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Les coups de cœur de Véronique Marro de la librairie MOLLAT à BORDEAUX, France


«Avant-dernière boucle de mon pauvre royaume de toutes petites rives», Les désarçonnés est bien le septième chapitre du Dernier royaume, entamé par Pascal Quignard depuis dix ans, composant un ensemble singulier tant par la forme puisqu'il ne s'assigne à aucun genre littéraire que par le fond qui mêle fragments autobiographiques, étymologiques, mythologiques, historiques.

Ce volet s'intercale donc entre La barque silencieuse (tome VI) publié en 2009 et Vie secrète (tome VIII), publié en 1998...

«Tant que titubant je n'ai pas su mes lettres - tant que je n'eus pas l'idée fantastique de me retirer dans la lecture (à l'âge de cinq ans) et d'y perdre l'identité au cours d'un voyage alimentant à son tour un récit de voyage dans fin - je suis resté assis sur la pierre du caniveau de la grand-rue à regarder le Père Français en train de brûler longuement la corne des sabots tandis que l'animal gigantesque branlait du chef et hennissait. J'aimais la puanteur intense et la peur que m'inspirait le volume immense des chevaux de labour des fermes à l'entour ainsi que des deux grands chevaux blancs de mon cousin brasseur de bière. J'aimais les chevaux de trait des Ardennes, énormes, robustes, placides [...] Je suis resté des heures, des heures, des heures, accroupi face au grand travail, les mains sur les genoux nus. Tout travail pour moi est d'abord cet échafaud de bois où s'enfonce un cheval qui regimbe.»

Lire Les désarçonnés de Pascal Quignard c'est faire l'expérience d'une traversée unique, hors temps (en dehors de cette actualité appelée «rentrée littéraire»), s'engager au plus profond d'une forêt tour à tour lumineuse et opaque, risquer de se perdre pour espérer mieux s'y retrouver. Ce rapt - ou ravissement - est à l'image des animaux fascinants qui peuplent ce royaume (chevaux, cerfs, vautours, sangliers, loups..), et figure aussi le coeur même de notre naissance, de nos lectures ainsi que, chez l'auteur, le secret de son écriture et de sa vie : consentir à la chute puis se relever, s'abîmer pour renaître dans le vertige infini de la création. Les exemples de ceux qui tombent de cheval abondent dans l'histoire et la littérature, éclairant peu à peu la métaphore qui n'en est pas moins saisissante de réalité :

«Pour Lancelot, pour Abélard, pour Paul, pour Pétrarque, pour Montaigne, pour Brantôme, pour d'Aubigné etc. ils tombèrent de cheval, ils eurent le sentiment d'avoir glissé dans la mort - mais soudain ils se sentent revenir de l'autre monde. Ils sont revenus dans ce monde. Leurs mains serrent quelque chose. Les écrivains sont deux fois vivants.»

Survivant à la dépression avant d'entamer sa Vita nova (ainsi nomme-t-il Vie secrète qui justifie alors sa place dans Dernier royaume), Pascal Quignard fait ici l'éloge de la renaissance et du retrait, de la solitude originelle et fondamentale, donc du désarçonnement nécessaire au siècle :

«Jacob est forcé de fuir ses frères, Tchouang-tseu s'écarte, Épicure s'écarte, Pline s'écarte, saint Basile s'écarte. Même l'empereur Tibère s'écarte. Les grands mystiques sont les grands désarçonnés, les grands renversés, les grands emprisonnés, les grands excommuniés : Maître Abélard, Maître Eckhart, Hadewijch d'Anvers, Ruysbroeck l'Admirable, Jean de La Croix.»

