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A propos de la librairie : PAYOT


Ses coordonnées

Adresse:
Centre commercial La Combe
6, rue de La Morache
1260 NYON
Suisse

Site Internet : http://www.payot.ch



Les coups de cœur de ses libraires

Trois histoires où Dominique Fabre nous entraine dans ses souvenirs, situés dans les années 80, là ou sa mémoire un peu déglinguée l'emmène. Tout d'abord, celle de son amitié avec Jérôme étudiant brillant mais suicidaire. Puis, il raconte le départ son père de la maison et la difficulté de renouer un lien et la dernière histoire décrit la difficulté d'Anna, sa grand-mère de devoir quitter son appartement. L'auteur décrit ses moments de vies ordinaires avec délicatesse et modestie. On est touché au coeur.


  • Isabelle Ertel : Karoo - Steve Tesich - Monsieur Toussaint Louverture, Toulouse, France - 15/04/2012

Saul Karoo abîme tout ce qu'il touche, et malheur à ceux qui lui veulent du bien. Il est doué pour détruire et se détruire, et ce malgré lui. Il travaille dans la grande industrie du cinéma et il réécrit les scénarios selon les désirs des producteurs. Un jour tombe entre ses mains un chef d'oeuvre qui le bouleverse; mais voilà son boulot c'est de le saboter pour en faire de la soupe commerciale.... Personnage agaçant et attachant à la fois, nous suivons les aventures de ce drôle de cynique avec émotion.


Portait décapant d'une famille de trois générations de femmes en Russie dans les années 80, menée tambour battant par la grand-mère Rosalinda, d'origine tatare et fière de l'être. Elle va user de toutes les astuces pour maintenir sa famille hors de la pauvreté et assurer lui assurer un avenir meilleur. Quitte pour cela à dépasser certaines limites....La seule faiblesse de Rosalinda : son amour démesurée pour sa petite-fille Aminat, qui au contraire de sa mère, faible et effacée, se révèle forte tête. Les hommes paraissent bien falots dans cette histoire rocambolesque, et malgré un ton drôle et décalé au vue des situations, il fallait bien cette grand-mère terrible pour survivre.


  • Isabelle Ertel : Le coeur électrique - Peter Stephan Jungk - Jacqueline Chambon, Paris, France - 14/04/2012

L'histoire de Max David Villanders, dramaturge à succès, nous est racontée à deux voix : celle de Max et celle de son coeur ! En effet, Max est né avec une malformation cardiaque, et on peut dire que cela a contribué à les lier comme alter ego l'un de l'autre. Ils entreprennent aujourd'hui de raconter toute leur histoire pour les beaux yeux d'une femme, mais voilà, ils n'ont pas parfois les mêmes souvenirs ou ne sont pas toujours d'accord. Un regard sur la maladie original et poétique.


Lotte à huit ans et son univers s'effondre car ses parents divorcent à une époque où cela reste encore un événement extraordinaire. Tout est vu du haut de ses huit ans, et les chapitres alternent entre sa nouvelle vie à la ville avec sa mère et la vie à la campagne quand elle part en vacances chez ses grands-parents paternels qui ont une ferme. Elle s'est rapprochée d'une autre petite fille de parents divorcés et comprend ce que la mise à l'écart signifie. Même son père si aimé s'éloigne car à présent il a une nouvelle famille, et elle ne sait pas si elle y a sa place. Heureusement, les vacances chez ses grands-parents lui apportent un peu de paix et de répit. A huit ans, elle a beau être une enfant, Lotte voit et comprend tout ce qui se passe, mais les adultes sont totalement aveugles devant sa souffrance muette. Le premier roman d'Anne B. Ragde, toujours aussi époustouflante.


  • Isabelle Ertel : So shocking ! - Alan Bennett - Denoël, Paris, France - 23/03/2012

Deux histoires hilarantes et assez coquines où dans la première, Mrs Donalson, veuve bien sage, se voit contrainte de sous-louer à un couple d'étudiants. Mais ceux-ci vont bientôt lui proposer une forme de paiement plutôt surprenante...
Dans la deuxième, Mrs Forbes voit d'un mauvais oeil le mariage de son fils à forte tendance homosexuelle, avec une jeune femme qu'elle ne trouve pas à son goût... Tout un programme !


