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Paul Fournel, président de l'Oulipo a encore frappé. Dans un court texte non dénué d'humour et de sensibilité, Robert Dubois, vieil éditeur germanopratin fait face à une évolution majeure de son métier, la liseuse. Est-ce vraiment une mauvaise chose ? Lisez bien la dernière page, la contrainte oulipienne y est révélée !
Une belle histoire pour prendre son envol. Nour déménage et cherche, au gré de ses pas, le foyer qu'elle veut construire. Avec ce foyer, c'est l'image qu'elle a d'elle-même qu'elle cherche, le puzzle de sa vie dont elle voudrait assembler les pièces pour qu'il soit parfait. Et puis ne pas être seule, parce qu'un foyer, c'est fait pour se partager... Des sensations et des égarements de la pensée décris avec une légèreté imparable. Nour nous emporte par une brise, une odeur de miel, un dé au fond d'une poche, une solitude pour apprivoiser sa nouvelle vie. A offrir aux âmes sensibles et fragiles.
La violence est un bien grand mot, mesure-t-on vraiment sa terrible réalité ? Familiale, institutionnelle, mutuelle : la violence fait partie d'un système, serait-ce le nôtre et pourrait-on y résister ? Erik, le héros de ce roman suédois, décide d'entrer en résistance : les codes de la violence, il les connaît bien, il les a subis, à lui de les pratiquer. Essayer de renverser un système par la violence qui le définit, un pari dangereux car Erik en est lui même tributaire. On encaisse les coups et on planifie la réplique, on découvre que la violence est avant tout "dans la tête et non dans les muscles"... Le choc de la lecture à tout d'une révélation : on est essoré mais vivant.
Un écrivain raté est en charge par son "éditeur" d'en retrouver un autre, un certain Juan Perez auteur d'un remarquable manuscrit. Au cours de son enquête, il traversera des villes comme Miserias, Disgracias, Penurias, croisera la route de la prostituée du village... Une intrigue des plus fantaisistes pour un roman jubilatoire, bourré d'humour !
Un premier roman où l'auteur n'utilise pas la première personne, ça fait du bien !
Récit d'une journée type d'une prostituée alternant entre ses clients solitaires et sa petite vie étriquée. Des portraits sensibles et attachants non dépourvus d'un peu de tendresse au coeur de ces petites gens.
Après le désormais culte "Fuck America" et le grotesque "Le nazi et le barbier", la publication de son premier roman "Nuit" déconcertera certainement les aficionados d'Hilsenrath. Il dresse une magnifique fresque réaliste de la survie dans un ghetto ukrainien durant la seconde guerre mondiale.
Petit extrait :
"- Nous envions les morts... et pourtant, quand sonne l'heure, personne ne veut mourir. Pourquoi tenons-nous tant à la vie ?
- Parce que nous n'avons pas perdu tout espoir."
Sans foi, ni loi l'homme effectue un retour à l'état sauvage et nous lecteurs, un voyage dans l'effroi.
"Monsieur le président, c'est presque l'agonie, J'ose à peine vous dire mais nous sommes faillis.
Nous sommes à la rue,
Nous avons tout perdu..."
Comédie sous forme d'alexandrin autour de la crise financière mondiale. Un projet ambitieux, relevé avec brio par un économiste engagé, Frédéric Lordon. Cette farce sinistre et ironique convient tous les acteurs de la débâcle, du président de la république au gouverneur de la banque centrale. Un exercice de style jubilatoire qui dresse un portrait ravageur de l'économie. On a hâte de le voir sur les planches !
Jacqueline Razgonnikoff, historienne du théâtre a rassemblé dans cette anthologie de nombreux courts textes d'artistes, cinéastes, journalistes souhaitant comprendre cet art si particulier de la critique. Du XVIème siècle à nos jours, de Voltaire à Raymond Devos, nous tenterons de savoir pourquoi d'après Claude Debussy, «Les critiques ont le droit de juger en une heure l'effort, le labeur, la gestation de plusieurs années.» L'intérêt de ce livre réside également dans la qualité de l'objet, la première mise en bouche est bien sûr la couverture représentant une lithographie de Daumier «La ballade du critique influent». Le florilège de textes, fruit d'un long travail de documentation, est valorisé par une belle mise en page, on se délectera d'une sélection de citations d'auteurs à propos de la critique dans les dernières pages du recueil. Vous l'aurez compris, ceci n'est pas un livre de la pensée unique !
Une citation parmi tant d'autres, représentative de cette anthologie : «Critiquer, soit, mais dire pourquoi.» Mathieu Galey
Berlin, début des années 90, villes de toutes les possibles. Rafael Horzon participe activement à l'explosion culturelle de la capitale allemande en multipliant les projets sensationnels. A travers ses projets tous plus fous les uns que les autres, il attire la sympathie grâce à un sens aigu de l'autodérision.
