Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Adresse:
120, boulevard du Montparnasse
75014 PARIS
France
Téléphone : 01 43 20 63 70
Site Internet : http://www.lescalelitteraire.fr
La sortie d'un nouveau livre de Jean Teulé est en soi un événement dans le petit monde des livres. Quand cet excellent conteur s'empare d'un personnage ou de faits historiques, c'est toujours drôle ! Drôle, mais pas bête. Vous connaissez les faits de la Saint Barthélémy ? Vous connaissez un peu (beaucoup peut être) le personnage de Charles IX et celui de sa célébrissime mère, Catherine de Médicis, réputée pour sa cruauté légendaire ?
Avec Jean Teulé, on revisite ces personnages de l'Histoire de France. L'écriture au vitriol de ce surdoué est toujours adaptée à l'époque étudiée. On se souvient avec bonheur de son "Montespan", largement imprégné du vocabulaire et des formules des précieux du XVIIème ou de "Je, François Villon". Ici, c'est bien sûr la Renaissance qui inspire Jean Teulé. On se régale des frasques de Charles IX (1550-1574 seulement !), qui ne se remettra jamais du massacre de la Saint Barthélémy qu'il a laissé se produire, fortement influencé par sa mère et ses "conseillers"...
C'est drôle mais il s'agit tout de même d'une véritable descente aux enfers pour l'avant-dernier Valois, qui ne maîtrise pas grand chose, à part peut être l'art de la chasse et les parties fines avec sa maîtresse...
Lorsqu'il se rend compte de l'importance du massacre du 24 août, ("Une seule nuit a détruit ma vie. Qu'à tous les diables soient données les religions") le jeune roi perd vraiment les pédales : Il chasse le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, a une très vive propension à la violence, s'habille en peau de chien, "joue" à pleins poumons du cor de chasse dans les oreilles de tous... Délaissé par sa mère, raillé en permanence par son jeune frère, Charly 9 va finir par se détester lui-même. Peu avant sa mort, il ira jusqu'à dire "Je sens bon. Le cadavre de son ennemi sent toujours bon."
Pendant que Charly délire, le peuple meurt de faim et les caisses de la France n'ont jamais été aussi vides. Charly 9 est un roi détesté, sauf par sa jeune et gentille femme, Elisabeth d'Autriche et sa gironde maîtresse, Marie Touchet.
Vous découvrirez autour de ces personnages toute une galerie de portraits extrêmement amusants, comme celui de Ronsard, coureur de jupons incorrigible, répétant à toute jeune et jolie femme à sa portée "Mignonne, allons voir si la rose..." !
Révisez vite vos connaissances en Histoire avec Jean Teulé, c'est un grand moment de détente !
Île de Gotland, Suède. Une vingtaine d'étudiants s'affairent sur un site archéologique. Lorsque l'une d'entre eux, Martina Flochten, est retrouvée morte. Un meurtre rituel ? L'inspecteur Anders Knutas enquête. Mais il est vite confronté à des questions insolubles. Pourquoi ces marques sur le corps de Martina ? Pourquoi l'a-t-on pendue à un arbre ? D'autant que d'autres actes monstrueux viennent s'ajouter au meurtre : poneys et chevaux sont découverts décapités. Rien ne semble logique dans cette affaire. Knutas doit jongler entre les fausses pistes tandis que d'autres cadavres sont mis au jour.
Si vous aimez les polars (suédois ou pas), ne passez pas à côté de ce nouveau roman de Mari Jungstedt. Classique dans sa façon de construire une énigme, elle sait parfaitement ménager le suspens et nous tenir en haleine, même si l'enquête ne s'avère pas, au final, si compliquée. Pour une fois, les événements se déroulent en été. Nous sommes loin des ambiances hivernales et glacées souvent de mise dans les romans policiers nordiques.
La première partie du livre pose les personnages et l'intrigue, qui va agréablement crescendo.
En effet, toutes les pièces du puzzle sur lequel Knutas et son équipe travaillent d'arrache-pied vont s'assembler, les unes après les autres, à un rythme effréné dans la seconde partie du livre.
Dans «Le cercle intérieur», Mari Jungstedt utilise tous les ingrédients qui font un bon roman policier et elle y ajoute en plus une touche de mythologie scandinave, ce qui rend son récit d'autant plus intéressant.
Noir «comme il faut», avec des crimes savamment orchestrés, «Le cercle intérieur» plaira sans conteste aux amateurs du genre.
