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Tandis que la seconde guerre mondiale touche à sa fin, un C-47 de l'armée américaine avec à son bord 24 passagers dont plusieurs femmes s'écrase en plein coeur de la Nouvelle-Guinée, dans une vallée quasiment inaccessible et totalement inexplorée. La zone, protégée par de vastes montagnes, est complètement coupée du monde. Pour les survivants, c'est le début d'une aventure extraordinaire et d'une rencontre incroyable qui marquera toute leur vie. Car dans ce qui ressemble à un paradis perdu, vivent en autarcie plusieurs tribus d'indigènes, guerrières pour la plupart, pour qui l'univers s'arrête aux portes de la vallée.
Pour réaliser son livre, Mitchell Zuckoff a eu accès à des documents déclassifiés de l'armée américaine, aux journaux tenus par les survivants ainsi qu'à leurs témoignages. Il s'est aussi rendu jusqu'en Nouvelle-Guinée, sur les lieux de l'accident et a retrouvé des autochtones qui se souviennent encore de ces jours mémorables, ceux où l'homme blanc est descendu du ciel à l'aide d'une liane.
Plus qu'un simple récit de survie, Les Disparus de Shangri-La est l'histoire d'une rencontre improbable entre deux peuples qui s'étaient ignorés pendant des siècles, c'est une leçon de courage et d'humilité, une aventure hors du commun qui se terminera par l'une des plus rocambolesques opérations de sauvetage de toute l'histoire de l'armée américaine. Passionnant, notamment sur le plan ethnologique, richement documenté et illustré, voilà un livre à ne pas rater pour qui fait preuve d'un peu de curiosité !
Du haut de ses 15 ans, Charley Thompson a vite compris que la vie ne lui ferait pas de cadeaux. Fraîchement débarqué à Portland, où son père pense pouvoir enfin trouver un travail stable, son quotidien n'est qu'une lutte constante pour la survie. Ne pouvant subsister avec les maigres dollars que lui donne de temps en temps son père, Charley n'a pas d'autres choix que de voler à l'étalage pour calmer sa faim. Au cours de ses errances solitaires, il croisera le chemin de Del, un vieil homme alcoolique qui gère une écurie minable de chevaux de courses. De ranchs sordides en hippodromes de seconde zone, Del navigue d'une course à l'autre, dopant ses chevaux à grands renforts de médicaments, organisant des petites arnaques, usant ses animaux sans scrupules jusqu'à ce qu'ils rendent l'âme. Même si le travail qu'on lui confie est éreintant, pour Charley c'est l'occasion rêvée de gagner enfin un peu d'argent. D'autant qu'il se prend d'affection pour Lean on Pete, un cheval noir au front tâché de blanc, le plus rapide de l'écurie, à qui il se confie de plus en plus et ce malgré les mises en garde. Car dans ce milieu, comme on ne cesse de le lui répéter : il ne faut pas s'attacher aux chevaux.
Willy Vlautin, déjà remarqué pour Motel Life et Plein Nord, signe un roman lumineux et renversant. Un road movie de l'Amérique des laissés pour compte, dans l'ombre bienveillante de Steinbeck et Mark Twain. Charley Thompson est un personnage inoubliable, car malgré la violence et la stupidité qui l'entoure, il trouvera toujours la force d'avancer en refusant de se laisser aller au désespoir.
Cheyenne en automne est un bon petit coup de poing dans l'estomac, un récit qui ne tombe jamais dans la facilité du sordide ou du pathos. Quand vous l'aurez fini vous risquez d'y laisser toutefois quelques larmes.
«Ceci n'est pas l'histoire d'une petite fille qui disparaît. C'est l'histoire d'une petite fille qui réapparaît...»
Ce refrain qui refait surface à différents passages du dernier roman de Steve Mosby, est comme une comptine macabre et obsédante, qui finira par vous faire littéralement frissonner.
Il arrive que la réalité inspire des romans. Rien d'extraordinaire à cela. C'est le cas de La Fleur de l'ombre, un thriller écrit en 1991 par un illustre inconnu, Robert Wiseman, lequel a disparu dans d'étranges circonstances. Mais il peut arriver que la réalité rejoigne la fiction en s'inspirant à son tour d'un roman. C'est ce que constate Neil Dawson, dont le père romancier vient lui aussi de disparaître. Voilà que des similitudes apparaissent entre le roman, la vie de Robert Wiseman, et celle de Neil et de son père. Cela fait beaucoup de coïncidences. D'autant que sa compagne vient de se faire kidnapper.
