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Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
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Ravalec publie chez Panama son deuxième roman pour la jeunesse (le premier s'intitulait "Ma fille a quatorze ans", éd. J'ai Lu). Une fois dépassée une légère impression de fausse facture, due au français kiskose et aux réflexions philosophiques que l'auteur met dans la bouche de son personnage, je me suis laissé séduire par le ton drôle et spirituel de ce récit en forme de journal par un garçon de treize ans. Qui ne serait séduit d'ailleurs par cette affirmation prometteuse, page 9 : "Beaucoup de gens pensent que le fait d'avoir douze ou treize ans interdit toute réflexion personnelle. Je peux vous assurer que c'est complètement faux. Au contraire. C'est un âge où l'on réfléchit beaucoup." Où l'on réfléchit à quoi, en tout premier lieu ? A la façon d'aborder les filles, bien sûr... Ses copains portent des prénoms invraisemblables d'ados Bobos (Mathieu-Akim, Marc-Fabien, etc.), il a compris que sexe et amour sont "toujours associés", que les magazines féminins "sont des revues porno déguisées". Surtout, il a pressenti que "les filles sont encore plus compliquées qu'elles n'y paraissent" (sic)". Alors, il est bien décidé à enquêter afin de savoir comment ça marche, une fille.
La tignasse gominée, affublé de grandes lunettes aux verres blancs empruntées à l'ex de sa mère (un psychanalyste), il s'en va interroger les filles, dans la rue, dans l'autobus, sous couvert d'une enquête pour "trop-pas.com", le site web qui déchire tout, pure invention de sa part...
Un roman à la fois tendre et pétillant. Le mélange de crânerie verbale et de fragilité qui caractérise ce gamin est tout simplement désarmant.
Plus que jamais, je suis tombé sous le charme de la petite musique du texte.
Claude Ponti est un écrivain, on l'oublie parfois tant ses dessins sont spectaculaires et envoûtants. Avec ce nouvel album, on goûte avec un plaisir infini les qualités d'un très beau texte ; puis on entre dans l'histoire, on se laisse emporter par elle. Comme toujours chez Ponti, le lecteur est roi ; c'est pour lui, pour son plaisir, que l'histoire est déroulée, comme on déroule un tapis magique ; et Ponti entraîne son petit monde dans un voyage extraordinaire... Cette fois, nous sommes dans une ville, et non la moindre : Paris. Le travail de l'auteur pour les décors est époustouflant, les couleurs sont magnifiques. L'architecture parisienne, toute de rectitude et de géométrie, volerait presque la vedette aux arabesques Art Nouveau et aux florilèges verdoyants d'habitude si chers à l'auteur... Mais voilà, le Paris des Zéfirottes, ces petits êtres de l'ombre grâce auxquels la ville et ses murs tiennent debout (ils sont à l'oeuvre partout, dans l'épaisseur des murs, dans les sous-sols) va se trouver menacé : des tonnes de mauvaise herbe envahissent la ville à toute allure, et voilà Paris bientôt proche de l'asphyxie. Heureusement, les Zéfirottes veillent, et ces anges gardiens pour qui la nature n'a aucun secret vont se mettre au travail... Que dire, sinon que c'est du tout grand Ponti !
Il est proposé par une multitude de listes de lecture, ce qui démontre l'intérêt réel que le public lui porte depuis sa première parution en 1997. Il était épuisé. C'est donc avec plaisir que l'on accueille la réimpression de ce magnifique album. Né en 1960, Claude Goiran est artiste peintre ; on sait aussi de lui qu'il a été travailleur social, la nuit, dans un foyer d'accueil pour adolescents (l'est-il encore ?). Ses tableaux sont marqués par l'obsession de la terre (aride et inhospitalière), la fréquentation de la mort, et, thème que je retiendrai en particulier ici : les mondes nocturnes. Goiran a exposé pour la première fois à Nice, sa ville natale, en 1982 ; il avait 22 ans.