Entre récit initiatique et enquête policière, Christian Garcin réussit un vrai coup de maître.
Dès les premières lignes, le lecteur trouve en Zhu Wenguang, détective privé, dit «Zuo Luo» ou encore «Zorro» un compère puis un complice. En effet, «Zuo Luo» est un justicier, redresseur de torts, qui, sans peur du danger, tel un roc, ira libérer chez leurs bourreaux, de nombreuses jeunes filles chinoises issues de familles appauvries, vendues à de sales types et maltraitées.
A travers la philosophie de vie de «Zuo Luo» interceptée d'emblée par le lecteur, l'intrigue de ce roman va se dévoiler, à Guangzhou, un soir où un élément imprévu va réactualiser le passé de ce détective privé chinois, un passé qui apparaît en filigrane du temps présent en l'absence de réponses pour qu'il puisse s'équilibrer dans l'ordre du temps. A ce moment du récit, le lecteur entre dans l'intimité de Zhu Wenguang, il devient son confident, plonge au plus profond de son âme, décèle avec pudeur la fragilité de «Zuo Luo»qui gardera le contrôle de ses émotions et va se substituer à «Bec-de-canard», un indic ami de longue date de «Zuo Luo» et confident. De Chine, Zhu Wenguang nous entraîne ensuite à Hokkaîdo puis à New-York à travers l'évocation de trois histoires d'amour qui l'ont façonné et pour lesquelles il devra établir une jonction en jouant pleinement son rôle de justicier et s'apaiser.
Dans la continuité de son précédent roman «La piste mongole» publié chez Verdier, Christian Garcin, s'accommode à la perfection des différents espaces temps où les personnages se font écho et invite le lecteur à prendre place dans la danse. De plus, la juxtaposition des éléments du temps présent et passé permet d'effacer les frontières géographiques de ce merveilleux périple, l'écriture fluide invite l'âme du lecteur à vagabonder et les différentes épreuves qu'aura à affronter Zhu Wenguang sont ponctuées d'enseignements philosophiques bouddhistes et chinois ne nous permettant plus de distinguer le roman du conte. Ce texte reste une très belle découverte de L'Escale littéraire.
Vous êtes-vous déjà demandé comment va votre psychiatre ? Dans Trauma, Patrick McGrath met en scène Charlie Weir, un psy new-yorkais réputé. Au cours de sa carrière, Charlie a commis une erreur thérapeutique et va être rongé tout le restant de ses jours par la culpabilité. Balloté entre son ex-femme, avec qui il renoue une idylle assez particulière, une étonnante et sulfureuse jeune femme ? Nora ? et sa mère, dépressive et froide (à part avec son autre fils, Walt), Charlie va finir par se perdre lui-même.
Ce roman est le récit d'une descente aux enfers pour cet homme, qui va subir, impuissant, la lente et inexorable altération de ses propres processus mentaux. Chapitre après chapitre, Patrick McGrath met en place les pièces de ce puzzle diabolique. Charlie, bien que conscient de sa propre déchéance, a bien du mal à identifier son traumatisme personnel, qui se réactivera donc sans qu'il ne puisse rien y faire, lui qui pensait que seuls ses patients en étaient victimes.
Dès le début, le lecteur est plongé dans l'intimité des protagonistes. Une ambiance délicieusement pesante se dégage de ce récit qui vous happera pour ne plus vous laisser décrocher de ce livre avant la fin. Sorte de thriller psychologique, la force de ce roman repose sur la crédibilité de Charlie Weir, qui sait parfaitement analyser ses propres symptômes.
Les thèmes de la culpabilité, de la maladie mentale et des conflits familiaux sont traités de manière rigoureuse. La première phrase du roman est terrible : "Ma mère tomba en dépression pour la première fois quand j'avais sept ans, et j'eus le sentiment que c'était ma faute." Et la poisse ne va plus lâcher ce pauvre Charlie Weir, qui pourtant fait tout ce qu'il peut... Le récit de sa vie est dérangeant, car l'on sent bien que se révèle au fur et à mesure son propre trauma ("Telle est la nature du trauma. L'événement se produit toujours maintenant, dans l'instant présent, pour la première fois" p.142).
Pour savoir ce que Charlie "traîne" lourdement, depuis si longtemps, et s'il pourra s'en libérer, lisez vite "Trauma".
