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  • Le choix des libraires : Le puits (3 choix) - Iván Repila - Denoël, Paris, France - 06/03/2015

Il y a ceux qui rêvent en regardant les étoiles et ceux qui n'osent plus. Les deux personnages de l'impressionnant roman d'Ivan Repila, un jeune auteur espagnol, devraient, c'est de leur âge, contempler le ciel nocturne en formant des voeux. Mais le «petit» et le «grand» qui nous sont présentés ont d'autres priorités : il leur faut survivre, coûte que coûte après avoir chuté dans un profond trou humide et suintant duquel ils ne parviennent pas à s'extirper.

Fable qui baigne dans un irréel proche de l'absurde car rien ne nous est expliqué, Le Puits suscite d'emblée notre inquiétude. Qui est responsable de leur situation ? La mère qui leur a confié un sac avec un peu de nourriture à laquelle ils se refusent de toucher ? Nous ne le saurons pas, du moins pas au début de cette histoire sans fond qui joue d'entrée à brouiller nos repères, géographiques et temporels (un brouillage amplifié par les chapitres dont la numérotation semble se dissoudre, comme si nous manquions des épisodes et que cela importait peu). Emprisonnés à sept mètres de fond, incapables de se hisser sans risquer l'éboulement meurtrier, sans repères, ils livrent devant nous un combat pour rester en vie, ne pas sombrer dans la folie, garder un espoir infime de reprendre pied sur cette terre ferme dont il ne voit plus rien que le bord, les yeux tournés vers un ciel désespérant. L'un soutient l'autre qui veut renoncer, qui tombe malade, qui délire, qui craint les loups rôdant au-dessus du piège mortel. L'autre se fait plus petit qu'il n'est, peau sur des os desquels il tire une étrange musique funèbre, refusant de manger les insectes et les larves que l'aîné a laissé se développer sur la carcasse de l'oiseau tombé dans le puits et qu'ils n'ont pu avaler. Dans quel univers est-on ? Un cauchemar, comme ceux que la nuit invente et dont le matin nous délivre, incrédules que nous sommes alors face à ce qu'il faut en comprendre. Ici, point de morale mais la description de deux jeunes corps prisonniers de leurs esprits et de leurs délires : ne se sont-ils pas persuadés que la mère vient les regarder au fond de leur trou pendant qu'ils dorment d'un mauvais sommeil dans la terre boueuse qui leur sert de couche avant de devenir leur linceul ? Comme dans certains textes du méconnu Maurice Pons, ses nouvelles ou Les Saisons dont on ne répètera jamais assez l'importance qu'il a dans la littérature souterraine du XX° siècle, la raison ne nous est d'aucune aide pour nous soulager de l'oppression qu'engendre une écriture serrée, dense, sans interstice mais d'où sourdent pourtant une inquiétante lumière, des éclats cendrés, un espoir incertain. On ne fera pas lire ce livre aux enfants qui n'ont pas besoin de nous pour peupler de monstres et de terreurs les longues traversées de la nuit. On le fera lire aux adultes qui croient encore que la littérature peut nous suffoquer, nous tourmenter sans cesser de nous fasciner, que de la crainte la plus primitive peut naître la beauté. Beauté de la fange, de l'obscurité, de l'enfouissement, de l'absolu de l'angoisse.

Ivàn Repila est un auteur né à Bilbao en 1978. On aimerait que ce ne soit pas le seul signe qu'il nous envoie de cette ville qui nous est si proche. On aimerait aussi que les Français réservent le meilleur accueil à ce roman qui est un des plus marquants de cette rentrée.


  • Le choix des libraires : Les événements (2 choix) - Jean Rolin - POL, Paris, France - 06/03/2015

Moins spectaculaire que le livre de Houellebecq qui monopolise l'attention, le nouveau roman de Jean Rolin a de quoi susciter notre admiration. C'est l'avantage des très bons écrivains : où qu'ils vous emmènent, vous les suivez, sans vous poser de questions, aimantés par leurs phrases, détournés de votre petit univers par la lente construction du leur, subjugués par les images qu'ils évoquent.

Jean Rolin possède ce don précieux dans la littérature contemporaine française, le voyage intérieur qui constitue son oeuvre peut nous trimballer à l'autre bout de la planète ou de l'autre côté du périphérique parisien qu'on retrouve à chaque fois ce magnétisme qui oscille entre ironie et précision réaliste.

