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Le choix des libraires : Tribulations d'un précaire (1 choix)
- Iain Levison
- Liana Levi, Paris, France
- 14/10/2007
L'auteur-narrateur, expert en petits boulots, parcourt les Etats-Unis à la recherche du job qui lui paiera enfin son loyer et sa pitance. Ses travaux et ses jours passent ainsi sans espoir de repos ou de stabilité.
Iain Levison a l'art de nous mettre joyeusement de son côté dans son combat impitoyable contre la précarité avec un sens de l'humour savamment distillé. Aucun misérabilisme dans ce compte-rendu sans concession de la misère laborieuse. Ce texte rend prégnant une réalité intangible de nos sociétés que nous soyons d'Amérique ou d'ailleurs. Et s'il fait mouche à chaque nouvelle mésaventure en nous racontant par le menu son quotidien d'employé, c'est parce que l'auteur ne glisse jamais vers le pamphlet politique. Son sens de l'absurde en fait une critique efficace et drôle, un véritable petit traité sceptique à l'usage des travailleurs et de tous les autres.
L'auteur invente une suite fort convaincante au célèbre roman de Flaubert avec audace et humilité. Contre ce qu'a pu en dire le créateur d'Emma, Philippe Doumenc postule qu'il y a eu assassinat dans la mort de l'héroïne. L'auteur du XXIe siècle dépêche donc deux policiers de la Restauration pour étayer sa thèse. Défilent alors devant nous et les deux inspecteurs tous les personnages du roman flaubertien, tenus de justifier leur emploi du temps.
Doumenc éclaire d'un jour nouveau ces habitants d'Yonville, devenus célèbres. On sent la tendresse particulière qu'il a pour quelques-uns, l'envie qu'il a de ne pas sauver du mépris flaubertien d'autres personnages, trop repliés dans le confort bourgeois et hypocrite de ce XIXe siècle si bien peint par Flaubert et ressuscité ici.
Une des grande réussites de ce roman, en effet, est d'avoir donné vie aux personnages négligés dans Madame Bovary : on découvre, par exemple, une Madame Homais, héroïne tragique et sacrificielle, ou encore le petit Justin, l'aide du pharmacien en amoureux malheureux et généreux.
Ainsi, en plus d'une enquête policière passionnante, l'auteur sait nous faire entrer dans l'espièglerie de son jeu littéraire qui, devant la statue du commandeur Flaubert, oscille entre grief et admiration, provocation et reconnaissance. En tout cas, comme ses inspecteurs, Doumenc réussit parfaitement à «s'infiltrer».