Un sur deux, le premier roman de Steve Mosby, publié à l'époque par les toutes jeunes éditions Sonatine, m'avait bien plu. Ayant fait l'impasse sur le deuxième, je me suis laissé tenté par le troisième. N'y allons pas par quatre chemins, c'est un très bon thriller, à l'intrigue déroutante, inquiétante, magnitude 10 sur l'échelle du suspense. Mais avec un charme en plus : l'écriture. En construisant son livre au milieu d'un jeu de miroirs, on finit par ne plus dissocier la réalité de la fiction. Sans pour autant se perdre.
Avec ses mises en abîme audacieuses et son ambiance «creepy» à la Twin Peaks où plane l'ombre du meilleur de Stephen King, Steve Mosby vous embarque dans sa sombre réalité sur les traces d'un tueur en série d'un genre très particulier.
Si vous trouvez que votre vie est difficile et votre travail éreintant.
Si vous pensez avoir manqué d'affection dans votre enfance.
Alors plongez-vous dans Le sillage de l'oubli de Bruce Machart. Vous verrez qu'au Texas la vie n'est pas facile non plus. Particulièrement au début du XXème siècle. Entre un père brutal qui vous rend responsable de la mort de sa femme, vous oblige à tirer la charrue à la seule force des épaules, et une jolie mexicaine qui va vous briser le coeur et vous fâcher à vie avec vos frères, la vie n'est pas simple tous les jours.
Avec ce premier roman, Bruce Machart ferait presque passer Cormac McCarthy pour un clown du cirque Pinder. C'est dur, c'est rude, c'est âpre, ça sent le cheval, l'alcool et les coups de cravaches. Mais ne vous y trompez pas, derrière tout cela se cache ce qu'il faut de lyrisme, d'images fortes, de drames familiaux, de sentiments et d'amours déçus pour vous tenir en selle du début à la fin. L'ami Bruce a l'art de raconter des histoires.
C'est bon, c'est Gallmeister.
Officier de police d'une petite bourgade du Mississippi, Silas Jones mène une vie tranquille faite de routine, de querelles de voisinage et de flirts maladroits. Jusqu'au jour où une jeune fille disparaît et où tout semble accuser Larry Ott, un marginal solitaire, victime de la rumeur et mis au ban de la ville.
Silas n'est pas très loquace au sujet de Larry. Lorsqu'il passe avec sa voiture de patrouille devant son garage désert, il ne tourne pas la tête et fais comme s'il n'existait pas. Et lorsque Larry l'appelle au téléphone, Silas ne répond pas. Pourquoi ? Parce qu'il y a vingt ans Larry et Silas étaient amis. Et parce qu'il y a vingt ans une autre jeune fille avait disparu, et Larry avait été accusé malgré l'absence de preuves et de corps. Silas lui, avait quitté la ville peu après.
Ah j'oubliais : Larry est blanc et Silas est noir. Cela peut paraître anodin de nos jours. Mais au coeur du Mississippi, dans les années soixante-dix comme vingt ans plus tard c'est loin d'être un détail.
Roman sudiste aux accents de polar, Le retour de Silas Jones est un livre admirable, touchant, qu'on peine à refermer. Faire la paix avec son passé n'est pas chose aisée dans l'Amérique de Tom Franklin.
Lukastik est inspecteur principal à la brigade criminelle de Vienne, Autriche. Solitaire et vieux garçon, il est méticuleux et perfectionniste. Il aime son travail mais il garde le sens de la famille. Il vit toujours chez ses parents et ne rate jamais un dîner en leur compagnie (une soupe et rien d'autre).
Lukastik aime Wittgenstein (1889-1951), et se promène toujours avec son oeuvre majeure : le Tractatus logico-philosophicus, qui comme son nom l'indique traite de... logique et philosophie, merci à ceux qui suivent.
Lukastik n'a pas d'amis. Il abhorre ses collègues (qui ne sont pas en reste à son égard), et maltraite son commissaire, lequel prend sur lui car tout de même, les résultats sont là.
Lukastik aime relever les défis de la logique (voir plus haut), aussi lorsqu'un cadavre dévoré par un requin est retrouvé dans une piscine au sommet d'un immeuble, il ne se laisse pas démonter (surtout par une prothèse auditive, lisez vous comprendrez).
Lukastik a un drôle de nom et n'attache pas une grande importance à la discipline et aux protocoles d'enquête. Les témoins, les suspects, tout cela est bien relatif.