Après Ormuz et son nageur intranquille, retour en France avec Les Événements, roman d'anticipation sans effets spéciaux qui nous plonge dans une guerre voire une sorte d'après-guerre, de statu quo, après de sérieux combats qui ont mis aux prises des factions, des milices, acteurs d'une guerre civile que des casques bleus (la FINUF...) tentent mollement de circonscrire.
Le narrateur de l'histoire est plutôt du côté des héros pâles que des vedettes, il a tiré son épingle du jeu en se contentant de traverser le conflit grâce à sa proximité avec un chef de guerre, Brenneke, auquel le lie une trouble histoire qu'il nous faudra difficilement reconstituer. Quand le livre commence il n'a qu'une envie, fuir Paris, capitale livrée au pillage, grâce à sa Toyota assez moche et du carburant qu'il espère suffisant pour gagner le sud. Avec lui nous allons traverser la ville déserte, sa périphérie trop silencieuse puis le pays que se partagent des bandes ou des milices dont le pouvoir tient parfois seulement à la présence d'un pont. Tout est calme, en apparence, on est dans un après qui n'a rien fixé de façon certaine, les lignes bougent, le futur paraît un bien grand mot. La débrouille tient lieu de viatique.
Au milieu de cette calme apocalypse dont nous ne saurons jamais les causes réelles car on n'est pas dans un bavard roman d'anticipation à la Houellebecq (voir le prochain Soumission qui ne manque pas de longs paragraphes d'histoires et de théories pour expliquer comment on a pu arriver à élire un président islamiste), l'homme se déplace, retrouve une femme aimée qui disparaît après lui avoir confié la mission de retrouver son fils (peut-être aussi le sien ?), la boussole dirigée vers la Méditerranée où rien ne va tellement mieux (on se bat dans Marseille divisée en zones).

Tout cela ne semble néanmoins qu'un fallacieux et étrange prétexte : le charme incontestable du livre n'émane pas de ses péripéties mais du regard que le héros porte sur ce qui l'entoure, la nature, les objets, les êtres, les paysages, les infimes détails, les odeurs et senteurs, les routes décrites avec un soin maniaque comme si nous pouvions du doigt reconstituer l'exact parcours du fuyard. Et cette manière de faire parler le silence qui suit les bruits formidables d'une guerre dont nous ignorerons les événements.

Rolin nous installe ainsi dans une atmosphère qui tiendrait à la fois du récit de grand voyageur attentif et du roman d'anticipation sans enjeu. Car on sent bien que l'histoire pourrait comme cela s'étirer au gré des déambulations d'un homme revenu de tout et convaincu que désormais et pour longtemps l'incertitude du sort des uns et des autres sera la nouvelle condition humaine.
Les Événements ont eu lieu, la littérature peut commencer, et avec Jean Rolin c'est une fois encore une expérience terriblement séduisante.


  • Le choix des libraires : Faber : le destructeur (4 choix) - Tristan Garcia - Gallimard, Paris, France - 14/05/2014

Pourquoi Faber, enfant de l'assistance publique au génie tourmenté et au tempérament de feu s'est il éloigné de ses deux meilleurs amis, Maddie et Fabrice, pour vivre coupé du monde dans une ferme délabrée des Pyrénées ? Tristan Garcia remonte le fil de cette amitié passionnée et nous plonge dans l'enfance et l'adolescence de nos trois personnages dans une petite ville de province. Roman sur les secrets de famille, sur les affres de l'adolescence et ses amitiés exclusives, Faber se lit aussi comme un grand portrait de la génération des années 80.


Si vous avez oublié de votre Histoire de France la figure méconnue de Marie-Anne Victoire Infante d'Espagne et épouse très précoce (7 ans...) du futur Louis XV, Chantal Thomas vous rafraîchira la mémoire avec son délicieux nouveau roman qui ne manque ni de sels ni de poivre. N'oublions pas que l'auteure (que nous accueillerons d'ailleurs à la librairie bientôt) est une spécialiste d'un siècle qui vit évoluer Sade et Casanova, deux figures opposées d'une même liberté conquise sur les ténèbres de l'âge classique. Les princesses sont les infantes, objets de tractations politiques qui se moquent de leur âge. Mademoiselle de Montpensier, la fille du Régent Philippe d'Orléans est «proposée» à Philippe V pour son héritier, en échange de quoi on mariera le Dauphin à l'infante venue d'Espagne, habile calcul qui permettrait de conforter une paix familiale et d'arroser au Bourbon une famille bien en place. Rien ne se passe comme prévu, au grand plaisir de Chantal Thomas qui nous raconte avec délectation l'enchaînement de circonstances, du mépris ambigu du futur Louis XV dont on n'oublie pas les appétits qu'il manifestera plus tard, aux errements de la princesse en passant par la disparition inopinée de l'ogre d'Orléans. Mais ce qui force l'admiration à la lecture de cette histoire revisitée est la vision qu'elle nous donne de ces enfants jetés aux loups de la cour, aux folies partisanes, aux désirs bruissants. Passant d'un registre à l'autre, Chantal Thomas nous rappelle avec brio que dans «roman historique», ce genre terriblement à la mode, il y a avant tout roman et que c'est dans cet exercice-là, cette liberté contrôlée, que l'on découvre les talents. C'est peu de dire que l'auteur des Adieux à la reine n'en manque pas.