Renée Bonneau a déjà publié des romans policiers historiques et a collaboré à plusieurs ouvrages d'art. Elle nous livre, avec «Requiem pour un jeune soldat», un roman historique poignant.
L'histoire se déroule en Toscane en 1944. La violente bataille du Monte Cassino vient d'avoir lieu. Les SS, alors que l'armée allemande se replie vers le nord, continuent à se battre contre les partigiani. Ils commettent de nombreux meurtres et pillages dans les villages de Toscane et de Ligurie.
L'abbaye du Mont Cassin a été réduite à l'état de ruines au cours d'un bombardement américain. A quelques kilomètres, une partie d'un couvent cistercien a été aménagée en hôpital de campagne allemand. Là, un infirmier et les moines tentent de calmer les douleurs et les angoisses des soldats agonisants. Un jeune autrichien, grièvement blessé et le moine qui le veille vont sympathiser. Le moine ayant appris l'allemand va pouvoir échanger avec le soldat. Ensemble, ils vont essayer, au-delà de la souffrance, des bruits des combats alentours, des cauchemars, des horreurs qui leur parviennent chaque jour, de faire revivre leurs souvenirs d' «avant». La musique, la beauté des paysages de Toscane, les trésors de l'abbaye détruite, entre autres sujets d'évasion.
Même si son histoire est bien sûr très différente, un peu à l'instar d'Alain Blottière dans «Le tombeau de Tommy» (Folio), Renée Bonneau évoque avec élégance la fraternité, la compassion et la dignité d'êtres confrontés aux pires épreuves. Elle a choisi un autre lieu, d'autres personnages, mais souligne également l'absurdité et la violence des combats, des destructions et de ces soldats du même âge qui s'entretuent sans bien comprendre pourquoi ils se battent, ignorant parfois les pires exactions de leurs compatriotes.
Ce court roman a également le mérite de mettre en exergue une bataille assez méconnue pourtant extrêmement meurtrière, pour toutes les armées présentes, mais particulièrement pour les polonais. Il pose également la question de la foi religieuse de ces hommes pour qui plus rien n'avait encore vraiment de sens, tant la mort rôdait autour d'eux, omniprésente.
Quand son frère a sauté sur une bombe, il n'a pas quitté la mosquée avant la fin de la prière. Quand le président de la République est venu lui présenter ses condoléances, il lui a dit : "Barre-toi ou je tire.". Niyazbek ne veut d'arrangement avec personne. Niyazbek n'écoute que sa conscience.
La russe Julia Latynina s'est faite connaître avec «La chasse au renne de Sibérie» chez «Actes Noirs». Journaliste née à Moscou, elle est extrêmement critique vis à vis des pouvoirs politiques en place en Russie. Et cela se ressent à la lecture du premier volet de sa «Trilogie du Caucase» : «Caucase Circus».
Ce qui frappe dès le début de ce roman (sans mauvais jeu de mots), c'est la violence inouïe dans laquelle le lecteur est plongé. Le décor est planté, glauque. Au bout de quelques pages, il reste quelques survivants mais déjà, les guerres qui opposent dignitaires ou ressortissants russes et chefs de bandes Tchétchènes font de nombreuses victimes. Scènes de guerre, tortures, tous les ingrédients qui vont composer ce thriller complexe apparaissent.
Cependant, même si le vocabulaire est souvent direct, voire cru, la trame des aventures de Vladislav Pankov nous prend dès le début. Sorte de thriller "géopolitico-financier", «Caucase Circus» évoque une petite république coincée entre la Tchétchénie et la mer Caspienne. Là-bas, les enjeux sont importants. Neuf ans après des aventures qui lui coûteront un doigt ( !) Vladislav se retrouvera pris entre plusieurs feux : un pouvoir local léonin, des gangsters qui travaillent avec les services secrets russes, des terroristes intégristes Tchétchènes et même le Kremlin, qui se rétro-commissionne sur les milliards censés être alloués au Caucase !
Affublé d'un étrange acolyte répondant au nom de Niyazbek, Pankov arrivera-t-il à survivre dans le Caucase ?
Accrochez-vous aux premières pages car la «Trilogie du Caucase» s'annonce vraiment bien ! Vous serez plongé dans des univers tous plus étranges et tous plus noirs les uns que les autres. Vous rencontrerez des personnages pour le moins singuliers.
Tout est parfaitement dosé dans ce roman noir qui renouvelle habilement le genre. Après Stieg Larsson et Camilla Läckberg, Actes Sud prouve une nouvelle fois son aptitude à dénicher de grands talents. Avis aux amateurs !