Lukastik aime beaucoup sa soeur.
Dans Princesse Vinyle il n'y a pas de vampires ni de loups-garous. Mais il y a Allie, une jeune fille de 16 ans qui va travailler tout l'été chez Bob and Bob, un disquaire indépendant sur Telegraph Avenue, Berkeley, Californie. La clientèle n'a rien d'un épisode de Beverly Hills, on y croise des mono-maniaques du disque, des junkies et des SDF qui viennent s'y abriter, une pincée de gothiques et des asociaux plus sympathiques que dangereux.
Allie a une meilleure amie qui est amoureuse d'un musicien dont le groupe s'appelle «Ma Tante me déprime». Celui-ci a une drôle de conception de la fidélité.
Dans Princesse Vinyle on apprend que pour se remettre d'une rupture sentimentale, rien ne vaut un album des Smiths (The Queen is dead). Qu'il faut se méfier des beaux ténébreux et du camping, surtout lorsqu'on a une mère célibataire qui drague sur internet.
Ce roman d'Yvonne Prinz nous fait regretter l'époque où l'on écoutait un vinyle dans notre chambre, assis sur un lit tout en contemplant la pochette. Où l'on pouvait passer des heures chez un disquaire, à dénicher la perle rare, à échanger avec les vendeurs, à discuter du parcours de tel ou tel guitariste. Et pourtant Princesse Vinyle se passe de nos jours, ce qui rend le livre d'autant plus attachant. Car Allie fait de la résistance et ne se reconnaît pas dans ses contemporains, parmi ces jeunes qui défilent devant sa boutique sans lever les yeux, l'ipod collé à l'oreille en train d'écouter tout et n'importe quoi. Pour Allie, c'est «lamentable que le monde moderne arrive à se passer de magasins de disques, et c'est lamentable que les gens se bornent à télécharger leur musique sur un ordinateur sans la palper, sans renifler son odeur, sans la tenir à pleines mains et, surtout, sans en éprouver le moindre remords.»
Alors, Princesse Vinyle un roman réac pour ados ? A vous de juger ! En tout cas c'est drôle, rythmé, un brin destroy et pétri de bonnes références musicales. Avec impertinence et tendresse, Allie nous plonge dans son univers suranné et nous rappelle une chose essentielle : la musique c'est la vie !
Destination Ténèbres est un roman de science-fiction américain de Frank M. Robinson publié en 1991, dont la traduction française vient seulement de paraître aux éditions Denoël.
Moineau est un jeune explorateur de mondes inconnus, qui souffre d'amnésie suite à un accident. Son vaisseau, L'Astron, est une immense arche spatiale qui depuis mille ans tente de trouver des traces de vie dans la galaxie. Son capitaine, seul immortel à bord, voit son équipage se renouveler au fil des générations.
Au cours de sa convalescence, Moineau va se rendre compte que L'Astron n'est plus que l'ombre de lui-même, un vaisseau usé dont les ressources sont en voie d'épuisement et dont la réalité est falsifiée. Tandis que le navire se prépare à traverser le coeur de la galaxie, une immense zone dénuée d'étoiles, Moineau va comprendre qu'il est une source d'enjeu pour l'équipage et que son amnésie n'est pas innocente.
Destination Ténèbres est un space opéra psychologique en huis clos, hormis quelques scènes d'exploration sur des planètes hostiles. S'il pose la question du bien fondé de la recherche de la vie dans l'univers, le roman reste une épopée maritime à suspense placé dans un cadre d'anticipation. De Moby Dick aux Révoltés du Bounty, on y retrouve les grands thèmes de cette littérature : les manipulations et les complots de l'équipage. L'inévitable face à face avec un capitaine illuminé qui refuse de rebrousser chemin. Dans ce dédale paranoïaque, Moineau aura bien du mal à trouver son chemin pour survivre.
Le lecteur quant à lui n'est pas au bout de ses surprises.
Il y a des livres qui vous font des clins d'oeil, lorsque vous fureter parmi eux, entre les tables des librairies. Vous lisez le premier paragraphe et une petite voix vous dit : tiens ça n'a pas l'air mal !
Il y a des livres sans prétention qui racontent l'histoire d'une famille qui pourrait être la vôtre ou celle du voisin. En pire.
Il y a des livres où ne se sait pas trop s'il faut rire ou pleurer.
Il y a des livres qu'on ne voudrait jamais terminer et qui vous donnent l'impression que 523 pages, c'est trop court.
