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Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
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Ce roman là de Magda Szabo est bien exigeant, mais quel grand plaisir de lire un nouvel opus de cet écrivain majeur. Oui, exigeant, parce que déroutant, mélangé, en apparence confus dans les dates, les personnages, les sentiments, un texte qui raconte la vie intérieure, le ressenti avec toutes les pensées, les souvenirs qui se télescopent, se surajoutent dans un esprit qui bouillonne et cherche à faire le lien.
Esther aime et déteste en même temps cet amant si attachant, si loyal étonnamment, dont l'amour lui est entièrement destiné mais qui demeure très attentionné pour son épouse, par devoir certainement mais pas seulement. Alors, Esther, dont l'existence dès l'enfance s'est trouvée écartelée entre une exigence intérieure d'excellence et une extrême pauvreté, Esther qui s'est construite dans la négation de l'affect tellement ses parents vivaient l'un pour l'autre, Esther qui a dû très tôt assumer le quotidien et s'est accrochée jusqu'à obtenir un emploi ( !) d'actrice qui l'a conduite à la célébrité, Esther donc est rongée par une jalousie si intense qu'elle en détruit sa perception de la vie.
Tout au long de ce monologue - confession, Magda Szabo nous décrit en contrepoint l'évolution de la Hongrie aux prises avec les diktats du parti unique, les règles politiques et économiques qui conditionnent la vie des hongrois jusque dans le quotidien le plus banal. Le contraste entre les sentiments d'Esther, sa volonté de faire table rase des sentiments et les difficultés, joies, victoires dans sa vie professionnelle joint à une écriture démultipliée rend la lecture exigeante, ardue parfois mais tellement captivante qu'il n'est pas possible d'abandonner, et l'effort d'appréhension de la personnalité d'Esther nous conduit à la suivre de bout en bout.
C'est un livre qui se mérite et récompense tellement de s'y plonger.
Un kurde à la conquête de Jérusalem. Quelle actualité ! Ce deuxième volume du Quintet de l'islam écrit par Tariq Ali nous emporte dans tout le Moyen Orient, de Damas à Jérusalem, de Beyrouth à Bagdad, à la fin du XIIème siècle, véritable geste de la reconquête de cet immense empire arabe par le très valeureux et grand commandeur des intelligences, le sultan Saladin. Les francs ne sont pas à l'honneur dans cette histoire, loin de là. La réflexion, la stratégie, le raffinement, la culture de ces peuples arabes, nous renvoient une image assez fruste de ces croisés aux moeurs terribles et nous nous faisons au fil des chapitres les fervents soutien de la reconquête de Saladin. Ibn Yakoub, le scribe juif attaché au sultan est le truchement de l'auteur dont la verve et le style sont éblouissants, magnifiquement servis par la superbe traduction de Diane Meur (autre auteur Sabine Wespieser).
Une écriture ciselée, délicate pour ces douze nouvelles : c'est bien cette fragrance qui se dégage à la lecture de ces moments choisis ; une lecture à petites touches, qu'il faut savoir retenir, loin de la précipitation de notre vie présente, pour savourer le rythme poétique de ces phrases subtiles et tendres. "De la nuance avant toute chose,..." écrivait Verlaine. Nous y sommes plongés, nous les lisons à suivre ces nouvelles si simplement racontées, et nous nous surprenons à revenir en arrière, à relire telle ou telle, à les parcourir autrement comme une variation sur un même thème, celui de la beauté finement observée de la vie " sans rien qui pèse ou qui pose".
Cela se passe à La Hague, près de Cherbourg ; cela commence par une tempête, furieuse, inhumaine, immuable dans sa violence comme celle qui trente ans plus tôt avait arraché à la vie une famille de ce village isolé à la proue de la terre. La narratrice s'est réfugiée là, en rupture de banc avec l'enseignement, dans un travail de terrain : ornithologue, elle compte, recompte, observe, dessine les oiseaux protégés de ce bout de littoral. Elle berce surtout son chagrin de la perte amoureuse immense, profonde comme les creux de ces vagues monstrueuses qui assaillent les côtes. Alors la chronique de cette presque île aux habitants taiseux, farouches, repliés sur leurs secrets se déroule au rythme d'une saison où les oiseaux migrateurs se réfugient pour pondre et couver. Lambert, un "étranger", revient sur ces lieux qui furent ceux de son enfance, celle où il perdit lors de cette maudite tempête sa famille justement et les langues peu à peu se délient, lentement, agressivement. Nous ignorons le prénom de cette femme qui s'est greffée là, c'est elle qui raconte, mais nous vivons avec elle dans ce refuge qu'elle a trouvé, en compagnie de ces deux-là, frère et soeur, marginaux, romantiques vrais (si le terme n'avait pas depuis longtemps été si galvaudé), Raphaël et Morgane. Raphaël est sculpteur et nous suivons en parallèle ses moments intenses de création, comme un refrain qui rythmerait le déroulement du récit.
Rien de mièvre dans cette écriture, elle coule, enlace, emporte, heurte parfois et c'est grande joie de retrouver chapitre après chapitre ces personnages qui nous offre un tel moment d'évasion.
