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Les coups de cœur de Daniel Berland de la librairie COQUILLETTES à LYON, France


  • Le choix des libraires : Le cahier d'Aram - Maria Angels Anglada - Stock, Paris, France - 20/05/2010

Après la publication du remarquable «Le violon d'Auschwitz», Stock poursuit la publication d'une très grande dame de la littérature. Une mère et un fils résistant au génocide arménien.

Le jeune Aram n'aurait probablement jamais écrit ses cahiers s'il n'avait été, bien malgré lui, plongé dans l'un des plus tragiques drames du XXe siècle. Une mère et son fils, en voyage chez un cousin, échappent à une rafle qui va tuer les membres de leur famille restés à la maison. Le père a disparu. Après quelques jours chez ces cousins, les rumeurs grondent et tout le monde doit se préparer à un long chemin d'exil. Ils affronteront les longues marches, la faim, le froid, les maladies et perdront amis et parents. Durant ce long et douloureux exil, ils traverseront les camps, l'Arménie russe, une île Grecque avant d'atteindre Marseille. Ce fils et cette mère, témoins des pires infamies, mais aussi de grands moments de solidarité, symbolisent toute une génération arménienne.


  • Le choix des libraires : Le dernier Juif - Yoram Kaniuk - Fayard, Paris, France - 13/03/2010

Cette vaste fresque, qui foisonne de destins, de terres et d'époques, retrace une histoire d'Israël. Et avec elle, la mémoire de celui qui se fait appeler «Le dernier juif»

Ambitieux et passionnant, ce roman couvre toute l'histoire moderne du peuple juif dans le but d'explorer les complexités même de son identité. De la terre brûlée de l'Europe au milieu du XXème siècle aux plaines arides de la Terre Sainte, jusqu'à l'agitation des mégapoles de la diaspora américaine, Yoram Pamiuk retrace l'itinéraire entre ascensions et chutes des Juifs à travers le personnage original et énigmatique de Evenezer Schneorsohn. Entre réalisme et fantastique, Evenezer, qui se fait ironiquement appeler «le dernier Juif» y apparaît comme le «sabra» et l'incarnation même de l'idéal sioniste.

Construit sous la forme linéaire d'un testament, dont on aurait redistribué les feuillets, ce roman présente Evenezer comme légataire universel de toute la mémoire d'un peuple. Son protagoniste reconstitue, en les enregistrant sur cassettes magnétiques, et grâce à un travail de gommage de l'ego, tout le savoir historique, biblique, culinaire et poétique de l'histoire juive, en véritable encyclopédiste vivant. Tel un patchwork littéraire, ce roman fragmenté s'articule de souvenirs, de récits, de légendes, de lettres et de témoignages et conduit le lecteur d'un Moyen-âge à un futur imaginaire, à travers le monde.

L'un des plus talentueux et productif écrivain israélien nous livre, en ce fertile et foisonnant roman, une oeuvre littéraire majeure de l'Histoire juive. Il va sans dire que cette grande Histoire est subjective, puisque romancée, et assumée comme telle. Bien sûr aussi, car nous le savons tous, ce sont les «petites» histoires personnelles qui permettent la constitution et l'entretien de la Grande Mémoire collective. Nous ne devons, pas plus que nous ne pouvons, faire abstraction de cette Grande Mémoire. Pas plus que nous ne pourrions faire abstraction d ?une telle oeuvre, qui marquera, à son tour, l'Histoire littéraire : la Grande.


  • Le choix des libraires : Le Londres-Louxor - Jakuta Alikavazovic - Ed. de l'Olivier, Paris, France - 12/03/2010

Après son très remarqué «Corps volatils», bourse Goncourt du 1er roman, Jakuta Alikavazovic nous livre ici la poursuite d'une oeuvre littéraire audacieuse qu'il ne faut pas perdre de vue.

«Le Londres-Louxor», point d'attache de la diaspora bosnienne à Paris, est le noeud gordien du fil d'Ariane qui aidera Esme à retrouver sa soeur disparue. Le lieu est l'hypotypose rhétorique centrale de cet ambitieux roman, et l'issue de ce labyrinthe mémoratif. Il préserve sa mémoire et ses légendes grâce à son architecture, comme les réfugiés de ce pays éclaté par la guerre entretiennent leur culture, leur langue et leur mémoire collective dans le verbe de leurs souvenirs.

Plus symboliques que métaphoriques les nombreuses descriptions architecturales et picturales confèrent un souffle et une ampleur inattendus à ce court roman. Comme si, bien au-delà de ce qui pourrait être conduit à disparaître (cultures, langues, pays ?), il y avait aussi (et surtout ?) tout ce qui demeurerait à travers les âges : les architectures, les peintures, les sculptures, les textes. Les arts comme témoins universels et perpétuels.

