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C'est le jour du déménagement de Brice, dont la femme est absente et qui doit assumer tout seul ce moment de stress. Pire il part à la campagne dans une maison pour laquelle elle avait eu le coup de foudre, perdant ainsi tous ses repères. Les cartons sont envahissants, au départ comme à l'arrivée, et la solution de les faire déposer dans le garage va peut-être s'éterniser ! Pascal Garnier nous emporte dans un tourbillon fascinant, sorte de maelström infernal où les cartons symbolisent une vie entre deux vies ! L'écriture est implacable, d'un humour qui frôle le cynisme et c'est halluciné que le lecteur se laisse emporté dans cette dégringolade.
Les nouvelles aventures de Désirée et Benny : l'improbable rencontre de ces deux là se poursuit envers et contre tout. L'alliance de la carpe et du lapin, ou plus poétiquement la lune et le soleil amoureusement réunis. Désirée veut à tout prix un enfant, seul Benny lui apparaît un père possible, et le miracle se produit, et se reproduira d'ailleurs. Désirée doit se décider : après tout avec une bonne voiture elle peut continuer à exercer, et s'installer à la ferme. Et notre bibliothécaire, amateur d'opéra, de bons livres, de grasses matinées douillettes avec thé, musique, revues littéraires, se retrouve dans un monde inconnu, aux us et coutumes codifiés depuis des temps immémoriaux, au temps rythmé par la vie des vaches et les soins constants à leur prodiguer.
Katarina Mazetti choisit d'alterner les points de vue de Désirée et de Benny, son paysan préféré, sous forme de champ - contrechamp dans cette histoire haute en couleur et si proche des ressentis de chacune et chacun. Un beau travail sur les difficultés de communication au sein du couple, les univers féminin et masculin où se bousculent les stéréotypes qui génèrent souvent les incompréhensions, les sentiments aussi qui alternent entre fusion et rejet. Elle nous donne à lire un fabuleux tango de la vie grâce à une écriture alerte, sensible, drôle et furieusement captivante.
Coup de chapeau à la traduction : Léna Grumbach.
Révolutionnaire : Un bijou d'humour et d'actualité à lire absolument, que l'on soit petit ou grand !
Lane Smith nous donne une véritable leçon de relativité : ouvrez-vite, c'est un livre ! C'est un livre, publié chez Gallimard jeunesse, nous rappelle quelques données fondamentales en ces temps de numérisation absolue.
extrait : "Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est un livre. Comment on fait défiler le texte ? On ne peut pas, il faut tourner les pages. C'est un livre."...
Audur Ava Olafsdottir nous offre un bonheur de lecture : tout en délicatesse, poésie, décalage subtil, le tout jeune héros surnommé par son père "Mon petit Lobbi" pérégrine de son Islande natale jusqu'à une roseraie, sertie dans un monastère du vieux continent. En candide des temps modernes, sa passion des roses l'aidera à vivre d'autres rythmes, d'autres moeurs tout en découvrant au fil de ses rencontres une humanité différente, le questionnant sans répit, l'amenant à grandir en se consacrant à sa passion des roses instillée dès l'enfance par sa mère.
Deux femmes, Emma et Thérèse, une rencontre sur les bancs de l'École Normale, une même passion pour la littérature et la belle langue. L'une est prodigieusement douée pour la vie, l'autre est plus secrète, plus discrète, plus brûlante aussi, plus forte peut-être. En ce temps là, le nazisme s'installe, les juifs sont stigmatisés. Emma et Thérèse vont vivre une liaison d'autant plus forte que l'époque se prête peu aux amours féminines, mais la guerre déchire les vies et elles suivront chacune un chemin exacerbé. Tandis que l'une se mariera, l'autre s'engagera dans une résistance acharnée contre l'occupant. Histoire et Tragédie, mais beauté aussi de l'écriture de Claudie Hunzinger qui dit si bien l'amour, la littérature, la nature et les relations humaines, si déchirantes soient-elles. Nous nous prenons de passion pour ces deux femmes, dont une narratrice sensible et singulière recoupe les moments de vie pour tisser une si belle histoire d'amour et de guerre.