Tel Montaigne qui compose ses Essais après l' «extase mortelle» de son accident de cheval, il faut repasser par la détresse originaire de la naissance, faire de son vivant l' «expérience» (ex-perire) de la mort et du renoncement pour «se réveiller» (Lucrèce, cité par Montaigne) et survivre. La chute dans la dépression qui amena l'auteur un jour de février à l'hôpital Saint-Antoine, sa rencontre avec la psychanalyse (Freud, Mélanie Klein, Winnicott), ses lectures ininterrompues qui l'ont abondamment inspiré et qu'il cite avec érudition et passion (les Anciens, la philosophie, la religion, les mythes... jusqu'à Georges Bataille qu'il confesse être son écrivain préféré au XXe siècle), tout concourt à considérer Les désarçonnés comme un texte majeur en marge grâce à sa nature composite qui oscille sans cesse entre la théorie et la dimension du conte, à la fois réflexion permanente sur la lecture, l'écriture et tentation de la forme poétique, certains chapitres ou fragments confinant au haïku, ce qui révèle la fascination de Pascal Quignard pour l'esthétique et la philosophie orientale. L'appel au renoncement libérateur, voire à la résurrection ne sont pas sans rappeler les destins des personnages féminins de ses romans, telles Anne dans Villa Amalia ou Claire dans Les solidarités mystérieuses en sont la fabuleuse incarnation.


Viviane Elisabeth Fauville a assassiné son psychanalyste avec le couteau de cuisine offert par sa mère.

En attendant que la police l'arrête, son errance dans les rues de Paris retrace la désorientation du personnage, tenue dans un équilibre précaire, au bord de la rupture et du ravissement à l'image du lecteur. La confusion et le doute rôdent en permanence autour de cette héroïne durassienne (est-elle folle ? affabule-t-elle ?) qui tente de cerner la vaste question de l'identité, inassignable, de chacun d'entre nous : «est-ce nous qui ne sommes pas celles que nous croyons» nous demande-t-elle en filigrane ?

Un premier roman au charme trouble, dérangeant mais incontestable en cette rentrée !


Rédigée de main de maître par Marc Fumaroli, voici une encyclopédie qui risque de faire date !

L'Académicien s'est jeté à corps perdu dans la langue française pour nous offrir un panorama d'expressions dont nous faisons un usage quotidien sans même nous en rendre compte.

Les métaphores ont déjà fait l'objet de nombreuses publications : rappelons-nous par exemple de La puce à l'oreille de Claude Duneton, du Dictionnaire des expressions et locutions d'Alain Rey et Sophie Chantreau ou encore de On va le dire comme ça de Charles Bernet et Pierre Rézeau. Si ces ouvrages adoptaient un classement par ordre alphabétique, Marc Fumaroli choisit une grille de lecture thématique selon 37 entrées partant des quatre éléments (eau, terre, fer, feu) et du monde ancien jusqu'au lexique des sciences et techniques aujourd'hui, en passant par d'autres vastes lexiques : le corps, les animaux, les aliments, le temps, la maison, la médecine, la religion, le sport, l'histoire, la géographie, l'argent etc. Ce voyage met particulièrement à l'honneur la richesse de notre langue évoluant curieusement entre sens concret et sens imagé qui en découle par allégorie : saviez-vous par exemple que «terre à terre» renvoie à l'art de la danse équestre du même nom, que le terme «panique» dérive du dieu Pan, ou encore que l'expression «tirer un coup» désignait à l'origine le tir par arme à feu, qui a tôt fait d'être associée au symbole phallique ?

Cet essai ouvre les portes d'un jardin d'espèces vivaces souvent menacées, rares ou en voie de disparition parmi lequel il est bon de choisir son rythme de promenade qu'elle soit libre (feuilleter ce catalogue pour s'y perdre allègrement) ou continue (chaque chapitre peut se lire d'une traite). Plus qu'un simple inventaire, son sous-titre «essai sur la mémoire de la langue française» éclaire notre lanterne sur sa réelle portée : par là, Fumaroli entend mettre le doigt sur ce lien - fragile mais vivant puisqu'en constante métamorphose - à notre monde. Qui, à part quelques amoureux de notre patrimoine linguistique, font partager des trésors oubliés tels que «désopiler la rate», «danser devant le buffet», «fumer ses terres», «faire charlemagne» ou le savoureux «être chocolat» inventé à partir des facéties d'un clown d'origine cubaine au début du XXème siècle et remis au goût du jour récemment par le quotidien «20 minutes» ? Car ce professeur honoraire au Collège de France ne se contente pas de trouver ses métaphores dans la seule littérature classique ou contemporaine (La Fontaine, Rabelais sont de grands pourvoyeurs d'expressions nous rappelle ce spécialiste), ni dans le fameux Littré mais parle directement à la curiosité de tous les lecteurs en illustrant son propos à partir de la presse actuelle ou puise, plus branché, dans le répertoire des chansons de variété afin de révéler la survivance et la puissance d'évocation de ce socle à la fois collectif et anonyme.

