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A propos de la librairie : LE MARQUE PAGE


Ses coordonnées

Adresse:
8, Grande Rue
38160 SAINT- MARCELLIN
France

Téléphone : 04 76 38 25 25

Site Internet : http://www.m-page.fr



Les coups de cœur de ses libraires

  • Hubert Trouiller : L'amour des Maytree - Annie Dillard - Bourgois, Paris, France - 24/07/2008

Un très beau roman lumineux, cristallin, limpide qui nous élève.
Dans un style élégant, simple et très évocateur, au vocabulaire choisi, Annie Dillard nous raconte l'histoire d'amour de Lou Bigelow l'artiste et Tobie Maytrée le charpentier poète.
Sur la presqu'île du Cape Cod, dans des cabanes rustiques adossées aux dunes, face à l'Atlantique.
Entourés de leurs amis, ils se rencontrent, s'aiment, se quittent et se retrouvent.
Anne Dillard n'a pas son pareil pour évoquer les sentiments qui se font et se défont, les gestes minuscules chargés de sens, une nature forte et omniprésente.
Un livre rare et précieux.


Cela nous surprend quand un homme qui a survécu aux plus grands dangers disparaît dans des conditions banales.
Nos vies semblent souvent, à des degrés divers, une succession de moments sublimes ou dérisoires, et les questions restent en suspens au-dessus du vide.
Léon Zwingelstein, après avoir gravi les plus hauts sommets du monde, tombe au pic d'Olan dans l'Oisans.
Eric Tabarly, après avoir navigué sur toutes les mers du globe, tombe de son bateau dans la mer d'Irlande.
Patrick Berhault, après avoir révolutionné l'alpinisme, tombe dans le Tashorn suisse.
Deux livres, sortis simultanément, rendent hommage à ce dernier, disparu en 2004, un de J.M. Asselin chez Glénat, et un superbe ouvrage, le dernier publié par Michel Guérin l'éditeur de Chamonix. Tous les deux nous racontent la vie tourmentée et magnifique de Patrick Berhault, enfant surdoué de l'alpinisme, suractif, gonflé à l'énergie pure, dont la haute montagne était le milieu naturel. Un personnage hors du commun.


C'est l'histoire d'un homme qui, à la fin de sa vie, se met en route pour retrouver un ami d'enfance qui lui avait posé une question restée sans réponse. C'est aussi l'histoire d'un fleuve, le Pô, et d'un poisson, l'esturgeon, qui depuis des temps immémoriaux rythment la vie des habitants de la vallée.
En cheminant vers la source du fleuve, Primo Bottarsi retournera par le souvenir vers celle de sa propre vie.
Nous sommes dans le monde magique de l'eau, de l'humidité, du brouillard. Les contours sont flous et pourtant Primo y voit très clair.
Il ne retrouvera pas son ami mais nous aurons la réponse à la question majeure qui lui avait été posée Primo en a eu l'intuition et cette intuition l'a fait se mettre en marche.
Un premier roman, tout en douceur et lenteur, primé en Italie et au festival d'Avignon.


  • Hubert Trouiller : La montagne volante - Christoph Ransmayr - Albin Michel, Paris, France - 19/07/2008

Publié par Albin Michel en janvier 2008, ce récit nous emmène dans les hautes altitudes où la poésie et le rêve peuvent se déployer sans limites.
Deux frères irlandais Pad et Liam, aussi proches et différents que peuvent l'être les membres d'une même famille, rejoignent le Tibet oriental pour gravir PHUR-RI, la montagne volante, montagne éphémère qui n'apparaît qu'à de brefs intervalles entre la fin de l'hiver et le début de la mousson. D'après une légende tibétaine, transmise par les pasteurs du Kham qui sillonnent les hauts plateaux à la suite de leur troupeaux de yacks, les montagnes déposées par les dieux ne resteront pas toujours dans le monde des humains mais s'envoleront de nouveau dans les airs et disparaîtront comme elles sont venues.
Ces montagnes qui ont volé au secours des hommes quand ceux-ci ont commencé à se redresser de la position animal pour lever la tête et le regard vers le haut, les deux frères réaliseront leur rêve ; l'un y laissera la vie après avoir sauvé celle de l'autre.
Une longue et lente mélopée contemplative, rendue par une prose rythmée musicale et nostalgique, un long poème non versifié, une phrase " flottante " englobant tout (pensées, dialogues, descriptions) et cela coule et s'amplifie comme le Yang Tse, minuscule ruisseau à sa source tibétaine et fleuve gigantesque à son embouchure chinoise.
Avec en toile de fond cette vision orientale d'une nature habitée, secrète et mystérieuse, où tous, humains, animaux, végétaux et minéraux sont solidaires.
Et cette idée que tout revient toujours à sa source pour commencer à nouveau.
Avec la montagne volante, Christoph Ransmayr rejoint les grands visionnaires de la montaigne.

