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Comme le souligne le sous-titre de ce livre, il s'agit de "l'autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou".
D'abord la genèse : Gérard Garouste parle de son père. Pendant la guerre, il a profité de la spoliation des biens juifs pour récupérer le magasin de son patron, qui avait fui les nazis. Il ne cachera jamais son antisémitisme et sa déception d'avoir un fils bon à rien. Et c'est ce désamour qui a en partie (dé)construit Gérard Garouste, et qui le poursuivra même après la mort de son père. "Je vis depuis toujours dans la faille qui existe entre lui et moi". Cette haine du Juif, Gérard Garouste la combattra de toute ses forces, à sa manière, en épousant une juive, et même en s'initiant à l'hébreu...
Ensuite la peinture : Après une enfance et une adolescence passées en pensionnat, puis un travail offert par son père dans un magasin de meubles, Garouste raconte comment il est devenu peintre, et surtout comment est venue la célébrité avec la décoration de la célèbre boîte de nuit parisienne, Le Palace, jusqu'à sa rencontre, décisive pour son avenir artistique, avec Léo Castelli, un des plus grands marchands d'art aux États-Unis.
Et enfin la folie : ce n'est pas de folie douce dont il s'agit ici, ni de folie artistique, mais d'une vraie folie qui mènera Gérard Garouste plusieurs fois dans sa vie à l'hôpital psychiatrique. Sa première crise surviendra au moment où sa femme sera enceinte de leur premier enfant. De nombreuses autres suivront, plongeant le peintre dans une importante dépression...
L'Intranquille est un récit inspiré, fort, violent et beau. Cela fait penser au livre de Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit. On ne peut pas rester indifférent devant de telles histoires.
Je n'ai pas lu le premier volume des enquêtes du commissaire Armand Gamache mais la lecture de cette deuxième enquête m'a conquise.
Plantons le décor : Armand Gamache est commissaire divisionnaire à Montréal et il a découvert la petite ville de Three Pines lors d'une première enquête où il a failli y laisser la vie.
Un nouveau meurtre a été commis dans cette ville pourtant apparemment si paisible, et juste après Noël : une dénommée C. C de Poitiers a été assassinée, et d'une bien étrange manière : elle a été électrocutée sur sa chaise pendant un match de curling.
Gamache est heureux de retrouver les habitants de Three Pines, entre autres, Clara l'artiste et son mari Peter, et les trois vieilles amies inséparables : Kaye la libraire reconvertie, Emilie et Mère, la professeur de yoga. Mais il n'aura pas la tâche facile car tout le monde détestait la victime. Arrivée il y a peu de temps à Three Pines, C. C était une femme férue de développement personnel, elle avait même écrit un livre sur sa philosophie de la vie, le Li Bien (dont le principe de base consiste à réprimer tous ses sentiments !). Dotée d'un égo surdimensionné et terriblement maniaque, elle martyrisait son mari et sa fille. Dans son enquête, Gamache découvrira que cette femme cachait beaucoup de choses sur son passé...
Sous la glace est un roman policier fort sympathique, avec des personnages terriblement attachants, et Armand Gamache est un policier qui en impose.
J'étais vraiment transportée au Canada en le lisant. Une fois ma lecture finie, je m'attendais vraiment à voir un paysage enneigé en sortant de chez moi !
Vivement le troisième volume, d'autant plus que Louise Penny introduit quelques ingrédients dans cette aventure qui nous pousse à vouloir connaître la suite de certains événements, mais je ne vous en dit pas plus !
Damien March vit une vie assez monotone à Londres.
La mort de son oncle Patrick va le sortir de sa routine. En effet, il a fait de son neveu son principal héritier et lui a légué sa maison située sur l'île d'Iona, pas très loin de Cape Cod, aux États Unis. Mais son héritage implique une condition assez particulière : Damien peut jouir de la maison autant qu'il le souhaite mais il lui est interdit de toucher, de changer de place ou de vendre les objets que Patrick a accumulés toute sa vie.
Damien n'est pas trop étonné car son oncle était un écrivain assez excentrique, qui n'avait connu le succès qu'avec son premier roman. Arrivé à un point charnière de sa vie (fucking 35 ans !), il plaque tout et part s'installer à Iona.