Jo tient une petite mercerie à Arras, et a somme toute une vie ordinaire assez agréable, bien qu'elle ait connu son lot de malheurs. Son blog commence à avoir du succès, son couple est au beau fixe et ses deux enfants prennent leur envol. C'est alors qu'un ticket de loto va semer la pagaille...
Un roman frais et généreux. Enfin, des personnages vrais, auxquels on peut s'identifier. Simple et sincère.


Voilà un roman étonnant qui part de 1943 et nous montre par le biais de quatre chiens soldats, puis de leurs futures générations comment les grandes puissances mondiales pensent dominer le monde et tous les dégâts collatéraux que cela peut engendrer. Nos chiens, eux, sont disséminés un peu partout entre le Japon, la Russie, les États-Unis, le Vietnam et autres, bref, ils seront de tous les combats. Souvenez-vous, ce n'est pas l'homme qui revint le premier vivant d'un voyage spatial ; mais les chiennes Belka et Strelka. Oui, les chiens n'ont pas fini de nous étonner et de croiser quelques humains qui les aideront à prendre leur revanche.


  • Isabelle Ertel : Seins et oeufs - Mieko Kawakami - Actes Sud, Arles, France - 13/03/2012

Makiko veut se faire refaire les seins et se rend chez sa soeur Natchan qui habite à Tokyo dans l'idée d'étudier de plus près les différentes cliniques. Elle est accompagnée de sa fille Midoriko âgée de treize ans, qui ne communique plus que par écrit, à l'aide d'un carnet. Natchan assiste, impuissante, à l'étrange dialogue de sourd qui s'installe. Que cache l'hostilité de Midoriko contre sa mère et pourquoi celle-ci est-elle obsédée par la chirurgie esthétique, pourquoi ne peuvent-elles plus dialoguer ? Quelques oeufs pourront peut-être apporter un début de solution... Un roman sur les difficultés des rapports mères-filles et ceux à la féminité, à la japonaise ! La scène étonnante des oeufs ne s'oublie pas.


Gaston-Paul Effa nous livre ici avec une langue délicate et musicale une grande part de lui-même. Comment il a quitté sans regret l'Afrique pour adopter la région alsacienne et occulter partiellement ses origines. La philosophie, l'amour de la langue française lui ont permis d'évoluer jusqu'au jour où il a bien fallu se rendre à l'évidence. Il lui fallait rentrer au pays et renouer avec lui-même pour commencer à être pleinement un être en devenir. Un livre sincère et une écriture d'une rare beauté.


Pauvre Laurent Kropst ! Élève moyen en maths spé, une mauvaise note en mathématiques peut changer son avenir en cauchemar. Tel est le monde sans pitié de Louis-le Grand. Mais ses nouvelles amies d'hypokhâgne vont lui faire découvrir de nouvelles perspectives... Dans ce roman vif et curieux, où l'on apprend les rouages terrifiants de ces hautes écoles, la revanche, même amorale, de Kropst sur le système est jouissive... Convaincant !


  • Claude Amstutz : Au coeur des forêts - Christian Signol - Albin Michel, Paris, France - 16/02/2012

Je me souviens d'avoir lu avec enchantement, voici bien des années, le livre "Marie des brebis", puis dans la foulée, "Les cailloux bleus" et "Les menthes sauvages" - tous disponibles en coll. Pocket - avant de retrouver Christian Signol voici deux ans avec un roman très attachant, "Une si belle école".

"Au coeur des forêts", paru l'automne dernier en librairie, parvient une fois encore à nous étonner et nous émerveiller. L'histoire pourtant, est toute simple. Bastien Fromenteil, à près de soixante-dix ans, est un forestier qui vit seul sa passion de toujours, la forêt voisine. Sans s'appesantir sur le passé, il égrène ses souvenirs de vieil homme : l'évocation de son père et de son épouse défunts, celui de sa fille Jeanne partie pour la ville, celui enfin de sa soeur Justine, disparue sans laisser de trace et qui maintient en lui une douleur tenace, sous le regard complice de la voisine de toujours, Solange, qui prépare les repas sous son toit. Sa vie bien réglée ne semble plus lui réserver de surprises, jusqu'au jour où sa petite-fille Charlotte lui annonce sa venue.