Alexandre David Néel et le voyage d'une parisienne à Lhassa - René Daumal et le mont analogue - Thomas Mann et la montagne magique - Yasushi Inoué et la paroi de glace - Jiro Tanigushi et le sommet des dieux - Ramuz et la grande peur dans la montagne, sans oublier son compagnon et ami Reinhold Messner... une belle photo de famille.


A près de 70 ans, Trond veut enfin mener une vie tranquille et se retirer dans une petite maison du nord de la Norvège. Se promener avec son chien, tronçonner du bois pour se chauffer, déblayer la neige, observer la nature et les (rares) personnes autour de lui suffisent amplement à son équilibre.
Jusqu'au jour où il fait la connaissance de son plus proche voisin et alors les difficiles années de sa jeunesse dans un pays occupé par les allemands refont surface.
Son amitié avec Lars qui se termine tragiquement, les relations avec son père qui les a quittés, avec sa mère, avec les voisins.

D'une écriture simple et précise, Per Petterson suscite une intensité dramatique grandissante. Chacun des protagonistes a sa part d'ombre qui rejaillit sur le destin des autres. La violence qui sous tend les rapports humains provoque des drames dont nul ne peut sortir indemne.

Per Petterson trouve des mots justes pour nous dire que parfois on se trouve prisonnier de choix qui ont été faits par d'autres et on ressort bouleversé par cette histoire simple et tragique.


Ce livre a la saveur de ces vieilles photos aux couleurs sépia. Comme elles, il fait revenir à la surface des mondes engloutis, disparus il n'y a pas si longtemps.
Dans le Donégal, en 1016, une famille de l'aristocratie protestante irlandaise vit ses derniers instants de bonheur.
Des gens cultivés, attachants, sensibles ; une famille unie (un couple et ses quatre enfants) et leurs amis qui se réunissent à la fin de l'été au bord de la mer avant de se séparer.
Ces instants vécus pleinement constituent pour les participants un viatique qui les aidera à traverser la zone des tempêtes.
Car le monde dans lequel ils vivent a explosé, dynamité par la guerre qui se répand en Europe et la montée du communisme en Russie.
Et chacun d'eux, entraîné par des événements qu'il ne maîtrise pas, devra suivre un destin tragique.
Comme souvent dans les périodes troublées, les "doux" qui, s'adaptant aux situations s'en sortent bien mieux que les "forts" qui les affrontent directement et se font broyer.
Ce sera le cas d'Eva, mère des filles, artiste et rêveuse, personnalité lumineuse qui traversera cette période en se concentrant sur la vie de tous les jours, éliminant le superflu et restant intègre malgré les difficultés.
Elle saura, une fois la guerre terminée, trouver encore l'énergie pour mettre ses dons au service des autres.
Roman de la nostalgie, de la mémoire, du bonheur mais également roman historique où s'entrecroisent la guère d'indépendance irlandaise, la grève générale en Angleterre, l'Espagne des brigades nationales et la Russie du goulag.
Par son style ample et évocateur, par la profondeur de ses jugements et de ses observations, Dermot Belger distille empathie et humanité.
Et de cette description d'un monde perturbé émane un grand calme. Une vraie réussite.


A l'occasion de la traduction de son roman "Amour sur une colline dénudée" découvrons le chef-d'oeuvre de la jeune auteure chinoise Wang Anyi "Le chant des regrets éternels" (traduit en 2006), un chef-d'oeuvre dans lequel nous pouvons entrer à petits pas et nous laisser immerger comme par la marée montante.
A travers l'ascension et le déclin du destin de Wang Quiyao, ancienne reine de beauté, nous traversons le Shangaï des années 49 aux années 80, période de renouveau économique, laminées par le désastre de la révolution culturelle.
Des phrases longues, ciselées, ondulantes.
Une prose musicale, poétique, lancinante et nostalgique. On éprouve le sentiment d'un monde très lointain qui remonte des profondeurs pour affleurer la réalité, un monde oriental où on s'en remet au destin sans que cela diminue votre liberté.
Par la finesse et la profondeur d'analyse des sentiments et des situations, Wang Anyi rejoint ici les grands auteurs classiques de la littérature mondiale, ceux qui ont su saisir l'atmosphère d'une époque et d'un lieu, et la transformer en histoire universelle.
Dans les deux autres romans de Wang Anyi,écrits auparavant, on retrouve toutes ces qualités sans atteindre l'ampleur du "Chant des regrets éternels"

Une mention spéciale aux traducteurs pour cette réussite.