Le principe de cet album est simple. Chaque double page donne à voir l'illustration (à droite, pleine page) inspirée à Goiran par chacune des strophes du célèbre poème d'Eluard (page de gauche, dans une conception graphique intéressante due à Christel Fontes, qui travaillait pour Flammarion à l'époque et qui fait aujourd'hui partie du studio d'Actes Sud).
Ce qui frappe d'abord, c'est la grande liberté que s'est octroyé Goiran dans cette entreprise au fond assez risquée, tant par les sujets de ses tableaux que par la diversité des techniques utilisées (lavis, craies grasses,collages, papier froissé, etc.). C'est ainsi que, pour la strophe «Sur le fruit coupé en deux / Du miroir de ma chambre / Sur mon lit coquille vide / J'écris ton nom», Goiran a vu La Chambre de Vincent Van Gogh à Arles, mais tout en rouge, et dont il a ostensiblement banni les paires (l'analyse courante du tableau de Van Gogh insiste sur le fait que les objets y figurent par paires). Ou bien, pour la strophe «Sur l'absence sans désir /Sur la solitude nue / Sur les marches de la mort / J'écris ton nom», Goiran représente le sinistre portail d'Auschwitz (portail d'entrée des trains dans le camp de Auschwitz-Birkenau). Aucune des références, qu'elles soient artistiques, culturelles ou historiques, n'est "légendée". Il faut le savoir...
Alors, ce qui frappe en second lieu dans cet album inclassable, c'est la
rencontre - si l'on peut le présenter ainsi - de deux visions poétiques,
l'une s'exprimant par les mots de Paul Eluard, l'autre par les images de
Claude Goiran, d'une manière qui, s'agissant de ce dernier, ne peut être
qualifiée d'illustration sous peine de réduire le travail de l'artiste.
C'est une interprétation, comme on le dirait d'un soliste par rapport à une
partition.
Découvrir pour la première fois cet album requiert donc, plus qu'une attention particulière, une disponibilité totale, que va peu à peu venir traverser la profonde mélancolie qui se dégage de l'ensemble, jusqu'à la strophe ultime du poète, quand revient l'espoir ?
Je laisserai le lecteur découvrir de quelle manière Goiran ouvre son parcours et le referme.
Rarement, un album de «poésie illustrée» aura, comme celui-ci, su dépasser les limites du genre et s'imposer comme une oeuvre à part entière.
La parution de Ghislain, au printemps dernier, m'avait convaincu que Laure Monloubrou est une auteure-illustratrice en qui l'on peut placer de grands espoirs. Kaléidoscope ne s'y est pas trompée, publiant cette rentrée un nouvel album qui, cette fois encore, traite des sentiments des tout petits (Ghislain était ce petit bonhomme solitaire et dédaigneux, refusant la compagnie des autres enfants de la classe maternelle, jusqu'à ce qu'un événement fortuit lui démontre tout l'intérêt qu'il y a à s'entraider).
Nous ne quittons pas l'école maternelle et, modifiant quelque peu son style de dessin, Laure Monloubou nous présente Hippopo et Sourisso, "les meilleurs amis de la terre, à l'école Les Prés Verts, ils sont toujours ensemble malgré leurs différences de caractère". Et l'histoire montre ces différences (tout comme, par métonymie, l'aspect physique des deux compères : souriceau rikiki et hippo costaud) pour démontrer qu'au fond c'est très bien d'être différents, parce qu'on est complémentaires. Même si, des fois, on fait tout à l'envers de l'autre qui ne le comprend pas... L'équilibre dans la composition de cet album est remarquable, de même que le texte, qui se déclame comme une comptine.
Parfait !
C'est un livre d'histoire culturelle, richement illustré, réunissant des articles scientifiques de plusieurs disciplines (sciences, religions, art et littérature, anthropologie), sous la direction d'un professeur de littérature et d'ethnologie à l'université de Metz, Jean-Maire Privat.