  • Le choix des libraires : Faillir être flingué (2 choix) - Céline Minard - Rivages, Paris, France - 12/04/2014

C'est toujours une sensation de retrouver Céline Minard qui bâtit une oeuvre en se moquant des courants et des vagues, et n'hésite pas cette fois-ci à nous projeter en pleine conquête de l'Ouest avec tout ce que cela comporte d'imageries et de clichés qu'elle envoie joyeusement et talentueusement dinguer. C'est un western, comme on n'en écrit quasiment plus, un western qu'aurait traversé toute la littérature du XXe pour lui insuffler une puissance d'évocation tenant plus à la langue qu'aux images réinventées. Au centre du livre Eau-qui-court-sur-la-plaine, une Indienne seule rescapée de son clan qui pratique des guérisons sur des Blancs incrédules et des Indiens méfiants (ou inversement). Elle va rencontrer deux frères, Jeff et Brad, qui font péniblement avancer leur char à boeufs avec leur increvable mais mourante vieille mère, elle croisera Gifford qu'elle sauve de la variole, Bird Boisverd qui veut récupérer son cheval volé, beaucoup de gens au bout du conte qui se bousculent au générique et dont le destin va basculer au coeur de cette Amérique qui s'invente dans la poussière des illusions. C'est riche en bruits, fort en fureur, ça possède un goût que personne d'autre ne sait infuser, c'est la marque d'un écrivain qui confirme livre après livre son importance.


  • Le choix des libraires : En mer (5 choix) - Toine Heijmans - Bourgois, Paris, France - 13/02/2014

Que l'on n'aille pas se tromper : le livre que publient les éditions Christian Bourgois sous le titre En mer et signé Toine Heijmans, un Néerlandais, ne s'adresse pas au public amateur de récits maritimes, aux nostalgiques des aventures au coeur des océans ou aux bourlingueurs en retraite même si on le leur conseil avec ardeur.

Non, En Mer, qui se passe quasi exclusivement sur les flots dangereux de la Mer du Nord, est un roman qui met aux prises un homme, Donald, avec son démon principal : la fuite, et si chaque épisode nous renvoie à l'imagerie du marin solitaire, c'est pour mettre à profit ce paradoxal lieu clos qu'est un voilier, petit élément au milieu de la vastitude qui confronte au pire et au meilleur de soi ceux qui ont choisi d'y trouver refuge. Car les trois mois de congés sabbatiques que s'est octroyé Donald pour échapper à une entreprise dans laquelle on n'a jamais vraiment compté sur lui représentent avant tout une période d'exclusion volontaire, loin de la fébrilité du travail et d'une famille pourtant aimée. L'épouse Hegar, avec un soulagement mal dissimulé, la fille Maria, sans trop comprendre, voient donc s'éloigner un homme dans la force de l'âge qui a besoin de se réinventer une apparence de destin. Pour conclure son périple au long cours il a persuadé sa femme de laisser leur fille passer les deux derniers jours à bord, moments d'intense complicité qui lui permettront, espère-t-il, de renouer le lien distendu avec son enfant de 7 ans, petite fille décidée et questionneuse. Mais il y a loin entre le fantasme et la réalité, et on ne joue pas impunément avec les éléments : transporter un enfant sur un petit voilier rend l'embarcation encore plus précaire. La mer se tait, les nuages ne dévoilent pas toujours leurs intentions, l'activité est intense sur l'eau où des radars vous voient passer sans parfois comprendre ce que vous voulez faire, la solitude est constamment menacée par l'irruption d'un danger car le héros n'est pas dupe et sait se souvenir que les océans se moquent des hommes qui s'y abiment dans son indifférence éternelle. Usant d'une langue simple et entêtante, Toine Heijmans, qui refuse les effets pour mieux nous préparer à l'irruption d'un possible drame, fait de nous les témoins inquiets d'une aventure décisive. Le travail de réflexion que Donald accomplit sur son parcours s'accompagne d'un lent effondrement que seule la petite fille semble pouvoir empêcher.