Avez-vous reconnu quelques-unes des locutions imagées recensées par Marc Fumaroli et qui ont été utilisées pour ce coup de coeur ? Elles apparaissent en gras, mais rendez-vous dans cette encyclopédie pour connaître leur singulière histoire qui portent jusqu'à nous leur univers et qu'il s'agit, grâce au travail de Marc Fumaroli, d'utiliser et connaître pour les transmettre aux futures générations.


  • Le choix des libraires : Swan peak (3 choix) - James Lee Burke - Rivages, Paris, France - 09/07/2012

En 2007, soit deux ans après la catastrophe de l'ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans (La nuit la plus longue), Dave Robicheaux, sa femme Molly et leur ami Clete Purcel s'octroient quelques vacances au grand air du Montana. Le répit sera de courte durée car les parties de pêche vont rapidement ramener de gros poissons : gare aux cadavres que l'on pensait enterrés !

Il est tout à fait possible de lire ce dix-septième volet de la série sans connaître forcément l'antériorité des aventures de notre inspecteur de la paroisse de New Iberia. Hanté par ses propres démons, il mène l'enquête avec le détective privé Clete Purcel, son alter ego, incarnation de sa part maudite (l'alcool, la guerre du Vietnam, la violence), si excessivement humaine. Invités par leur ami romancier Albert Hollister dans son ranch au milieu des Rocheuses (clin d'oeil à l'auteur qui vit et écrit lui-même dans le Montana) bientôt théâtre du massacre de deux étudiants, ces deux coéquipiers vont tomber sur d'anciennes connaissances qui accusent Clete d'avoir tué dix-sept ans auparavant un des leurs, l'infâme Sally Dio lors d'une précédente confrontation relatée dans Black Cherry blues. Appelé en renfort pour seconder le shérif du comté de Missoula, Joe Bim Higgins, qui lui fait part d'un double meurtre de voyageurs sur une aire de repos non loin de là, Robicheaux accepte de faire la lumière sur ces sordides exécutions tout en protégeant Cletus contre lui-même. L'affaire se complique lorsqu'un prisonnier métis en fuite, Jimmy Dale Grennwood, pourchassé par son geôlier Troyce Nix (dont les qualités de bourreaux furent déjà remarquées dans les prisons d'Abu Ghraïb) tente de rejoindre sa compagne la chanteuse Jamie Sue Wellstone. Or, celle-ci n'est autre que la nouvelle épouse de Leslie Wellstone, principal ennemi de Clete... Quels liens existent entre ces divers visages du mal ?

L'enquête entraînera Dave et Clete au bout d'eux-mêmes jusqu'à un face-à-face final oppressant avec la mort qui fera vaciller leurs dernières illusions sur le genre humain.

Si nous adorons chaque roman du grand James Lee Burke, c'est parce que sa noirceur est toujours à la mesure de la poésie de son style : quand il s'agit de décrire la beauté sauvage des paysages ou l'amour profond unissant Dave et Molly, la violence du monde et de l'homme semble suspendue, comme si le sang versé n'était finalement que le lourd tribut à payer pour que coïncide de nouveau la réalité aussi monstrueuse soit-elle avec le rêve d'une jeunesse envolée, «notre Eden vert doré, au bord du bayou».


Paru aux États-Unis en 1996 et récompensé par un Edgar Poe Award (équivalent américain de notre Grand prix de littérature policière), Au lieu-dit Noir-Étang est un de ces parfaits romans noirs à côté duquel il eût été dommage qu'un de ses éditeurs français (Gallimard et ici, Le Seuil) ne le traduise pour ses lecteurs de plus en plus nombreux. Pourtant, Thomas H. Cook n'est pas un néophyte dans la vaste sphère du polar en majorité américaine : né en 1947, ses romans sont traduits depuis 1981 dans la Série noire (son troisième, Haute couture et basses besognes est encore disponible dans la mythique collection, courez vite avant épuisement !) puis, après un détour aux éditions L'Archipel (4 romans dont deux disponibles dans la collection Livre de poche), Gallimard et Le Seuil se partagent la notoriété grandissante et méritée de ce grand romancier. Pour le connaître, nulle crainte d'un livre à lire avant l'autre puisque contrairement à la majorité des auteurs policiers ses 17 romans sont parfaitement indépendants, nul personnage récurrent mais une grande maîtrise de l'art de la narration, une écriture d'une rare élégance, des motifs obsédants mais qu'il sait à chaque fois renouveler en profondeur, preuve que la signature d'un écrivain de cette trempe est peut-être de réécrire à chaque fois le même livre sans que jamais le lecteur ne ressente l'impression d'un déjà dit ou vu (à propos de l'histoire) ou d'un déjà lu (à propos du style). Et les auteurs qui lassent leurs lecteurs finalement déçus des mêmes personnages et des mêmes «recettes» trop prévisibles sont légion dans l'univers du polar qui demande à surprendre pour tenir en haleine...

