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Les coups de cœur de Max Buvry de la librairie VAUX LIVRES à VAUX-LE-PÉNIL, France


  • Le choix des libraires : Arab jazz (3 choix) - Karim Miské - Viviane Hamy, Paris, France - 25/05/2012

Le 19ème arrondissement de Paris incarne l'exemple type du quartier cosmopolite, mélange à l'extrême et vie trépidante. Pourtant, au milieu de cette animation, vit Ahmed Taroudant. Solitaire, ces seules sorties sont réservées à son libraire favori, un vieil anarchiste arménien aussi solitaire que lui, qui vend ses livres au poids. Ahmed vit retiré dans son appartement au milieu des livres qui s'empilent et passe le plus clair de son temps à lire. Tout est bouleversé lorsque sa voisine Laura est assassinée après une mise en scène atroce et symbolique. Premier témoin de la scène du crime, cela réveille en lui des démons oubliés mais insuffle également une rage l'incitant à se lancer à la recherche des assassins. Le voici immédiatement ramené dans la réalité au coeur des histoires de religions du quartier (et d'ailleurs) à la rencontre des musulmans, juifs loubavitch et autres témoins de Jéhovah fous de Dieu de tous ordres «ceux qui colmatent leur gouffre, leur vide intérieur avec le béton de la certitude», de trafics de drogue et de corruption et au contact des flics atypiques chargés de l'enquête : Rachel Kupferstein qui l'attire immédiatement et Jean Hamelot, autant faux amants que soeur et frère. Au moment où une mystérieuse et surpuissante pastille bleue commence d'inonder les quartiers, les comportements de quelques-uns attirent son attention. Karim Miské mène de front une intrigue complexe, des digressions créant des ruptures et des variations de rythmes maîtrisées, et des portraits particulièrement réussis et réalistes.


  • Le choix des libraires : Il y a un an Hiroshima (1 choix) - Hisashi Tohara - Arléa, Paris, France - 25/05/2012

Hisashi Tôhara, un an après, a écrit le récit d'une page tragique de l'histoire de l'humanité, «Impossible de croire que cette scène appartenait au monde». Il a vécu l'explosion d'Hiroshima au plus près. La rentrée scolaire venait d'avoir lieu, Hisashi Tôhara était alors jeune lycéen, rempli d'espoirs et de rêves, fier de son pays et de sa culture et en une seconde, aussi inattendue que soudaine, tout s'écroula, la vie comme ses certitudes, la défaite s'imposait à tous et le Japon était vaincu. A cet instant, Personne ne connaît exactement les causes de ce cataclysme, la lumière puis l'obscurité puis la peur et la fuite. Dans un très court texte, il nous fait part de ses impressions, de ses sentiments (peur, culpabilité, courage, honte...) dans ces moments où l'homme se révèle à lui-même devant l'horreur et la peur, où l'instinct de survie prime parfois sur l'humanité et la raison : «J'étais effrayé par la force ignoble qui me rattachait à la vie».


  • Le choix des libraires : Tangente vers l'Est (1 choix) - Maylis de Kerangal - Verticales-Phase deux, Paris, France - 25/05/2012

Le Transsibérien accueille en sus des voyageurs classiques les appelés qui rejoignent leur garnison sans trop en connaître le lieu exact. Aliocha est de ceux là car il n'a pu éviter l'incorporation tant redoutée. Une fois dans le train, il décide de déserter et de descendre avant la destination finale. Sur un regard, par solidarité, Hélène, une Française l'accueille dans son compartiment, le protège et le cache. Comme lui, elle est en fuite, elle a quitté son amant russe et part à la rencontre du Pacifique à l'autre extrémité du pays. Tout les oppose dans cette promiscuité soudaine, il ne parle pas Français ni elle Russe, des regards, des gestes, sont les seuls partages possibles, une relation singulière se noue au coeur de la traque du déserteur, un îlot de calme au milieu d'une violence à peine contenue. Ce récit est aussi le roman des oppositions, par les personnages que tout sépare au milieu de passagers eux-mêmes hétérogènes, il dure le temps d'un trajet et pourtant le temps s'estompe tandis que les fuseaux horaires défilent, il se déroule dans un compartiment alors qu'il traverse l'immensité de la Russie, le roman est court alors que le voyage est long et le suspense grandissant. Maylis de Kerangal démontre encore sa grande maîtrise de l'art de la description, le récit est dense et nous offre un texte haletant et contrasté de deux personnages aux logiques différentes qui se rapprocheront de manière singulière le temps d'un long voyage dans le mythique Transsibérien.