Glenn Taylor, jeune professeur de lettres vivant près de Chicago nous livre un fabuleux premier roman, à ne manquer sous aucun prétexte !
Dès les premières pages, vous serez happés par l'histoire de "Early Taggart Gueule-Tranchée", alias "GT", alias "Chicopee", alias "Chicky"... alias...
Le héros de cette histoire vivra longtemps, très longtemps. Il aurait pourtant dû mourir à la naissance, mais traversera finalement tout le XXème siècle, laissant derrière lui, presque partout où il sera passé, des traces de son passage. Il deviendra très vite une légende vivante et vivra finalement de nombreuses vies.
Le récit débute en Virginie Occidentale en 1903. La démente et bigote mère de Early, qui deviendra très jeune et pour tout le monde "Gueule-tranchée" en raison d'une maladie rare et singulière, tente de le noyer. Elle croit entendre le diable s'exprimer à travers la bouche de son bébé... le jette dans une rivière et aggrave à vie sa maladie, faisant de lui un monstre de foire. Recueilli par une veuve bouilleuse de cru (elle fournit toute la région en gnôle maison), le jeune "GT" va rapidement s'adapter à des environnements particulièrement difficiles. Il saura tirer parti de toutes les situations, même les plus extrêmes. Au sein d'une congrégation de fous furieux vénérant un imaginaire Dieu serpent, il se fera une clientèle de dames attirées par ses dons de... "cunnilinguiste" ( !). As de la gâchette, sans doute en grande partie grâce à sa mère adoptive, il deviendra le héros d'une mutinerie sanglante contre les sociétés d'exploitation minière. En exil, caché dans la montagne, seul pendant 24 ans, il reviendra pour devenir bluesman (il fréquentera entre autres un certain Chuck Berry), puis journaliste proche de JFK en campagne présidentielle !
Cette incroyable épopée est servie par une écriture qui rappelle forcément Faulkner, McCullers, Twain ou encore Harrison, mais Glenn Taylor est un extraordinaire conteur qui possède indéniablement un style qui lui est propre. Les nombreux personnages qui peuplent ce roman ont tous un intérêt et servent cette histoire picaresque à l'écriture enlevée. Gueule-tranchée est un vrai héros, aussi repoussant qu'attachant et ses aventures illustrent l'Histoire de l'Amérique "profonde". C'est sans doute aussi un grand mystificateur...
Si vous commencer la lecture de "La ballade de Gueule-tranchée", il est possible que vous ne reposiez ce roman qu'après l'avoir terminé !
Une perle rare.
A l'Escale Littéraire, nous attendons avec impatience le prochain roman de Glenn Taylor.
Emmanuel Pierrat est connu comme avocat au barreau de Paris. Il est spécialisé dans le droit de la culture et a déjà publié des livres des fictions et des essais. Mais saviez-vous que cet homme est atteint également du syndrome assez répandu et, comme il l'écrit en avant-propos de collectionnite, «aux conséquences plus ou moins épouvantables pour les proches, les finances, la décoration...» : il collectionne les pipes à opium, l'art tribal, l'art érotique, les autographes, les livres anciens, et d'autres objets dont il nous parle dans ce petit ouvrage.
Ce livre n'est pas un nouvel opus sur l'histoire des collectionneurs, il existe déjà de nombreux. Ici, Emmanuel Pierrat nous livre du vécu. Ses histoires de collectionnites. Ses expériences bien sûr, mais aussi celles de proches, famille et amis, ou d'autres personnes atteintes des mêmes symptômes que lui.
Si vous faites partie de ces personnes qui ne peuvent s'empêcher de collecter des timbres, des photos, des statues ou autres masques africains, vous vous reconnaitrez dans ce portrait fort drôle, mais très bien illustré et documenté, que l'auteur dépeint des collectionneurs compulsifs. Si vous n'en faites pas partie, vous apprendrez énormément de choses sur eux.
Découpé en courts chapitres, ce délicieux livre nous décrit le profil des collectionneurs et leurs modes de vies : est-ce que la collectionnite est génétique ? Dans la famille Pierrat, le père et les fils sont en tout cas atteints et ses enfants sont en voie de l'être ! Il pose également le problème de la succession, de la cohabitation avec un(e) conjoint(e) qui, souvent, a du mal à accepter de voir sa vie envahie, dans tous les sens du terme, par les objets accumulés par l'être aimé. La surface d'exposition est une réelle préoccupation du collectionneur également, ainsi que sa sécurité et celle des membres de sa famille !
