de nouvelles Le Rossignol Vainqueur.
La créatrice attitrée s'appelle Dominique Louise Pélegrin, une baroudeuse, ex-grand reporter. Elle a ramené dans ses valises, des ambiances et des petits détails de la vie quotidienne. Et de ses collectes, elle a tiré des histoires inspirées par des pièces pour clavecin de François Couperin. Parmi celles que j'aime le plus, il y a celle à la japonaise, dont le titre est La jalousie taciturne sous le domino gris de maure, sous-titre lentement et mesuré. Elle raconte les réactions d'une épouse soumise le jour où son cher mari lui annonce gentiment qu'il est temps qu'il prenne une maîtresse. Il y a aussi celle à la grecque : un vieil homme que la Mort vient chercher pendant qu'il boit son ouzo dans le plus beau café d'Athènes, Mort qui a pris les traits d'une fillette à jupe bleue. Mais je vous recommande aussi les moins exotiques, celle, édifiante, qui se passe dans une ferme du bordelais, ou celle, cruelle, qui se situe dans le milieu de la haute couture parisienne.
Dégustez Le Rossignol Vainqueur, publié par Dialogues.fr, un éditeur qui est aussi un libraire !
C'est souvent un peu agaçant, comme un ami à l'affection trop démonstrative, un roman qui se veut une fable et «Moi» l'est parfois. Cette histoire d'une autiste à la fois déficiente et surdouée qui apprend à regarder le monde avec les yeux d'un thon - elle badigeonne de noir ses lunettes de plongée, ne laissant la transparence que sur les côtés- ne vous fera pas frémir d'une écaille, pensez-vous. Mais vous voilà roulé dans les vagues d'un récit haletant, aspergé par des gouttes de tendresse et d'humour et vite pris au jeu de ce regard décalé sur la folie du monde. Non à Descartes ! Oui à Darwin ! Réconcilions-nous avec la nature et la vie ! Et si les autistes patentés avaient raison contre les autistes «normaux» que nous sommes ?
Que reste t-il de nous lorsque l'on perd ce qui a depuis toujours constitué notre univers ? C'est ce que se demande avec accablement Sylvan lorsqu'il quitte sa ferme natale près de Saint-Antonin pour aller dans une maison de retraite à Toulouse. Le voici «Sylvestre», avec ses savoir-faire inutiles pour affronter les règles de la ville et de sa nouvelle communauté.
Peu à peu, il découvre qu'il lui reste l'essentiel : la curiosité et l'amour de l'humain. Grâce à la tendre entremise d'une ancienne institutrice, il va se familiariser au jazz et à la musique classique, à la peinture figurative et moderne, apprendre à magnifier son imagination et sa perception du monde, retrouver la saveur des mots. Il va «goûter le plus doux de sa vie» ?
Une belle leçon d'espoir sous la plume d'un poète humaniste.
Gilles Sicard, professeur d'histoire et géographie, a publié 5 recueils de poésie avant ce roman. Il partage sa vie entre Paris et Saint-Antonin.
Au début, un roman noir. Dans la grande ville madrilène, rode un tueur en série. S'agit-il de ce médecin urgentiste qui bâcle ses consultations pour se réfugier dans les espaces virtuels de Second Life ? A moins que ce ne soit ce chauffeur de taxi de nuit qui ne se remet pas de la mort de sa femme ? Ou serait-ce cette superbe prostituée africaine accrochée à la vie grâce à son lézard qu'elle croit porteur de l'âme de son frère ? Ou encore cette vieille scientifique qui s'alcoolise toutes les nuits avec dignité dans le bar de l'Oasis, en face du bordel où officie l'Africaine et où vient se restaurer le veuf ? Dans le violent chaos de la modernité, l'écrivain-démiurge va faire se croiser les destins de ces quatre personnages et nous offrir le réconfort d'une fin allégorique cousue de fil rose. A défaut de nous délivrer des «instructions pour sauver le monde», elle nous rappelle la vieille recette pour sauver nos vies.
Extrait :
«Luzbella était l'une de ses personnes qui ont passé leur vie à prendre soin de tout le monde mais dont personne n'a jamais pris soin. L'un de ces êtres bons et stoïques qui ont une existence misérable et qui, néanmoins, s'acharnent à pressentir encore, contre tout pronostic, la beauté du monde. ( ?) Pour celui qui a été en enfer, la vie quotidienne est l'abondance».
L'une se passe pendant l'occupation. De famille juive, Félix se réfugie, avec sa famille, chez son grand-père, à Montauban. Quand disparaît la zone libre, il interrompt ses études de chimie pour devenir passeur dans les Pyrénées avec son frère. Arrêté, il est déporté en Pologne où il découvre l'intimité du dénuement, la fraternité du désespoir. Et c'est par un chant somptueux que le lecteur est invité à partager à son tour l'horreur des camps.
L'autre histoire a lieu de nos jours. Elle est constituée des mails adressés depuis l'Amérique du Nord à un jeune correspondant français. Cet adolescent puis jeune adulte, c'est Ernest, le petit-fils de Félix, confronté au mal-vivre de son homosexualité. La complicité réconfortante fait peu à peu place au doute de l'imposture. Là aussi, l'intrigue est servie par une écriture dense et subtile.