"Je lui fis part de mon projet de devenir la figure intellectuelle la plus importante du XXIème siècle. Il parut drôlement impressionné."
Jubilatoire !
Un roman biographique qui retrace la vie de l'auteur dramatique irlandais John Millington Synge. A travers les yeux de sa Muse, Molly Allgood, on parcourt Dublin et son microcosme théâtral. On ne peut que s'émouvoir de ces personnages dont l'errance côtoie la célébrité. Pour les néophytes de l'oeuvre de Synge, une découverte nécessaire... Pour ses connaisseurs une vision romanesque qui ne pourra déplaire (on prend plaisir à retrouver des scènes de ses pièces subtilement intégrées à la vie des personnages du roman). Fin et pénétrant.
Le "petit Lobbi" quitte son Islande natale, sans rien connaître du monde qui l'entoure. Sa passion des roses et plus particulièrement de la rosa candida le conduira jusque dans un monastère d'un pays lointain. Peu importe qu'il ait une petite fille, que son frère soit autiste et que sa mère soit décédée : sa candeur et sa simplicité lui permettront de surmonter les épreuves de son périple. "Sa chère mère" aurait été particulièrement fière de son fils !
Sa rencontre au monastère avec un moine cinéphile, amateur de bon vin est particulièrement savoureuse. Cultiver des roses deviendra tendance grâce à ce roman !
Quel plaisir de te retrouver la plume raffinée et sensible de Christophe Pellet. Dans sa dernière publication Seul le feu le lecteur rencontre de nouveau le chemin de Thomas Blanguernon, le personnage incandescent et révolté de La conférence. Avec son amie Mireille il déambule dans les rues de Paris et dans les allées du Père Lachaise. Écorché vif, fragile et précaire, Thomas confie son mal-être et ses errances à sa complice. Lorsque la capitale française l'étouffe, l'oppresse, il se réfugie à Berlin. «Paris est un tombeau, hermétiquement clos, dans lesquels les corps respirent encore et lentement, pourrissent. (...) A Berlin la mort est passée avec son cortège de flammes et de ruines.» Thomas a soif d'absolu et se sent exclu de cette société de consommation, une société qui opprime les individus et qui les déshumanise. Dans ce très beau texte, l'auteur s'interroge sur la mort et sur la mémoire au travers de l'amitié singulière qu'entretiennent Thomas et Mireille.
653 façons de dire... d'avouer... de nier... d'appeler à l'aide... de crier... de minimiser... de mettre en mots la violence conjugale. Chaque phrase, au détour d'un mot qui accroche, qui bute, qui glisse, qui manque, déplie tout un monde : il y a les enfants, les maris, les femmes, les amis, la fuite, la peur, la police, le doute et tout se compose et se recompose au fil du discours. Eléonore Mercier, travailleuse sociale, a noté toutes les premières phrases que prononcent les femmes qui l'ont consultée. C'est un livre profondément fascinant et sensible, on ne lit pas une variation gratuite sur un thème mais on prend dans l'oreille l'écho des voix qui ne cessent de murmurer depuis des siècles, avec leur singularité.
C'est l'histoire éternelle de l'amour, et on ne s'en lasse pas quand c'est si bien écrit ! Ils sont jeunes, ils sont beaux... mais ils ne sont pas du même milieu social. Il devient écrivain, inconsolable, elle est condamnée à faire un mariage riche pour éponger les dettes de toute la famille au bord de la ruine. Leurs sentiments sont impossibles et ils les étouffent mais ils ne cessent de chercher à se revoir, à guetter chaque regard comme une promesse ou un aveu. Un très beau roman sur un amour étouffé qu'on a lu avec passion d'une traite, qui nous emmène dans la campagne norvégienne, ses châteaux, ses fêtes, ses fleurs et ses îles.
Valentine s'est mis en tête d'écrire un roman sur un oligarque russe. Ni ses amis, ni les russes ne comprennent son intérêt et en s'entêtant, elle s'éloigne de ses amis les plus proches et si bien intentionnés... mais plonge dans la Sibérie fascinante. La suite est inattendue et sort des ornières d'un récit linéaire, il faut savoir se laisser emporter sur les traces de chaque personnage. Un roman sur l'amitié, le passage à l'âge de raison pour cette génération attachante et utopiste de quarantenaires qui attendait tellement de la chute du mur. C'est aussi un portrait passionnant de la Russie moderne, dont Catherine Lovey fait un vrai personnage à elle toute seule : dure et déconcertante, mais aussi drôle et désespérée. On aime beaucoup le ton décalé et plein d'ironie de Catherine Lovey, son talent à suspendre le temps dans le récit pour nous laisser tout le loisir de prendre plaisir à une description particulièrement amusante. Elle sait transformer une situation banale et lui faire prendre des proportions dantesques... ce qui est un véritable talent des romans russes justement !
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