Il fallait bien tout le talent et la finesse d'écriture de Jakuta Alikavazovic pour peindre et sculpter avec autant de justesse les complexités de la reconstruction collective et individuelle d'un peuple exilé d'un pays éclaté. A travers les «petites histoires», c'est toute la grande qui se présente à nous : celle d'un passé révolu et d'un devenir indéfini, figés dans un présent incertain.


  • Le choix des libraires : La fin du courage - Cynthia Fleury - Fayard, Paris, France - 04/03/2010

Sans jugement moral, Cynthia Fleury se penche sur cette chute de vitalité, ce découragement de soi qui touche les sociétés en général et l'action politique en particulier...

Lâcheté pour les moralistes, défaut libidinal pour les hédonistes ou état dépressif pour les psychanalystes, Cynthia Fleury nous interroge sur cette familière «phase d'épuisement et d'érosion de soi». La philosophe propose, à la manière d'un quadruple remède épicurien, de dédramatiser le mal individuel et tire dans ce brillant essai, la sonnette d'alarme face au manque de courage collectif et politique, auquel «ni les démocraties ni les individus ne résisteront à cet avilissement moral et politique».

Si Cynthia Fleury invite Agamben, Aristote, Montaigne, Sartre et beaucoup d'autres grandes signatures philosophiques à sa table, c'est surtout dans la poésie d'Hugo que la philosophe trouve la lumière légitime pour éclairer son argumentation. «Désespérer, c'est déserter» écrivait le poète, qui avait bien compris que le manque de courage laissait place aux vides : vide de sens, de vérité, de pertinence, d'humanité, d'espoir, et conduisait, in fine, aux vides démocratiques et politiques.

La philosophe pointe en ce brillant essai, le désastre collectif annoncé, s'il ne jaillissait en chacun de nous, un sursaut vital et éthique de retour à une volonté de courage individuel, afin de reconquérir la vertu démocratique. Un essai courageux et libératoire.


Le fils est au chevet de sa mère en fin de vie. Un homme et une femme isolés et prisonniers de leur fusionnelle relation. Confronté à l'imminente perte de son unique famille, le narrateur revisite son enfance, sa vie, ses souvenirs et s'interroge...

Cet admirable récit, aux accents camusiens, nous conduit, à travers les derniers jours d'une mère, vers une profonde réflexion philosophique sur la naissance, la vie, la mort et la filiation. Bien qu'ils n'aient que l'un et l'autre pour famille, la mère et le fils se supportent difficilement. Leur quotidien, à l'instar de leur histoire commune, est jonché de non-dits, d'amertumes et de colères enfouies.

La mère, qui a conçu ce fils unique, hors mariage, a rapidement été mise au banc d'une société villageoise rustre et à la morale chrétienne omnisciente. Avec la grand-mère tout d'abord, puis à eux deux, ils ont dû apprendre à vivre et à s'aimer à leurs façons, en devenant les uniques héritiers d'un passé familial emprunt de mensonges, d'hypocrisie et de silences. L'épaisse morale des autres et l'absence du père les ont contraint à vivre ensemble, reclus dans cette demeure familiale que le fils semble fuir depuis l'âge adulte.

Aujourd'hui que le compte à rebours est déclenché, il ne lui reste plus que quelques jours pour comprendre, réparer, reconstruire et, enfin, ouvrir l'horizon.

Oscillant entre poésie et descriptions réalistes, l'enfance du narrateur défile sous nos yeux à la façon d'une projection de bobines super huit. Ce touchant témoignage, servi par une écriture directe et ample, nous perce l'âme, en réveillant en nous l'une des plus capitales interrogations de l'humanité : Qu'est-ce qu'être ?

Entre rémissions et rechutes, accompagnement au quotidien et quête de sens philosophique, Karl-Heinz Ott nous plonge dans les spécificités d'une histoire familiale particulière qui tape fort. Jamais, en ce roman, il ne nous fait oublier, comme le chantait le poète, que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres. Et à fortiori, quand il s'agit de celle de sa mère... Un roman «clé» à découvrir et à offrir d'urgence.


