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Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
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En amenant son fils à l'école, Matteo tombe en plein milieu d'un règlement de comptes dans les rues de Naples. Son petit garçon prend une balle perdue au ventre et décède dans ses bras. Matteo et sa femme, Giuliana, sont anéantis, et perdent toute raison d'être. Si Giuliana entre en colère comme on entre en croisade, Matteo quant à lui erre comme une ombre dans la ville des nuits entières. Jusqu'au jour où il rencontre une drôle de confrérie, quatre personnages originaux et pleins de compassion, qui le pousseront à rejoindre le royaume des morts, à passer la porte des enfers, pour retrouver et ramener son fils à la vie.
Pas de doute, Laurent Gaudé n'a rien perdu de sa force narrative. Suivre ses personnages se débattre avec leurs destins tragiques dignes des contes mythiques de nos ancêtres est un régal. La description des enfers, avec pour guide une âme en perte de son être, à la manière de Dante, est d'une originalité rare. On retrouve un peu du Soleil des Scorta, un peu de La Mort du Roi Tsongor, dans cette balade aux bords du Styx, dans le noir et la lumière de ces rudes combats contre la vie et la fatalité. Et l'on termine le roman en ayant déjà hâte de lire le prochain.
Pertuiset est un drôle de chasseur de lions, qui détient ce «titre» par lègue, avant d'avoir jamais rien croisé de plus sauvage que les chats de Montmartre. Décidant de mériter cette hérédité hasardeuse, il s'envole pour l'Afrique à la rencontre du plus dangereux des animaux. Mais lorsque son heure de gloire arrive, il s'endort dans les arbres les soirs de chasse, se fait voler sa proie, ou se coince la tête dans un arrosoir en voulant imiter le lion noir.
De mensonges en délires, il finit par monter une expédition rocambolesque en terre de feu pour retrouver l'or des incas, à l'endroit que lui a indiqué sa fiancée, suite à une séance d'hypnose des plus douteuses.
Il est aventurier, c'est certain, on ne peut lui enlever cela : sa fougue, sa persévérance, sa soif de découverte, malgré les échecs, malgré les rires et les moqueries.
Sa vantardise est à l'image de sa gigantesque carrure, trop grande, trop grosse, maladroite et, bien qu'amusante, foncièrement inutile.
Pourtant, ce lourdaud Tartarin de Tarascon est ami du fin Manet. L'anticonformiste, l'intelligent, l'érudit et sensible Manet.
Les liens d'amitié recèlent parfois des mystères aux retombées improbables. Pertuiset passant à la postérité non par ses faits d'armes absurdes, mais par sa condition de sujet du maître dans le tableau «Un chasseur de lions».
A travers la figure de cet aventurier fantasque oublié, c'est tout le XIXème siècle que l'auteur fait revivre, et surtout le Paris des artistes mi-bourgeois mi-révolutionnaires. La commune, le siège de Paris, la naissance de l'impressionnisme, le rejet et l'admiration de ces artistes d'un genre nouveau, leurs relations complices, effervescentes, autant qu'exigeantes et sans compromis.
Les faits sont précis, souvent amusants, toujours intéressants, comme la langue. La présence du narrateur-écrivain, sur les traces du héros, laisse comme une traîne de mélancolie, pas franchement utile au récit, mais tout à fait sensible et prégnante. Un roman tragico-comique agréable.
Il dit d'elle qu'elle avait les yeux plus bleus et gris que le ciel de ses montagnes suisses. Il dit d'elle tant de choses vraies et fragiles. La véracité ne tenant qu'à l'évocation. Dans toute sa puissance puisque seule son évocation reste d'elle. Dans son souvenir d'elle et de lui, de lui contre elle. Il dit tant de lui aussi. Il se maudit et la chérit. Il se maudit dans son amour à elle. Dans ses manques à lui. L'écriture comme seule rédemption, comme ultime déclaration d'un amour total.
Lorsqu'une plume aussi pleine et déliée que celle de Jacques Chessex se donne le temps et la verve d'accompagner son amour à sa mère, il reste comme une admiration indicible pour l'auteur et son oeuvre, malgré lui sans doute.
Madame vit dans une grande maison sarde, loin de tout, mais au coeur de l'essentiel : les odeurs sauvages, la mer alanguie, le ciel déployé, les voisins biscornus. En lutte passive contre les promoteurs immobiliers, en illusions actives contre ses amants trop souvent de passage, Madame est hors cadre, hors norme, rêve et construit dans le même temps, sauvegarde et s'échappe à chaque instant. La narratrice, sa jeune voisine de 14 ans, ingénue et sensible, drôle et imaginative, relate ses petits riens de tous les jours, et ses grandes choses de toute sa vie, d'une voix douce et espiègle.
