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A propos de la librairie : SAINT-CHRISTOPHE


Ses coordonnées

Adresse:
11, rue du Génaral de Gaulle
29260 LESNEVEN
France

Téléphone : 02 98 83 01 97



Les coups de cœur de ses libraires

  • Jean-François Delapré : À feu et à sang - Manuel Chaves Nogales - Table ronde, Paris, France - 29/03/2011

C'est à une bouleversante plongée dans la folie de la Guerre d'Espagne que nous convie Manuel Chaves Nogales dans ce recueil de neuf nouvelles, toutes plus saisissantes les unes que les autres.

Inspirées d'histoires véritables, elles nous entraînent au plus profond de ce qui fait l'ignominie de la Guerre Civile Espagnole. Écrites en 1937, alors qu'il est exilé en France, Manuel Chaves Nogales restitue admirablement le sentiment de dégoût que peut inspirer les luttes fratricides, l'idiotie et la barbarie, partagées par peu importe le camp.

Il ne juge pas, il donne à voir, il nous fait ouvrir les yeux sur l'immense gâchis qu'entraîne n'importe quelle guerre.

Une belle méditation aussi sur ce qui se passe également de nos jours aux quatre coins du monde. Un grand livre à ne pas manquer !


J'ai envie de vous dire qu'il y a eu "Les nus et les morts" de Norman Mailer, et qu'ensuite il n'y aurait rien. Rien qui ne nous donne une autre idée de la guerre du Viêt-Nam.

Il m'a suffi de lire les premières lignes de Kenneth Cook pour savoir que je tenais un grand livre entre les mains. Un de ces livres importants sur la connerie de la guerre, de ceux qui la font, surtout de ceux qui l'ordonnent.

Il n'y a pas un mot à retrancher et surtout pas un mot à oublier.
C'est un livre qui vous entraîne dans la jungle, qui vous fait survoler les corps mutilés, qui vous fait manger la boue et patauger dans le sang.

Je sais que, dit comme ça, rien n'attire. Alors, ouvrez ce livre et je vous mets au défi de ne pouvoir le refermer. Avec cette phrase qui sonne comme un renoncement : "Mais qu'est-ce que je fous ici ?"

Et puis, tant qu'à faire, relisez tout Kenneth Cook, du "Koala tueur", de" Par-dessus bord" et "la vengeance du wombat", bref lisez ce magnifique écrivain. C'est un ordre, enfin presque...


  • Jean-François Delapré : Saïgon la rouge - Jacques de Miribel - Table ronde, Paris, France - 09/02/2011

Que sait-on de l'Indochine dans les années de seconde guerre mondiale ? J'avoue que je n'en savais rien. Et c'est là que le livre de Jacques de Miribel lève un voile sur l'étrangeté de l'endroit, sur les ombres posées comme autant de paravents sur un monde en suspens.

C'est cet art de l'esquive que nous conte l'auteur, l'esquive d'un homme, commissaire de police, hanté par le souvenir de Phung, cette nationaliste dont il tombe amoureux, hanté par Clara, sa femme qu'il ne sait plus aimer, hanté par la torture qui découpe les âmes.

Tout est écrit comme dans un songe, remémoré bien des années après. Et dans cette écriture ciselée, belle comme le sourire de Phung, alors que notre commissaire aura subi le pire dans les geôles japonaises, il nous restera le souvenir d'un homme qui aura été jusqu'au bout de ses idées, quitte à y perdre sa foi en l'homme.

Un livre tragique et beau, telles les dernières phrases qui sonnent comme un couperet sur l'imbécilité de la guerre.


  • Jean-François Delapré : Cloués au port - Jacques Josse - Quidam éditeur, Meudon, France - 08/02/2011

Alors Capitaine, quoi de neuf à l'horizon ?

La Capitaine n'a jamais vraiment dépassé la jetée. Tout ce qu'il raconte, il l'a lu dans les livres. Et en cet été de canicule, il en a des choses à raconter. Faut dire que les vieux tombent comme des mouches et "Chez Pedro", le bistrot du port, le Capitaine et son fidèle lieutenant, Jimmy, n'ont jamais assez bu pour tout raconter.

Jacques Josse est poète, et cela se ressent dans chaque phrase. Il nous invite à une littérature rare qu'il faut goûter comme un vieux Calva, caché dans les soutes des bateaux que le Capitaine n'a jamais pris, mais dont il se souvient...