Autant ne pas en dire plus sur le crescendo narratif qui contraint le lecteur, tendu, à ne plus lâcher ces pages. Homme libre toujours tu chériras la mer ? Si tu en as la force, conclue avec beaucoup de puissance Toine Heijmans, qui signe là un remarquable premier roman.


«Il y aurait un ouvrage amusant à écrire sur les accessoires du romancier et la manière de les utiliser ; ils se présentent en vrac dans l'esprit comme les marchandises d'une riche boutique dont il faut faire une vitrine élégante».

Cette phrase de l'écrivain, artiste et esthète bordelais Philippe Jullian, Serge Sanchez, dont on avait apprécié les livres sur Brassaï et François Augiéras, l'a faite sienne et l'a incité à se lancer dans un projet qui nous vaut un des livres les plus réjouissants dans le genre de l'essai littéraire qu'on ait lu depuis longtemps.

Se faisant brocanteur d'immatériel, collationneur d'objets élaborés avec des mots, le critique littéraire s'est offert un voyage sentimental dans le décor. Foin de la psychologie des personnages ou des aléas de leur vie sentimentale, il s'intéresse aux seconds plans, ce que l'on voit sans regarder et qui contribue pourtant à forger en nous les images durables des romans que nous lisons.

De Proust il retient la lampe de chevet «avec son chapeau d'étoffe froncée» qui matérialise la présence maternelle : «un tour de clé : le passé revivait sous le halo de lumière, et il pouvait se mettre au travail.» De Balzac il se souvient de la canne aux singes, de Diderot la robe de chambre, de Molière il traque le fauteuil de malade imaginaire agonisant et son étonnant destin de relique, de Breton il raconte le parcours de la grande statue Uli au sein de son Atelier fabuleux. Il observe les pierres, fussent-elles du Japonais Miyazawa ou plus proches de Roger Caillois, il regarde les bancs si importants pour Flaubert et son duo Bouvard & Pécuchet, il enfile les chaussons et les sandales en leur reconnaissant une importance trop négligée, il va jusqu'aux bas les plus philosophiques, ceux de Kant, et aux chaussettes troublantes chez Nabokov, il franchit les portes qui dissimulent les crimes les plus tragiques se souvenant de son passé de journaliste de faits divers. Il vide les placards, soulève les livres pour en faire tomber des objets, il enquête, arpente, contemple, et c'est un régal de d'esprit, d'érudition faussement légère car il y a toujours quelque gravité à mesurer le poids de ce qui nous entoure. Et chaque chapitre s'achève par un petit carrousel de citations bondissantes. Serge Sanchez a du talent, celui notamment de nous inviter à regarder nos bibliothèques, cet immense magasin d'antiquités qui dissimule nos folies les plus belles, celles que la littérature invente. Serge Sanchez, parce qu'il s'est évidemment beaucoup amusé à imaginer ce livre, nous offre quelques heures de délice, et c'est un présent précieux qu'il nous fait.


  • Le choix des libraires : Le désordre Azerty (1 choix) - Éric Chevillard - Minuit, Paris, France - 13/02/2014

Eric Chevillard confirme de livre en livre son importance dans le paysage littéraire français. Mais il ne faut pas se contenter de le constater, il faut s'y immerger et découvrir son inventivité et sa drôlerie, son intelligence et sa vision de la littérature.