Le point faible du livre est l'entrecroisement des deux récits, correspondant sans doute à une nécessité interne de l'auteur. Alain Dreyfus a reçu en 2009 le Prix du Jeune écrivain. Tout en poursuivant ses études en Sciences Politiques, il s'est engagé dans la carrière de prestidigitateur...
Atypiques et prometteuses, les facettes de ce romancier.
Extraits :
«Même en vous tenant chaud les uns les autres, sans distinction d'odeur, de saleté, de poux ou de vermine, le froid continue de coudre. Il tisse son voile glacial autour des membres, se fige sur les peaux. Quand il lui manque une maille, il plante ses aiguilles dans la chair.» (p. 101) «Ne jamais rien romancer, faire en sorte que le roman arrive vraiment : c'est ça le romantisme. Ne rien accepter de ce qu'on cherche à nous imposer. Ne pas signer les pactes tout au long de la vie. Ne pas rendre beau ! Vivre beau.» (p. 112)
Dès l'entrée, c'est avec délices que l'on se met à déambuler dans un livre de Modiano. On se plie à son pas, à son rythme, à ses mots simples mais justes, sans effets spéciaux. Et l'on s'égare dans les rues du Paris d'hier et d'aujourd'hui.
Comme d'habitude, le narrateur rend visite à son passé. A partir de «souvenirs à éclipse», il tente de pénétrer dans cette «matière sombre» dont les astronomes pensent qu'elle est «plus vaste que la partie visible de votre vie».
Il avait 20 ans, Jean Bosmans, il écrivait son premier livre tout en travaillant dans la librairie des Editions du Sablier lorsqu'il a rencontré Margaret Le Coz, française née à Berlin de père inconnu. Dans ces années d'après-guerre, tous deux avaient du mal à ancrer leurs vies, tous deux fuyant des fantômes familiaux. Un jour, elle a disparu sans laisser de traces.
Aujourd'hui, Jean veut se persuader que l'on peut retrouver sa jeunesse perdue, glisser vers cet «horizon» resté intact. L'avenir serait-il derrière nous ? Ou plutôt le passé serait-il toujours juste à côté de nous, derrière la frontière invisible ?
Clément, la quarantaine pacifique, exerce la profession d'architecte à Toulouse. Son seul souci : sa fille, Anna, vient de faire une seconde tentative de suicide, suite à un viol jamais élucidé.
Un mauvais matin, son univers s'écroule : sa femme le trompe avec son ami et associé. Abandonnant boulot et maison, le voici errant dans la ville au volant de son camping-car, sa coquille d'escargot. Dans un quartier mal famé, où il avait traité dans le temps une affaire douteuse, il se fait braquer par un jeune homme. Et le roman bascule dans le policier, voire le roman noir.
Clément se lie d'amitié avec des jeunes SDF, menacés dans leur squat par des punks violents et un promoteur sans scrupules. En voulant les aider, il va peu à peu découvrir des liens avec le viol de sa fille...
Le suspense rebondit sans cesse dans ce polar bien ficelé, oscillant de tendresse à violence, écrit par un poète. La ville de Toulouse, et notamment le toujours romanesque port de l'Embouchure, occupe une place importante dans cette quête d'un père en mal de réparation.
Avertissement : il est dangereux d'exhumer le cadavre du placard !
«C'est toujours la même histoire avec les mots, il faut les remplir de sang et d'angoisse pour qu'ils prennent du poids. Je vais devoir m'y faire : j'ai atteint ce moment de la vie où l'on commence sérieusement à les lester.
Et Anna, quel poids leur donne-t-elle, avec seulement ses vingt ans pour les nourrir ? Je le sais : ils restent bloqués au fond d'elle. Comme des pierres.»
Dans un pays d'Amérique latine, un Européen vagabond, surnommé Tchaka, se fait embaucher comme jardinier par un grand propriétaire. Avec le même soin, il étudie la culture de ses orchidées et le comportement du grand volcan tout proche, apparemment endormi. Surgit une jeune militante mexicaine qui fait partie d'un réseau de passages gratuits pour clandestins. L'univers pavlovien s'est reconstruit dans un décor inattendu avec les mêmes ingrédients que dans «Matin brun» ou «Le pont de Ran-Mositar». Et nous voici comme Tchaka entraîné dans une aventure à la (dé)mesure des paysages et dont le souffle puissant nous fait rejoindre la part la plus essentielle de notre humanité.
La grande guerre est finit depuis 3 ans et les cours ont repris à l'Ecole vétérinaire de Toulouse lorsque l'on découvre le corps sans vie d'un enseignant. Suicide ? L'hypothèse en est rapidement écartée par l'inspecteur. Drôle de bonhomme que cet enquêteur qui boit et se drogue pour supporter ses cauchemars, mal vu par ses collègues et sa hiérarchie. Il fait des excès de zèle alors qu'on lui demande de clore le dossier. Et lui s'acharne à trouver une vérité bien dérangeante. Après tout, il aurait du mourir à la guerre. Alors...
Dans ce policier particulièrement noir, Benoît Séverac confirme de grands talents d'écrivain humaniste. Son précédent roman, «Les Chevelues» avait reçu le Prix littéraire de la ville de Toulouse et rencontré un vaste public.
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