Sur un ton léger mais érudit et passionnant, Emmanuel Pierrat nous ouvre les portes de ce petit monde, où les rivaux se respectent ou s'affrontent, où les chineurs de tous poils se retrouvent dans les mêmes salles des ventes, chez les mêmes marchands, s'entraident parfois, souvent même, pour acquérir des pièces qu'il faudra ensuite savoir transporter, protéger et mettre en valeur dans son musée personnel.
Tous les aspects du collectionneur sont passés en revue. Il s'agit ici d'un profil très complet, jusqu'à la conclusion sans concession : la collectionnite est une pathologie !
Vous en envierez certains, vous en trouverez d'autres attachants, certains pathétiques (ceux qui sont prêts à voler ou à tuer pour assouvir leur passion). En tout cas, en lisant «La collectionnite», vous ne resterez certainement pas de marbre !
Cet homme-là est un écrivain, un vrai. Michel Chaillou est l'auteur de plus de vingt-cinq ouvrages. Il a reçu en 2007 le Grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre. Son dernier roman chez Fayard, s'appelle «La fuite en Égypte». C'est lui qui en parle le mieux :
«Les deux héros de ce livre, perdus sur leurs routes innombrables, seront-ils, si l'autorité publique les rattrape, expulsés de France vers leur contrée d'origine ? Mais justement où se trouve-t-elle cette Petite Égypte des Roms, Gitans, Manouches, Tsiganes, Yénishes, cette patrie légendaire de tous ces gens du voyage qu'aucun géographe n'a jamais su jusqu'à ce jour situer ? Rêvera-t-on assez en leur compagnie pour en découvrir le chemin ?
Voici donc l'histoire de cette fantasque virée qui me fonda, moi, le petit-fils de ce couple d'ombres vagabondes, qui s'efforce aujourd'hui de relater leurs aventures. Qu'on en juge ! Un soir d'automne, au début du siècle dernier, une jeune Nantaise du meilleur monde profitant du brouhaha de la brasserie sélecte où elle sirotait sa mélancolie en compagnie de son père, s'enfuit tout soudain avec l'artiste bohémien qui s'y produisait, y chantait. Était-ce pour ajouter un couplet inattendu à ses obscures rengaines ? Ils courent. Leurs coeurs sautent dans leurs poitrines, ils se tiennent par la main. Comment raconter leurs mains qui se nouent, se dénouent ? Comment ressusciter ce roman de la poussière que lèvent leurs pas voyageurs ? L'objet même de ce livre itinéraire sur la terre féconde !» M.C.
Vous l'aurez compris en lisant le quatrième de couverture, Michel Chaillou nous conte les aventures de ses grands-parents. Bien que commençant au début du vingtième siècle, le récit est toujours d'actualité. Alice, bien que devenue quelque peu brutale, derrière son cuir tanné par la vie, fascine son petit fils. Derrière les histoires vraies et le vécu de sa grand-mère, Michel Chaillou invente avec classe, tisse avec style, les aventures épiques de cette femme inclassable, cette aventurière au caractère bien trempée.
Comme toujours, c'est merveilleusement bien écrit. Chaque mot est choisi, le texte est ciselé, l'écrivain se faisant ici orfèvre. Bien loin des clichés et des phrases toutes faites, Michel Chaillou nous transporte dans son récit. Il nous transporte avec lui, car il se fait témoin du long voyage de ses grands-parents et s'en régale à chaque page. Il nous le fait partager, comme l'avait fait Blaise Cendrars dans «Boulinguer» : «Vivez, ah ! Vivez donc, et qu'importe la suite ! N'ayez pas de remords. Vous n'êtes pas Juge.» Nous vous laissons découvrir les aventures de ce couple singulier, ne déflorons pas ici l'essence de ce fabuleux roman. Roman d'aventure, de voyage, reflet d'une époque, aux accents terriblement actuels. On retrouve ici avec plaisir le style de Michel Chaillou, dont la vie, tumultueuse pour lui aussi, nourrit l'oeuvre.
L'auteur du «Sentiment géographique», grand lecteur des «Essais», a sans doute en tête une citation connue de Montaigne : «Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui».