Il découvre alors un manuscrit laissé par son oncle, Les confessions de Mycroft (le fameux frère de Sherlock Holmes). Et c'est en lisant cette ébauche de roman, qui va se révéler être un véritable jeu de pistes, que Damien va découvrir un lourd secret...
Une vieille bicoque remplie de souvenirs, une île battue par les vents, un héros solitaire et un peu perdu avec lui-même, des non-dits familiaux, un manuscrit énigmatique : le roman de Marcel Théroux est rempli d'éléments qui font de sa lecture un moment très plaisant. L'auteur nous mène par le bout du nez, et on est assez surpris par l'épilogue, que, personnellement, je n'avais pas vu venir !
"Ma soeur, je me demande comment elle est encore en liberté. C'est devenu un danger public de l'émotion incontrôlable. Je plaisante mais c'est vrai, ça, les gens qui vous bouleversent à tout bout de champ, on va finir par ne plus les supporter et les enfermer."
C'est ainsi que commence Je ne suis pas Eugénie Grandet. C'est Alice qui parle, elle a dix-sept ans. Alice est une jeune fille plutôt réfléchie, mesurée, tandis que sa grande soeur prend beaucoup de place avec son caractère exubérant.
Un jour, elles visitent toutes les deux l'exposition de Louise Bourgeois sur le personnage de Balzac, Eugénie Grandet. Et c'est le choc pour Alice : elle ne veut pas devenir comme Eugénie Grandet, prisonnière, oubliée, derrière l'ombre de sa soeur.
S'ensuit alors une crise existentielle pour la jeune fille, qui passera par la découverte de l'amour (toujours l'amour !), et qui lui permettra aussi de faire le point avec sa famille (plus précisément avec une grand-mère acariâtre et une mère absente).
J'ai aimé la lecture de ce roman farfelu, même si l'histoire est un peu bancale. Le problème d'Alice est un peu oublié en cours de route, comme si le simple fait d'avoir identifié son mal être permettait de le résoudre totalement.
Disons que le fil conducteur de ce récit est la littérature, traitée de manière amusante, et de fait, il donne envie de lire ou relire Balzac et Tchekhov (car on parle aussi beaucoup de Tchékhov, et de théâtre, dans l'histoire !).
Cela part un peu dans tous les sens, c'est un peu dommage, mais heureusement cela ne gâche pas la fraîcheur de ce roman, dont l'histoire a le mérite de sortir du lot habituel des romans pour ados (ici point de loups-garous et de vampires !).
Claire Methuen retourne en Bretagne, dans la région de son enfance, plus précisément dans le port de la Clarté, entre Saint Malo et Saint Lunaire.
Elle y retrouve Madame Ladon, son ancienne professeur de piano, avec qui elle (re)noue rapidement une profonde amitié. Et surtout elle retrouve son amour de jeunesse, Simon, devenu pharmacien et père de famille.
Voilà le point de départ de ce roman, Les solidarités mystérieuses. J'ai d'abord pensé que ce titre s'appliquait à la relation passionnelle que Claire entretient avec Simon. Dès son retour, ils vont entamer une liaison sans vraiment se cacher. Mais il s'agit aussi de l'amitié entre Claire et madame Ladon, une amitié tellement forte que la vieille dame fera de Claire sa fille adoptive. Et puis il y a aussi le lien entre Claire et un troisième personnage qui peu à peu prend de l'importance dans le roman : Paul, le frère de Claire. Ces deux-là n'ont pas eu une enfance facile : leurs parents sont morts jeunes, assez tragiquement, et ils ont été élevés par le frère de leur père. Mais Claire et Paul ont vécu ensemble très peu souvent, hormis pendant les vacances en Bretagne, car Paul vivait en pension le reste de l'année. On pourrait alors croire qu'ils ne sont pas très liés mais le roman va révéler tout le contraire.