Montana 1948 de Larry Watson (publié auparavant en 10-18). C'est un roman policier de la taille d'une longue nouvelle, qui se déroule dans le Montana là où le vent souffle sans cesse (360 jours par an, sic les amérindiens !), où le "qu'en dira-t-on" est particulièrement prégnant dans cette petite ville de Brentock, et qui raconte un terrible secret qui bouleversera une famille bien établie : le père, après le grand-père, est shérif, le frère est médecin, le petit-fils David se souvient. C'est bien en effet un agréable roman qui se lit avec plaisir et se recommande bien chaleureusement.
Lenny c'est Junior, et puis il y a Ach, ce sont des Horr ; et puis, il y a tous les autres, ceux du terrain vague, ceux de la jetée tout près de la plage, de la mer : Le Pacha, Pipo, Mama, Négus, Einstein, les frères Zouj, Dib et Bliss aussi. Tous ces laissés pour compte qui zonent dans ce "no man's land", à la périphérie de la ville, celle qui se dresse comme un phare tantôt attirant de lumière, tantôt repoussant d'obscurité. La vie se déroule vaille que vaille, sans que les jours diffèrent vraiment les uns des autres, sans que la peur s'installe non plus puisque tous sont revenus de tout avant d'échouer là, au milieu de la décharge. Leur vie s'est recréée, des habitudes se sont organisées, les caractères aussi sont reconnus par tous. Seulement un jour, une rupture : l'arrivée d'un personnage quasi mythologique, sorte de Juif errant qui bouleverse la vie de Junior, le plus fragile d'eux tous.
Yasmina Khadra nous propose cette fois une fable des temps modernes où le désenchantement le dispute à la violence que distille les hommes contre eux-mêmes, et cette Olympe des Infortunes devient la métaphore d'un refuge tellement improbable que la stupeur gagne le lecteur.
A paraître tout début janvier 2010 ce magnifique roman de Claude Pujade-Renaud. Un diamant vraiment, noir aussi. Les notes se succèdent au fil des pages, les phrases soulignées, reprises, relues, l'immersion est totale dans cette superbe histoire d'une famille éclatée par delà les frontières, les religions, les époques, les langues aussi, mais au sein de laquelle la poésie est le média choisi pour tisser tous ces fils disparates en une longue élégie.
C'est l'histoire de Sylvia et Ted, tous deux poètes, l'une américaine l'autre anglais, leur rencontre à Cambridge, leurs amours fulgurantes et tenaces et terribles, leurs enfants, leurs maisons, leurs amis, la poésie encore et encore pour transposer la vie, la magnifier aussi, l'exorciser toujours.
Sylvia est un oxymore vivant, aux paradoxes alliant onirisme et réalité, faits de vide et de plein, où "l'être cloîtré à l'intérieur de la dépression" qu'elle se devine au fond d'elle-même cherche un ancrage fort dans l'appétit de vivre.
Alors lire ces chapitres rythmés, s'attacher à Sylvia et à tous les personnages, les faire siens, s'immerger dans cette vie riche et belle et terrible aussi.
L'auteur nous revient avec ce conséquent recueil de nouvelles organisé en quatre cahiers dont les thèmes composent les mouvements de la symphonie du peuple russe. Nous retrouvons l'humour découvert dans «De joyeuses funérailles», le foisonnement des personnages, la riche diversité des caractères de cet immense pays assemblés en une merveilleuse mosaïque de vies ordinaires prises dans les méandres de l'Histoire. Chaque nouvelle est une histoire intense où les méandres des événements conduisent à des bouleversements tantôt infimes tantôt dramatiques mais toujours surprenants, attachants, étonnants. L'auteur a un immense talent pour nous conter le paradoxe permanent entre la pérennité d'une Russie traditionnelle et orthodoxe et les changements radicaux qu'elle a subi en quelques décennies, contraignant ses personnages à une débrouillardise teintée d'absurde pour s'acclimater de toutes ces turbulences. Les portraits qui se succèdent possèdent un luxe de détails permettant aux personnages d'exister vraiment, débusquant l'extraordinaire dans ces moments de vie parfois si longue qu'elle couvre la totalité du siècle. Impossible de décrocher un seul wagon de cet immense train russe qui nous emmène, séduits, amusés, fascinés.