Dans ce nouveau roman "Rose", tant attendu, Tatiana de Rosnay nous livre, à travers le personnage de Rose Bazelet, une belle réflexion sur l'impossibilité de transmettre, allant à l'encontre de tout processus naturel et menant de fait, Rose, vers un combat contre elle-même, renforcé par une promesse faite à son époux défunt, Armand.
Sous le second empire, juste après le coup d'état de Napoléon III, le préfet Haussmann décide de mettre en oeuvre différents travaux d'embellissement dans Paris : diverses petites rues parisiennes seront détruites au profit de grands boulevards. A travers l'évocation de ses souvenirs, Rose a vécu avec son époux Armand dans la maison familiale de ce dernier. Cette maison, située rue Childebert, non loin de l'église de Saint Germain Des-Prés, a rassemblé différentes générations de la famille Bazelet et sera vouée à disparaître suite à un avis d'expropriation de la ville.
A partir de ce moment crucial du roman, les non-dits enfouis dans la mémoire de Rose vont refaire surface et s'intégrer dans l'évocation du souvenir.
Voici en quelques mots le contexte douloureux dans lequel Rose, devra livrer un combat humain, opiniâtre, entre nostalgie qui permet à Rose de cristalliser les moments très heureux de son existence en famille, famille biologique et famille sociale, l'une et l'autre formant un équilibre nécessaire et réalité présente, déchirante, déconnectée de toute continuité avec le passé.
Ainsi, il ne faut pas lire "Rose" comme un roman historique, il faut isoler les éléments de l'Histoire, les identifier comme des bouleversements non naturels et les transposer dans un parcours de vie qui pourrait être le nôtre.
La forme épistolaire de ce roman met en lumière la force de l'instant présent, permettant de résister face à un futur inexistant. On pourrait même tenter une analogie avec le personnage de Zeno se livrant à la réflexion suivante dans le roman d'Italo Svevo "La conscience de Zeno" afin de préciser le rôle essentiel de l'écriture : "Je suis au moins sûr d'une chose : écrire est le meilleur moyen de rendre de l'importance à un passé qui ne fait plus souffrir et de se débarrasser d'un présent qui fait horreur".
Pour conclure, "Rose" est davantage un roman social : les souvenirs de Rose, conjugués à la réalité présente, permettent de mettre l'accent sur la disparition de métiers s'exerçant dans les petits quartiers parisiens (herboriste, blanchisseur...) ainsi qu'un changement des comportements induit par un nouveau façonnage de Paris, plus grand, plus luxueux, passant de relations chaleureuses (amitiés fortes entre Rose et Alexandrine, la fleuriste, M. Zamaretti, le libraire qui participe activement à l'éducation littéraire de Rose en l'initiant aux romans de Flaubert ou Zola et les poèmes de Baudelaire, Gilbert le chiffonnier...) au seul paraître des grands boulevards.
Tatiana de Rosnay fait preuve d'une écriture très fluide et maîtrisée.
Après «Un garçon parfait» (Medicis Étranger 2008) et «Leçons particulières», le suisse germanophone Alain Claude Sulzer clôt avec «Une autre époque» sa trilogie sur les secrets et les amours interdites.
Le narrateur se souvient du jour où, à 17 ans, il s'attarde sur l'unique photo de son père, Emil, qui se suicida quelques semaines après sa naissance, en 1954. Sur cette photo, il remarque que son père porte une belle montre, que le cliché a été pris par un photographe parisien professionnel, un certain André.
Il décide alors de partir pour Paris, sans prévenir sa mère ni son beau-père, enquêter sur un passé dont il ignore presque tout. Paris a un effet bénéfique sur ce jeune homme. Sans bien comprendre pourquoi, il se sent bien dans la capitale. Il est motivé par la certitude qu'il va en apprendre plus sur Emil, son père.
Élégante et allant à l'essentiel, l'écriture d'Alain Claude Sulzer est entraînante.
Cette «autre époque» et les secrets d'Emil sont parfaitement rendus. Les relations d'Emil avec de jeunes hommes, ses troubles, son «mariage accidentel», tout défile à un rythme maîtrisé jusqu'au dénouement. Derrière cette histoire de famille et les tribulations d'Emil, l'écrivain retrace une histoire sociale, sans fioritures et c'est ce qui rend le récit crédible du début à la fin de ce roman. Dans les années 50 en Europe, les homosexuels étaient traités comme des malades pervers, alors même que les médecins des hôpitaux psychiatriques rechignaient à les considérer comme des patients !