C'est le premier roman de Pascal Quignard que je lis et j'avoue que j'ai refermé ce livre avec une impression assez indéfinissable. Non pas qu'il m'ait déplu, bien au contraire puisqu'il a réussi à me faire suivre Claire, cette femme un peu étrange, qui se dévoile peu à peu à travers le portrait de ceux qui la côtoient. Peut-être est-ce l'atmosphère du roman : j'ai eu l'impression que les lieux avaient une place très importante dans ce récit, et que l'histoire n'aurait pas pu se passer ailleurs. Je ne connais pas les liens de Pascal Quignard avec la Bretagne, mais il a réussi à retranscrire parfaitement l'ambiance de cette région (et je ne parle pas du son de la bombarde et du parfum des embruns !). C'est peut-être ça finalement : ce roman réussit à instiller comme une mélancolie, si propre à la Bretagne...
Et l'air de rien, par petites touches légères, l'auteur a ce talent pour décrire des sentiments très forts : la passion amoureuse (entre Claire et Simon), l'amitié profonde (entre Claire et madame Ladon) et quelque chose entre les deux, qui semble être une chose assez rare et précieuse : la relation particulière entre un frère et une soeur.
Un roman lumineux !
D'abord, le contexte : les banlieues françaises sont à feu et à sang. Le gouvernement n'arrive plus à contrôler les émeutes.
Jérôme Leroy imagine alors le pire des scénarios : l'Élysée décide de négocier avec Agnès Dorgelles, la présidente du Bloc, parti d'extrême droite en pleine ascension, pour remettre de l'ordre dans cette anarchie.
Mais l'histoire de ce polar tient essentiellement grâce à deux personnages : Antoine, le mari d'Agnès, et Stanko, son meilleur ami, que le Bloc a décidé d'éliminer, pour s'acheter une "bonne conduite".
Tout se passe en une nuit : tandis que sa femme négocie des ministères, Antoine se remémore tous les faits qui l'ont amenés à entrer dans le Bloc, en nous contant ainsi les événements les plus marquants de la constitution de ce parti ; et Stanko, dans sa chambre d'hôtel, en cavale, combat ses démons intérieurs.
Ces deux personnages ont eu des trajectoires opposées. Antoine vient d'un milieu bourgeois, avec un grand-père communiste, et Stanko est d'origine polonaise, prolétaire, et il a vu le pire de ce que pouvait produire le capitalisme sur les "petits". Ils vont adhérer au Bloc, Antoine, par cynisme intellectuel, Stanko par révolte ; et ils vont devenir des amis, des âmes damnées.
Leroy appuie là où ça fait mal : son scénario est plus que plausible, et le comble, ses deux personnages nous deviennent humains, et assez pitoyables.
Son livre est une douche froide mais on se dit aussi en le refermant que d'autres choix sont possibles et que c'est à nous de réagir (mai 2012 ! mai 2012 !)
Destiné pour les adolescents, ce roman peut parfaitement convenir à des adultes amateurs de romans dits "victoriens".
On retrouve tout d'abord l'élément principal à tout bon roman victorien : la pauvre orpheline. Elles sont même deux dans cette histoire : la jeune Grace Parkes et sa soeur Lily. N'ayant plus aucune famille pour les aider, elles survivent dans le misérable quartier de Seven Dials, survivant grâce à la vente de bottes de cresson. Mais quand l'argent vient vraiment à manquer, Grace n'a plus le choix et accepte un emploi de pleureuse dans l'entreprise de pompes funèbres de la famille Unwin. Malheureusement pour elles, les Unwin sont des gens sans scrupules...
Je ne vous dévoilerai rien de plus sur cette histoire rondement menée si ce n'est que vous allez tremblez pour les soeurs Parkes !
L'intérêt de ce roman réside aussi dans le soin que l'auteur a apporté dans tous les détails et clins d'oeil historiques. Elle s'est documentée et cela se voit. Toute à la fin du roman, il y a d'ailleurs des annexes donnant quelques détails supplémentaires sur le contexte de cette époque. À chaque début de chapitre, on trouve un petit encart reprenant des extraits de journaux de l'époque, d'encarts publicitaires ou du Dictionnaire de Londres de Charles Dickens, et aussi d'épitaphes de pierres tombales. Car c'est bien la mort qui est au coeur de ce roman. Elle est omniprésente dans cette société victorienne, qui vient de subir une épidémie de choléra et qui bientôt sera endeuillée par la mort du Prince Albert, le mari chéri de la Reine Victoria.