David Foenkinos nous raconte l'histoire de Bernard qui, à cinquante ans et des poussières ("qui se voient sur le visage"), revient vivre chez ses parents. Cette prise de conscience que sa nouvelle position d'adulte redevenu petit garçon lui impose, le conduit à revisiter sa vie, son comportement de père, de mari, de professionnel de la finance qui s'est pris les pieds dans le tapis de la crise.
Voici un texte court d'une cinquantaine de pages qui se lit avec le sourire, le plaisir de se reconnaître aussi chacun dans sa propre vie, l'envie de prendre des décisions comme un premier janvier à tout moment de l'année.
Nina, par hasard, car à quoi tient le choix d'un prénom après tout ? Qu'en est-il de l'identité qu'il confère et de celle qu'on vous donne et de celle qu'on se choisit. Nina est une toute jeune fille qui vit seule avec sa mère à Roubaix. Elle travaille depuis peu dans un salon de coiffure et, aujourd'hui est son premier jour de congé "de sa vie d'adulte" ! Elle choisit de le consacrer à l'achat d'un cadeau pour l'anniversaire de sa mère avec laquelle elle vit en symbiose (le père n'est plus là depuis trop longtemps et le dernier ami est parti depuis un an). Elle pérégrine au hasard de la ville Nina, heureuse de baguenauder, décidée à immortaliser ce jour par l'achat d'un cadeau original qui réchauffera la joie de vivre au coeur de sa mère. Elle croise par mauvais hasard un client du salon, le patron de l'entreprise textile menacée dans laquelle sa mère travaille : celui-ci lui propose de passer chez lui - quel moyen d'y surseoir ? Alors chronique de cette visite en filigrane du récit de la vie de Nina sur les trois jours de ce week-end qui suit son jour de congé, plongée dans le passé, les rêves aussi, les combats menés par sa mère à l'usine et l'amitié avec les copines de lutte, rencontre aussi... Tout s'enchaîne, comme par hasard, tranquillement, inexorablement, conduisant Nina vers une prise de conscience adulte.
Michèle Lesbre, dont c'est le premier roman qui n'appartient pas à Babel noir, a trouvé sa musique, douce amère, tellement en prise avec la réalité tout en ménageant au lecteur une part de rêve, de vagabondage poétique qui le conduit tranquillement vers une réflexion qui se poursuit longtemps, une fois le livre lu.
Liza Kerivel nous offre son premier roman et la jeunesse de l'auteur renforce encore la puissance du texte. Quelle leçon d'écriture, quelle maîtrise, quelle profonde connaissance aussi du monde des femmes. Les premières phrases sont coup de poing ; elles claquent comme le linge tant de fois lavé et étendu dans le vent du quotidien ; ce quotidien et ses bruits et ses phrases sèches et dures qui laminent, usent, distillent la peur ; et le silence qui peu à peu devient refuge, celui qu'on créé en ne répondant pas, en anticipant pour éviter remarques et réflexions, celui qui sourd du désamour. Il y a l'homme, le père bien sûr et son ignorance de l'évidence, il y a les enfants aussi, trois, une famille de cinq donc... avec pavillon, lotissement et quotidien parfaitement réglé ; réglé par qui d'ailleurs ? et pour quoi ? Alors leur parler aux enfants, tenter d'expliquer cet instant précis, décisif, bizarrement incompréhensible pour eux, essayer du moins de raviver les souvenirs et dans raviver il y a vie, ce qui n'est pas peu dire !