Au contraire, Thomas H. Cook apporte du «sang frais» à chaque publication que nous attendons et dévorons avec le même plaisir. Rappelez-vous les éloges que nous lui avions déjà tressés lors de la sortie de quelques-uns de ses précédents titres comme Les feuilles mortes. Parallèlement à la publication de ce nouvel opus, vous pouvez lire Les leçons du mal qui vient de paraître en format de poche chez Points et que nous avions déjà défendu l'an dernier sur ce blog.

Au lieu-dit Noir-Étang, à l'instar de plusieurs romans de Thomas H. Cook, navigue entre le passé et présent, la narration du drame qui s'y est déroulé étant assurée par Henry, adolescent (voix qu'affectionne particulièrement l'écrivain) et témoin privilégié d'une «folle passion amoureuse» forcément destructrice au moment des faits entre 1926 et 1927. Devenu une cinquantaine d'années après un vieil homme solitaire, il confesse être à jamais marqué par l'horreur et incapable de partir de sa ville natale Chatham en Nouvelle-Angleterre (sud-est de Boston). Tel était pourtant son plus ardent désir lorsqu'il fut un élève de Chatham School, institution dirigée de main de maître par son père si guindé et austère qu'il semble se (con)fondre parfaitement dans le tableau de cette province étriquée et puritaine et en cela méprisé secrètement par ce fils aux aspirations plus hautes. La brèche va s'ouvrir avec l'arrivée de deux nouveaux professeurs lors de cette rentrée scolaire de 1926 : Mlle Elizabeth Channing qui enseigne les arts plastiques capte de suite l'attention de Henry en lui insufflant un vent d'indépendance propice aux rêveries d'un ailleurs incarné par la mémoire de son père, écrivain voyageur qu'elle accompagna et dont elle fera lire à cet élève assidu le passionnant journal de ses pérégrinations dans le monde. Elle ne sera pas la seule à partager Milford Cottage bordé par le fameux étang : Leland Reed, professeur de lettres être lui-même épris de liberté, emménage un peu plus loin avec sa femme et leur petite fille Mary. Dès le début réside la savante maîtrise du romancier qui sait jouer avec les sauts dans le temps, doser notre attente et nos pressentiments, toujours entretenus et savamment dissipés au fur et à mesure de la narration. Le lecteur se trouve dès le départ mis en position de savoir qu'un drame de l'adultère s'est joué un an plus tard, grâce à la position de témoin privilégié de l'adolescent et aux dépositions d'un procès inculpant Mlle Channing, sans pour autant émousser le suspense (de quoi est-elle accusée ? qui sont les morts évoqués ?) qui s'est joué dans les profondeurs des souvenirs qui remontent progressivement à la surface de la mémoire d'un vieil homme qui n'a jamais pu connaître l'amour à cause des retentissements personnels cette «affaire de Chatham School». Happé par une vérité complexe qui gît au fond des eaux verdâtres de cet étang fatal, le lecteur endosse passionnément la peau d'un détective qui rouvrirait avec Henry les archives laissées en héritage par ce père qu'il avait si mal compris à l'époque. Le jugement moral sur les apparences, les préjugés sur les êtres et les évènements, les relations complexes père/fils (déjà présentes dans Les feuilles mortes), les illusions romantiques de l'enfance balayées par l'adulte devenu (on pense là à Seul le silence de R.J Ellory), les ambiguïtés de la vérité sont quelques unes des réussites majeures de ce roman noir et des thèmes chers de l'auteur hanté par la question du soupçon et par la réflexion autour de l'interprétation du mal. Qu'a donc vraiment vu Henry au Noir-Étang ce jour-là ?