Une belle découverte de la rentrée littéraire de janvier.
Gilbet Gatore, jeune rwandais réfugié en France, nous livre un premier roman stupéfiant de maîtrise et de profondeur où il aborde de front les massacres qu'a connu son pays d'avril à juillet 1994.
Deux destinées parallèles, celle de Niko ancien tortionnaire réfugié dans une grotte et qui va mourir ; et celle d'Isaro qui enfant a échappé à la mort grâce à un couple français qui l'a adoptée.
Ces deux destinées vont se rejoindre et se fondre.
Une écriture incantatoire comme des stances ou des versets, avec des questions, beaucoup de questions sans réponses, des retours en arrière qui nous ramènent en boucle au présent.
Une atmosphère envoûtante pour décrire un drame qui paralyse la langue. Une belle réflexion sur le temps, sur le passé non assimilé qui reste devant soi et prend la place de l'avenir lui même relégué dans le passé.
En lisant Gilbert Gatore, on a tendance à croire en la réincarnation : cet homme de 26 ans a vécu des milliers d'années. D'emblée il prend place aux côtés de Jean Hatzfeld comme témoin de cette tragédie.


Mort en 1982, pris Pulitzer en 1978, comparé à Tchekov, il n'a écrit que des nouvelles.
Dans la lignée de R. Carver, John Cheever observe à la loupe les classes moyennes américaines.
Il décrit les fractures de nos vies, tous ces petits riens qui font problème : la mélancolie, les frustrations (on se croirait dans les tableaux d'Edward Hopper !), le mal être de beaucoup d'entre-nous par rapport à ce que nous ressentons, mais nous ne comprenons pas ou nous ne parvenons pas à expliquer, la partie cachée des choses, les ravages d'une société sans autre idéal que l'apparence ou le confort matériel.
Un style limpide, précis, au service d'un humour grinçant, d'un ton décalé.
Le rire et les larmes jaillissent de la même source.
Un grand écrivain et un beau travail d'éditeur.


Elégie : forme poétique de forme et de longueur variable servant à évoquer la mort et la souffrance.
Dans cette sombre et puissante élégie, Siri Hustvedt se fait le témoin de cette population américaine ravagée par les guerres, toutes celles qu'elle est allée faire chez les autres depuis tant d'années (en Europe, au Japon, en Asie et maintenant au Moyen-Orient) et dont les «dommages collatéraux» ont peut-être été aussi désastreux pour elle que pour les autres populations écrasées sous les bombes.
Nous suivons un frère et sa soeur rassemblés par le décès de leur père, nous suivons leurs enfants, leurs proches déboussolés, fragilisés, déroutants et tellement humains.
Comme pris dans une nasse invisible et prégnante, chacun dérivant sur son propre radeau entraînant les autres vers des lieux souvent inhospitaliers.
Qu'est-ce que l'esprit d'une nation ? Peut-il à ce point peser sur les esprits individuels qui les constituent ?
Une écriture fluide et subtile où souvenirs, narrations, dialogues et interrogations s'enchaînent naturellement. Un roman magistral tout en retenue, pour dire la sombre beauté du malheur.


Pour le public français, l'écrivain suisse Martin Suter est apparu en 1998 avec Small World prix du premier roman étranger.
Dans tous ses romans il utilise un cocktail très réussi mélangeant chronique sociale, thriller psychologique à la Patricia Highsmith et plongée dans le monde de l'art.
A cela il ajoute une fine analyse de la mémoire et de ses troubles et la description d'une nature fantastique.
Avec Le dernier des Weynfeldt, nous voici dans le monde feutré, hypocrite et secret, de la haute bourgeoisie de Zurich. Ici tout est argent. Adrian Weynfeldt digne représentant de cette société est expert en oeuvres d'art, une vie réglée où tout est tenu à distance : les autres et soi-même.
Mais ce beau tableau se fissure et se craquelle : un de ses amis essaye de lui faire vendre un faux Vallotton et il tombe amoureux d'une belle cleptomane.
Martin Suter se révèlera un redoutable expert même là où on ne l'attend pas, écrivain subtil, maître de l'intrigue et du suspens. Martin Suter est vraiment un auteur à découvrir.