Heureuse de retrouver son grand-père et l'odeur familière du bois de son enfance, elle est pourtant désemparée, atteinte d'une maladie grave - le sarcome d'Ewing - qui affecte une de ses jambes et l'oblige à suivre une chimiothérapie. "Désormais, je savais : j'avais lu la gravité de la maladie de Charlotte dans ses yeux, dans son corps, dans ses gestes, sur son visage et je me demandais comment on pouvait tomber si malade à moins de trente ans. Pour moi, la maladie ne doit venir qu'avec la vieillesse."

Ils ne savent pas encore, Bastien et Charlotte, que leurs retrouvailles - avec des périodes d'absences et de silences mêlés de craintes - vont, avec l'aide de la médecine tout de même, les réconcilier avec le monde, passant par la magie de cette forêt qui les fait vibrer à la même mesure, éclaire leur vie et leur en révèle le sens : "Les arbres sont des êtres vivants capables de colère, de rancune aussi bien que de compassion. Il suffit de savoir déchiffrer leur langage pour les comprendre, ce qui évidemment n'est pas donné à tout le monde : il y faut une grande attention, beaucoup de soins, de complicité. Il faut savoir devenir arbre, aimer la pluie et la lumière, murmurer dans le vent ce que personne n'a jamais dit et ne dira jamais. (...) Le coeur des forêts ne cesse jamais de battre."

Auprès de Charlotte qui prend de plus en plus de place dans son existence et lui partage un ailleurs qu'il ne connaît pas - son voyage au Québec : le Saint-Laurent, Chicoutimi et les Trois-Rivières - ses blessures intimes s'atténuent peu à peu, avec la guérison progressive de Charlotte et le voile levé sur le mystère de Louise, grâce aux nouvelles technologies - Internet - qui n'ont aucun secret pour sa petite-fille.

Tous les personnages de ce roman - même ceux qui traversent ce livre comme un éclair - ont leur importance et Christian Signol sait trouver les mots justes et simples pour suggérer la beauté des sentiments et de cette nature qui nous confronte à nous-mêmes. Il règne, dans "Au coeur des forêts", un léger parfum d'éternité, comme dans ces églises absentes du guide Michelin dont le rayonnement n'est perceptible qu'à ceux qui prennent le temps de s'attarder, de s'imprégner du lieu, d'être à l'écoute du temps.

La clef de ce livre se trouve sans doute dans la citation de Jean Giono, que Christian Signol nous partage en préambule à son récit envoûtant : "Ce dont on te prive, c'est de vents, de pluies, de neiges, de soleils, de montagnes, de fleuves, de forêts : les vraies richesses de l'homme..."


Sur fond de guerre civile espagnole, une terrible et sordide histoire va se tisser autour d'une femme Isabel. Quarante ans plus tard, une avocate va mettre le doigt sur une affaire de bavure policière qui va l'entraîner sur les traces d'Isabel et plus surprenant, sur celles de son passé familial. Étrange danse lugubre et infernale, où les enfants paient les fautes des aînés, mais où surtout la soif du pouvoir étouffe l'humanité pour réveiller l'animal qui sommeille en nous. Haletant et perturbant !


  • Claude Amstutz : Un amour de frère - Colette Fellous - Gallimard, Paris, France - 04/02/2012

Colette échappe de peu à un terrible accident. Une de ses sandale se prend dans un rail, à Tunis. Un instant, elle se voit morte : «Un morceau de ma vie est passé sous le train ce mardi-là, bien après les jours et les pays, ce mardi d'un mois d'août naissant (il était presque midi) mais comment le cerner, le dessiner, le reconstruire ? (...) Je cherchais à retrouver un petit mouton de bois perdu et c'est un morceau de ma vie que j'ai laissé ce jour-là, au bord de la voie ferrée.»