Il y a des livres dont on pas envie de résumer l'histoire et qu'on préfère mettre entre les mains des autres, parce que le bonheur est plus facile à partager qu'à raconter.
Il y a des livres qui se passent en 1985 en Californie, qui valent 24 euros et sont publiés chez Albin Michel dans l'excellente collection Terres D'Amérique.
Il y a des livres qui vous rendent heureux d'ouvrir toutes les semaines des cartons de nouveautés avec un cutter.
Stoner est un roman américain paru en 1965, qui à ce jour n'était jamais sorti en France. C'est Anna Gavalda, qui intriguée par son statut de livre culte en est tombée sous le charme, puis l'a déterré de l'anonymat en le traduisant et en demandant à son éditeur, Le Dilettante, de le publier.
Que dire de plus si ce n'est... Merci !
Car Stoner est un petit miracle. Le portrait d'un homme qui en quittant sa campagne et sa famille pour l'université, ne se doutait pas qu'il y passerait sa vie. Une vie tout ce qu'il y a de plus humble, pathétique, tragique, drôle... Une vie simple et compliquée, intense et monotone. Si Stoner n'échappera pas à un mariage désastreux, il connaîtra toutefois la passion amoureuse. Et si Stoner ne cherche pas particulièrement les ennuis, il aura sa dose de conflits au sein du microcosme universitaire. Mais toujours il trouvera refuge parmi les livres et la poésie, et plus tard dans l'amour pour sa fille.
Stoner est une pépite. On rit, on pleure, on vit et on y meurt.
Stoner c'est notre vie à tous, et c'est déjà beaucoup.
Stoner vient de sortir au Dilettante et c'est formidable.
Marcus Malte, l'auteur de Garden of Love, un polar étrange primé à de multiples reprises, nous revient en ce début d'année avec un roman noir sombre et sulfureux.
On y fait la connaissance de deux personnages charismatiques : un grand noir appelé Mister, pianiste de jazz réputé mais peu loquace, et son ami Bob, chauffeur de taxi polyglotte, qui erre sans but au volant de sa vieille 404. Les deux compères qui viennent de perdre l'une de leurs amies, une certaine Vera Nad (retrouvée brûlée vive), estiment que l'enquête policière est bâclée et décident à leur tour de découvrir la vérité.
Mais certaines choses ne gagnent pas à être remuer, surtout lorsqu'il est question de drogue, de réfugiés des Balkans et de mafia serbe. Et lorsque la politique s'en mêle, le tout prend des allures de bombe incendiaire, et l'enquête se transforme vite en descente aux enfers.
Avec ce polar pétri de références (dont quelques clins d'oeil appuyés à l'actualité), Marcus Malte nous fait une démonstration de son talent. On retiendra outre des personnages taillés dans du béton armé, un style souvent lyrique, une écriture splendide qui malgré tout n'épargnera pas le lecteur, notamment lors des passages traitant de la guerre en ex-Yougoslavie et du siège de Vukovar.
Entre blues et jazz, amour et pouvoir, Les Harmoniques est un grand roman noir français, fidèle au genre et sans improvisation (si ce n'est quelques pointes d'humour), terrible et efficace qui vous tiendra en haleine jusqu'au bout. Vous y ferez aussi des rencontres aussi surprenantes que glaçantes : un joueur de guitare à l'accent balte accompagné d'un accordéoniste aveugle, un peintre manchot dont le regard en dit long, un paysan affable qu'on appelle «Sang de Boeuf», un ministre de l'Intérieur véreux et assoiffé de pouvoir ? Sans compter la présence de Vera Nad, figure mélancolique et idéalisée que poursuivent inlassablement nos deux héros.
Marcus Malte nous offre en ce début d'année une ballade hantée et noire à lire au coeur de la nuit.
Gin est une femme résignée. Albinos martyrisée par son beau-père qui l'interne dans un hôpital psychiatrique, elle n'a d'autre solution pour en sortir que d'épouser un certain Mr Toad, individu repoussant et fruste, qui l'emmène dans sa ferme perdue au fin fond du bush australien.
Dans ce désert hostile et sauvage, particulièrement en 1944, Gin élève tant bien que mal ses enfants et oublie peu à peu ses rêves de pianiste virtuose. Mais au milieu de ce tableau aussi palpitant qu'un accouplement de koalas neurasthéniques, vont surgir deux silhouettes fort perturbantes : Antonio et John, deux prisonniers de guerre italiens placés dans la ferme comme ouvriers agricoles.