Mélancolique, mais ni militant ni pathos, ce livre vous déroutera très agréablement.
Le roman Pise 1951 est une ode à l'Amour.
Dans un contexte d'après-guerre, Dominique Fernandez livre au lecteur l'histoire d'un parcours de deux jeunes adultes, Octave, issu d'une famille bourgeoise, républicaine de gauche, dont l'éducation consiste à l'application et au respect de codes sociaux stricts et son ami Robert, fils de mécanicien, caractérisé par l'élan du naturel. Ces deux jeunes hommes vont évolué dans un contexte politique, social, économique et culturel bouleversé, leur parcours universitaire les mènera de France en Italie, ennemie de la patrie du Général de Gaulle (les italiens endossant l'image du traître après le soutien à Mussolini).
Dans ce superbe roman, malgré les épreuves personnelles et collectives dont Octave et Robert devront en affronter les turpitudes, l'Amour est omniprésent, il va guider ces deux jeunes hommes vers leur destin, leur donner une cohérence pour supporter les différentes transformations sociétales et, va permettre, à Octave principalement, de se libérer d'une morale immobilisante.
Le thème de l'amour va être décliné. Le lecteur se laissera bercer par une splendide évocation de la Toscane, des vestiges de Florence où s'exerce encore, à cette époque, l'influence des Medicis, à Pise, ville pittoresque malgré son déclin. C'est l'amour de la beauté, de la sculpture, de la peinture, de l'architecture, de la littérature, du théâtre.
L'effervescence de la jeunesse permettra l'existence de l'amour.
Texte dense, tout en rythme, fourni de références très précises en italien et en latin, dans le texte, permettant au lecteur d'abandonner ses propres repères. L'amour ne va se soumettre à aucune morale, il va s'exercer comme un ciment, d'abord d'une région, La Toscane, représentative de la nation dont la morale chrétienne et la politique sont dictées par le Vatican, ciment d'un amour littéraire sublimé ensuite, comme Virgile sublime Béatrice dans la divine comédie de Dante.
Ainsi, l'amour apparaît comme un équilibre, permettant l'éveil des consciences d'Octave et de Robert, guidant leurs différents choix en leur facilitant l'intégration de nouvelles mentalités qui se dessinent.
Enfin, à travers deux destins conjoints, c'est aussi un très beau roman d'amour fraternel.
Les "Oiseaux noirs de Massada", c'est l'histoire de Klara, une jeune chanteuse de cabaret et de Mouna, sa grand-mère.
Le récit est parfaitement équilibré, entre la vie de Mouna, qui nous plonge au coeur des années 30 et des années de guerre, et celle de Klara. Ces deux vies de femmes sont liées par un destin commun : celui de vivre un amour impossible.
En parallèle, Massada, de l'hébreu "Metsada" qui veut dire "forteresse". Ce rocher surplombant la mer Morte est omniprésent dans le roman. En 73 après J.-C., un millier de Juifs s'y suicidèrent pour éviter une capture ou une mort certaine lorsque les Romains réussirent à y pénétrer.
Ron, un producteur de comédies musicales à succès en Israël, veut monter là-bas l'histoire de Massada. Son spectacle s'appellera "Les oiseaux noirs de Massada". Klara est pressentie pour y chanter. Mais entre son envie de chanter et son histoire avec Ron, un dilemme va la torturer. Heureusement, Mouna est là pour partager avec elle ses douleurs, ses doutes, elle qui connait bien le sujet, elle qui porte un terrible secret.
Les retours sur la vie de Mouna donnent au lecteur un point de vue privilégié. Avant Klara, il devient en quelque sorte le dépositaire de ses secrets si longtemps et si bien gardés. Le rythme de ce texte va crescendo, et l'on se régale de page en page, lorsque le voile tombe au fur et à mesure. Les personnages qui gravitent autour des deux femmes sont complets, touchants et tendres en même temps.
Il est très difficile de résumer toute l'histoire des "Oiseaux noirs de Massada", tant il serait vraiment dommage de vous révéler ici les secrets qui font tout le suspens de ce magnifique roman.
Certaines scènes sont tout simplement sublimes, les mots d'Olivia Elkaïm, les rendent simples, justes et encore une fois, touchantes; bouleversantes même, souvent.
L'écrivain évoque intelligemment et sans fioritures plusieurs périodes importantes de l'Histoire, des années folles à nos jours, de Paris à Massada, proche de Gaza où le conflit Israélo-palestinien fait rage.