  • Jean-François Delapré : Rosa candida - Audur Ava Olafsdottir - Zulma, Honfleur, France - 01/12/2010

Rosa Candida porte bien son titre. Si telle est le nom de la rose que Arnjoltur veut aller soigner dans le monastère d'un pays perdu, il est lui ce Candide des temps modernes qui, en allant sauver un jardin, veut surtout découvrir sa propre évidence.
Quand il quitte sa maison, son père et son jeune frère autiste, Arnjoltur n'a aucune idée de ce qu'est le monde. Il se résume à son Islande natale, à la serre où il a mis enceinte Anna, par le hasard d'une nuit entre les Rosa Candida, ces roses à huit pétales dont il emportera des plants dans son périple.
Quel périple ! Arnjoltur a l'ignorance et l'ingénuité de sa jeunesse. Son voyage est une succession de découvertes, de petits bonheurs et de gros malheurs. Mais rien ne saurait dévier sa route, car il y a ce jardin au bout de la quête.
Dans ce monastère, un moine cinéphile et un peu adepte du petit verre d'alcool lui donnera à voir un peu plus loin que le bout de son nez. On reste désarmé en lisant les dialogues savoureux qui occupent leurs soirées. Ici, il a le temps d'oublier son Islande, d'oublier Anna et la petite.
Sa première rédemption viendra par le jardin, forêt vierge à son arrivée, il en fera son grand-oeuvre qu'il partagera avec Frère Thomas, entre deux films de Bergman. La seconde sera quand Anna, sous le prétexte d'un examen à terminer, viendra lui confier leur fille. Il découvre qu'il est père, sans doute n'avait-il pas vraiment eu le temps de s'en rendre compte.
C'est un autre Arnjoltur que l'auteur nous fait comprendre. Avec la tendresse extrême de ses mots choisis, elle nous donne à voir que le monde peut être simple, si rien ni personne ne vient le compliquer.
Rosa Candida est un livre rare où l'émotion et la grâce se disputent les premiers rôles. Une fois ouvert, il me fut impossible de le lâcher, tant j'étais sous le charme de cette écriture qui avait la fragrance envoûtante d'une rose à huit pétales.


  • Jean-François Delapré : Ca sent le tabac - Bernard Jannin - Champ Vallon, Seyssel, France - 28/09/2010

Ce livre est politiquement incorrect, mais d'une si belle manière que je ne peux que vous encourager à le lire. Bien évidemment, toute personne allergique à l'idée même de tabac peut se défausser, mais si vous aimez la littérature, la vraie, celle qui par les mots seulement vous entraîne dans une jubilation effrénée, n'hésitez pas.

Je dis souvent qu'Antoine Blondin était le maître des culs de bouteille. Ben Bernard Jannin est le roi sans partage du culottage de cigares, le parangon de la Cubaine de haut vol qui vous moule le cigare entre les lèvres tout en dandinant des hanches.

Chapeau Monsieur Jannin ! ! !


Que faire quand on est devant le meilleur Houellebecq ? Simplement s'incliner. Ce bon vieux Michel (il semble si vieux dans le livre !) a eu cette idée aussi sotte que grenue de s'inviter en guest star dans son propre livre. Cela aurait pu être hors de propos et ici non. Pourquoi ? Parce qu'il a cette lucidité exacerbée de l'auteur qui se fout de tout... Et il a bien raison. Alors me direz-vous, de quoi parle ce livre ? Un peu de tout, de l'art et de Jean-Pierre Pernaut, cela ne vous suffit pas. Cela devrait ! ! ! Encore une fois, Houellebecq nous tire une magnifique révérence sur ce qu'est écrire, sur ce qu'est un écrivain, un véritable, avec une distanciation vis-à-vis de sa propre écriture et c'est un magnifique et grandiose coup de pied au cul des convenances. Rien que pour ça, merci Michel ! ! !


Comment encore parler de la Shoah ? Comment encore écrire alors que nous pensons avoir tout lu ? Lisez Arnošt Lustig.

Hanka est depuis 80 jours à Auschwitz-Birkenau. A la descente du train, les mots d'un Polonais lui font comprendre qu'il faut qu'elle oublie qu'elle n'est encore qu'une enfant. Elle a quinze ans, elle est mince, elle va devenir Fine. Vingt et un jours dans l'enfer de l'enfer.