Vatanescu vit en Roumanie avec sa famille dans une pauvreté extrême. Même ses rêves demeurent tristes, pourtant il aimerait tant offrir à son fils Miklos la paire de chaussures de foot dont il rêve. Vatanescu espère avoir trouvé la solution en rejoignant «l'entreprise» d'un trafiquant russe, marchand d'esclaves moderne qui ne recule devant rien pour accroître son pouvoir et sa richesse. Il rejoint les trottoirs d'Helsinki, mendiant sans papiers le jour, une caravane pour dormir à partager avec un camarade d'infortune. Mais la machine se dérègle rapidement et il est contraint de fuir. Lors de cette fuite, il fait La Rencontre ! Un lapin blessé lui tombe dans les pattes et ne le quittera plus : «Toi, mon lapin, je te protège, mais je ne te possède pas. Nous sommes frères». Ce couple improbable pourchassé par la mafia et la police entre autres prend alors la route et part à la rencontre de Finlandais hauts en couleur, pour la plupart atypiques et sympathiques mais aussi du m ode de vie si classique des pays développés. Ils approcheront aussi bien un vieil ours perdu la campagne finlandaise que les arcanes du pouvoir, pourtant Vatanescu n'oubliera jamais son but premier : offrir un paire de crampons à son fils ! Cette épopée burlesque voire ubuesque, hommage à un célèbre quadrupède finlandais et à son auteur, vous épatera par sa verve, sa bonne humeur et son ironie. Très rafraîchissant.


  • Le choix des libraires : Sauver Mozart (2 choix) - Raphaël Jerusalmy - Actes Sud, Arles, France - 24/05/2012

Le journal d'Otto J. Steiner s'étend sur la période de juillet 1939 à août 1940. Otto est un patient d'un sanatorium autrichien. Peu de visites, un fils disparu, la musique comme unique compagne, Otto est un expert, critique musical et son ami Hans vient encore régulièrement requérir son aide, ses avis. Les Nazis apprécient la musique, concerts, accompagnements de défilés ou autres manifestations et Otto les croise de loin, lui, «le poids mort» aux origines troubles («Je ne suis ni juif, ni non-juif.») qui regrette que la musique se range derrière ce pouvoir autoritaire. La peur atteint même les chambres, le docteur dirigeant l'établissement doit parfois donner des gages au pouvoir... Mais que faire depuis ce lieu contre Hitler et son pouvoir ? Chaque année, le Festspiele est organisé, les plus grandes huiles sont là, la programmation musicale et son interprétation ne souffriraient d'approximation. Otto ne manquera pas l'occasion et l'histoire aurait pu basculer, il s'en fallut de peu ! Et puis, un jour, les militaires occupent l'établissement. Soigner les malades n'est plus une priorité. Comme partout en Europe, le quotidien des malades devient oppressant, risqué, oppressant et Otto saura sereinement en rendre compte et participer à sa mesure à la résistance. En mêlant musique et maladie, Raphaël Jerusalmy offre une description singulière et maîtrisée non sans humour des premières années du nazisme en terre autrichienne.


  • Le choix des libraires : Nos vies désaccordées (2 choix) - Gaëlle Josse - Autrement, Paris, France - 24/05/2012

François Vallier, le narrateur, est un jeune pianiste, virtuose reconnu, il enchaîne les concerts. Tourbillon de succès, de travail, de réussite... Pourtant, une lettre marque un coup d'arrêt à cette vie rythmée, à cette course. Un infirmier psychiatrique l'informe qu'une de ses patientes écoute sans discontinuité ses CD, notamment ses interprétations de Schumann. Il reconnaît immédiatement Sophie, c'est elle, «Sophie était donc chez les dingues ?». Il doit aller la chercher. Immédiatement. Il a aimé Sophie, passionnément, puis il l'a abandonnée dans un moment dramatique. Il reprend la partition de leur vie, de leur rencontre, «... Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles...». Il se retourne, fait le point avec sincérité et lucidité sur son passé, pas tendre avec son caractère et ses actes passés, mais peut-on rejouer deux fois la même partition, en tout cas, «J'ai toute la vie pour y arriver».


