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Ses coordonnées

Adresse:
25, cours des Carmes
33210 LANGON
France

Téléphone : 05 56 76 67 97

Site Internet : http://www.entre2noirs.com



Les coups de cœur de ses libraires

  • Christophe Dupuis : Zone Est - Marin Ledun - Fleuve noir, Paris, France - 21/06/2011

France, Zone Est, «une immense zone urbaine et industrielle de deux cent vingt kilomètres du nord au sud, sur à peine quatre-vingts de l'est à l'ouest. Coincée entre les Alpes et le Massif central, elle s'étend sur un territoire recouvrant jadis l'agglomération lyonnaise et la périphérie d'Orange [...] Magma d'usines, de barres de béton gavées de centres commerciaux, d'habitations et de bureaux, et de landes stériles, elle n'a plus grand-chose à voir avec ce qu'on appelait la Vallée du Rhône. La source s'est tarie et l'eau du fleuve a cessé de couler depuis longtemps. Son cours a été terraformé depuis, et abrite des centaines de mètres d'étages enfouis et de tunnels dédiés à l'agriculture biogénétique. Trois millions d'humains à nourrir, à soigner et à panser.»Le tout ceint par le Mur, censé protéger les habitants et que personne n'a le droit d'approcher, et surtout, de tenter de franchir. Au milieu de cette citée grise, omni-surveillée, quelques «électrons libres» comme ils s e surnomment. L'un d'eux est Thomas Zigler, mercenaire travaillant au contrat pour des gens qu'il est bon de ne pas connaître. Sa spécialité, «chasseur d'âmes» : «identifier la cible, la neutraliser, transférer les informations et disparaître». Il est fort pour ça, on le paye bien, et il vit tant bien que mal «Pas idéal pour se faire des amis. Pas terrible non plus pour les relations amoureuses. Mais indispensable pour survivre.» C'est le soir, une mission simple, une ruelle, un homme, la routine. Sauf que tout ne se passe pas si bien que prévu et que lors du transfert des données, il tombe sur l'image d'une humaine biologique, sans implants, rien, un vestige du passé, effacé à jamais. «C'est impossible se dit Thomas.» Et pourtant... mais qui dit le voir dit le savoir et il n'aurait jamais du le savoir, ses commanditaires vont lui faire comprendre. L'anonymat et la quiétude sont finis pour lui, Thomas va devoir fuir, chercher qui peut être cette humaine et savoir ce qu'elle faisait à côté du Mur. Et cela va remettre toute sa - et La - vie en question...
On n'en doutait pas, mais à la lecture de ce roman, on se dit que Marin Ledun a une sacrée imagination. Changement de registre pour cet habitué du polar qui nous projette violement dans l'anticipation, une Zone Est horrible, fruit de toutes nos angoisses, où l'auteur explore ses thèmes de prédilection. La Zone est bien construite, bien décrite, vous y êtes plongé rapidement et vivez en elle avec la sensation d'être un cafard (toute la vie souterraine). Le livre - une énorme course-poursuite - est bien rythmé, certains passages vraiment excellents («Le gel blanc», lisez et vous verrez), bref, cela n'aurait pas dépareillé chez son premier éditeur (Le Diable Vauvert) à côté des grands Bordage ou Ayerdhal.


  • Christophe Dupuis : Fakirs - Antonin Varenne - Points, Paris, France - 02/06/2011

En disgrâce du 36 quai des orfèvres, le lieutenant Guérin est en exil à la brigade des Suicides. Brigades, le mot est fort, disons qu'il est seul, avec un assistant, l'élève officier Lambert, une bien curieuse nature, pourrait-on dire par euphémisme ? Ils se partagent un bureau minable et des affaires sordides, dans une bien étrange relation - un chien et un maître qui n'avait plus besoin de laisse -, ça, c'est pour le côté ville. Côté champs, John Nichols, franco-américain de 33 ans, installé dans un tipi depuis six mois, retour aux sources, assez étroitement surveillé par les RG quand même car, hein, ce genre de comportements... Nichols, va voir les flics débarquer - avec appréhension - chez lui : son ami Alan Mustgrave est décédé pendant un de ces shows si particulier. John va tout lâcher et monter à Paris... «Je veux juste comprendre...» C'est souvent ce genre d'entêtement qui amène les gens à leur perte et Nichols va en faire les frais, et croiser la route de Guérin et son acolyte...
Peut-être un peu trop de folklore (le personnage de Bunker par exemple) dans ce premier roman, serait-on tenté de dire, mais cela permet de faire passer le noir (les exactions en Irak) de certains passages. Les personnages sont bien trouvés et travaillés (pas facile de s'en tirer avec des Guérin and c°), la relation Nichols/Mustgrave et la tranche de vie qui l'accompagne avec leurs vies se dévoilant est toute en finesse. C'est du bel ouvrage, beau premier roman... on attend la suite.


  • Christophe Dupuis : Toilettes de flic - Dominique Dayau - Elytis, Bordeaux, France - 02/06/2011

A lire le quatrième de couverture «J'ai la tripe d'un vieux flic, une tripe fatiguée par le stress, les abus en tous genres, le tabagisme passif [...] Toilettes de flic explore le rôle des commodités dans une carrière vouée à la lutte contre la criminalité» on pourrait penser tomber sur un recueil de nouvelles scatologiques. Il n'en est rien ! Dom Dayau, commandant de Police Judiciaire à Bordeaux, nous livre ici, sous forme d'autobiographie romancée (la fiction permettant l'évasion du réel), douze nouvelles, souvent humoristiques, dont les toilettes sont le point commun. Balayant une trentaine d'années de sa carrière, entre Paris et Bordeaux (vous saurez pourquoi dans «Resquiat in pace !» qui mérite le détour), l'homme propose différentes tranches de vie (un flic transformiste, une mission d'infiltration, l'arrestation d'un gros bonnet de la drogue...) racontées avec légèreté et talent (pour arriver à faire une intrigue avec l'achat d'un cadeau de mariage, il faut être fort). On pense généralement que les flics n'ont pas d'humour, qu'ils maitrisent mal la syntaxe et tapent leurs rapports péniblement avec deux pouces, Dom Dayau démontre le contraire avec panache.


  • Christophe Dupuis : L'année du rat - Régis Descott - Lattès, Paris, France - 26/05/2011

Paris, France, années 20XX, à l'époque du nouvel an chinois.
Chim' travaille à la prestigieuse BRT, la Brigade de Recherche et de Traque. Chim' est un traqueur, sacrément bon d'ailleurs, ce qui lui laisse une certaine indépendance de la part de son patron, Colefax, «bloc de muscles monolithique», surnommé le Minautore. Colefax, l'envoie sur une scène de crime : une ferme, en Normandie. Chim' débarque et tombe sur une scène d'une rare violence : 7 victimes dont quatre égorgées à pleines dents et les femmes violées. Les tueurs, qui n'ont pris aucune précaution, sont restés plusieurs jours sur place, visiblement indifférents à leur environnement. A priori, une triste histoire, mais les choses se gâtent suite à l'expertise médico-légale : «Au premier abord, on croit avoir affaire à la signature d'un être humain, mais c'est beaucoup plus compliqué.» En résumé, chez les tueurs, il y a de l'homme, mais pas que... et les labos de la police ne sont pas assez puissants pour déterminer ce à quoi l'ADN est mélangé. En tous cas, cela corrobore bien l'hypothèse de Chim' qui avait demandé - au mépris de sa hiérarchie - l'autopsie du chien de la ferme : ce dernier est mort de terreur et c'est bien connu, les chiens ne meurent jamais de terreur... Chim' va donc aller traîner du côté des labos de biotechnologies, mais ces métafirmes aux fortunes immenses et ayant des intérêts partout n'aiment pas qu'on vienne renifler chez elles...
«Une foule de questions allait longtemps demeurer sans réponse et une conclusion au moins s'imposait, son instinct lui hurlait : cette affaire puait.»
Régis Descott n'est pas du genre à s'installer dans la routine, après deux romans contemporains traitant de la folie, et un roman historique sur le même sujet, il change radicalement de préoccupations et de sujet pour plonger le lecteur dans un thriller légèrement futuriste et ça marche diablement bien. Le Paris présenté est tristement crédible, l'auteur place de grandes scènes d'action (dont une dans les souterrains de zone de confinement des déchets radioactifs de La Hague) et s'interroge sur les dérives de notre monde (manipulations génétiques, course à l'éternelle jeunesse...). L'histoire est parfaitement menée, les personnages à la psychologie travaillée et rien n'est gratuit pour lui (par exemple, là où certains par, stéréotype, mettraient en place un inspecteur aux déboires amoureux, pour Descott, cela influence l'histoire !). Le tout est parfaitement rythmé, sans céder à la facilité, pour une incursion dans le genre, c'est une réussite.


Aéroport de Copenhague, salon VIP Lounge. Hector Malbarr attend patiemment sa future femme, partie récupérer un sac oublié sur un comptoir. Sa vie explose lorsqu'une brune - incendiaire - entre dans le salon, se dirige droit vers lui, se plante devant lui et, le fixant dans les yeux tout en lui passant la main dans les cheveux, lui dit «on embarque dans une demi-heure. Tu veux qu'on mange un truc avant de partir ?» Hector, troublé, assailli par des pensées diverses, à moitié (euphémisme) hypnotisé, se lève et la suit. Il apprend qu'ils partent se marier sur l'île du Docteur Taburiax... Là, les ennuis vont véritablement commencer.
Il y a des auteurs qui, partant d'une situation déjà lue 10 000 fois, font d'excellents livres. Sébastien Gendron n'est pas de ceux-là, il a le chic pour trouver des choses inédites et en faire d'excellentes choses. Humour, action et hommage au cinéma sont au rendez-vous de ce court roman qui se déguste d'une traite.


A 27 ans, Pierre, qui vient de perdre un nouveau combat, sent bien que le monde de la boxe n'est pas plus pour lui. Difficile d'enchaîner travail (serveur dans un bar, il faut bien gagner sa vie), entraînements, hygiène de vie et combats de temps en temps. Mais à cet âge-là on se sent encore jeune et l'idée d'arrêter est difficilement envisageable - Sauf que - Segueï, qui «s'affirme toujours Yougoslave même si son pays natal a sombré depuis vingt ans» est le premier à lui en parler. Il lui propose même un «boulot» dans ses cordes, un complément financier en adéquation avec son physique, bien payé en liquide. Rien de bien compliqué en vérité : faire l'encaisseur pour Lazlo, usurier croate. On ne demande rien à Pierre, si ce n'est impressionner les gens de par sa masse. Pierre accepte, une fois, en ressort écoeuré, bien décidé à ne jamais recommencer, mais tout change pour lui lorsque Lazlo est assassiné et qu'il se retrouve le principal suspect...
«Il y a des moments difficiles dans une vie, et là, j'crois bien qu't'as les deux pieds dedans.»
Pour son second roman, Philippe Georget nous emmène dans le milieu de la boxe qu'il connaît parfaitement. Même si le thème n'est pas nouveau dans le roman noir, le traitement tout en finesse et précision donne toute la qualité de ce roman qui mêle action, réflexions sur «l'engagement» dans la boxe et personnages bien abîmés par la vie.


«Il s'éveilla d'un rêve d'échecs, de mitraillade et de désolation.» Il c'est Fredric Brown, auteur à succès, mais n'ayant pas pondu une ligne depuis un bout de temps. Brown a cessé d'écrire pour picoler et comme c'est un homme qui fait les choses consciencieusement, il descend un nombre de verres considérables, le tout avec constance et dignité (enfin pas toujours...). Nous sommes aux États-Unis, en 1965. Brown va croiser Roger Vadim, le réalisateur français célèbre qui se délecte de déshabiller ses compagnes à l'écran. La rencontre va être arrosée, explosive et de là va naître dans la tête de Brown - bien poussé par Vadim et l'alcool - l'idée du meurtre parfait. Mais entre le papier et la réalité, il y a un monde, monde qui va se résumer à trois jours de folie, dans une Amérique écrasée de chaleur, une course-poursuite noyée dans les cocktails avec un Vadim et un Brown survoltés.
«Au-delà du projet criminel, son plan le satisfaisait pleinement pour son aspect abstrait, strictement narratif : tout était si bien planifié, comment penser que quoi que ce soit puise échouer...» Et oui, comme dans tout bon polar, il y a une faille. Mais là, cela va être de la grande faille, presque une faille spatio-temporelle (nous n'en dirons pas plus) ! Autant le dire tout de suite, ce premier roman est excellent. Il marie tous les éléments d'un grand livre. Une histoire bien barrée (vous n'êtes pas sans savoir qu'en tant que fans de Tim Dorsey et autres auteurs de ce calibre nous sommes exigeants), une écriture somptueuse (et comme lorsque vous finissez un Sallis ou un James Lee Burke, les deux ou trois autres livres que vous essayez ensuite vous paraissent carrément fades) et un ton enfiévré (comme le sont les protagonistes principaux !). Il y a de l'alcool, en quantité, en très grosse quantité, certes, mais avec raffinement (enfin pas toujours !), la grande époque où l‘on mesurait les cocktails au poil de centilitre près. Le noir mêle le fantastique, la chute est diablement efficace (un changement de registre redoutable), bref un premier roman que certains auteurs au bout du dixième n'arriveront jamais à écrire, question de talent. Gageons que ce que l'auteur nous réservera par la suite sera du même tonneau ! Enfin, félicitons La Volte pour la qualité de ce livre (couverture, papier, police de caractère, index et vade mecum).


France, banlieue de Valence, le Rhône, une boîte de téléphonie mobile. Carole Matthieu est médecin du travail : «Écouter, ausculter, vacciner, notifier, faire remontées les statistiques anonymes auprès de la direction.» Mais ses préoccupations actuelles ne sont pas les remontées statistiques, non, ce sont les vivants souffrants au travail : «Vincent Fournier lève sur moi un visage cadavérique. Traits tirés, poches noires sous les yeux et barbe de trois jours [...] J'écris : insomnies chroniques, traitement inefficace [...] Je reprends le stylo et je note : diarrhées, apathie, fatigue chronique, perte de poids... 16 kilos en deux mois [...] J'ajoute : idéations suicidaires, récidive possible, forte probabilité de passage à l'acte, inaptitude au poste.» Cela fait un an qu'elle le suit : «Trois arrêts maladie, trois échecs. A chaque retour, vous replongez. A chaque reprise, votre état empire. Vous souffrez de troubles gastriques et du sommeil depuis près de deux ans. Vous ne mangez plu s, vous ne dormez plus, vous ne voyez plus personne.» Malgré ceci, Fournier veut rester au travail, malgré tout ce qu'il endure «Ils ne m'auront pas» mais comme pense le docteur Matthieu «Ils t'ont déjà eu. Ils ne t'ont laissé aucune chance, ils ont miné le terrain, mais tu as quand même foncé tête baissée, et maintenant, ils t'ont eu.» Pour elle, Fournier est un cadavre en sursis, victime du monde du travail d'aujourd'hui. Mais personne ne le reconnaît, personne ne s'en émeut, personne ne fait rien, il lui faut donc conjuguer deux choses : une mort honorable «Vincent a le droit de partir avec dignité» et pression médiatique «Médias, revues de presse, scoop, interviews». Elle l'abat donc froidement (si on peut dire) un soir sur son lieu de travail.

Les premières pages du roman, froides, sèches, heurtées, pleines de colère (où l'on sent poindre celle de l'auteur) et de tension vous collent au fauteuil («Je hurle en même temps sa souffrance, sa vie d'homme et le système qui y a mis fin.»). Vous pensez pouvoir souffler ensuite, il n'en sera rien, l'auteur vous fait plonger avec le docteur Matthieu. Car ce qui est fort dans ce roman (mais il n'y a pas que ça), c'est la personnalité de cette femme, qui se dévoile progressivement (mélange habile de narration et comptes-rendus cliniques), qui brouille vos repères, habitudes et préjugés. Le livre qui vous prend aux tripes (et visiblement Marin Ledun a mis toutes les siennes dedans) est tout en violence interne, votre colère remonte (mais comment ce système de production peut-il encore exister ?) et vous y repenserez bien après l'avoir refermé. Le dernier paragraphe est d'une rare beauté. Un conseil, lisez-le d'une traite, ce n'en sera que plus fort !


Amérique, Idaho, 2 juillet 1965, «L'ancien écrivain», comme il se qualifiait lui-même, Hemingway, se suicide.
Idaho, quatre ans plus tard. Hector Lassiter est invité à ouvrir un colloque consacré à son meilleur ami (Hemingway, pour ceux qui auraient manqué les épisodes précédents). Hector n'est pas trop fan du monde universitaire et il va vite constater que dans ce panier de crabes, certains iraient jusqu'à beaucoup pour se mettre en avant. Alors malgré son âge avancé, ses bons vieux reflexes (et son goût des femmes) vont lui faire reprendre le champ de batailles... mais son attitude chevaleresque va vite se heurter à ses vieux amis du FBI et là, les choses vont être beaucoup plus corsées.
Cette troisième aventure d'Hector Lassiter est beaucoup plus calme (le dernier des grands dinosaures vieillit) et extrêmement centrée sur la fin d'Hemingway (l'auteur s'en explique à la fin). Qu'importe, les ingrédients qui ont fait le sel de la série sont là (même si - âge oblige - Hector est moins impulsif) et on attend le quatrième avec impatience.


  • Christophe Dupuis : L'oeil de la lune - Sonatine éditions, Paris, France - 24/03/2011

Un musée, des pièces de collection et, Ô stupeur, «son objet le plus rare et le plus précieux» comme aime à le répéter son conservateur, est dérobé. Exit la «dépouille immortelle et embaumée du pharaon Ramsès Gaïus» dans son sarcophage doré... ça fleure bon le roman d'énigme, non ? Non, car nous sommes à Santa Mondega, en Amérique Latine et si le nom de la ville ne vous dit rien, précipitez-vous le plus rapidement sur «Le livre sans nom» du même auteur (chez le même éditeur) pour en savoir plus et, surtout, pour encore mieux apprécier ce deuxième tome des aventures du Bourbon Kid. Car L'Oeil de la lune est toujours en vadrouille, tout le monde va encore courir après, c'est la grande nuit d'halloween, il va y avoir encore plus vampires et de loups-garous. Vous assisterez à la «naissance» du Bourbon Kid, verrez un Sanchez jeune et maigre (mais déjà pas recommandable)... bref, vous verrez tout sauf le temps passer à la lecture de cette nouvelle aventure encore plus folle que la première.
L'Oeil de la lune, c'est de la dynamite en barre et comme le dit si bien le quatrième de couverture (c'est rare pour être souligné) «l'équivalent littéraire des films jubilatoires et explosifs de Quentin Tarantino ou Robert Rodriguez». C'est bête et inhumain parfois, mais qu'est-ce que c'est bon de se balader à Santa Mondega, le théâtre de massacres à n'en plus finir. Alors prenez une bonne dose et foncez !


  • Christophe Dupuis : Le bal des frelons - Pascal Dessaint - Rivages, Paris, France - 10/03/2011

L'Ariège, ses montagnes, son air pur, ses villages calmes, ses villageois sympathiques... On arrête les clichés... Prenons un petit village et examinons tout ça : Antonin, maton à la retraite. La campagne, c'est pas trop son truc, mais ce que femme veut... alors il s'y est installé, il y a un bail, et a enchaîné les allers/retours pour le travail. A tel point qu'aujourd'hui, il aime bien trainer en voiture. Son couple est bancal et es ennuis commencent lorsque sa femme - craignant une banqueroute mondiale - retire toutes leurs économies et les planque sans lui dire où, à la maison. Antonin voit rouge... Sa femme aussi, qui repart voir le maire - avec qui elle a eu de nombreuses relations extraconjugales, pourrait-on dire - et lui demande (non pas lui propose) de se débarrasser d'Antonin pour profiter du magot ! Le maire hésite, mais sa secrétaire, 20 ans de frustrations, veut lui forcer la main (débarrasse toi des deux, récupère le pognon et partons tous les deux) sous peine de dévoiler toutes ses turpitudes administratives. «Une folle en cache une autre» se dit-il. Au milieu, un apiculteur, Rémi qui vit avec ses poules et qui est parti déterrer sa femme pour la ramener à la maison, deux détenus aux idées vengeresse... Il va y avoir de l'ambiance au village !


  • Christophe Dupuis : Arrêtez-moi là ! - Iain Levison - Liana Levi, Paris, France - 10/03/2011

A trente six ans, Jeff est chauffeur de taxi «inerte et indifférent, lessive le mercredi, une distraction quelconque le jeudi, et retour à l'engourdissement le vendredi.» En général, il ne va pas charger de clients à l'aéroport, mais aujourd'hui il se sent en veine et y va. Bingo, une belle course jusqu'aux beaux quartiers. En fin de course, la dame n'a pas assez pour le payer et lui propose d'entrer chez elle pour aller chercher le complément. Jeff accepte, en profite pour aller aux toilettes, et examine les belles menuiseries des fenêtres pour savoir si c'est toujours la même entreprise qui les fabrique (il y a travaillé dix ans)... Puis il part en sifflotant (un beau pourboire). En fin de journée, il tombe sur deux étudiantes qui font du stop. Le quartier n'est pas très sur, il s'arrête pour leur dire, elles sont complètement saoules, au mépris du règlement (il est formellement interdit de charger des gens qui ne paient pas), il se propose de les déposer à la cité universitaire un peu plus loin. Mal lui en prend à l'arrivée une vomit et macule l'arrière du taxi... Nettoyage complet de la voiture avant de la rendre, retour à la maison et dodo. Le lendemain, les flics débarquent : la gamine de sa cliente des beaux quartiers a été enlevée, on a retrouvé ses empreintes sur les fenêtres, c'est le principal suspect. Jeff explique le pourquoi des empreintes et pense avoir un bon alibi : à l'heure présumée de l'enlèvement, il transportait deux étudiantes bourrées... Mais comme c'est interdit par le règlement, ça n'apparaît pas sur le journal de bord, il ne se souvient pas des filles, et les flics, sur de tenir le coupable, ne veulent pas en entendre parler, trop rocambolesque. Les ennuis vont le frapper de plein fouet.
«Ces types pensent vraiment que j'ai fait ça. Pour eux, ce n'est pas le début de l'enquête, c'est la fin.» Une fois de plus, en changeant de registre, Iain Levison surprend, plus qu'allègrement son lecteur. Tout commence par deux malheureux faits anodins qui dans la paranoïa sécuritaire post 11 septembre prennent une dimension tragique. Et pour comprendre l'attitude de la police qui «juge» Jeff, appréciez cette phrase : «Quel monde merveilleux ce serait si seulement les ignorants étaient un peu moins sur d'eux.» Mais le livre n'est pas qu'une banale affaire policière, on y trouve aussi une très belle analyse de l'enfermement. Levison, ne sera pas sans parler, très rapidement, de petits boulots, mais le livre, profondément marquant, n'est pas une partie de rigolade, plutôt une plongée en solitaire avec cet homme broyé, qui se retrouve loin de tous et dépossédé de tout. Encore une fois, c'est un très grand livre.


  • Christophe Dupuis : Adieu Gloria - Megan Abbott - Ed. du Masque, Paris, France - 24/02/2011

Amérique, années 50. Pour certains, Gloria Denton est une légende. Belle, impitoyable (les histoires les plus folles circulent sur sa férocité), elle est en lien avec toute la pègre : «Elle est dans la place. Elle est avec eux. Ils ont confiance en elle. Elle a toujours été là.» Et Gloria fait beaucoup de choses pour eux et croise un nombre incalculable de gens. C'est ainsi qu'elle croise celui de la narratrice, une jeune américaine qui perfectionne ses talents de comptable le matin et truque la comptabilité d'une officine l'après-midi. Elles discutent autour d'un café et Gloria qui la trouve «futée, discrète et prête à en découdre» lui propose de travailler pour elle. C'est accepté dans la foulée, initiation, entrée dans le beau monde et les arcanes de la pègre. Un seul mot d'ordre : être dévouée, disponible, sans attaches et ne rien dire... L'ascension est fulgurante jusqu'au jour où l'élément perturbateur débarque... Amour et rationalité n'ont jamais fait bon ménage.
«Retour chez lui, sa main sur ma hanche, ma hanche battant frénétiquement le matelas» eh merde, qui aurait deviné que j'étais si facile ? Qui aurait deviné que je trahirais à la première occasion... ?
Adieu Gloria est un roman qui commence très fort, Megan Abbott vous plongeant dans le bain avec les deux premières pages. Le décor est posé (très visuel, mais sans être trop explicite, les lecteurs ont tous en tête des images de cette période) et les deux femmes sont là. L'une vieillissante, esseulée, qui a l'air de chercher une «descendance» à former. L'autre, subjuguée, qui ne demande qu'à être initiée. Le roman, assez court au final, centré exclusivement sur elles, se déroule très bien et Abbott, tout en gardant les codes du genre, les modifie avec ces personnages féminins. Les relations sont complexes (Gloria suscitant admiration, amour parfois, mais surtout crainte, ce qui donne le ton parfois étouffant du roman), les trahisons vont bon train (tout le monde se tient, personne ne bouge, mais chacun est prêt à balancer son prochain pour sauver sa peau), c'est du bel ouvrage.


  • Christophe Dupuis : Last exit to Brest - Claude Bathany - Points, Paris, France - 22/02/2011

Brest, Alban Le Gall, 45 ans, agent de sécurité, «le pompier des violences», se retrouve - par le plus grand des hasards - (vous le lirez pour voir) manager d'un groupe de rock local «Las Exit To Brest». Tout va bien, tant bien que mal, jusqu'au jour où Gabriel Pringent, son amant caché et musicien trainant avec la bande du groupe est retrouvé assassiné. Peu de temps après c'est un autre de ses amis qui l'est... Alban va tenter d'aller démêler tout ça.
«Je reconnais que, question digressions, je pousse le bouchon un peu loin et que, de votre côté, vous pourriez avoir le sentiment qu'avec mes gugusses musicos et leur curriculum, même pimenté de réflexions chiadées sur Brest on the rock, je vous promène gentiment. Y'a de ça»... Cette phrase d'Alban, narrateur de l'histoire, résume parfaitement les 150 petites pages de cet excellent roman - le premier de l'auteur, une chose à souligner. Comme il est bon de trouver du roman noir sortant des rangs (et Claude Bathany l'a particulièrement prouvé avec son deuxième texte), avec des personnages hauts en couleur, un style badin, de l'humour et une histoire bien menée... Claude Bathany est un auteur à suivre, assurément.


  • Christophe Dupuis : King County sherif - Mitch Cullin - Ed. Inculte, Paris, France - 15/02/2011

Amérique. Ouest du Texas, un bled, un shérif. Le shérif, c'est Branches, à priori, pas le mauvais gars... À y regarder de plus près... C'est justement ce qu'il fait le shérif, il regarde de plus près, revenant sur les éléments marquants de sa vie, dans le jardin des ruines de sa maison d'enfance, à côté d'un puits où un gars hurle, mais visiblement Branches n'en a rien à faire et n'a pas envie de le sortir... Rares sont les confessions d'hommes bons, et Branches ne fait pas partie des hommes bons.
«Mais que faire quand tout va de travers et qu'on fait ce qu'il ne fallait pas ?»
Le résumé du livre est laconique, mais le texte est court, à peine 150 pages en vers libres, très brefs. Vers libres qui donnent toute la musicalité à ce texte noir qui revient sur une vie poisseuse. L'ensemble, ambitieux, est assez réussi avec de belles fulgurances et des passages plus classiques.


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