Ici gouverne le hasard, rien ne s'explique, car rien n'a de sens. C'est un monde qui s'écroule, c'est la fin de la guerre, les Russes vont arriver. Alors quand il lui faut choisir dans la seconde entre la vie, et se prostituer, ou filer vers les chambres à gaz, elle n'hésite pas. Elle intègre le bordel militaire de campagne 232 Est, cache sa judéité. Elle devient une «Feldhure», tatouée sur le ventre et sur le bras, afin qu'elle n'oublie jamais qu'elle n'est qu'une pute à soldats. Elle veut survivre à l'enfer, elle a quinze ans, elle ne sait rien des hommes, elle ne sait rien du sexe. Elle imagine, elle écoute, elle se tait. Fine apprend.

Elle ne ment jamais, elle se sauve. Fine sait qu'elle ne verra le prochain jour qu'à cette condition unique et nécessaire, il lui faut gagner du temps, ce temps qu'elle n'a pas, que les hommes, qu'elle décompte comme une antienne maladive, ne lui accordent pas.

Die Sonne bringt es an den Tag, le soleil met en lumière dit la chanson, qui lui revient en mémoire. Au camp, le soleil n'apporte pas le jour, mais la peur. Ici, les hommes tuent les loups, les loups mangent les hommes, le temps est brisé, et c'est dans la cohue d'une nuit sans jour à venir que Fine attend sur sa paillasse ceux qui lui assassineront le corps.

Mais jamais l'âme. Ce qui sauve Fine, c'est qu'elle est cette âme pure contre laquelle pas un soldat ne pourra jamais lutter. Qui peut contraindre l'innocence ? Qui peut prendre la vie de celle qui ne craint plus rien, car elle a déjà perdu bien plus que sa propre existence ?

Après la nuit du camp, un autre monde apparaît. Mais quelle couleur et quelle saveur peut-il avoir ? En exergue, l'auteur a écrit cette phrase :

«Combien sont-ils à avoir un secret que personne ne découvre ?»

Arnošt Lustig a survécu à Therezin, à Auschwitz, à la marche de la mort qui l'a conduit à Dachau, puis à Buchenwald. De la multitude des morts, des milliers de regards croisés, il a choisi de parler d'un seul, de celui de Hanka, celle qui avait les yeux verts et qui ne l'a jamais quitté.

Oubliez ce que vous venez de lire, car c'est un roman qui ne se résume pas. Laissez-vous happer par la langue magnifiquement cruelle de Arnošt Lustig, par cette justesse de la phrase, par la beauté du texte entier qui vous laisse sans voix, pantin lecteur accroché aux fils du récit, de ce livre que vous ne pourrez lâcher, car on ne laisse pas filer la vie quand elle n'est que sable coulant entre les doigts. On ferme le poing, on retient les grains un à un, on les porte jusqu'à une coupelle. Dans ces millions de grains, il y a Hanka, celle qui avait les yeux verts.


  • Jean-François Delapré : Le dissident chinois - Nell Freudenberger - Table ronde, Paris, France - 04/06/2010

Quand un dissident chinois, artiste de son état, s'invite dans une famille californienne, que se passe-t-il ?
Quand ce dissident n'est peut-être pas le dissident qu'on croit, quand cette famille n'est peut-être pas la famille qu'on imagine, que se passe-t-il ?
Quand le beau-frère s'invite dans la famille qui n'est peut-être pas telle qu'on l'imagine et que le dissident, peut-être pas aussi dissident, mais quand même chinois et un peu artiste, sème un peu la zizanie, que se passe-t-il ?

Nell Freudenberger tisse une toile impressionniste de personnages qui vacillent et chancellent par l'apparition de ce dissident. Toutes les nuances de la palette des sentiments oscillent entre le noir et le blanc, entre fausses vérités et vrais mensonges.

Elle a l'art de peindre les fractures des âmes, avec une empathie pour chacun qui force l'admiration. A la manière de Richard Russo (publié aussi chez Quai Voltaire, est-ce un hasard ?), elle s'attarde à nous montrer le petit côté de la lorgnette de l'Amérique telle qu'on nous la montre peu.

Une jolie réussite !


  • Jean-François Delapré : USA 1976 - William Cliff - Table ronde, Paris, France - 03/06/2010

Est-ce un "road book" ? Non, le livre de l'apprentissage d'un pays au prisme des yeux d'un homme qui va découvrir un autre monde.
La langue poétique de William Cliff nous entraîne sur ses chemins de traverse, dans cette Amérique qu'il apprivoise, pas à pas.