Ne vous laissez pas impressionner par l'aspect lugubre de l'histoire, Waterloo Necropolis est un roman qui se dévore jusqu'à la fin !
"Les leçons de courage sont des leçons de cruauté."
Anne Percin est un auteur que j'apprécie beaucoup. J'avais déjà beaucoup aimé Bonheur Fantôme, ainsi que son roman pour adolescents, Comme des trains dans la nuit.
Et Le premier été m'a tout autant plu, car j'y ai retrouvé tout ce qui me plaît dans l'univers d'Anne Percin : une certaine mélancolie ou nostalgie, une écriture douce-amère, des personnages dont on se sent tout de suite très proches...
Deux soeurs se retrouvent dans la maison de leurs grands-parents, aujourd'hui décédés. C'est le moment pour elles de se partager les objets souvenirs et aussi le moment de faire un bond en arrière, surtout pour la narratrice, la plus jeune des deux soeurs.
Elle nous fait vite comprendre qu'elle vit avec un très lourd secret, depuis l'été de ses seize ans... Nous plongeons donc dans ses souvenirs, dans les années 80. Les deux soeurs passent tous les étés chez leurs grands-parents, en Haute-Saône. Tous les ans, elles réapprivoisent les gamins du village, et elles retrouvent les autres enfants de la colonie de vacances voisine.
Mais cet été-là, tout est un peu différent, car l'amour va s'en mêler...
Le lecteur pourrait alors s'attendre à une histoire assez classique, qui sent bon les souvenirs de vacances et des premières amours, mais Anne Percin arrive à nous surprendre via un retournement de situation dans l'intrigue.
L'apprentissage de la vie d'adulte nous apprend aussi la honte et la cruauté... C'est la terrible leçon qu'apprendra l'héroïne de sa mésaventure, et c'est ce qui fait toute la force du roman d'Anne Percin.
Violette a douze ans et vit à Vancouver. Ses parents sont divorcés, elle vit chez sa mère, Ingrid, avec sa petite soeur Rosie. Son père a refait sa vie avec une autre femme (une actrice blonde à gros seins) à Los Angeles, et a fondé une nouvelle famille.
Violette déteste les nouveaux petits amis de sa mère. Celle-ci accumule des relations qui se terminent souvent de manière catastrophique, soit parce que le petit ami en question est déjà marié ou radin, ou qu'il n'aime pas les enfants...
Mais cette fois-ci, elle semble avoir trouvé l'amour avec un certain Dudley Wiener, que Violette se met à détester tout aussi immédiatement.
Son plan, mis au point avec sa meilleur amie Phoebe : convaincre George Clooney d'épouser sa mère !
Violette fait souvent la bravache, assène à son entourage des remarques caustiques (via parfois l'utilisation d'une Boule Magique !), et parfois est amenée à faire les pires bêtises. Mais tout cela sert à cacher l'énorme chagrin que lui a causé la séparation de ses parents, et son amour incommensurable pour sa mère qu'elle cherche à protéger à tout prix.
Alors, Violette réussira-t-elle à rencontrer George Clooney ?
Invitera-t-elle Jean-Paul au bal ?
Je vous laisse découvrir cela dans ce roman léger, touchant et drôle, autant destiné aux adolescents (à partir de 11 - 12 ans) qu'aux adultes !
On passe un très bon (et malheureusement trop court) moment avec Violette !
Elle s'appelle Ora. Son fils, Ofer, au retour de son service militaire (trois ans en Israël), lui apprend brutalement qu'il s'est engagé pour une opération supplémentaire d'un mois.
Alors Ora scelle un pacte avec le destin : elle va quand même faire cette randonnée qu'ils avaient prévue tous les deux, elle ne sera pas joignable, ne lira pas les journaux, n'écoutera pas la radio et forcera le père biologique d'Ofer à "écouter" son fils, à le connaître enfin. En échange, Ofer sortira vivant de cette ultime opération militaire.