Cet événement réveille les ombres, laisse fleurir les impressions, les souvenirs de ces années 1967-1969, avec la découverte de Paris - «un immense écran de cinéma» - où naissent les premiers battements de l'amour, les moments de rare bonheur sur fond de lumière, d'extravagances et de liberté qu'épanouissent les liens de l'amitié et la passion des livres : «Je cherchais chez les écrivains de tous les siècles leurs moments de crise, leurs illuminations, leurs premières fois, leurs vertiges, je m'approchais au plus près de leur fièvre, j'attendais qu'ils me parlent encore, qu'ils me racontent. (...) Je devenais leurs nuits, leurs hallucinations. Je savais me glisser à n'importe quel point du temps, les mots me grisaient, j'apprenais à être plusieurs.»

Mais la figure centrale de ce récit qui éclaire et assombrit à la fois les multiples greniers secrets de sa mémoire, c'est Georgy, ce frère «cousu au centre de son coeur», diabétique dès son enfance et qui meurt à vingt-sept ans : «un dandy qui ne se remarque pas, un esthète, un inconsolable, (...) un grand contemplatif de la misère du monde et du luxe, celui des hôpitaux et des grands hôtels. L'amoureux des livres, des films, des tableaux et des stars. Des parfums et des beaux vêtements. Des voyous et des anges.»

Colette Fellous dépeint avec beaucoup de lucidité, de tact, de sensibilité, la relation tourmentée entretenue avec ce frère bien-aimé et inséparable : «Il n'était pas diabolique. Il était au-delà, toujours au-delà. Depuis ses six ans. Au-delà des conventions, des interdits. Il le savait qu'il mourrait très jeune. Il n'avait donc rien à perdre. (...) Suivre ses rêves, jusqu'au bout, c'était le rôle qu'il m'avait donné. Suivre ses folies, ses désespoirs, jusqu'au bout. Je devais partager sa souffrance en jouant moi aussi avec mon corps, en le détruisant à mon tour, comme le sien avait été détruit par la maladie. Mais je n'ai pas accepté ce pacte. Je l'ai sans cesse détourné, repoussé. (...) Sa mort a été la mienne, mais elle m'a aussi permis de vivre, de me libérer de lui.»

Outre cette poignante réverbération des élans du coeur, Un amour de frère fleurit de pages de toute beauté consacrées à la musique, à ses liens intimistes avec la Tunisie - son pays d'origine - et à la poésie omniprésente dans tous les écrits de Colette Fellous : «Le sens d'un poème est à la fois ouvert, mobile, transparent, et complètement secret, à jamais secret. C'est là que résident sa beauté et sa force. On ne doit pas chercher d'explication, ce serait tuer le poème. Il y a autant de mots cachés que de mots écrits. Plus la langue est simple, plus elle est vaste.»

En écho à la mort de Georgy, Colette Fellous se remémore un extrait de sa correspondance qui incarne pour elle le vertige annoncé de la fin : «Même les oiseaux s'en iront un jour...» A la fin de son livre, y répond la citation sublime de Virginia Woolf, scellant toute vie peut-être, la sienne, la vôtre, la mienne : «Je passerai comme un nuage sur les vagues...» Une image forte qui parachève l'une des oeuvres littéraires les plus abouties de l'année, servie par une langue magnifique !


  • Isabelle Ertel : De bons voisins - Ryan David Jahn - Actes Sud, Arles, France - 03/02/2012

En 1964 à New-York 38 personnes sont témoins de l'agression d'une jeune femme et personne n'appelle la police. L'auteur en reprend ici l'intrigue en s'attachant à nous montrer toute une galerie de personnages qui vont croiser la route de la victime. Kat rentre tard de son travail et va se faire attaquer au pied de son immeuble. Ses voisins ont tous une bonne raison pour ne pas alerter les secours. Le malaise nous gagne ainsi qu'un sentiment de culpabilité car serions-nous de «bons voisins» si pareil cas se présentait ?


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