William Gasper fait le récit de sa dernière marche sur la Lune ; la Lune est une montagne sans aucun intérêt pour la plupart des habitants du Nevada ! Sans doute est-ce pour cela que Gasper s'y complaît. Dans une existence antérieure, il était sniper pour le compte de la "Compagnie". Lui se définit plutôt comme appartenant à la catégorie des "assassins", qu'il différencie de celle des guerriers. Nulle forfanterie dans cet aveu, nulle modestie non plus. C'est un système de vie, un apprentissage de la mort. Depuis cinq ans, Gasper se rend très souvent sur la Lune, pour vivre loin des hommes, en contact intense avec cette nature exigeante qu'est la montagne. Il ressent ainsi profondément ses souvenirs, ses rythmes propres. Nulle idée de rédemption, un état, simplement, où sa vigilance s'exacerbe, ses ressources naturelles trouvent leur plein emploi. Pourtant, les réminiscences, l'inconscient, les rêves le conduisent parfois à retrouver Cerridwen : c'est une sorcière qu'il a connue dès sa jeunesse dans les Marines. Son alter-ego, son juge, sa quête ?
Hasard de la bibliographie, je rencontre ce livre. Le sous-titre est "un hiver au coeur des Rocheuses". J'ai passé un moment privilégié avec le jeune narrateur au coeur des montagnes, le temps d'un hivernage qui a pour but de surveiller un alevinage de saumons. La beauté du paysage, le froid minéral, les couleurs en camaïeu, le silence, les animaux et la vie centrée sur la survie et l'essentiel : lecture, courrier, nourriture. Je recommande vivement ce moment hors du temps que procure la lecture de ce livre, l'évasion et la méditation qu'il apporte en ces temps insupportablement troublés.
L'intérêt de ce premier roman de Anne Delaflotte Mehdevi permet de s'installer dans ces chapitres, noir sur rose, et de découvrir l'univers de la reliure. A l'instar de son héroïne, l'auteur est devenue relieuse après un cursus dans la diplomatie. Sans doute la part autobiographique nourrit-elle les détails du métier de relieur : nous nous plongeons avec délectation dans l'atmosphère feutrée, discrète de l'atelier de Mathilde où la lumière se la joue à la Rembrandt, parmi les fers à dorer, la colle, la mousseline, les cahiers cousus, les cuirs qui fleurent bon ; nous suivons tout au long du livre la restauration d'un superbe ouvrage sans titre, sans auteur, mais sans doute chargé d'histoire. Mathilde se voit déposer un beau matin ce gros et beau livre qui a souffert entre autre d'un incendie et le mystérieux client qui lui confie cette restauration meurt dans un accident quelques minutes après avoir fait sa commande. Alors notre relieuse se sent impliquée et va s'employer à retrouver l'identité de cet homme dont la personnalité l'a fortement impressionnée. Parallèlement, nous découvrons la vie de province dans cette ruelle où l'atelier est installé, avec ses artisans, ses rythmes rituels, ses ragots, ses amitiés aussi.
Le livre se lit précieusement ; rien de tonitruant, tout en finesse, lumière et contre-jour, émotion et délicatesse, dans la sensibilité et la tendresse mâtinée d'adresse que nécessite ce travail de reliure. Les personnages sont attachants, l'histoire intéresse, le contrepoint des morceaux choisis de Cyrano de Bergerac (Rostand) marque des silences musicaux et c'est toute l'assurance dans la retenue, la persuasion, le talent de l'auteur qui nous conduit à nous passionner pour cette nouvelle vie que Mathilde s'est choisie.
Ce "Paradis conjugal" à lire toutes affaires cessantes, raconte un film de Mankiewicz : Chaînes conjugales, ce qui n'est pas une des moindres surprises de ce roman. Curieuse mise en abyme qui nous fait suivre à la fois l'histoire d'Elsa dont le mari ne rentre pas ce soir-là et celle de trois femmes dans le film aux prises avec le départ d'un des trois maris ! Cela paraît compliqué et pourtant c'est un régal de regarder un film en le lisant. Alice Ferney nous fait découvrir les pensées, réflexions, interrogations de son héroïne qui regarde avec ses deux aînés ce film qu'elle joue tous les soirs depuis près de trois mois comme une fugue immobile au coeur de la crise de son couple. Les femmes reconnaîtront dans ce livre les strates de pensées qui les animent au sein de la conjugalité, les hommes s'ils en ont le courage apprécieront de découvrir ainsi l'intimité du monde féminin, d'autant que l'analyse qu'Elsa fait de sa vie se trouve éclairée par le scénario du film et tout autant par les réactions de son fils en contrepoint.
Vous aurez envie de souligner nombre de phrases, de relire moult chapitres, d'en discuter avec vos amies et amis, votre compagnon ou compagne. Ne vous privez pas du plaisir réfléchi de lire ce Paradis !
Un nouveau Nesbo, c'est un moment privilégié de lecture. "Le bonhomme de neige" ne vous décevra pas. Le commissaire Harry Hole, bien que moins imbibé qu'à l'ordinaire et plus désabusé encore, se trouve une fois de plus aux prises avec sa hiérarchie. Il est chargé d'enquêter sur des meurtres particulièrement violents et sadiquement mis en scène et se retrouve sur la piste d'un tueur en série. Le rythme est soutenu, les pistes se succèdent dans lesquelles le lecteur ne peut s'empêcher de superposer ses propres intuitions. Un excellent polar, une bonne étude psychologique de la société aussi.
L'histoire de Blanche, la petite dernière, arrivée "de travers" après trois garçons se déroule dans les méandres d'une vie autrement, fuyant souvent la réalité, se rassérénant de rêve, jusque tard dans le temps. L'écriture de Françoise Moreau est précise, attachante, subtile. Ce livre se savoure, lentement, il le faut pour mieux profiter de ce moment hors du temps qui pourtant s'ancre dans des souvenirs familiaux que nous pourrions partager.
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