Audrey est une jeune SDF. Pas n'importe quelle SDF : devenue miss SDF à Bruxelles, elle espère en un nouveau départ grâce à l'hébergement et la formation offerte par cet étrange concours. Claire une journaliste vient à sa rencontre et lui propose un voyage aux sources, retour à Nice sur les traces de son enfance. Retour sur un univers qu'elle a fui, préférant l'isolement et le dénuement à la compagnie de sa mère adepte des témoins de Jéhovah. Jacques, le père de Claire, accepte de l'héberger. Jacques qui, enfant, a échappé de peu à la déportation, est devenu un vieux solitaire, sexagénaire sauvage et taiseux bien éloigné de sa fille («L'homme est gauche, tente d'être jovial. Humain. Il se donne du mal. Piètre comédien.»). Jacques s'est créé un sanctuaire protecteur contre ses souvenirs, ses fantômes, ses angoisses. Cependant, l'arrivée d'Audrey le bouleverse. Les deux personnages totalement opposés à tout point de vue n'ont en commun que la douleur de leurs passés. Deux écorchés vifs avec des mémoires qui n'ont conservé que le pire, des souvenirs omniprésents qui les minent. Pourtant, souvenir après souvenir, rêve après rêve, cauchemar après cauchemar, ils vont se rapprocher, apprendre à se connaître, à s'apprécier, à s'apprivoiser autour des fourneaux de la cuisine. Deux rescapés qui vont s'entraider et tenter «de construire une histoire d'avenir avec un passé», d'apprivoiser au mieux la noirceur de leurs souvenirs, car les noyer serait impossible.


A la veille de son exécution, Socrate aurait souhaité «une leçon de flûte avant de mourir» et Édouard reprend à son compte ce voeu ultime : «Alors moi, figurez-vous, d'abord je ne vois pas pourquoi je ne me comparerais pas à Socrate, en toute immodestie. Ayant le même âge, le nez gros, et étant pour ainsi dire en prison. Donc, j'apprends à jouer du violoncelle avant de mourir. Voilà». En effet, l'âge ne lui permet plus de jouer avec autant de brio du violon et l'apprentissage de ce nouvel instrument lui offre une dernière très belle rencontre en la personne du jeune Gilles Vanneau, une belle et franche amitié où chacun dans sa différence soutient l'autre. La musique prend toute sa place au coeur de cette amitié apportant sérénité, paix et joies intimes, elle les unit, les rapproche, les soude indiciblement. Les deux amis habitent un immeuble délabré occupé par des personnes âgées accompagnées d'une concierge presque caricaturale. La démolition du bâtiment est programmée...
Peur du départ en maison de repos... Peur de la mort hantent les plus âgés. Cette petite société offre entraide, solidarité, amitié, mais aussi mesquinerie, méchanceté, jalousie ? Jacques-Etienne Bovard observateur attentif décrit avec tendresse et humour ce petit monde modeste et son quotidien jusqu'aux ultimes instants, en toute sa simplicité.


  • Le choix des libraires : Sur la pointe des mots (1 choix) - Marie France Versailles - Luce Wilquin, Avin, Belgique - 24/05/2012

«Sur la pointe des mots» construit un pont entre deux femmes, deux femmes aussi proches qu'éloignées. Dhuoda, duchesse, vit exilée à Uzès en 842. Son fils lui a été arraché, elle sait qu'elle ne le reverra plus et choisit de lui écrire un petit manuel pour lui confier tout ce qu'elle n'a pu lui dire. La narratrice, dans les années 2000, est à un tournant de sa vie, ses enfants sont partis, elle est à la retraite. Pour les deux, le temps passe. Que faire pendant ce laps de temps inconnu qui leur reste à vivre ? Que vont-elles léguer ? Le style est travaillé, les mots pesés, pour ce roman ou essai («Qu'est-ce qu'un manuel, celui de Dhuoda, ou mon petit essai ?») qui défend que les écrits restent, fiction ou réalité peu importe, et qu'il est possible de vieillir avec une légèreté parfois nostalgique et de tendre avec bonheur et sérénité la plume à ceux qui resteront.


  • Le choix des libraires : Soucougnant (1 choix) - David Chariandy - Zoé, Carouge, Suisse - 24/05/2012

«Que fait-on avec une personne qui, un beau jour, déverse le contenu de son esprit dans le ciel ?». Le plus jeune fils revient chez sa mère. Très jeune, elle eut des comportements singuliers, oubliant les mots, les choses, réactions de plus en plus étranges provoquées par une sénilité précoce, «maman s'est mise à oublier de façon plus créative». Ses deux fils la quittent mais le plus jeune ne pourra l'oublier, la laisser seule plus longtemps que deux ans. Il revient pour l'aider, et devient sa mémoire. Il revient sur l'histoire terrible de cette femme intimement liée à l'histoire de la Caraïbe. Une île qu'elle aime mais qui éprouvera fortement cet amour : l'installation des soldats dans l'île, la prostitution, l'exil au Canada et le racisme... Un passé aussi éprouvant que le présent affecté par cette maladie destructrice provoquant une déchéance physique et psychique de tous les instants qu'il apprend à gérer et supporter, les moments de répit étant rares d'autant plus que les attaques de la terrible Soucougnant se répètent. Une langue lumineuse au service d'une chronique bouleversante d'un fils dévoué et aimant au coeur d'une lente érosion.


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