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L'ouvrage dont j'aimerais vous parler et vous faire un peu l'éloge est un ouvrage d'un auteur mexicain que je ne connaissais pas, très honnêtement, jusqu'alors, et pour cause, je m'en expliquerai. Il s'agit de Sergio Gonzalez Rodriguez. Le titre de l'ouvrage est : Des os dans le désert. C'est un ouvrage qui vient de paraître aux éditions du Passage du Nord-Ouest, éditeur par ailleurs que j'affectionne particulièrement parce que, si je peux en dire rapidement quelques mots, il fait un travail depuis quelques années tout à fait remarquable, surtout dans le domaine de la traduction, beaucoup dans le domaine hispanique. C'est un éditeur que je tiens à soutenir, et cet ouvrage appartient donc à son catalogue. Alors, l'ouvrage, on va y venir rapidement, peut-être vous donner une petite idée, si je puis dire, du sujet narratif. Il s'agit du récit journalistique d'une découverte. L'auteur parle de «féminicides», d'une suite de meurtres très importants dans une petite ville à la frontière du Mexique et du Texas, aux États-Unis. Il s'agit de la ville de Ciudad Juárez, lieu où ont lieu des meurtres de femmes, de jeunes ou moins jeunes femmes, inexpliqués et inexplicables. On ne sait pas exactement de quoi il s'agit, puisqu'on a fait là-dessus beaucoup de personnages ; des enquêteurs se sont bien sûr empressés sur cette affaire ; on parle de psychopathe... Ce que nous révèle l'auteur, c'est que derrière tous ces meurtres qui ont lieu depuis si longtemps, se cache en fait un des effets les plus terrifiants de la pauvreté, de la corruption, de l'effroyable, je dirai, machine du pouvoir quand celui-ci n'a pratiquement plus aucun paravent, aucune règle. Voilà le sujet de ce récit qui est donc un récit à caractère journalistique, qui a été écrit par Gonzalez Rodriguez qui est par ailleurs journaliste, qui a écrit aussi, je crois, des essais, qui est assez peu connu en France jusque là, mais l'ouvrage a eu pas mal de retentissements bien sûr sur place, dans le monde hispanique. Il faut savoir que l'auteur en question a reçu des menaces, que lui-même a été l'objet d'une tentative d'assassinat, et que ces meurtres se poursuivent toujours à l'heure actuelle, puisque la première édition de cet ouvrage est parue en 2003, que l'édition française que nous avons aujourd'hui, nous, ici, est une édition que l'auteur a revue et augmentée, et il nous fait état effectivement du caractère toujours impuni de ce massacre - on peut vraiment parler de massacre. Maintenant, j'aimerais dire pourquoi cet ouvrage m'a tellement plu, en dehors si vous voulez du contexte de cette enquête : c'est que c'est un ouvrage qui est porté par une plume que moi, j'ai trouvée très très intéressante. À aucun moment, il n'y a de pathos. Le journaliste, l'auteur cherche effectivement à saisir cette affaire dans son objectivité la plus totale, si tant est que cela puisse être possible. À aucun moment, il n'y a un personnage avec lequel on puisse s'identifier. C'est une analyse presque clinique, on peut pratiquement parler d'analyse clinique dans ce récit. Ça, ça donne une force au récit. Je peux dire qu'on ressent presque un certain malaise, parce qu'il y a des descriptions très dures, très froides, cette volonté que peuvent avoir des hommes quand ils ont un pouvoir absolument inouï qui n'est arrêté par rien, et qu'ils peuvent se permettre absolument tout. C'est une oeuvre qui est un peu dérangeante, je l'ai ressentie comme telle, puisque comme je vous le disais, c'est quelque chose de très froid, très clinique, un petit peu circulaire. Il y a, par exemple, tout à la fin du texte plusieurs pages où l'auteur cite un très grand nombre de noms de ces jeunes femmes qui ont été assassinées, puisqu'on en est, on ne sait pas exactement, entre quatre cents, cinq cents. Et à la fin du roman, il cite un très grand nombre de ces noms, une espèce de litanie absolument folle qui est vraiment très saisissante. Les personnages ne sont pas du tout incarnés, c'est un peu peut-être la critique qu'on pourrait faire à ce texte, mais aussi peut-être parce que justement, c'est un texte qui n'est pas du tout incarné, il n'en a que plus de force - c'est comme ça que je l'ai lu. C'est en même temps une réflexion absolument passionnante, terrifiante sur le pouvoir, sur l'usage du pouvoir, sur l'impossibilité dans certains lieux de la planète qu'on puisse finalement stopper cette horreur. Parce que je dirai depuis presque le début, dès les premiers mois, un certain nombre d'acteurs connaissent la vérité, et la vérité jamais ne sortira bien sûr, puisque tous ceux qui se penchent ou qui se sont penchés là-dessus seront bien sûr appelés à disparaître, assassinés ; on trouvera des coupables fictifs... C'est vrai qu'il y a des moments assez effrayants, mais c'est vraiment porté par cette écriture un peu «glacifiante» que moi, j'ai beaucoup appréciée parce que le récit est beaucoup plus dense, il n'y a pas de temps morts, et c'est d'une précision absolument folle puisqu'il a fait des recherches... Et tout nous est donné à lire : les enquêtes, les récits, les interviews qu'il a pu faire, les hommes, les femmes qu'il a rencontrés, tout nous est donné à lire. Ça donne donc une précision presque horlogère. Eh bien, l'ouvrage dont nous parlions à l'instant était : Des os dans le désert de Sergio Gonzalez Rodriguez, paru aux éditions du Passage du Nord-Ouest.
Hervé Floury - 18/09/2007
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