  • Le choix des libraires : Livre du chevalier Zifar - Anonyme - Monsieur Toussaint Louverture, Toulouse, France - 12/02/2010

Les éditions de Monsieur Toussaint Louverture, qui n'en ont décidément pas fini de nous étonner, nous offrent pour ces fêtes de fin d'année rien de moins qu'un grand classique, inédit de surcroît, du roman de chevalerie. Ce «Livre du chevalier Zifar», qui est le premier roman du genre à avoir été écrit et conservé en castillan, est un texte riche et dense. Il nous entraîne à toute allure, entre aventures et batailles, fantastique et ironie, apprentissages et traités moralistes sur les chemins sinueux de ce brave chevalier maudit, contraint quoiqu'il fasse d'assister tous les dix jours à la perte de son cheval. Admirablement traduit en français contemporain par Jean Marie Barberà et subtilement illustré par Zeina Abirached, ce joyau de la littérature du XIV siècle nous est serti dans une sublime reliure et sur papier ivoire, comme s'il avait sans encombre traversé les siècles. Ce très beau livre du chevalier Zifar mérite sans conteste toute sa place dans nos bibliothèques.


  • Le choix des libraires : Un amour de mère - Rosa Matteucci - Bourgois, Paris, France - 11/02/2010

L'univers de Rosa Matteucci est peuplé d'étranges créatures. L'on y croise des dames âgées pas plus sympathiques qu'hygiéniques, des femmes divorcées aussi midinettes que bébêtes et des hommes autant vénaux que menteurs. Dans l'impitoyable monde de Rosa, les mamans ne sont pas particulièrement câlines, les aides à domiciles difficiles à débusquer et les fêtes de Noël ardues à célébrer. C'est avec un humour grinçant que l'auteur nous entraîne dans les travers les plus sombres des relations humaines, des liens familiaux et des tristes banalités des quotidiens rongeurs. C'est grâce à son style foisonnant, baroque et soigné, que Rosa Matteucci parvient à nous faire avaler les couleuvres d'un quotidien lugubre et banal qui conduit irrémédiablement au drame. Il va sans dire que tous les personnages et situations de ce roman ne peuvent être que fictifs puisque, comme vous le savez, les êtres humains ne sont que sagesse et bonté. Un roman qui fait beaucoup de bien là où ça pourrait faire mal...


Qui est Marc-Antoine Muret ? Le poète ? Le latiniste ? Le professeur de Montaigne ? Le ripailleur ? Le rabelaisien ? L'amateur de jolis jeunes éphèbes fermiers ? L'orateur des Papes ou l'ecclésiaste romain de sa fin ? Vous le découvrirez en son âme et en ses pulsions les plus intimes en lisant cette sublime biographie romancée ( ?) avec tact et élégance de Gérard Oberlé. Roman de cette rentrée 2009, qui semble passer inaperçu... Et quel dommage ! Lisez-le, savourez-le... et donnez-en nous quelques nouvelles. GRANDIOSE !


  • Le choix des libraires : De A à X - John Berger - Ed. de l'Olivier, Paris, France - 23/06/2009

Aïda est amoureuse de Xavier, qui est incarcéré pour terrorisme dans une prison, qui pourrait être toutes les prisons de tous les pays qui emprisonnent pour terrorisme. Alors Aïda, pour ne jamais rompre le lien amoureux, écrit à Xavier de jolies lettres au verbe limpide et puissant. Des mots du quotidien, des mots du dehors, des mots de liberté... Et, comme Xavier ne semble pas être autorisé à répondre aux appels d'Aïda, il griffonne au dos de ces missives amoureuses ses pensées d'internement et du passé en modestes réponses.

John Berger, comme à son habitude, distille au centre de ce puissant roman au goût amer, sa lucide et judicieuse colère, porte-parole des sans voix, des sans terre, des sans justice, des "sans"...

Roman énigmatique où il est nécessaire de trouver à lire entre les lignes, comme entre-apercevoir le ciel entre les barreaux de prison.


Les jours qui rallongent, les vacances qui se profilent et la chaleur qui tend à ralentir nos biorythmes sont autant d'occasions d'enfin prendre le temps... de lire. Un temps qui file pourtant trop vite en ces 1200 pages réunissant, pour la première fois, les trois volumes de cette puissante et très emmenée vie de Kristin Lavransdatter. Portée par l'écriture poétique et rigoureuse de Sigrid Undset (Nobel de littérature en 1928), la vie riche et rebondissante de Kristin, femme "moderne" d'un moyen-âge norvégien très bien dépeint, émeut et nous captive jusqu'à la dernière page. Femme-fille, femme-fiancée, femme-mariée, femme-mère, femme révoltée, femme passionnée, femme résignée, femme fatale, maîtresse-femme... la vie de Kristin Lavransdatter se déroule devant nous comme le fil symbolique du questionnement féminin de tous les temps : celui du quotidien, de la liberté et de la destinée d'une femme-femme, tout simplement. Un livre tout particulièrement recommandé aux hommes.


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