S'il ne nous cache rien, c'est bien pour nous laisser entendre la musique d'une nuit dans le Bronx. A nous de savoir la saisir entre ses lignes.


Il y a bien longtemps que je n'avais lu un polar français aussi formidable que celui de Georges Flipo. Dans tout bon polar, il faut des ingrédients bien précis : un meurtre ou plusieurs, une enquête qui se déroule au quart de poil, et surtout des flics.

Viviane Lancier et Augustin Monot forment un sacré couple de policiers. A priori, ils sont si différents qu'on se demande bien comment l'auteur va faire pour les rapprocher.

Il suffira du meurtre d'un clochard, sosie de Victor Hugo qui partait à l'Académie Française porter un sonnet inédit de Charles Baudelaire.

La suite... Comment vous dire ? Une franche pincée d'humour à la Audiard (le père !), un rythme qui ne fléchit jamais, des rebondissement en cascade.

Allez-y franchement, et si comme je me suis laissé dire, ce premier opus aura des suites, bigre ! Nous n'avons pas fini de nous amuser des régimes dissociés de Viviane Lancier !


  • Jean-François Delapré : L'écharde - Paul Wenz - Zulma, Honfleur, France - 16/04/2010

Contemporain d'André Gide, Paul Wenz est de ces écrivans d'aventures qui sont allés chercher leur pitance de littérature sous d'autres latitudes. Dans l'Echarde, c'est d'Australie qu'il est question. Dans cette immensité de paysages, les hommes sont rudes et il n'y a pas de place souvent pour les mots.

Susie sera celle qui va bousculer l'ordonnancement de Tilfara, cette immense étendue du bush où les moutons ont autant de valeur qu'un simple litre d'eau.

Et tout ce qu'il y a de plus mauvais en l'homme va ici se trouver exacerbé. La haine, la violence, la sourde vengeance.

Bien sûr, il y a l'âpreté de la vie sur ces millions d'acres, mais il y a surtout la sécheresse des sentiments, qui, plus que celle de l'eau qui vient à manquer, fera basculer les êtres dans une brutalité sans nom.

C'est un roman sur l'homme face à la nature, mais également face à lui-même.

Paul Wenz avait cette faculté à capturer les sentiments du vent qui balaie la poussière des âmes. Il faut le lire.


On ne dira jamais trop de bien des Editions Attila qui ont l'art et aussi la manière (quelle beauté leurs livres !) de nous dénicher des textes incroyables.

Les idiots sont 31, comme autant de saints d'un mois, et leurs litanies de vies idiotes s'égrènent comme des perles magnifiquement stupides. L'écriture est ciselée telle une pièce d'orfèvrerie qui serait dédiée à l'idiotie. Et croyez-moi, il suffit de changer les noms pour qu'elle devienne internationale ! ! !


  • Jean-François Delapré : Tauromachie - Allison L. Kennedy - Ed. de l'Olivier, Paris, France - 17/03/2010

Alison est bien partie pour se suicider quand la musique de Mhairi's Wedding commence. Chanson gaëlique un peu niaise, elle suffira à Alison pour ne pas sauter, et par envisager d'écrire un livre sur la mort et ceux qui jouent avec la leur pour gagner leur vie.

Et c'est de tauromachie que A.L. Kennedy vient nous parler, en totale novice. Et c'est tout simplement formidable. Que vous aimiez la corrida et ce livre va vous plaire (même si vous grincerez parfois des dents !) et si vous ne l'aimez pas, vous la verrez sans doute d'un autre oeil.

Ni un roman, ni un récit proprement dit, c'est un voyage initiatique dans un monde inconnu où Kennedy nous promène. On se laisse prendre à son jeu comme le toro pendant la faena se laisse emporter par le jeu de la Muleta.


  • Jean-François Delapré : Country blues - Claude Bathany - Métailié, Paris, France - 06/01/2010

L'auteur de Last Exit to Brest, premier roman noir déjà remarqué, nous revient avec un polar rural complètement déjanté mais tellement jouissif. Laissant la ville pour la campagne bretonne profonde, il nous entraîne dans un univers réjouissant de ratés en tous genres.

A force de voir (à défaut de pouvoir les lire jusqu'à la vingtième page) tant de mauvais polars régionaux, enfin un écrivain, un vrai qui nous parle de la province, de ses compromissions, de ses avanies, de sa bêtise dans une langue que n'aurait pas reniée le grand Frédéric Dard !

A ne pas manquer !


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