Et cette femme se raconte, elle se raconte au travers de ses deux maternités, des deux hommes qu'elle a aimés : celui qu'elle a épousé, Ilan, et Avram, le père d'Ofer. Tout au long du roman, nous suivons son récit embrouillé : la chronologie semble y être aléatoire, les réactions des personnages y sont quelques fois incompréhensibles. On a l'impression qu'à travers cette histoire, et ses protagonistes, David Grosman nous laisse entrevoir la difficulté de vivre en Israël, la façon dont ce pays met à mal ses habitants, pris entre leur profond sentiment d'appartenance et cet état constant d'insécurité, de trouble quand à la raison même de cette fragilité.
Avram, Ora et Ilan se sont connus adolescents, victimes d'une épidémie dans un hôpital militaires. Et dès le début, c'est un triangle amoureux : Avram aime Ora, Ora aime Ilan et l'épouse, Ilan a pour seul ami Avram. Et celui ci se retrouve otage des égyptiens.
Ora raconte tout ça et ça nous touche, le lecteur se rebelle, s'énerve, s'attendrit devant cette réalité inconnue, ces réactions étranges. David Grossman sait comme personne plonger au coeur de l'être, on s'attache, on s'émeut. Mais on ne comprend pas forcément. Et tout est là ! Comment transcrire le chaos, l'incertitude de ce pays tant aimé mais qui peut faire si mal.
Voilà, avec ce roman, je pense qu'il va falloir que j'allonge (encore) la liste de mes auteurs préférés ! ! Et croyez moi, je suis très difficile quant aux critères d'entrée ; on ne fait pas partie comme ça de cette liste prestigieuse.
Mais là, impossible de faire autrement : le roman se déroule dans une antiquité non située, ni temporellement, ni géographiquement, sur une plaine qui semble désertique et au sein de laquelle se dressent deux villes rivales : Sir la fière et Hénab l'accueillante. Dans Sir, l'heure est à la production d'une nouvelle copie de Lois d'Anouher. Cette tâche hautement symbolique est confiée au scribe Asral, dont personne ne peut mettre en doute le respect et la fidélité qu'il voue à Anouher, père des lois. Mais Asral est minutieux, exigeant et commence, sans le vouloir vraiment et dans son envie de coller au plus près de la volonté d'Anouer, à "traduire" les lois. Il entame alors la rédaction d'une "seconde copie", différente de celle demandée par les juges.
Le grand talent de Diane Meur est ainsi à plusieurs niveaux : tout d'abord, on a l'impression en lisant ce récit, de part sa construction, son style, sa façon d'exposer les événements et de les lier entre eux, de lire réellement un texte antique : la façon de raconter, le choix des ellipses, tout nous plonge au coeur d'une autre civilisation, dont les référents culturels nous sont complètement étrangers et où l'individu n'a d'existence que par sa place au sein du groupe. L'auteur a su se départir complètement de cette vision d'occidental qui place la personne au centre de tout.
Mais, et c'est là que le tour de force est impressionnant, elle rompt son contrat narratif en étoffant les personnages d'Asral et d'Ordjéneb, sans "abîmer" cet effet de texte antique. Elle réussi ainsi à introduire dans son récit des histoires d'amour, au sens moderne mais aussi médiéval du terme et des évolutions dans la psychologie des personnages.
Voilà pour le style. Quant à l'histoire, elle est tout simplement fabuleuse. Je ne vous la raconterai pas mais je peux vous dire que cette "traduction" cache un mystère haletant !
Alors n'hésitez pas à découvrir ce formidable auteur.
Stoner est un de mes gros coups de coeur de cette rentrée 2011.
Ce livre fut publié aux États-Unis en 1965 mais il n'a jamais été ni traduit ni publié en France.
Réparation faite grâce à Anna Gavalda, qui s'est empressée de le traduire pour son éditeur, Le Dilettante. Je ne pensais pas un jour dire ça, mais merci à Anna Gavalda.
Je commençais un peu à désespérer car les quelques livres de la rentrée littéraire que j'essayais de lire me tombaient un peu tous des mains... Et là, avec Stoner, ô miracle, je me suis plongée dans un récit que je n'ai pas pu lâcher un instant.
Pourtant, l'histoire n'a rien de très glamour.