Un livre de spécialistes qui ont à coeur de mettre leur savoir à la portée de tout un chacun. En tant que libraire jeunesse, je me suis naturellement jeté sur l'article intitulé "Raconte-moi les dragons", consacré aux dragons dans la littérature de jeunesse contemporaine, par Marie-Christine Vinson, maître de conférence à l'IUFM de Lorraine. Afin de renouveler l'approche d'un sujet, précise-t-elle, largement traité par ailleurs, l'auteur s'est intéressée aux livres qui mettent en scène, face au dragon, non plus un héros mais une héroïne, non plus un garçon mais une fille. Ceci, avance l'auteur, afin de mieux cerner ce qu'elle appelle les "bricolages" opérés par les raconteurs d'histoires sur le fonds légendaire et mythologique. Il en ressort que le merveilleux des contes est souvent au rendez-vous, mais que les codes sont détournés, les dragons perdant de leur monstruosité à mesure qu'ils gagnent en caractères humains ; ceci n'est pas dû au hasard et l'auteur propose une interprétation que n'auraient pas reniée les féministes en leur temps...
De l'anthropomorphisme à la domestication, il n'y a qu'un pas, franchi allègrement par certains auteurs d'albums pour enfants, comme le montre encore Marie-Christine Vinson. Quant aux histoires d'inspiration plus religieuse, le dragon y est devenu un sujet de compassion, mettant en valeur la sainteté des filles qui ont compris comment venir à bout des forces obscures...
Enfin, un dernier modèle consiste en la femme-dragon. Mais ici encore, les représentations anciennes sont balayées par les auteurs contemporains, à l'instar de Carolyn Baker et de sa Dragonella. En conclusion, Marie-Christine Vinson note que les auteurs contemporains ont su modifier la figure du dragon ("comme ces bons vieux jouets qu'on se passe de génération en génération") et l'adapter en particulier aux petites filles.... qui le lui rendent bien et deviennent des "meneuses de dragon".
Cet ouvrage, issu d'un colloque organisé en septembre 2005, constitue un bon prolongement à l'exposition qui se tient jusqu'au 6 novembre au Jardin des Plantes à Paris. (On le retrouve d'ailleurs dans l'impressionnante bibliographie disponible sur le site de l'expo, http://www2.mnhn.fr/dragons, elle-même accompagnée d'un album de 87 pages dirigé par Anne Roussel-Versini.)
Hors collection, Milan propose ce joli recueil de contes insolents, réunis par Albena Ivanovitch-Lair et adaptés par Mario Urbanet.
Insolents parce chacune de ces courtes histoires met en scène un personnage qui, par son insolence ou sa repartie, déjoue un plan néfaste ou conquiert une heureuse situation. Des contes dont le départ est souvent édifiant, tel celui qui se déroule dans une province de la vaste Mongolie où "la jalousie faisait parfois naître des problèmes quand il n'y en avait pas". Cependant le moralisme ou le "bon sens" sont rarement présents à la fin. Ce qui rend ces histoires fort plaisantes, d'autant plus que les illustrations d'Elodie Balandras, à la Père Castor, sont ravissantes.
Remarquable album que celui-ci.
Christine Féret-Fleury, dont on a peine à suivre la bibliographie tant celle-ci touche à tout (romans pour enfants ou pour adultes, fictions documentaires, albums...), prend ici au pied de la lettre l'expression trouver le sommeil.
"Je n'ai pas pu trouver le sommeil", a expliqué maman ce matin pendant le petit déjeûner. Comme elle avait l'air fatigué ! Alors, la petite fille décide que, le soir même, elle s'en ira à la recherche du sommeil pour le porter dans la chambre de maman...
Au lecteur de deviner qui, de la petite fille ou de sa maman, peut bien être à l'origine de cette quête quotidienne.
Les illustrations de Mayalen Goust sont ravissantes, oniriques, extrêmement travaillées. Cette jeune illustratrice (elle est née en 1976) fait montre d'un talent exceptionnel, avec cette sorte de sophistication généreuse et de profondeur qui fait songer à Rebecca Dautremer ou Eric Puybaret.
Un très bel album, dont la magie nous entraîne bien au-delà du livre à thème sur le sommeil.
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