Remarquablement construit comme une tragédie (5 actes d' une tension en crescendo jusqu'à la révélation vraiment finale), ce roman fait notamment penser à La lettre écarlate de Hawthorne («l'écharpe rouge de Mlle Channing flottant derrière elle comme un tissu couvert de sang» - page 347) tant l'atmosphère viciée de cette petite ville qui condamne à cette époque l'adultère jugé comme un crime aussi grave que le meurtre s'acharne contre les amants. Leur désir de fuite à bord d'un voilier que construit M. Reed avec l'aide de Henry rendrait ce roman terriblement et exclusivement romantique puisque l'amour fou se finit dans un «tourbillon de morts» : meurtres, suicides, folie. Le talent de Thomas H. Cook est alors d'insuffler à cette trame ultra classique et littéraire (Elizabeth est comparée à Mme Bovary et, avec Leland, au couple Catherine/Heathcliff des Hauts de Hurlevent de Emily Brontë) une ambiguïté propre au genre noir et qui ne sera levée qu'à condition que le lecteur soit très attentif aux dernières pages du roman. Là affleure très subtilement «une» vérité à peine dicible du «noir secret» qui engloutit tous les personnages, et avec eux le lecteur qui refermera le roman, fasciné.


Barcelone, 1981. Dans une chambre d'hôpital, Maria, brillante avocate de 35 ans atteinte d'une tumeur, se consume lentement tout en veillant son père Gabriel, vieillard lui-même mourant. Elle se confie à l'inspecteur Antonio Marchan, ultime dépositaire d'un secret à la fois familial et historique d'une ampleur inouïe qui remonte aux sombres années de la guerre civile...

A la faveur d'une vieille photographie représentant une magnifique femme des années 1940, Maria va réveiller des fantômes pas tout à fait disparus en juin 1981 puisque certains survivants dont le député franquiste Publio viennent de frapper par un coup d'état, raté de justesse.
Mérida (sud-ouest de l'Espagne), 1941. Isabel, la femme de la photographie se fait arrêter sur le quai d'une gare en tentant de fuir avec son plus jeune fils Andrés la tyrannie de son mari, le répugnant phalangiste Guillermo Mola. Son ancien amant l'a trahi, l'arrête et emmène avec lui le fragile Andrés en lui promettant un authentique katana de samourai japonais qu'il se chargera de lui confectionner. Personne ne se doute encore que ce sabre va resurgir (ni entre quelles mains) quarante ans plus tard pour finir d'accomplir le tragique destin de cette famille. L'infidélité d'Isabel va entraîner non seulement sa chute mais un cycle infernal de haines et de vengeances sur trois générations et deux familles hantées par la faute originelle, transformant ce récit en une vaste épopée aux multiples ramifications, rebondissements et personnages complexes qui nous sont dévoilés progressivement : c'est au lecteur de reconstituer les différentes parties de ce puzzle passionnant qui nous plonge à un rythme trépidant dans les secrets d'une lignée maudite et meurtrière. Car ce sont les enfants puis les petits-enfants qui deviendront les bourreaux ou les boucs émissaires de l'Histoire dans laquelle s'inscrit ce roman familial aussi extraordinaire que monstrueux. Jamais complètement innocents, ces personnages vont apprendre à laver par le sang ou l'honneur (les valeurs du samouraï) les fautes de leurs aïeux : «d'une certaine façon, les enfants paient pour les crimes commis par leurs parents», semblent nous dire tous ces personnages en quête d'une rédemption sur quatre décennies. Maria trouvera-t-elle enfin le repos nécessaire à sa conscience avant l'inéluctable ? Comment peut-elle encore intervenir pour arrêter ce carnage ancestral ?

Votre libraire a tout de suite été conquis par l'atmosphère et la puissance d'évocation de ce premier roman du Catalan Victor del Arbol, fresque qui réunit toutes les qualités espérées : à la fois roman noir (une «parfaite» tragédie, si l'on peut dire), roman policier (l'inspecteur Marchan mène l'enquête et s'implique dans la découverte de la terrible vérité), et enfin thriller historique édifiant et palpitant qui n'est pas sans rappeler la formidable saga de Philip Kerr autour de la Seconde guerre.


