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Premier roman remarqué sur la scène internationale du petit protégé de Chuck Palahniuck qui vous embarque dans une découverte décoiffante de la société égyptienne moderne.
Que feriez-vous si après avoir posé votre séant sur les toilettes d'un des centres commerciaux géants du Caire, vous tombiez face à ce message : «Appelle-moi», suivi d'un numéro de portable... Appelleriez-vous ? Seriez-vous prêt à vous embarquer dans les délires obsessionnels de votre interlocuteur ? Et bien lire ce livre c'est un peu comme si vous l'aviez fait. Vous allez «siroter ensemble le breuvage de l'aliénation, lampée après lampée» en entrant dans la tête de Awni. Jeune cairote élevé chaotiquement par un oncle psychologue dans les préceptes de la trilogie phobique. Pour lui nous aurions tous trois phobies qui domineraient notre vie, d'ailleurs leurs définitions émaillent le texte, elles aident Awni à appréhender les gens qu'il croise. Mais traîner avec Awni, c'est aussi faire la connaissance de Abbas, son meilleur ami, son mentor, celui par qui tout arrive. Et qui débute chaque chapitre par une introduction commençant par «Ne te laisse pas embobiner par ses mensonges» ou un «Ne la crois pas», qui prévient le narrateur contre une femme qui va le mener en bateau. Ce procédé obsédant participe à la construction impeccable de ce roman. Sorte de voyage sous acide dans la société égyptienne d'aujourd'hui qui tente de «saborder son histoire pharaonique» en évoluant dans une culture orientale gavée aux codes occidentaux, beaucoup de références au cinéma hollywoodien sont employées. Cette nouvelle génération d'égyptiens vient certainement de trouver sa voix littéraire dans ce jeune auteur qui a fait ses armes d'auteur en allant étudier aux États-Unis.
Un roman vibrant qui rend hommage aux variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, jouant pour nous la mélodie de la grande littérature anglo-saxonne contemporaine.
Les variations Goldberg sont trente-deux mouvements composant une oeuvre connue pour deux choses : son contenu riche en formes et en rythmes, ainsi que par le fait qu'elle finisse comme elle a commencé. Rachel Cusk a appliqué ces principes à la famille Bradshaw. Elle va scinder une année majeure dans leur vie en trente-deux chapitres, consacrés à ses différents membres, et la fait se terminer tout comme elle a commencé. Celui qui va vivre ce cycle se nomme Thomas Bradshaw. Quadragénaire britannique qui a pris avec sa femme une décision qui donnera à leurs vies un tournant qu'ils n'auraient jamais pu imaginer. Il s'agit pourtant d'une décision toute simple : échanger les rôles. Thomas va désormais rester à la maison pour s'occuper de leur fille, tandis que sa femme Tonie accepte une promotion au sein de son université qui la tiendra plus souvent éloignée de chez elle. Thomas va en profiter pour faire un point sur sa vie, apprendre le piano, tandis que Tonie va se dégager du train-train de femme au foyer, rencontrer de nouvelles personnes plus excitantes. Il y a aussi ceux qui composent le reste des chapitres à savoir tous ceux qui gravitent autour de cette cellule centrale. Les deux frères de Tonie, aux choix de vie si différents, la mère de Tonie, qui ne comprend pas la décision carriériste de sa fille, et leur locataire Olga. Jeune immigrée polonaise qui dira d'eux «les gens avec qui je vis ont l'air parfaitement normaux, mais c'est faux(...) Ce n'est pas une famille normale. Peut-être que ce n'est pas si facile d'être normal.» Cette phrase résume le roman, ce combat pour être normal mené par les membres de cette famille. Se développe alors tout le talent de Rachel Cusk qui avec sa capacité à entrer dans le quotidien tout en faisant acte de littérature. On pense souvent à Virginia Woolf, l'auteur y fait aussi écho en nous faisant croiser une poupée nommée Clarissa. L'auteur a un véritable talent à décrire le quotidien avec un cynisme mordant, que l'on avait déjà lu dans : Arlington Park, ce grand succès de la rentrée littéraire française 2007. Elle nous fait vivre au coeur de cette famille si proche de nous de par ses préoccupations intrinsèquement humaines en nous faisant réfléchir sur l'impact de nos choix de vie dans notre quotidien. Un livre prenant et magnifiquement écrit.
L'expérience littéraire de jeunesse du moment. L'auteur est un jeune homme de 37 ans né en Virginie et vivant actuellement à Londres.
Patrick Ness a écrit son premier roman pour adolescents en se basant sur l'idée que les adolescents vivent dans un monde bruyant. Où les informations affluent sans filtres, tout le temps.
La seconde motivation de l'auteur fut de proposer aux adolescents un livre dans lequel il n'insulterait pas leur intelligence.
Et ça fonctionne : deux des plus grands prix littéraires anglais lui ont été décerné en 2008. Le Prix Guardian, décerné par des auteurs, où il fût finaliste avec Siobhan Dowd et Franck Cottrell Boyce (qui sont parmi mes chouchous).
Et le Booktrust Teenage Prize 2008, avec un jury composé par moitié d'adolescents, qui furent ceux à peser le plus dans la balance, alors même qu'il était finaliste avec le dernier Alex Rider de Anthony Horowitz...
Le style atypique à la Falkner attirera aussi les adultes, ainsi que pour le fonds, car les adolescents ne sont pas les seuls concernés par les dérives de la sur-information.
Ce premier tome lance une trilogie qui va très certainement se glisser auprès des meilleures séries pour grands adolescents aux côtés de La croisée des mondes de Philipp Pullman, ou encore Entre chiens et loups de Malorie Blackman. Le tome 2 est prévu par Gallimard jeunesse en 2010, et Patrick Ness est en train d'écrire le troisième.