Milena Agus nous revient et confirme tout son talent. C'est d'un charme prégnant qu'elle distille sa poésie et son goût de l'originalité dans ce récit sans intrigue. Ce n'est qu'arrivé à la fin que l'on se rend compte à quel point l'on a été envoûté. Encore !
Jack naît le jour le plus froid du monde, dans l'une des contrées les plus froides du monde. Son coeur en reste gelé, et il faut tout le génie de la sage-femme-docteur-sorcière-chaman Madeleine pour lui confectionner un drôle de dérivatif sur une horloge en bois, avec coucou intégré comme il se doit. Mais voilà, ce coeur-horloge demande quelques précautions d'usage, pour ne pas le surcharger d'émotions et surchauffer le coucou : éviter toute colère et surtout tout sentiment amoureux. Arrive ce qui doit arriver, little Jack tombe en pamoison devant la petite Miss Acacia, espagnole aux chants latins et aux danses flamenco ensorcelants. C'est le début d'une grande aventure, celle de l'amour et de la vie, des sens contre la raison.
Pour son deuxième roman, Mathias Malzieu nous transporte dans un univers «timburtonien» à souhait, avec délectation et panache. La métaphore est jolie et les images trouvées par l'auteur pour décrire les sensations de ses drôles de personnages superbes. Un beau livre pour passer un très bon moment entre rêve et cauchemar.
La chanson de Charles Quint relate un évènement majeur dans l'histoire de l'auteur : la disparition de sa femme. Ou plutôt de son amour. De son seul amour. En tous les cas, du seul «amour unique» qu'il connut, dans la multitude de ses amours «morcelés», comme il les définit. C'est aussi son histoire de frère. Une relation fraternelle aux liens profonds, bien que tendus dans leur volonté si farouche d'être aussi différents que deux frères peuvent l'être. La chanson de Charles Quint parle donc d'amour, de sentiment amoureux, et fraternel, amical aussi, filial parfois. D'amour et de mort. D'une vie d'amour dans la mort de l'autre. De vie par-dessus tout, avec ses morts, ses fantômes, ses souvenirs et ses mille regrets, ses illusions et ses millions de petits bonheurs.
Erik Orsenna livre ici le plus intime des souffles. Celui qui forge un homme, et qui le porte.
Cipriano Parodi est un jeune auteur vénitien à l'imagination foisonnante. Lorsqu'il reçoit une invitation de la part de Caspar Jacobi, écrivain contemporain déjà mythique, à venir le rejoindre à NY pour travailler dans son équipe, il ne se doute pas des effrayantes épreuves qu'il devra affronter. Cipriano, d'abord sous le charme de Jacobi, voit petit à petit ses illusions partir en fumée, et son imagination se mettre à la merci de celle de son maître. Et puis c'est tout son imaginaire qui semble incorporer celui de Jacobi, pour finalement s'insinuer imperceptiblement dans le réel, comme si la frontière entre imagination et réalité n'était qu'artificiellement maintenue par la seule volonté désuète du lecteur.
C'est un rêve, une fable vénitienne digne d'un Fellini, teintée de la magie d'un Hugo Pratt, que nous propose Alberto Ongaro. Extraordinaire roman, tant par son écriture que par son originalité, où le lecteur est probablement le plus envoûté des personnages, et ne peut s'assurer totalement de garder un pied dans la réalité à la fin de sa lecture.
Italie, 1527. La peste frappe le pays. Un homme s'est enfui de Florence où la maladie sévit, et arrive aux portes d'une petite ville toscane encore épargnée.
Cet homme est un prince, un conseiller des rois, un homme de lettres, de connaissances, un être qui a longtemps eu droit de vie et de mort sur ses congénères par sa simple parole.
Il connaît le monde, il connaît la vie, et surtout la mort, il connaît les hommes, et leurs vices, il connaît le pouvoir, ses rouages, ses limites, ses devoirs, ses droits et ses excès.
Cet homme est Machiavel. Il se croit encore Prince sans doute. Mais il vient de Florence la maudite, et plus rien ne compte. Ses titres sont sans valeur, ainsi même que ses diamants.
La peur a raison de tout, et lorsque le peuple n'ose plus boire ni manger, l'argent et le pouvoir n'ont plus de signification.
Le Prince Machiavel est littéralement mis à nu, on l'observe, on cherche les petites tâches grises, on n'en trouve pas, puis on le fait rentrer dans la ville.
Quelques jours passent, et la mort s'abat à nouveau. Elle rôde dans la cité, s'insinue dans chaque recoin, s'engouffre, et finit par s'établir en maîtresse sur son nouveau royaume.