Le journaliste, biographe (de Diderot, Voltaire et Gide) et critique littéraire Pierre Lepape qui fut également l'auteur en 2003 du Pays de la littérature, Des Serments de Strasbourg à l'enterrement de Sartre, parcourt une nouvelle fois dans cet essai vingt siècles de littérature à travers le choix de 86 récits d'amour. Tel que l'article indéfini du titre le laisse entendre, Une histoire des romans d'amour ne propose pas, malgré le sérieux de l'entreprise, un point de vue universitaire définitif sur cette ambitieuse question. Il révèle que l'évolution du roman sentimental depuis Les Métamorphoses ou l'Âne d'or d'Apulée au IIème siècle à Se perdre d'Annie Ernaux en 2001, tantôt épouse, tantôt trahit l'évolution de la société à l'intime ainsi que son rapport mouvementé avec le genre romanesque. En nous rappelant combien le roman était méprisé pendant des siècles et sa lecture jugée frivole voire dangereuse, Pierre Lepape nous conte que le «roman d'amour» a souffert de clandestinité souvent accompagnée d'un parfum de scandale convenant à merveille avec les passions traversées par leurs personnages. Au XIIe siècle, Tristan et Yseut devient l'archétype du roman d'amour occidental tout en signifiant que le bonheur, fût-il tragique, serait adultérin. Si le code médiéval de l'amour courtois mène encore la danse entre bergers et bergères dans L'Astrée au XVIIème siècle, la fissure du modèle héroïque s'opèrera à partir de La Princesse de Clèves en transformant les artifices du discours amoureux en matière romanesque qui consume et emporte les amants avec une sobriété inédite. En fin connaisseur de l'histoire littéraire et grand lecteur, Pierre Lepape ne se contente pas de commenter les chefs d'oeuvre incontournables mais célèbre des romans inconnus dont certains ont compté dans cette aventure : qui se souvient que nous devons à Robert de Challe la première représentation réaliste de l'amour dans Les Illustres françaises en 1713 ? Sa modernité, incomprise à l'époque, explique en partie qu'il soit tombé dans l'oubli mais ouvre la voie à une conquête sociale et littéraire du roman et du roman d'amour. Cette progression lente et agitée d'interdictions permit également de grands succès publics divulgués sous le manteau, tels L'Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut ou les sulfureuses Liaisons dangereuses. Il faudra attendre qu'une nouvelle sensibilité se déploie hors de nos frontières (Paméla de Samuel Richardson, Orgueil et préjugés de Jane Austen en Angleterre ; Werther de Goethe en Allemagne) pour que se dessinent en France au XIXe s. un ennoblissement des émois du coeur et par là même une légitimation du genre : «romantique» n'est-il pas dérivé du mot «roman» ? La fuite des héros (Don Quichotte au XVIIe s. ou Emma Bovary son célèbre pendant féminin) dans les chimères de leurs lectures offrent une critique acerbe des romans sentimentaux et une vision pessimiste de l'amour soumis au nouvel ordre bourgeois (Flaubert), moral (Anna Karénine) et à la désillusion. Que ce soit chez l'Américaine Carson McCullers (Le coeur est un chasseur solitaire en 1940), incarné par l'inoubliable couple Ariane/Solal de Belle du Seigneur d'Albert Cohen (1968), ou encore mis en lumière au tournant du XXIe siècle par la prose délicate d'Annie Ernaux, l'amour n'a pas fini de révéler son exaltation et ses tourments, de sorte qu'on ne sait plus si la fiction reflète la réalité ou si le roman, bousculé par les découvertes freudiennes, a contribué à forger la nouvelle donne de l'amour. Concurrencé par le cinéma et les nouvelles technologies, la lecture du roman s'est banalisée, devenant un genre populaire et le roman d'amour, miroir de la société, s'est mondialisé. Actuellement taxé de ringard (romans à l'eau-de-rose, romans-photos), ou à l'inverse libéré de tous les tabous à l'image des moeurs (romans pornographiques), le roman a surtout dû innover puisque s'il ne peut plus rien inventer de l'amour, il peut se targuer d'inventer à l'infini des histoires dont nous sommes, depuis deux millénaires, encore épris.


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