Stoner est né en 1891, dans une famille de paysans pauvres, en Amérique.
Son père décide de l'inscrire à l'université, pour qu'il poursuive des études en agronomie, afin de l'aider à améliorer les rendements de la ferme.
En assistant à un cours de littérature anglaise, une phrase, lancée par son professeur, va changer sa vie à jamais :
"- Monsieur Stoner, monsieur Shakespeare s'adresse à vous à travers trois siècles. L'entendez-vous ?"
Et c'est le choc : il va abandonner ses études agricoles pour devenir professeur de lettres.
Voilà, je ne rentrerai pas plus dans les détails.
Stoner est l'histoire d'un homme qui va vouer sa vie aux livres, au savoir.
Son mariage sera un désastre, sa vie plutôt banale, il ne laissera aucune trace flamboyante dans l'histoire de l'université où il officie, mais mon dieu, quel livre magnifique !
J'aime beaucoup les textes de Delphine de Vigan car ses personnages nous touchent toujours en plein coeur. Cela l'est encore plus avec son dernier livre, Rien ne s'oppose à la nuit. Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un roman mais d'un récit racontant sa propre mère, Lucile. Alors que Delphine de Vigan reçoit le Prix des Libraires pour son livre No et moi, sa mère se suicide.
Ce livre est une manière de lui rendre hommage - et aussi un cheminement pour comprendre son geste - en la racontant à travers ses souvenirs et ceux de tous les membres de sa famille.
Tout au long du texte, Delphine de Vigan raconte ses doutes, ses angoisses concernant ce projet, et dans quelle situation difficile cela la met par rapport au reste de la famille, car de douloureux souvenirs, parfois tus et bien enfouis, vont être mis à nu.
Fille d'une fratrie de neuf enfants, Lucile est un personnage à fleur de peau. Elle a caché beaucoup de blessures, qui s'exprimeront entre autres par des troubles bipolaires, avec des crises assez intenses.
L'auteur nous parle de sa mère, de sa prime jeunesse jusqu'à son acte fatal, et c'est tout le portrait d'une famille qui apparaît, avec ses joies, ses fêlures et ses (horribles) secrets.
Certains pourraient croire que ce livre est une chose littéraire assez exhibitionniste, qui fleure bon la sensiblerie. Eh bien non, ce récit est tout sauf ça : par son écriture, Delphine de Vigan réussit à entretenir une certaine distance avec son récit, tout en écrivant un magnifique hommage à sa mère.
Estive est le récit de Blaise Hofmann sur son expérience de berger, dans les Alpes, le temps d'un été.
Il raconte son apprentissage d'un métier rude, où comme le laisse entendre une des citations au début du livre, beaucoup "caressent la bouteille".
Il lui faut apprendre à connaître les chiens gardiens du troupeau, et les moutons. Le métier de berger peut sembler assez simple quand on ne connaît pas tout le travail nécessaire à sa réussite, voire, dans le cas contraire, tenir de la "magie"...
Certaines scènes sont parfois étonnantes, notamment quand un berger met la peau d'un agneau mort sur celle d'un autre, repoussé par la même mère...
Anti récit de voyage, on se laisse porter par les réflexions de l'auteur, sur son quotidien ou sur la solitude qui lui pèse parfois. Estive est une invitation à l'introspection, au voyage immobile...
Un livre idéal pour les parisiens et -siennes stressé(e)s, ou tout simplement pour les adeptes du voyage intérieur.
La narratrice, jeune avocate, rejoint en plein été sa famille dans une vieille demeure.
Ce rendez-vous signe le moment des retrouvailles entre tous les membres de la tribu, où règnent en maître la grand-mère et ses soeurs. Et cet été, chacun et chacune vont pouvoir profiter de la toute nouvelle piscine...
Voilà comment se résume le court roman de Caroline Lunoir.
Et alors, me direz-vous ?
Cette jeune auteur décrit très bien toute l'atmosphère des vacances en famille et des (simples) joies de l'été, ainsi que son lot de concessions... Mais toute l'ampleur du livre tient dans sa fin, par la découverte d'un graffiti laissé sur le portail de la vénérable demeure...
Un premier roman prometteur : à suivre !
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