Un style à part, et des concepts sans concession vont certainement faire de Patrick Ness une figure récurrente.
Frontière irlandaise en 1981, en plein Troubles où vit Fergus McCann. Adolescent comme les autres qui doit composer avec des situations compliquées.
Il y a son frère affilié à l'IRA qui vient juste d'entamer une grève de la faim en prison, son examen d'entrée à la fac et son oncle Tally qui vit de petits trafics.
Fergus se voit même y participer en l'aidant à voler de la tourbe sur un chantier privé, ce qui va l'amener à rencontrer Mel.
Une jeune femme venue tout droit de l'âge de fer coincée presque intacte dans la tourbe depuis cette époque-là ; avec elle vont suivre deux autres femmes : Cora et sa mère l'archéologue.
A partir de ce moment-là Fergus va rêver de Mel, de sa situation de femme compliquée par son apparence physique. Elle est naine dans un pays où règne une famine abominable, et où cette difformité va la mettre au centre des peurs de ses compatriotes.
Fergus va alors se mettre à penser à sa vie différemment, relativisant tous les évènements dramatiques qui lui tombent dessus.
Et de là il va réussir à trouver en lui la force nécessaire, en puisant dans le courage de Mel, tout en trouvant par lui-même le chemin de vie qui lui convient.
Bouleversant roman que cet Enfant de la tourbe (titre original).
Parce que ces enfants de la tourbe ce sont à la fois Fergus, Mel mais aussi tous les irlandais d'hier et d'aujourd'hui. Avec cette histoire si riche qui en fait un peuple très touchant, plein de courage et de fierté.
Les Troubles sont vus de l'intérieur de cette famille mise à mal par la décision de l'un de ses membres d'entrer en grève de la faim, avec pour choix d'aller jusqu'au bout. Un point de vue très touchant qui évite la leçon d'histoire, en ne faisant passer que la douleur de ces familles concernées.
Fergus est vraiment un personnage très touchant, doté d'une profondeur magnifique.
Siobhan Dowd est disparue en 2007, partie trop rapidement après le succès de Sans un cri. Ce Parole de Fergus est un de ses deux romans posthumes, et vient compléter une oeuvre trop succincte mais pleine d'une lumière irlandaise particulièrement splendide et inoubliable.
Hugo Cabret n'a pas une vie facile. Orphelin, abandonné par un oncle violent et alcoolique il ne peut compter que sur lui-même. Et à Paris à 10 ans au début du XXe siècle la vie n'est pas des plus aisées. Pour tenir le coup Hugo s'accroche à son plus grand rêve : réparer l'automate que son père avait trouvé sous la poussière épaisse d'une réserve de musée. Un automate assis à un pupitre, avec à la main un stylet suspendu dans le vide. Une énigme qui avait fasciné son père, qui grâce à son métier d'horloger pensait pouvoir réparer la machine pour qu'elle lui livre son secret. Obstination néfaste qui va le conduire à sa perte, à savoir une nuit de trop penché sur l'automate, la nuit de l'incendie du musée. Tout ce qu'il va laisser à son fils c'est son don pour réparer les mécanismes de toutes sortes, et son carnet de notes sur l'automate, qui lui est sorti indemne de l'incendie.
Hugo va tout faire pour réparer la machine, il ira même jusqu'à voler dans un magasin de jouets mécaniques pour récupérer des pièces. Le responsable du magasin, Georges, va le prendre sur le fait.
Et ainsi tomber nez à nez avec le carnet du père d'Hugo quand il glissera de la poche du garçon. Ce qui va le rendre fou de rage. Comme si il connaissait cet automate ?
Hugo saura-t-il démêler les rouages de l'automate qui s'entremêlent à ceux du passé de Georges ?
En tout cas il n'y arrivera pas tout seul et sera aidé de la petite fille de ce dernier, et par un ami fan de cinéma.
L'invention d'Hugo Cabret est un livre très touchant. De par sa démarche, à la fois roman graphique, roman d'initiation, roman à énigme et oeuvre de réhabilitation.
Roman graphique car tout le livre est parsemé d'illustrations en noir et blanc sur double page, les premières lignes de texte n'arrivent qu'à partir de la 40e page. En effet les mots viennent quand les images ne suffisent plus.
Roman d'initiation car Hugo après la perte de son père doit faire la douloureuse expérience de s'assumer tout seul, et à 10 ans cela le met dans une position inconfortable, ainsi que dans une position de méfiance face à ceux qui lui manifeste de l'amitié.
Roman à énigme au suspens distillé, car cet automate qui ne livre son secret qu'au milieu du livre ouvre sur une nouvelle énigme. Le dessin étant la célèbre image de la Lune ayant un obus dans l'oeil, tirée d'un film de Georges Méliès.
Et oui Georges, comme le vieux monsieur du magasin de jouet. D'où l'oeuvre de réhabilitation pour l'un des premiers cinéastes. Un magicien fou d'images, qui demeura longtemps incompris et rejeté par ses pairs.
Ici il s'agit d'une ode à l'oeuvre trop souvent oubliée de ce monument du cinéma de genre.
Et à la fin grâce aux images on plonge dans l'univers de Méliès avec un bonheur non dissimulé.
On doit dire après la lecture de l'invention de Hugo Cabret un grand merci à Brian Selznick de nous avoir fait rêver, frémir, frissonner, gamberger !
Un vrai petit bijou magnifiquement édité par les éditions Bayard Jeunesse.
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