L'écriture de Soazig Aaron est étourdissante, enivrante, elle vous emporte, vous bouscule, vous hante aussi. Quel livre ! Quel beau livre ! Le sujet, les personnages, la maestria de l'écrivain qui s'invite sans peser pour guider "la petite" dans ses pérégrinations familiales, la beauté des caractères, la justesse des situations... et puis les mots, les mots qui crépitent parfois dans des néologismes tellement évidents qu'ils s'installent dans notre vocabulaire, les mots qui se bousculent à courir après ce récit qui embrasse tout le vingtième siècle... et puis le rythme des phrases, si longues et pourtant si faciles à cheminer, où les voix se mêlent avec bonheur pour dire la vie, la hâte, l'attente aussi, les évènements qui se télescopent. La guerre de 14, le retour, l'incompréhension qu'elle a suscitée tant pour les soldats que pour les civils, le retour impossible à la vie normale, et pourtant..., qui décidera de la vie de Jean et de celle de sa famille, la quête insatiable de sa petite-fille tellement habitée par cette histoire qu'elle accumule strate après strate les histoires, les sous-histoires, les anecdotes, leurs acteurs aussi qui deviendront ses personnages.
Il faut lire ce roman toutes affaires cessantes, oui, il le faut. Quelques pages pour s'habituer à cette immersion complète dans cette famille de Jean, d'Amandine le bébé empereur, de la petite qui par delà les années nous restitue cette somptueuse fresque, et vous ne pourrez plus vous arrêter, vous ferez vôtres ces pages envoûtantes.
Jeff Sourdin est né et a grandi à Fougères, vit et travaille désormais à Paris. Voici son premier roman, dont l'éditeur m'a gentiment adressé un exemplaire en me disant qu'il y croyait beaucoup. Il a raison M. Yves Landrein, qui a fait confiance à ce nouvel auteur.
C'est l'histoire d'un ripeur, donc, mais qu'est-ce qu'un ripeur ? Vous en croisez tous les jours, les nuits aussi parfois, mais les reconnaissez-vous, y pensez-vous seulement à ces "boueux", ces hommes de la nuit et du petit matin qui nettoient nos villes et nos bourgades, travaillent la nuit, dans le froid, sous la pluie, dans les odeurs aussi ! Alors prise de conscience évidemment grâce à la vie de Dimitri qui nous explique comment d'étudiant il est devenu éboueur, à 27 ans, dans cette petite ville d'Ernée dont l'intérêt touristique demeure discutable. Et nous allons cheminer avec lui au fil de ses tournées, rencontrer ses compagnons de travail, découvrir peu à peu ce vide qu'il cherchait à combler autrement en quittant ses amis de fac, en laissant faire la vie d'ailleurs, qui délite à coup sûr ce que l'on ne s'acharne pas à entretenir. Et puis, remplir ce vide, la lecture qui offre échappatoire et rencontre : ah ! la bibliothécaire ; les cafés mais pas trop tard le soir car il faut se lever : l'arrachement vers 2h du matin ; et puis aussi séduire les filles, une fille, mais comment s'assumer professionnellement : quel potentiel de séduction y-a-t'il dans un gilet jaune de sécurité, des vêtements de pluie épais et glissants, des chaussures de sécurité, l'ensemble distillant une odeur de déchetterie !
OUI, décidément, une très belle surprise à lire ce premier roman, d'une traite, et d'y revenir avec l'envie de souligner de bien belles expressions, de retenir des moments tellement vrais, de réfléchir à ce monde du travail au service des autres, que l'on ne voit pas, auquel on ne pense pas et qui nous est pourtant si proche. Bravo à l'auteur et à l'éditeur (et aussi au linograveur : Pierre Jourde).
Cette histoire publiée en 2009 est celle rapportée par Henry, jeune adolescent de 13 ans qui vit seul avec sa mère, Adèle, pour qui la société est pleine de pièges, d'incompréhension et de stéréotypes. En ce week-end du Labor Day, Adèle et Henry croisent au supermarché Frank ; cet homme recherché par la police va venir se réfugier chez eux, qui vivent loin du monde, le temps de ce long week-end de canicule, apportant ainsi un vent de nouveauté, d'émotions, de secrets, de tentations et de sentiments mêlés mais tellement plus vrais que l'insipidité quotidienne. La traduction de Françoise Adelstain sert avec sensibilité une écriture fluide, simple et belle, qui se met au service de ce gamin de treize ans et nous emmène avec chaleur dans un tourbillon de désirs contradictoires. Au cinéma vous pourriez choisir Meryl Streep et Clint Eastwood et revivre une histoire à la manière de la route de Madison.
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