Lorsque brûler les cadavres ne suffit plus, on s'en prend aux vivants qui les ont approchés, aux sorcières, aux juifs, aux parias, à tous ceux qui pourraient représenter la cause de ces malheurs.
Lorsque même les bourreaux ont peur de la mort, c'est que la barbarie a atteint son âge de raison.
Machiavel se cache, rôde, un couteau en main, trouve refuge dans une auberge abandonnée, et tente comme il peut de survivre à ce cauchemar.
Il sauve un jour une jeune fille de la torture et des flammes. Une jeune fille qui montre manifestement les signes avant-coureurs de la peste. La sauver, c'est déjà s'attacher.
Il la protège, la soigne tant qu'il peut. Il l'aime.
Voici probablement l'ovni littéraire de la rentrée. Christophe Bataille imagine les jours de Machiavel lors de la peste de 1527, en se basant sur ses écrits.
Il lui crée cet amour, le dernier, celui peut-être de la rédemption.
Derrière l'anecdote, c'est Machiavel lui-même qu'il réinvente, réhabilite. L'homme qu'il fut, au-delà de l'image populaire qui en est restée.
Un homme hanté, qui a peur, qui veut vivre, qui aime encore, qui observe, qui pense et qui s'émeut.
Ce n'est pas un diable humanisé. C'est un homme, tout simplement. Et voilà l'autre partie de ce roman mystérieux : une réflexion imagée et implicite sur la condition humaine.
La langue est riche, soutenue, très belle, à la fois classique et moderne. C'est un long rêve que nous propose de visiter l'auteur. Un long rêve qui s'éternise dans une réalité imaginée. Certains le trouveront impénétrable, sans doute. On se dit que Christophe Bataille est trop ambitieux. Et puis on termine le livre sans même s'en rendre compte, et on loue son auteur de nous offrir quelques bouts de ses ambitions démesurées.
Sorti de l'enfer des tours du World Trade Center, Keith revient à l'appartement de son ex-femme, couvert de cendres et de sang, divaguant à moitié, comme par instinct, une mallette qui ne lui appartient pas dans la main. «L'après» se déroule tout seul, sans heurt et sans volonté, chacun suit les traces de ses névroses et retourne sans cesse sur ses pas. Si Keith reprends une vie de famille depuis longtemps abandonnée, c'est dans les bras d'une autre rescapée qu'il tombe, comme sa femme tombe dans les oublis de ses patients atteints d'Alzheimer, qui font tout pour se rappeler comment c'était avant. Mais c'est comme si «avant» n'existait plus pour personne. L'apocalypse semble née le 11 septembre et ne cesse de s'étendre, moins chaotique que méthodique. Les vies ne se reforment pas tout à fait, et chacun est cet «homme qui tombe» des toits ou des gares, dans une mise en scène macabre et dérangeante, de «l'art de rue» pour crier en silence un mal-être touchant toute l'Amérique.
Don DeLillo retrace avec un grand talent les névroses de ses personnages, d'une plume sensible, aussi trouble et nerveuse que cette Amérique assommée de l'après 11 septembre, ce colosse qui vient de s'apercevoir que ses pieds sont d'argile. Voilà un témoignage rare de la culture américaine telle qu'elle se redéfinit depuis 2001.
Pietro n'est pas là lorsque sa femme fait une rupture d'anévrisme sous les yeux de leur fille Claudia. Il n'est pas là car il est en train de sauver une inconnue de la noyade. Pétri de culpabilité, il décide de passer ses journées devant l'école de Claudia, dans sa voiture la plupart du temps, dans le café du coin ou le parc mitoyen. Il observe la vie alentour, les habitants du quartier, les passants, et porte un regard tendre et amer, cynique et doux, sur la vie qui continue son chemin. Il attend. Mais il ne souffre pas. Il est dans cette phase étrange où le drame est bien présent mais n'a pas encore explosé en lui, ni en sa fille d'ailleurs, dans un «chaos calme» comme il le définit.
L'enchaînement des conséquences de cette immobilité porte tout son entourage, personnel et professionnel, à venir se liquéfier dans sa voiture, chacun y allant de son malheur, de la triste anecdote qui a bouleversé sa vie. D'abord objet de compassion, Pietro devient l'analyste involontaire de son monde, l'oreille attentive et discrète dont ces êtres au bord de la rupture avaient besoin. En tous les cas jusqu'à ce que sa fille vienne remettre quelques pendules à l'heure.
Un roman fort, très bien écrit et aux idées souvent originales. Un sens du retournement absurde digne de Beckett, un existentialisme doux, entre humour tendre et cynisme noir. On referme ce livre en regrettant déjà que ses personnages ne nous accompagnent pas plus longtemps. Une réussite.
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