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Quatre amis, quatre frères de douleur dans ces tranchées lorraines...
Le rieur Otto, Nathan le sous-officier, Heinrich et enfin Simon, qui raconte la poésie de l'instant au milieu du drame quotidien, qui s'échappe en rêve pour fuir le cauchemar...
Oeuvre d'une rare intensité poétique, "Avant le silence des forêts" de Lilyane Beauquel est un premier roman remarquable.
Et si l'armée rouge avait continué sur sa lancée et libéré la Pologne six mois plus tôt... Combien du quart de million de juifs du ghetto de Lód auraient survécu ? Quel regard l'Histoire porterait sur cet homme : Mordechai Chaim Rumkowski, président autocrate du Judenrat du ghetto qui a mis "ses" juifs au travail pour faire du ghetto une force industrielle indispensable à l'effort de guerre nazi ; celui qui a organisé le sacrifice des "inutiles" : malades, vieillards, enfants, tentant de retarder l'inéluctable déportation massive, la liquidation du dernier ghetto juif de Pologne.
Avec le parti pris de la littérature pour raconter ces heures effroyables de l'Humanité, S. Sem-Sandberg réalise une oeuvre majeure. Extrêmement bien documenté, "les dépossédés" nous place face aux compromissions indicibles, à l'horreur avec la force d'une écriture sans détours.
Encore une bonne pioche du côté de l'arbre vengeur, nom prédestiné que celui-ci pour une maison d'édition afin de publier les nouvelles d'Algernon Blackwood !
Contemporain de Lord Dunsany et de Lovecraft qui le considérait comme son égal, Algernon Blackwood a inspiré par la suite un auteur comme Robert Holdstock sur la voie d'une fantasy sauvage et inquiétante.
Car tout est là ! Dans les nouvelles de ce maître de l'étrange qui n'avait de cesse de montrer la nature comme semi-consciente et porteuse de forces primordiales aux frontières de laquelle l'homme ne serait que de passage, bercé aux limites de la folie.
Les cinq nouvelles de ce recueil sorties de l'inexplicable oubli de cet auteur en France nous emmènent tour à tour sur le Danube, auprès d'aventuriers échoués sur un îlot de saules, auprès d'une épouse qui se voit ravir son mari par la forêt attenante au cottage familial ou encore près de cet employé de cabinet d'assurances qui voit dans son directeur un tortionnaire d'une de ses vies antérieures. Inquiétant, le ton de Blackwood pour montrer la face cachée de ce qui nous entoure nous oblige à prêter l'oreille de manière différente au vent qui mugit dans les arbres...
En quelques mots : une lecture essentielle pour tout amateur de littérature fantastique !
John Gardner, brillant écrivain et essayiste littéraire américain disparu voilà plus de 20 ans, largement méconnu en France, voit son oeuvre de romancier la plus marquante rééditée aux éditions Denoël dans la collection «Lunes d'encre».
Grendel qui est originairement paru en 1974 en France bénéficie désormais d'une heureuse remise en avant.
Dans ce roman, Gardner réécrit à sa manière la pièce maîtresse des lettres anglaises : la saga Beowulf. Probablement mise en vers au cours du VIIème siècle à partir de légendes orales anciennes, cette saga raconte comment le royaume de Hrothgar s'est débarrassée, grâce au bras armé de Beowulf, roi des Goths, de monstres décimant ses habitants. Grendel est ce ceux là, dernier rejeton d'une race maudite issue de Caïn, il hante, ricanant, les nuits glacées pour se repaître des malheureux qui croisent son chemin.
Gardner prend le contre-pied de la saga originale pour construire son roman du point de vue du monstre. Ravalés au rang de figurants, les héros humains laissent ici la voix au maudit. L'auteur peut ainsi, au fil de son récit qui tient à la fois de la farce (la scène où Grendel se joue du grand prêtre vaut son pesant d'or) et du conte philosophique, donner libre cours à sa malice pour travestir les idéaux héroïques teintés de christianisme du Beowulf original. Grendel nous force à regarder en face l'inanité d'un monde où seule la folie peut nous sauver de la raison et de l'espoir.
Oeuvre de fantasy inclassable et malicieuse, le Grendel de John bénéficie d'une réédition judicieuse.
Derrière cette simple question qui tient à fois de la provocation et d'une certaine inquiétude morale, le jeune romancier new-yorkais Jonathan Safran Foer s'interroge et nous interroge sur notre relation aux animaux.
Mangerions-nous notre chien ? Non ? Pourquoi donc ? Et pourquoi du porc, du poulet, du boeuf, quand il est possible de se nourrir autrement ? Prenant appui sur son vécu familial et social, convoquant Derrida ou se plongeant dans les méandres des rapports des grands organismes de santé publique américains, Safran Foer nous montre que c'est une question complexe à laquelle il est difficile de répondre ; cependant son enquête fouillée auprès de l'industrie de la viande aux États-Unis, d'activistes de la cause animale ou auprès d'éleveurs pleins de bonne volonté mais aux prises avec leurs contradictions, nous amène a regarder de plus près notre propre rapport à l'animal, notamment au fait qu'il puisse finir dans notre assiette.
Livre salutaire sans être donneur de leçons, "Faut-il manger les animaux ?" pose clairement le débat pour ce qui est peut-être une nouvelle frontière éthique pour l'Homme.
Son pressentiment était le bon, il y avait trop de monde sur ce coup.
Comme un avion perdant des pièces en vol, l'équipe de gangsters voit ses portes de sortie se fermer sur le piège de cet appartement de Montevideo. La fusillade finale où ces trois hommes défendent leur vie dans les hallucinations et la frénésie de la coke contre une armée policière retentit comme le crash inévitable de cette équipée sauvage.
S'inspirant d'un casse ayant fait les gros titres de la presse dans l'Argentine trouble des années 60 post-péroniste, la plongée dans l'univers du gangstérisme aux franges du politique et de petites frappes sociopathes tenant tête à des forces de police corrompues et d'une brutalité décomplexée qui préfigure le régime des colonels est menée tambour battant par R. PIGLIA.
S'appuyant sur une enquête minutieuse, R. PIGLIA reconstitue cette cavale dans un style sec, nerveux, étroitement collé à l'action, les plongées introspectives dans l'esprit de ces hommes pris au piège apparaissent alors comme des respirations dans le rythme suffocant du récit.
Dans un acte final qui apparaît comme le symbole nihiliste du panache de ces hommes, R. PIGLIA, figure du polar argentin, construit la légende de braqueurs qui n'ont rien à envier à celle de grands noms du grand banditisme américain des années 30 et signe avec Argent brûlé un roman noir de haut niveau.
Initialement paru en France en 2001, Argent brûlé est republié aux éditions Zulma et bénéficie d'une nouvelle traduction.
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