Nous attendons d'un livre qu'il nous malmène, qu'il nous intrigue, qu'il nous heurte, qu'il nous dérange, qu'il brise le miroir dans lequel nous aimerions nous réfléchir pour mieux nous contempler. Nous attendons d'un livre d'Eric Chevillard qu'il nous parle de hérisson, à la rigueur de kangourou, qu'il aborde sans crainte le sujet de Dieu (et nous prouve son existence ou le contraire, ce n'est plus un enfant de choeur), qu'il croise la route de Beckett et si c'est sur un banc tant mieux (le banc de Bouvard et Pécuchet pourra convenir), qu'il soit plein d'humour car le jour où Eric Chevillard renoncera à son humour c'est qu'il se sera endormi pour toujours sur son banc afin de rejoindre son créateur, qu'il fasse neiger Noël sur Bucarest la nuit car il s'il connaît en matière d'exotisme, l'oreille encore rouge d'un voyage au Mali, qu'il fasse dans le détail, le pointu, l'aigu, le saisissant et s'interdise le gros et le demi-gros qu'il abandonne à ses confrères et consoeurs du romanesque bovin très visible à l'étalage (mais qui se conserve mal, ce qui est étonnant pour du produit stérilisé) : le Chevillard a le couteau affuté et notre écrivain manie les siens avec précision, qu'il nous parle sans arrêt de la grande affaire de sa vie, la littérature, tellement envahissante, prenante, contraignante qu'elle vous encage sans prévenir les écrivains les plus purs ou les plus durs, ou qu'il nous plonge avec délice et effroi dans le récit des aventures de la vie d'écrivain. Nous attendons tout cela d'un livre d'Eric Chevillard et beaucoup plus encore, accrochés que nous sommes parfois à son embarcation qui navigue encore dans la bourrasque. Azerty joue d'un désordre habilement ordonné et parvient à se situer en même temps sur différents registres et tableaux : il raille sans dérailler, il force le trait sans traitrise, il arrache les masques sans laisser de marques, il longe le précipice qui le menace, celui d'en faire trop, de camper l'écrivain ultime car il n'est jamais dupe. Lire Chevillard, c'est courir le risque de souligner sans cesse la phrase assassine, le mouvement de beauté ou ces réflexions sur l'art d'écrire qui font de lui le théoricien sans théorie de la littérature dont chaque oeuvre est une illustration. Quiconque se pose des questions sur l'écriture (et comme on voudrait que des écrivains patentés se les posent...) doit prendre le temps de détailler son entrée à la lettre S car si le style c'est l'homme, prétend-on quand on a mal lu Buffon qui comme Chevillard connaissait parfaitement le monde animal, l'écriture est une (étrange) affaire de style.

Il ne faudrait pas qu'il arrive à cet auteur ce que le sort réserve aux grands écrivains, leur offrant une riche postérité dont ils n'ont que faire, car Eric Chevillard est plus que jamais un écrivain d'aujourd'hui, celui qui met de l'ordre et de la folie dans notre désordre, celui qui dit que la littérature n'est pas étrangère à la vie mais, tout au contraire, en est le coeur. Ne le laissons pas aux mains des universitaires (sauf Pierre Bayard qui transcende tous les classements) qui s'en régalent comme d'un auteur relié cuir.

Mettez de l'ordre dans votre bibliothèque : à la lettre C, placez Le désordre Azerty édité par Minuit.


  • Le choix des libraires : Le pyromane (1 choix) - Thomas Kryzaniac - l'Age d'homme, Lausanne, Suisse - 11/10/2013

«Tout jeune, je me suis lancé dans la rédaction d'une encyclopédie dédiée aux chats écrasés». Quand on commence un premier roman par une telle phrase, on s'attend à ce que son auteur nous entraîne dans un univers particulier, peut-être drôle, peut-être tragique, certainement atypique. Et, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y parvient à la perfection. Son personnage principal, un homme hanté par des visions de grand incendie, vit cloitré chez lui, dans la peur de provoquer une catastrophe. Va-t-il passer à l'acte ? Et si ses pulsions étaient d'un autre ordre ? Un psychopathe que vous ne serez pas prêt d'oublier !


  • Le choix des libraires : La grâce des brigands (7 choix) - Véronique Ovaldé - Ed. de l'Olivier, Paris, France - 21/09/2013

1970, Maria Cristina, une jeune romancière en herbe, a choisi de fuir sa famille dans le grand Nord Canadien, entre une mère autoritaire, un père trop silencieux et une soeur, dont l'accident la culpabilise un peu plus chaque jour... Elle choisit de poser ses valises à Los Angeles, Sa rencontre avec un grand écrivain, dont elle s'éprend, va lui permettre de publier son premier roman avec succès, mais aussi de découvrir un monde où règne l'imposture... C'est alors que sa mère, dont elle n'a plus de nouvelles depuis des mois, lui demande de venir chercher l'enfant que sa soeur, qui n'a plus toutes ses facultés, a eu de manière illégitime. Cet évènement va alors changer le cours de son destin. Les personnages de Véronique Ovaldé, sont toujours hauts en couleur, elle nous raconte avec brio des histoires surprenantes voire abracadabrantes, on en ressort toujours enchanté ! Retrouvez notre interview de l'auteure.


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