C'est le début d'un éveil à la sensualité pour Gin, l'occasion pour elle de se sentir aimé. Quant à Mr Toad, il n'est pas en reste et cache bien son jeu ?
Débordant de sons, de couleurs, de sensations, ce roman de Goldie Goldblum (Auteure australienne dont c'est la première traduction) est un délice aussi caustique qu'impertinent, qui égratigne aussi bien la bonne société puritaine que l'univers rustre des colons.
Gin est un personnage romanesque comme on en fait plus ! Dégoûtée par son quotidien, son mari lourdaud, ses enfants ingrats, et les regards bovins des villageois aux langues bien pendues, Gin n'aspire finalement qu'aux choses simples : la liberté et l'amour.
Ne passez pas à côté de ce roman, il a le charme des grands classiques et une modernité à toute épreuve. On rit à chaque page, on rougit aussi car c'est parfois surprenant (pour un lecteur en tout cas) de se retrouver dans la tête d'une femme !
Une expérience pour ma part que je n'avais pas connue depuis Belle du Seigneur d'Albert Cohen, c'est dire !
Ce roman russe de 100 pages a longtemps circulé sous le manteau dans l'ex-URSS, avant d'être finalement publié en Allemagne, puis chez nous grâce à la merveilleuse traduction d'Elena Balzamo.
Il raconte l'invasion des troupes allemandes pendant la seconde guerre mondiale d'un minuscule royaume imaginaire. L'affaire est vite bouclée, sans affrontements, et l'occupation est aussitôt mise en place. Et bien évidemment les mesures qui vont avec : installation d'un régime totalitaire et déportation des juifs. Le roi, vieillissant et placide, laisse les choses se faire et se rend compte que son pays lui échappe. Il fait alors un rêve étrange et sombre, qui lui apportera un sursaut de conscience. Cela lui donnera le courage de faire un geste simple mais lourd de symbole, qui sauvera son pays (et lui-même) de la honte.
Alors l'indignation est une chose, mais comme le dit la traductrice dans sa postface : «Se sentir libre ne suffit pas, il faut agir en homme libre». Je vous invite donc à lire ce magnifique récit de Boris Khazanov, simple mais juste. Entre sagesse, action et réflexion, L'Heure du Roi est le livre idéal pour commencer cette nouvelle année.
On se souvient de l'excellent polar de Dominique Manotti, Nos fantastiques années fric, adapté avec talent au cinéma sous le titre «Une affaire d'État». Dominique Sylvain, avec son dernier opus, Guerre Sale, reprend en quelque sorte le flambeau en abordant à son tour le thème de la corruption et des sinistres malversations liées à la «Françafrique».
On retrouve son duo détonnant, Lola Jost, commissaire à la retraite qui donnerait des frissons à l'inspecteur Harry en personne, et son amie Ingrid Diesel, strip-teaseuse américaine qui s'habille comme un garde suisse sous ecstasy et dont le français, particulièrement les expressions, reste à parfaire. Entre un avocat véreux, un vendeur d'armes, des barbouzes sur le retour, les deux amies qui peuvent compter sur l'aide de Sacha Duguin, Commandant de la brigade criminelle, auront bien du mal à se frayer un passage vers la vérité.
Suspense, jeux de pouvoir, humour et pneus enflammés autour du cou, le cocktail servi par Dominique Sylvain fonctionne à merveille et démontre, une fois n'est pas coutume, que le polar français se porte bien.
Little Big Bang est le nouveau roman de Benny Barbash, auteur israélien, publié par les éditions Zulma. Comme avec My First Sony, son précédent livre, on retrouve ce qui fait la particularité de cet auteur : la description de la société israélienne contemporaine vue par le prisme familial.
Avec Little Big Bang, il nous livre une fable féroce mais drôle en nous contant l'histoire d'un homme qui va s'apercevoir qu'un olivier lui pousse inexorablement dans l'oreille ! Malgré une femme stoïque et une famille qui en a connu d'autres, cette mésaventure arboricole ne passera pas inaperçue et notre pauvre héros va vite devenir un enjeu national, un symbole de paix qu'Israël et les palestiniens vont tenter de s'accaparer, tout cela sous les yeux très observateurs de son propre fils.
A l'image d'une société israélienne déchirée mais qui tente de garder le cap alors que tout s'écroule autour d'elle, l'oeuvre de Benny Barbash possède ce petit grain de folie, d'humour et de lucidité, qui font tout le charme des livres politiquement incorrects.
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