Une réalité sordide transcendée en permanence par la magie de l'écriture. Une écriture fine, subtile, chantante pour décrire les contradictions, les faiblesses, la misère imposée de l'extérieur et celle que l'on s'impose à soi-même. Une longue mélopée, triste, nostalgique, vibrante d'humanité.
Une voix qui vient de loin, vous saisit et résonne longtemps.
Luisa de la Cueva, fille d'un riche planteur et d'une servante indigène, vit sur une petite île des Caraïbes. Pour fuir la révolution, sa famille se réfugie à New York où elle partage la vie des plus pauvres noirs et latinos. Sa grand-mère restée sur l'île disparaît dans une tornade. Sa mère meurt à 34 ans usée et désespérée. Son père fuit une réalité trop rude dans le jeu et le rêve. Luisa qui pourrait suivre des études choisit la condition de servante. Elle y gagnera indépendance et dignité.


Intelligent, tonique, émouvant.
Il faut reprendre son souffle, s'arrêter pour que le cerveau assimile, vérifier autour de soi que le monde est toujours là.
La voix de Richard Powers jaillit du plus profond de vous, elle vous raconte ce que vous savez déjà. En toile de fond, la lutte des noirs américains pour accéder à l'émancipation : émeutes raciales à Watts et Harlem, soulèvement des ghettos. Avec des symboles forts : Rosa Parks dans l'autobus de Montgomery, James Meredith entrant à l'université du Mississipi sous la protection de la garde nationale (20000 soldats, 2 morts et une centaine de blessés), Martin Luther King et la grève des éboueurs de Memphis...
La famille Strom, l'union impossible d'une noire du sud et d'un blanc immigré juif d'Europe. Trois enfants aux destins déchirés entre les cultures, les appartenances.
La souffrance subie par les générations précédentes qui pèse sur vous, l'impossibilité de trouver sa place dans un monde fractionné. Une famille unie et transcendée par la musique, toutes les musiques.
Des générations de gens qui chantent et dansent pour conjurer le malheur.
Une superbe polyphonie.
«L'oiseau et le poisson peuvent tomber amoureux, mais où construiront-ils leur nid ?»


  • Hubert Trouiller : My first Sony - Benny Barbash - Zulma, Honfleur, France - 16/04/2008

Premier roman traduit d'un jeune auteur israélien primé au dernier salon du livre de Paris.
Une famille de Tel-Aviv très unie, désarticulée par un père complètement déboussolé. Un enfant très lucide, paralysé par la réalité, qui enregistre tout sur le magnétophone «My first sony» qu'on lui a offert. Une famille attachante qui se déchire et se ressource en permanence jusqu'au drame final.
Secrets de famille, sexualité, amour, guerre.
Le monde raconté par un enfant qui voit tout, entend tout dans les moindres détails, drôles, cruels, dérisoires.
Pas de chapitres, la longue litanie de vies enchevêtrées et chaotiques.
De tout cela, Benny Barbash fait un récit très humain, passionnant, pénétrant mené sur un rythme à couper le souffle.
Une vraie réussite !


  • Hubert Trouiller : Le chemin des âmes - Joseph Boyden - Albin Michel, Paris, France - 11/04/2008

A l'occasion de sa sortie en poche, nous souhaitons reparler de Joseph Boyden.
La guerre de 14-18 vue par les yeux de deux indiens Cree (du nord de la baie d'Hudson) enrôlés dans l'armée canadienne pour se battre dans les tranchées de la Somme contre les allemands.
Très vite leurs qualités font merveille et ils deviennent des tireurs d'élite n'ayant pas leur pareil pour pister l'ennemi dans des conditions extrêmes de danger et de violence.
L'un d'un sera brisé par ce jeu terrible : la guerre vécue comme une partie de chasse où chacun devient à son tour chasseur et chassé, la vie qui se joue à une seconde, à un millimètre. Il mourra.
L'autre, plus discret, plus solide, survivra et sera renvoyé avec les honneurs lourdement blessé, drogué et détruit intérieurement.
Le chemin des âmes c'est le «Bardo» des amérindiens, l'état intermédiaire entre la vie et la mort, l'état que le survivant peut parcourir avec l'aide d'une vieille femme venue le chercher à la gare pour le ramener chez lui en canoë.
Lui, se souvient, doit assimiler ce qu'il a vécu en Europe.
Elle, lui raconte tout ce qui s'est passé pendant leur absence.
Peu à peu, les monologues se transforment en dialogue et la boucle est bouclée.

Un roman puissant, d'une beauté sauvage qui vous remue. Joseph Boyden, auteur canadien d'origine Cree et Irlandaise fait mouche.


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