"Les oiseaux noirs de Massada" promet d'être l'un des meilleurs livres de 2011. Après le remarqué "Les graffitis de Chambord", Olivia Elkaïm nous offre en tout cas une merveille de lecture.
Olivia ELKAIM sera invitée à l'Escale Littéraire pour une rencontre-dédicace le jeudi 10 février 2011 à 19h30
"L'invention du désir" est un court texte, simple et beau. Simple, car l'histoire est somme toute classique. Une femme nous raconte son histoire d'amour avec un homme marié, comme elle. Une histoire d'adultère donc. Mais au-delà de cette base, ce que la narratrice partage avec nous, c'est l'histoire d'amour en tant que telle. Histoire impossible, histoire interdite, mais pas façon mélodrame. Ici nous sommes dans les délices et les tourments de l'esprit. Délices des retrouvailles et de ces moments - trop courts - partagés par les amants. Tourments du manque de l'autre, de l'absence, de l'impossibilité de partager autre chose que des instants éphémères, qui n'en sont que plus précieux.
Les corps et les sens sont également exacerbés. Avec de très jolies paraboles, images et autres allégories, Carole Zalberg décrit cette relation qui est bien sûr charnelle, très charnelle. Cela reste toujours beau et sensuel mais jamais trivial. Cette femme amoureuse semble transcender les mots communément employés en matière de relations amoureuses, jusqu'à en inventer pour raconter leurs corps-à-corps.
L'ensemble de ce roman est très poétique et oscille entre fantasme et réalité. Les amants sont l'un à l'autre mais ne s'appartiennent pas.
Extraits :
"Laisse moi faire, avais-tu ordonné, laisse moi t'emporter jusqu'à nous". (...) "Et quand tu déclenches le premier incident, le premier fracas entre nos emportements, c'est ta raison autant que la mienne qui d'un coup capitulent".
Les illustrations de Frédéric Poincelet sont très réussies, elles jalonnent ce bel objet (Les Editions du Chemin de Fer apportent un soin particulier à la fabrication de leurs ouvrages, on est loin du prêt à consommer numérique).
"L'invention du désir" est un livre à offrir ou à se faire offrir d'urgence.
Après le très remarqué "Les restes de Jean-Jacques", voici le second roman de Pierre Stasse. Souvent emphatique, voire enflammée, l'écriture de Pierre Stasse reste toujours très élégante et ses personnages sont parfaitement crédibles du début à la fin du récit.
Simon Koëtels, un jeune homme de 25 ans, décide de quitter son 14ème arrondissement de Paris pour Buenos Aires, sans vraiment savoir pourquoi il choisit cette destination... "Études terminées, métier délaissé, le temps était venu de disparaître". Ces raisons semblent être suffisantes.
Le "métier délaissé", c'est sont travail dans la brasserie de sa mère. On comprend également assez vite que Simon est issu d'une famille morcelée, hantée par des secrets. Buenos Aires lui convient, semble-t-il, il s'y perd, puis semble y trouver des centres d'intérêts ou du moins le dépaysement qu'il cherchait. Il se cherche en tout cas et se laisse bercer par cette ville qu'il décrit comme chaude ("Buenos Aires au mois de janvier cuisait les esprits") et plutôt disparate.
Hébergé par un ami de famille à son arrivée, il va faire la connaissance - par hasard ?-, d'Esteban Menger, "Monsieur Menger". Cet homme est le chef d'une très riche et très puissante famille de Buenos Aires, qui possède un groupe prospère de communication. Avec sa soeur Natacha, il dirige l'Hôtel Implicite. Cet endroit est peuplé d'étranges clients - on ne peut réserver une chambre que si l'on connait un des Menger -, ses chambres sont décorées avec des tableaux de maîtres. Non moins étranges sont les gens qui y travaillent. Deux d'entre eux ont semble-t-il été "adoptés" par Esteban...
De fil en aiguille, Simon en apprendra plus sur cette étrange famille. Il découvrira les activités du frère Juan Pablo, qui prépare dans un hangar des faubourgs un spectacle de danse pharaonique !
Ce voyage, qui se voulait initiatique, semble remplir son office. La lecture de cette histoire est très agréable. Pierre Stasse nous entraîne habilement dans une aventure qui aurait pu être tout à fait banale, voire ennuyeuse, grâce à des personnages hors du commun et une écriture rafraîchissante.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia