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Les coups de cœur de ses libraires

Avec la parution de Sauve qui peut Madrid, les éditions POL accueillent dans leur catalogue un certain Kiko Herrero, un auteur qui débute en littérature mais que les passionnés de théâtre, de musique, de cinéma ou bien d'art contemporain connaissent peut être déjà.

Né à Madrid au début des années 60, Kiko Herrero a été programmateur au Rock Ola, salle de concert mythique de la Movida, puis a quitté l'Espagne pour Paris, où il a travaillé dans le cinéma, puis dans l'univers du théâtre, pour ensuite ouvrir la galerie d'art contemporain EOF. Le livre qu'il publie aujourd'hui aux éditions POL est un recueil de courts textes qui évoquent l'enfance puis l'adolescence d'un garçon espagnol dans les années 70 puis 80, dans cette période si particulière de l'histoire espagnole qui correspond aux dernières années du règne de Franco puis à la transition démocratique et à la naissance de la Movida.

Dès les premières pages, le livre nous plonge à la fois dans des souvenirs d'enfance, dans le folklore madrilène, et dans un univers de poésie pure. Le texte qui ouvre le recueil est absolument d'anthologie : un convoi de forains transporte une baleine morte pour en faire l'attraction des madrilènes un jour de 15 août. Pour une pièce de cinq pesetas, chaque curieux reçoit un mouchoir imbibé d'eau de Cologne et la chance de pouvoir apercevoir le cadavre qui a déjà empuanti toute la ville. Suivent ensuite plus de soixante dix textes, souvent très courts, petites épiphanies ou au contraire souvenirs douloureux, kaléidoscope de la vie d'un garçon quittant l'enfance pour devenir adulte. Les femmes sont ici omniprésentes, la mère aimante et inquiète pour son fils, qui est capable autant de le soigner avec de l'huile d'olive en intraveineuse que de faire la tournée des bars avec lui un jour de marché, les tantes et les voisines aux "batas" bigarrées - robes de chambre que portent quotidiennement les femmes dans leur appartement-, les prostituées, les professeurs intransigeantes du lycée français où notre héros étudie - dont la fameuse Madame Sévère, qui porte on ne peut mieux son nom !-. Face à elles, notre héros apprend, grandit, sans forcément répondre aux espérances que placent en lui ses parents -troisième enfant de la fratrie, il est tout de même considéré comme l'aîné de la famille car il est le premier garçon-, bref devient adulte.

La force de ce texte tient au remarquable pouvoir d'évocation de l'auteur qui, en quelques phrases, parvient à recréer devant nous l'Espagne de l'époque et à incarner un héros. Au fil de toutes les saynètes que composent le livre, Kiko Herreo bâtit un vrai récit d'apprentissage à la saveur tout particulière. Pour une première publication, voilà bien un coup de maître.


  • David Vincent : Le puits - Iván Repila - Denoël, Paris, France - 06/03/2015

Il y a ceux qui rêvent en regardant les étoiles et ceux qui n'osent plus. Les deux personnages de l'impressionnant roman d'Ivan Repila, un jeune auteur espagnol, devraient, c'est de leur âge, contempler le ciel nocturne en formant des voeux. Mais le «petit» et le «grand» qui nous sont présentés ont d'autres priorités : il leur faut survivre, coûte que coûte après avoir chuté dans un profond trou humide et suintant duquel ils ne parviennent pas à s'extirper.

Fable qui baigne dans un irréel proche de l'absurde car rien ne nous est expliqué, Le Puits suscite d'emblée notre inquiétude. Qui est responsable de leur situation ? La mère qui leur a confié un sac avec un peu de nourriture à laquelle ils se refusent de toucher ? Nous ne le saurons pas, du moins pas au début de cette histoire sans fond qui joue d'entrée à brouiller nos repères, géographiques et temporels (un brouillage amplifié par les chapitres dont la numérotation semble se dissoudre, comme si nous manquions des épisodes et que cela importait peu). Emprisonnés à sept mètres de fond, incapables de se hisser sans risquer l'éboulement meurtrier, sans repères, ils livrent devant nous un combat pour rester en vie, ne pas sombrer dans la folie, garder un espoir infime de reprendre pied sur cette terre ferme dont il ne voit plus rien que le bord, les yeux tournés vers un ciel désespérant. L'un soutient l'autre qui veut renoncer, qui tombe malade, qui délire, qui craint les loups rôdant au-dessus du piège mortel. L'autre se fait plus petit qu'il n'est, peau sur des os desquels il tire une étrange musique funèbre, refusant de manger les insectes et les larves que l'aîné a laissé se développer sur la carcasse de l'oiseau tombé dans le puits et qu'ils n'ont pu avaler. Dans quel univers est-on ? Un cauchemar, comme ceux que la nuit invente et dont le matin nous délivre, incrédules que nous sommes alors face à ce qu'il faut en comprendre. Ici, point de morale mais la description de deux jeunes corps prisonniers de leurs esprits et de leurs délires : ne se sont-ils pas persuadés que la mère vient les regarder au fond de leur trou pendant qu'ils dorment d'un mauvais sommeil dans la terre boueuse qui leur sert de couche avant de devenir leur linceul ? Comme dans certains textes du méconnu Maurice Pons, ses nouvelles ou Les Saisons dont on ne répètera jamais assez l'importance qu'il a dans la littérature souterraine du XX° siècle, la raison ne nous est d'aucune aide pour nous soulager de l'oppression qu'engendre une écriture serrée, dense, sans interstice mais d'où sourdent pourtant une inquiétante lumière, des éclats cendrés, un espoir incertain. On ne fera pas lire ce livre aux enfants qui n'ont pas besoin de nous pour peupler de monstres et de terreurs les longues traversées de la nuit. On le fera lire aux adultes qui croient encore que la littérature peut nous suffoquer, nous tourmenter sans cesser de nous fasciner, que de la crainte la plus primitive peut naître la beauté. Beauté de la fange, de l'obscurité, de l'enfouissement, de l'absolu de l'angoisse.

Ivàn Repila est un auteur né à Bilbao en 1978. On aimerait que ce ne soit pas le seul signe qu'il nous envoie de cette ville qui nous est si proche. On aimerait aussi que les Français réservent le meilleur accueil à ce roman qui est un des plus marquants de cette rentrée.


Les livres sur l'amitié ne sont pas si fréquents quand ceux sur l'amour encombrent les tables et les étagères, et semblent interchangeables à l'infini. C'est pourquoi le nouveau livre de la trop discrète Italienne Elena Ferrante, paru chez Gallimard, mérite un regard tout particulier.

Ses 400 pages sont riches d'une belle densité pour évoquer le lien entre deux filles des 50's, Elena et Lila, la première se souvenant un demi-siècle plus tard de la seconde qui, devenue vieille dame, a disparu des radars sans laisser la moindre trace, fidèle à une promesse qu'elle s'était faite. Nous voici dans le Naples d'après-guerre, cité de la pauvreté violente dont on rêve de s'extraire sans le vouloir vraiment, le lieu idéal pour que deux filles aux caractères différents mais issues de la même misère, deviennent des amies à la vie à la mort. L'une est mesurée, hésitante, elle observe plus qu'elle agit et regarde avec fascination l'autre, rebelle à l'ordre, vive et emportée, qui magnétise les garçons qui en rêvent tous. Car Lila a de quoi fasciner, son culot, son ambition, sa volonté, ses talents : elle écrit magnifiquement et un destin d'écrivain lui conviendrait à merveille, ce que l'institutrice, qui a senti ce que ces deux gamines recélaient, perçoit très tôt. Le destin, jamais avare de surprises, va pourtant décider d'emmêler ses fils. La sage Elena s'extraira de cette fange pour grimper peu à peu les marches, confiante dans ses études qui la sauveront, tandis que Lila, la rebelle inspirée, la fille du cordonnier, va rester prisonnière de ses rêves, se mariant à 16 ans, abandonnant ses projets et la sublime paire de chaussures qu'elle a conçue. Unies mais opposées, liées mais rivales, les deux filles vont grandir en miroir, au gré des changements de leurs corps et de leur esprit, se fâchant, se déchirant puis reprisant le tissu amical qui les couvre et les découvre. Elena Ferrante illustre les dures beautés d'une amitié vraie qu'elle analyse au plus près, sensible aux infimes variations de ces âmes en gestation qui tâtonnent et s'entraident tout en rêvant d'indépendance. On quitte à regret ce roman et ce duo, la ferveur intelligente et complice qui s'en dégage, la vie ardente de cette ville maudite et splendide.

Amies de la littérature, offrez-le à vos amies dans la vie, c'est le plus touchant cadeau que vous pourrez leur faire.


  • Marilyn Anquetil : Le tabac Tresniek - Robert Seethaler - Sabine Wespieser éditeur, Paris, France - 06/03/2015

Été 1937. Il est temps pour Franz Huchel, 17 ans, de devenir un homme et de s'assumer financièrement. Voyant que son fils ne possède pas la carrure adéquate pour des travaux manuels, sa mère décide de l'envoyer chez son oncle à Vienne afin de l'assister dans son bureau de tabac. L'apprentissage professionnel débute alors et il est bien loin de se douter que sur son chemin l'attendent l'amitié et l'amour.

Aussi candide qu'il soit, notre jeune Franz comprend vite comment faire tourner le magasin : se tenir au courant des dernières actualités en lisant la presse le matin et connaître la saveur d'un bon cigare sans pour autant être fumeur. Dans son petit commerce, il fera la connaissance d'un éminent personnage : Sigmund Freud. Comment cet intellectuel de génie peut-il s'enticher d'un jeune homme qui n'entend rien du tout à la psychologie ? Certaines questions n'ont pas besoin de réponse et chacun profite de la compagnie agréable de l'autre. L'un trouve une oreille attentive et désireuse de comprendre ce qui l'entoure, l'autre se découvre un nouveau projet : maintenant qu'il a appris à travailler, il doit connaître l'amour. Si comme le disait Rimbaud «on n'est pas sérieux quand on a 17 ans», les sentiments de Franz pour Anezka le sont. Il connaîtra alors la maladie de tous les amoureux : ce serrement de gorge quand elle n'est pas là, cette petite douleur au ventre quand il sera sur le point de la revoir, ce désir immodéré de mieux la connaître spirituellement et physiquement...

Malgré ce portrait de vie en apparence idyllique, il ne faut pas oublier la période dans laquelle se situe l'action et les nazis qui sont de plus en plus présents dans les rues de Vienne. Franz n'entend rien aux actes de ces gens ou à leur idéologie. Il porte sur eux un regard intrigué sans pourtant se défaire de ses convictions durant cette période où il est dangereux d'en avoir.

L'air de rien, ce petit livre qu'est Le tabac Tresniek s'impose comme l'un des plus profonds de cette fin d'année et si nous prenons plaisir à voir grandir le jeune Franz, au final c'est lui qui nous instruit au point de vouloir le suivre sous son étendard et faire de ses rêves les nôtres.


  • David Vincent : Les événements - Jean Rolin - POL, Paris, France - 06/03/2015

Moins spectaculaire que le livre de Houellebecq qui monopolise l'attention, le nouveau roman de Jean Rolin a de quoi susciter notre admiration. C'est l'avantage des très bons écrivains : où qu'ils vous emmènent, vous les suivez, sans vous poser de questions, aimantés par leurs phrases, détournés de votre petit univers par la lente construction du leur, subjugués par les images qu'ils évoquent.

Jean Rolin possède ce don précieux dans la littérature contemporaine française, le voyage intérieur qui constitue son oeuvre peut nous trimballer à l'autre bout de la planète ou de l'autre côté du périphérique parisien qu'on retrouve à chaque fois ce magnétisme qui oscille entre ironie et précision réaliste.

Après Ormuz et son nageur intranquille, retour en France avec Les Événements, roman d'anticipation sans effets spéciaux qui nous plonge dans une guerre voire une sorte d'après-guerre, de statu quo, après de sérieux combats qui ont mis aux prises des factions, des milices, acteurs d'une guerre civile que des casques bleus (la FINUF...) tentent mollement de circonscrire.
Le narrateur de l'histoire est plutôt du côté des héros pâles que des vedettes, il a tiré son épingle du jeu en se contentant de traverser le conflit grâce à sa proximité avec un chef de guerre, Brenneke, auquel le lie une trouble histoire qu'il nous faudra difficilement reconstituer. Quand le livre commence il n'a qu'une envie, fuir Paris, capitale livrée au pillage, grâce à sa Toyota assez moche et du carburant qu'il espère suffisant pour gagner le sud. Avec lui nous allons traverser la ville déserte, sa périphérie trop silencieuse puis le pays que se partagent des bandes ou des milices dont le pouvoir tient parfois seulement à la présence d'un pont. Tout est calme, en apparence, on est dans un après qui n'a rien fixé de façon certaine, les lignes bougent, le futur paraît un bien grand mot. La débrouille tient lieu de viatique.
Au milieu de cette calme apocalypse dont nous ne saurons jamais les causes réelles car on n'est pas dans un bavard roman d'anticipation à la Houellebecq (voir le prochain Soumission qui ne manque pas de longs paragraphes d'histoires et de théories pour expliquer comment on a pu arriver à élire un président islamiste), l'homme se déplace, retrouve une femme aimée qui disparaît après lui avoir confié la mission de retrouver son fils (peut-être aussi le sien ?), la boussole dirigée vers la Méditerranée où rien ne va tellement mieux (on se bat dans Marseille divisée en zones).

Tout cela ne semble néanmoins qu'un fallacieux et étrange prétexte : le charme incontestable du livre n'émane pas de ses péripéties mais du regard que le héros porte sur ce qui l'entoure, la nature, les objets, les êtres, les paysages, les infimes détails, les odeurs et senteurs, les routes décrites avec un soin maniaque comme si nous pouvions du doigt reconstituer l'exact parcours du fuyard. Et cette manière de faire parler le silence qui suit les bruits formidables d'une guerre dont nous ignorerons les événements.

Rolin nous installe ainsi dans une atmosphère qui tiendrait à la fois du récit de grand voyageur attentif et du roman d'anticipation sans enjeu. Car on sent bien que l'histoire pourrait comme cela s'étirer au gré des déambulations d'un homme revenu de tout et convaincu que désormais et pour longtemps l'incertitude du sort des uns et des autres sera la nouvelle condition humaine.
Les Événements ont eu lieu, la littérature peut commencer, et avec Jean Rolin c'est une fois encore une expérience terriblement séduisante.


Deux étés durant, la narratrice marche en solitaire sur des chemins isolés du Nord de la France vers la Belgique, en passant par les Ardennes, le Jura et la Suisse.

Son errance la conduit au hasard de lieux improbables en pleine nature profonde, dans les bois où elle dort parfois, dans l'observation de ce que la Nature a de plus beau, ponctué par le bruit des animaux ou le silence, ainsi que le faisait quelque cent cinquante ans auparavant le grand essayiste naturaliste américain H.D. Thoreau, vivant pendant deux ans en solitaire dans une cabane près de l'étang de Walden dans le Massachusetts.

Hormis de rares rencontres avec des personnes croisées sur sa route ou dans un café avec qui elle échange quelques mots et qui lui offrent, lorsque les éléments se déchainent, un toit ou un coin dans leur grange, elle marche en solitaire pour se ressourcer, assouvir sa soif de liberté et fuir le monde en faisant corps avec la nature.

Nous la retrouvons deux étés plus tard à Bilbao sur le chemin de Compostelle, toujours demandeuse d'absolu mais aussi de consolation, après une rupture amoureuse douloureuse dont les échos l'obsèdent et lui font mal. Elle est habitée par l'espoir de se reconstruire et de se dégager d'un trop plein de souvenirs de son amour perdu.

Ce récit lumineux est une merveille de poésie, de sensibilité, de sentiments à fleur de peau en même temps qu'un hymne à la nature sauvage toujours réinventée. C'est un pur bonheur de lecture !


C'est sans doute parce qu'on les considère comme des héros des temps modernes que les plus grands sportifs n'ont cessé d'inspirer les écrivains.

Après Emil Zatopek (1) et Mohamed Ali, c'est aujourd'hui au tour de Nadia Comaneci de rentrer en littérature grâce à Lola Lafon. Son roman intitulé "La Petite communiste qui ne souriait jamais", que les éditions Actes Sud viennent de publier, se lit en effet comme une biographie de la célèbre gymnaste roumaine dont la performance aux J. O. de Montréal de 1976 a marqué les mémoires de tous, sportifs ou non -elle est la première à avoir remporté la note parfaite de 10.

Ici, les fameux Jeux Olympiques sont évidemment évoqués, mais Lola Lafon revient aussi sur les différentes étapes du parcours de la gymnaste : Une formation intensive dès son plus jeune âge, la consécration à quatorze ans, puis les premiers désenchantements liés notamment à la métamorphose du corps pendant la puberté, à la difficulté de progresser aussi.

Lola Lafon s'attaque à une légende de la gymnastique, mais pas seulement, car la carrière de la petite Nadia nous paraît aujourd'hui d'autant plus singulière qu'elle s'est construite en pleine Guerre Froide, dans une Roumanie régentée par Ceausescu. L'auteur rappelle a quel point la sportive est devenue une égérie pour l'Europe de l'Ouest, fascinée par cette petite slave filiforme et imperturbable. Lola Lafon nous immerge dans cette période si particulière et narre avec un certain sens de la reconstitution des anecdotes les plus éloquentes - par exemple, l'évocation de l'école de gymnastique où Nadia s'est entraînée, qui ne doit son existence que grâce aux dessous de tables et aux produits de contrebande dont l'entraîneur s'est servi pour arroser la municipalité. L'auteur ne manque pas non plus de nous décrire la surprise des jeunes gymnastes roumaines arrivées à l'Ouest et découvrant supermarchés, publicités et société de consommation.

Mais si Lola Lafon nous fait le portrait d'une époque, elle réussit aussi à ne jamais verser dans le cliché, la construction même de son roman évitant sans doute cet écueil. L'auteur a en effet pris soin d'entrecouper son récit de parties dialoguées avec une Nadia Comaneci qui relit et passe au crible tous les épisodes racontés, ce qui apporte nuances et profondeur. Que cette correspondance entre l'auteur et la gymnaste ai réellement eu lieu importe peu finalement, le lecteur parcourt le texte avec un plaisir tel qu'il est prêt à jouer tous les jeux que lui impose Lola Lafon. "La petite communiste qui ne souriait jamais" se lit d'une traite et nous donne envie après lecture de découvrir les autres romans d'un auteur jusqu'ici injustement méconnue et dont le talent n'est pas sans rappeler le grand Emmanuel Carrère...

(1) A lire : Courir de Jean Echenoz paru aux éditions de Minuit autour de Zatopek et Alias Ali de Frédéric Roux publié chez Fayard autour de Mohamed Ali


  • Karine Gilabert : L'effacement - Pascale Dewambrechies - Passiflore, Dax, France - 25/06/2014

Juin 1952.

Dans quelques jours, Gilda Maurel, institutrice à St-Mont-des-Pyrénées, aura 36 ans. Sa vie semble toute tracée d'avance, sage et prévisible. L'irruption de la passion va bouleverser son destin : la rencontre avec Luis, 20 ans, jeune, beau, d'origine espagnole, séduisant jusqu'à l'insolence. Sa première réaction est la fuite. Le jeune homme est trop beau, trop sûr de lui, trop parisien - tout son contraire - et surtout, trop jeune... Il n'est que de passage dans cette bourgade, six mois à travailler dans l'étude de son oncle. Gilda fuit, mais il est patient. Elle va succomber tout en sachant que cela ne peut pas durer, le temps du bonheur est compté, tant que le désir le recouvre.

Je ne lui dis rien de cet amour. Je ne lui montre rien de cette folie. De cette douleur livide que je peux identifier comme de l'amour. C'est de l'amour.

Sur cette trame romanesque et tragique, l'histoire de Gilda prend une dimension poignante, qu'amplifie le contexte de la guerre d'Indochine. Le livre évoque le destin croisé des personnages, à travers les lettres du front qu'envoie Gilbert le frère de Gilda, celles que Luis échange avec Pierre, son ami et confident, ou la correspondance qu'entretient Gilda avec son amie institutrice Anne-Marie, ainsi qu'avec sa mère - maîtresse femme ! - sans oublier le journal auquel Gilda confie ses états d'âme.

Plus tard, son installation à Bordeaux prélude à une nouvelle vie, effacée, dans l'ombre de l'amour qui fut, aujourd'hui perdu.

A petites touches qui sonnent juste, entre pudeur et sentiments, cet émouvant portrait de femme s'insinue doucement dans l'esprit du lecteur, pour finir par ne plus le lâcher...


Pourquoi Faber, enfant de l'assistance publique au génie tourmenté et au tempérament de feu s'est il éloigné de ses deux meilleurs amis, Maddie et Fabrice, pour vivre coupé du monde dans une ferme délabrée des Pyrénées ? Tristan Garcia remonte le fil de cette amitié passionnée et nous plonge dans l'enfance et l'adolescence de nos trois personnages dans une petite ville de province. Roman sur les secrets de famille, sur les affres de l'adolescence et ses amitiés exclusives, Faber se lit aussi comme un grand portrait de la génération des années 80.


Si vous avez oublié de votre Histoire de France la figure méconnue de Marie-Anne Victoire Infante d'Espagne et épouse très précoce (7 ans...) du futur Louis XV, Chantal Thomas vous rafraîchira la mémoire avec son délicieux nouveau roman qui ne manque ni de sels ni de poivre. N'oublions pas que l'auteure (que nous accueillerons d'ailleurs à la librairie bientôt) est une spécialiste d'un siècle qui vit évoluer Sade et Casanova, deux figures opposées d'une même liberté conquise sur les ténèbres de l'âge classique. Les princesses sont les infantes, objets de tractations politiques qui se moquent de leur âge. Mademoiselle de Montpensier, la fille du Régent Philippe d'Orléans est «proposée» à Philippe V pour son héritier, en échange de quoi on mariera le Dauphin à l'infante venue d'Espagne, habile calcul qui permettrait de conforter une paix familiale et d'arroser au Bourbon une famille bien en place. Rien ne se passe comme prévu, au grand plaisir de Chantal Thomas qui nous raconte avec délectation l'enchaînement de circonstances, du mépris ambigu du futur Louis XV dont on n'oublie pas les appétits qu'il manifestera plus tard, aux errements de la princesse en passant par la disparition inopinée de l'ogre d'Orléans. Mais ce qui force l'admiration à la lecture de cette histoire revisitée est la vision qu'elle nous donne de ces enfants jetés aux loups de la cour, aux folies partisanes, aux désirs bruissants. Passant d'un registre à l'autre, Chantal Thomas nous rappelle avec brio que dans «roman historique», ce genre terriblement à la mode, il y a avant tout roman et que c'est dans cet exercice-là, cette liberté contrôlée, que l'on découvre les talents. C'est peu de dire que l'auteur des Adieux à la reine n'en manque pas.


C'est toujours une sensation de retrouver Céline Minard qui bâtit une oeuvre en se moquant des courants et des vagues, et n'hésite pas cette fois-ci à nous projeter en pleine conquête de l'Ouest avec tout ce que cela comporte d'imageries et de clichés qu'elle envoie joyeusement et talentueusement dinguer. C'est un western, comme on n'en écrit quasiment plus, un western qu'aurait traversé toute la littérature du XXe pour lui insuffler une puissance d'évocation tenant plus à la langue qu'aux images réinventées. Au centre du livre Eau-qui-court-sur-la-plaine, une Indienne seule rescapée de son clan qui pratique des guérisons sur des Blancs incrédules et des Indiens méfiants (ou inversement). Elle va rencontrer deux frères, Jeff et Brad, qui font péniblement avancer leur char à boeufs avec leur increvable mais mourante vieille mère, elle croisera Gifford qu'elle sauve de la variole, Bird Boisverd qui veut récupérer son cheval volé, beaucoup de gens au bout du conte qui se bousculent au générique et dont le destin va basculer au coeur de cette Amérique qui s'invente dans la poussière des illusions. C'est riche en bruits, fort en fureur, ça possède un goût que personne d'autre ne sait infuser, c'est la marque d'un écrivain qui confirme livre après livre son importance.


  • David Vincent : En mer - Toine Heijmans - Bourgois, Paris, France - 13/02/2014

Que l'on n'aille pas se tromper : le livre que publient les éditions Christian Bourgois sous le titre En mer et signé Toine Heijmans, un Néerlandais, ne s'adresse pas au public amateur de récits maritimes, aux nostalgiques des aventures au coeur des océans ou aux bourlingueurs en retraite même si on le leur conseil avec ardeur.

Non, En Mer, qui se passe quasi exclusivement sur les flots dangereux de la Mer du Nord, est un roman qui met aux prises un homme, Donald, avec son démon principal : la fuite, et si chaque épisode nous renvoie à l'imagerie du marin solitaire, c'est pour mettre à profit ce paradoxal lieu clos qu'est un voilier, petit élément au milieu de la vastitude qui confronte au pire et au meilleur de soi ceux qui ont choisi d'y trouver refuge. Car les trois mois de congés sabbatiques que s'est octroyé Donald pour échapper à une entreprise dans laquelle on n'a jamais vraiment compté sur lui représentent avant tout une période d'exclusion volontaire, loin de la fébrilité du travail et d'une famille pourtant aimée. L'épouse Hegar, avec un soulagement mal dissimulé, la fille Maria, sans trop comprendre, voient donc s'éloigner un homme dans la force de l'âge qui a besoin de se réinventer une apparence de destin. Pour conclure son périple au long cours il a persuadé sa femme de laisser leur fille passer les deux derniers jours à bord, moments d'intense complicité qui lui permettront, espère-t-il, de renouer le lien distendu avec son enfant de 7 ans, petite fille décidée et questionneuse. Mais il y a loin entre le fantasme et la réalité, et on ne joue pas impunément avec les éléments : transporter un enfant sur un petit voilier rend l'embarcation encore plus précaire. La mer se tait, les nuages ne dévoilent pas toujours leurs intentions, l'activité est intense sur l'eau où des radars vous voient passer sans parfois comprendre ce que vous voulez faire, la solitude est constamment menacée par l'irruption d'un danger car le héros n'est pas dupe et sait se souvenir que les océans se moquent des hommes qui s'y abiment dans son indifférence éternelle. Usant d'une langue simple et entêtante, Toine Heijmans, qui refuse les effets pour mieux nous préparer à l'irruption d'un possible drame, fait de nous les témoins inquiets d'une aventure décisive. Le travail de réflexion que Donald accomplit sur son parcours s'accompagne d'un lent effondrement que seule la petite fille semble pouvoir empêcher.

Autant ne pas en dire plus sur le crescendo narratif qui contraint le lecteur, tendu, à ne plus lâcher ces pages. Homme libre toujours tu chériras la mer ? Si tu en as la force, conclue avec beaucoup de puissance Toine Heijmans, qui signe là un remarquable premier roman.


  • Emilie Dontenville : Palladium - Boris Razon - Stock, Paris, France - 13/02/2014

On compte aujourd'hui un certain nombre de textes de référence écrits sur le thème de la maladie. Le premier qui vient à l'esprit est souvent "Mars" de Friz Zorn, un récit paru dans les années 70 qui évoque le cancer et ses origines psychologiques - tous ceux qui l'ont lu se souviennent de sa première phrase, aussi lapidaire que terrible : «Je suis jeune et riche et cultivé; et je suis malheureux, névrosé et seul».

On peut citer aussi A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie d'Hervé Guibert -autour de Michel Foucault et du sida-, D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère, ou encore La Maladie de Sachs de Martin Winckler.

Aujourd'hui, il faudra aussi compter sur Palladium, un premier roman paru aux éditions Stock écrit par Boris Razon. Son sujet : la brusque descente aux enfers d'un homme qui se retrouve paralysé en quelques jours et les six mois qu'il passe sur son lit d'hôpital, en proie à de nombreuses hallucinations. Que Palladium soit en partie autobiographique importe peu finalement, ce que l'on retient plutôt est sa grande richesse narrative. Les cent premières pages se lisent comme un compte à rebours implacable, où la maladie s'immisce petit à petit dans le corps de notre héros -un journaliste issu d'un milieu bourgeois, un peu hypocondriaque, mais plutôt heureux de vivre. Viennent ensuite l'hospitalisation, et la métamorphose du corps paralysé : «Immobile, imperturbable, impénétrable, derrière mes yeux paralysés, j'étais devenu le sphinx.» Boris Razon nous emmène avec lui dans un voyage étonnant où l'on croise pirates, prostituées japonaises, et personnel infirmier, le tout au rythme d'un respirateur capricieux qui laisse notre héros toujours au bord de l'étouffement. Entre récit épique et aventures cauchemardesques, le texte se lit d'une traite, et nous fait passer par toutes sortes d'émotions - de la compassion à l'angoisse, de la stupéfaction au fou rire. Belle surprise de cette rentrée littéraire, sachez que Palladium est aussi pressenti pour Prix Goncourt -certains à la librairie sont intimement persuadés qu'il le remportera. Un conseil : ne passez surtout pas à côté de ce très grand livre !


«Il y aurait un ouvrage amusant à écrire sur les accessoires du romancier et la manière de les utiliser ; ils se présentent en vrac dans l'esprit comme les marchandises d'une riche boutique dont il faut faire une vitrine élégante».

Cette phrase de l'écrivain, artiste et esthète bordelais Philippe Jullian, Serge Sanchez, dont on avait apprécié les livres sur Brassaï et François Augiéras, l'a faite sienne et l'a incité à se lancer dans un projet qui nous vaut un des livres les plus réjouissants dans le genre de l'essai littéraire qu'on ait lu depuis longtemps.

Se faisant brocanteur d'immatériel, collationneur d'objets élaborés avec des mots, le critique littéraire s'est offert un voyage sentimental dans le décor. Foin de la psychologie des personnages ou des aléas de leur vie sentimentale, il s'intéresse aux seconds plans, ce que l'on voit sans regarder et qui contribue pourtant à forger en nous les images durables des romans que nous lisons.

De Proust il retient la lampe de chevet «avec son chapeau d'étoffe froncée» qui matérialise la présence maternelle : «un tour de clé : le passé revivait sous le halo de lumière, et il pouvait se mettre au travail.» De Balzac il se souvient de la canne aux singes, de Diderot la robe de chambre, de Molière il traque le fauteuil de malade imaginaire agonisant et son étonnant destin de relique, de Breton il raconte le parcours de la grande statue Uli au sein de son Atelier fabuleux. Il observe les pierres, fussent-elles du Japonais Miyazawa ou plus proches de Roger Caillois, il regarde les bancs si importants pour Flaubert et son duo Bouvard & Pécuchet, il enfile les chaussons et les sandales en leur reconnaissant une importance trop négligée, il va jusqu'aux bas les plus philosophiques, ceux de Kant, et aux chaussettes troublantes chez Nabokov, il franchit les portes qui dissimulent les crimes les plus tragiques se souvenant de son passé de journaliste de faits divers. Il vide les placards, soulève les livres pour en faire tomber des objets, il enquête, arpente, contemple, et c'est un régal de d'esprit, d'érudition faussement légère car il y a toujours quelque gravité à mesurer le poids de ce qui nous entoure. Et chaque chapitre s'achève par un petit carrousel de citations bondissantes. Serge Sanchez a du talent, celui notamment de nous inviter à regarder nos bibliothèques, cet immense magasin d'antiquités qui dissimule nos folies les plus belles, celles que la littérature invente. Serge Sanchez, parce qu'il s'est évidemment beaucoup amusé à imaginer ce livre, nous offre quelques heures de délice, et c'est un présent précieux qu'il nous fait.


Tous nous découvrons au réveil que les choses ont tourné autrement.

Il est difficile, voire impossible, d'imaginer les liens qui unissent deux jumeaux. En revanche, il est aisé de comprendre que la disparition de l'un puisse engendrer la détresse de l'autre. C'est ce qui arrive à Greta Wells quand son frère Félix meurt des suites d'une longue maladie en 1985. Pourquoi préciser l'année ? demanderez-vous. Le deuil n'a que faire des dates, si ce n'est qu'il est toujours trop long à endurer, mais le temps aura une réelle importance ici.

Pour enrayer la dépression qui la submerge, le médecin traitant de Greta lui prescrit des électrochocs, ce qui aura pour conséquence imprévue de la faire voyager dans le passé. Mais attention, ce n'est pas en visiteuse du futur qu'elle apparaîtra en 1918 et en 1941, mais dans des vies parallèles... En effet chaque séance l'envoie successivement dans trois époques où elle vit dans le même immeuble et croise les mêmes personnes ; entre autres son frère, sa tante et son ex-mari. Si, a priori, ils sont semblables à ceux qu'elle connaît, leurs chemins ont été différents, ce qui entraîne de nombreuses divergences. Ainsi, alors qu'en 1985 elle vit en célibataire, dans une autre version d'elle-même la voici mère, et dans une autre trompant son mari sans en éprouver la moindre culpabilité. Bien que certains faits lui semblent positifs, d'autres lui font mal comme l'impossibilité pour Félix de vivre son homosexualité au grand jour, l'obligeant à épouser une femme qu'il n'aime pas et n'aimera jamais. Vient alors une idée saugrenue à Greta : offrir une vie meilleure à ses doubles en leur montrant la voie et en les empêchant de commettre les erreurs dont elle connaît les conséquences. Or, si elle a le pouvoir de changer leur vie, les autres Greta ne vont-elles pas essayer d'en faire autant avec la sienne ?

On serait tenté de croire que Les vies parallèles de Greta Wells nous emmène en pleine science-fiction, mais la volonté de l'auteur n'est-elle pas de nous montrer à quel point une vie peut être différente selon l'époque où elle est vécue - surtout à la veille ou à la fin d'une guerre mondiale ? Si nous ne trouvons pas de réponse convenable à cette question, le roman en pose dès les premières pages une autre tout aussi intéressante : quand vous étiez petit, est-ce cette personne que vous rêviez devenir ?

Andrew Sean Greer signe ici un roman merveilleux et surtout intemporel sur ce temps qui passe sans qu'on puisse le changer. Sans aucun doute une des plus belles surprises de cette rentrée de janvier.


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