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On n'est pas sérieux lorsqu'on a dix-sept ans écrivait Rimbaud. Pourtant Danny est très sérieux, ce qu'il aime c'est le jazz et être amoureux. Est-ce de sa faute à lui si ce n'est jamais la même qu'il aime de tout son coeur, s'il suffit de peu (une chevelure rousse, des bas noirs sur le galbe d'un mollet,...) pour le faire chavirer. Malgré les stratagèmes alambiqués du jeune Dom Juan, ses succès auprès du beau sexe tardent, soit la belle est trop jalouse, soit les parents veillent à la vertu de leur enfant, soit encore, le séducteur est appelé à des affaires plus urgentes. Car Danny vit en 1942 dans une Tchécoslovaquie occupée par les nazis, et il n'écoutera que sa générosité et son courage pour défier la censure du Reich ou pour sauver des habitants de son village de la déportation.
Ce roman d'apprentissage oscillant entre gravité et légèreté dresse le portrait d'un jeune homme touchant de naïveté et décrit un parterre de jeunes filles en fleur que l'on regrette de ne pas avoir croisées.
Les lions sont entrés dans Paris et ont déjà dévoré un promeneur dans le Bois de Boulogne, en cela ils ont violé le principal commandement du Conseil des Animaux : jamais une bête ne doit s'attaquer aux humains. Les membres du Conseil s'interrogent : les fauves se sont-ils échappés d'une ménagerie, d'un cirque, bénéficient-ils de l'aide d'animaux renégats remettant leur autorité en cause ?
Exilé dans les branches d'un vieux févier du parc Montsouris, depuis que son aile a été blessée lors d'une de ses mission, Karka le corbeau freux, ancien messager du Conseil, est chargé d'enquêter sur les agissements des lions et de démasquer les instigateurs du complot avant que les humains ne déclarent une guerre sans merci aux animaux. Aidé d'un toucan fantasque, d'une blanche colombe et d'une jolie corneille, Karka va s'efforcer de mener à bien sa mission.
Dans son premier roman paru dans la collection Actes Noirs, Sébastien Rutès nous offre un savoureux mélange de roman d'investigation, de fable animalière et de conte philosophique où les références littéraires à (entre autre) Ésope et La Fontaine sont si nombreuses qu'il est impossible de toutes les relever en une seule lecture.
Rescapée d'une secte ressemblant étrangement à la «Famille Manson», Mae survit plus qu'elle ne vit dans le Nevada, employée d'un casino où elle côtoie des joueurs minables et entretient une liaison sporadique avec un obscur tueur à gage. Le 11 septembre 2001, alors que les télévisions diffusent en boucle les images de l'attentat, Mae aperçoit dans la foule le visage de Laurel qui fut son amante au sein de la communauté. Ensemble les deux femmes ont subit une initiation à base de psychotropes, d'orgies sexuelles et de fascination pour les armes blanches, dans une secte dominée par les figures de D. le gourou charismatique et de O. talentueux musicien, Orphée des temps modernes, qui pousseront leurs adeptes à la fin des années soixante à commettre l'irréparable. Mae n'a alors plus qu'un désir : retrouver celle qui fût son amante pour renouer avec leur ancien style de vie ou mettre un point final et violent à leur histoire.
Avec le personnage de Mae qui telle une prêtresse de la souffrance égraine ses souvenirs, depuis ses jeux sexuels avec son frère dans son enfance jusqu'à ses errances actuelles dans le désert armée d'un fusil, en une psalmodie teintée de mysticisme, Madisson Smart Bell explore les racines de la violence et nous livre son roman le plus noir.
Surnommé Croc par ses amis, Eithan, vit à Tel-Aviv où il travaille dans une start-up. Survivant à trois attentats perpétrés par des terroristes palestiniens, il est considéré par ses compatriotes comme un symbole, celui de la Résistance. Pourtant ce héros a des préoccupations bien humaines : soucis au bureau, vie de couple qui bat de l'aile ? Son destin est lié à celui de Fahmi, jeune palestinien qui n'aspire qu'à la paix, entrer un peu sans l'avoir voulu dans le terrorisme plongé dans un profond coma, dont nous suivons le récit depuis son inconscient alors qu'il repose sur un lit d'hôpital.
Sans manichéisme, Assaff Gavron dénonce l'absurdité du conflit israélo-palestinien, montrant combien il est difficile de vivre dans un État où la violence peut surgir à n'importe quel moment, mais aussi (et peut-être surtout) que l'humour a un pouvoir salvateur permettant de prendre de la distance même avec les situations les plus dramatiques.
On ne badine pas avec Casanova !
Pour l'épisode inaugural de sa série policière historique, Olivier Barde-Cabuçon fait fort : sous sa plume, Casanova le Vénitien, pantin aux multiples facettes, ne serait qu'un simple témoin ? Mais pas des moindres !
Une douce soirée de 1759. Une femme dont la peau du visage a été arrachée est retrouvée dans Paris. Un jeune et grand garçon à la mine plutôt agréable mais au regard sombre et au maintien sévère est chargé de l'enquête : Volnay, le commissaire aux morts étranges. Anobli et fait chevalier par le roi lui- même, après l'avoir sauvé lors de l'attentat de Damiens, il est reconnu pour ses moeurs irréprochables, mais n'en est pas moins surveillé de près par Sartine, lieutenant criminel de Paris. Quand il subtilise une lettre au poinçon royal retrouvée sur le cadavre, il se voit dorénavant affublé d'un compatriote inattendu, témoin de ce larcin : Casanova lui-même. Avec ce crime qui pourrait impliquer la Pompadour voire même Louis XV en personne, Olivier Barde-Cabuçon échafaude une enquête policière singulière. Plongeant au coeur des rouages d'un royaume où personne n'est à l'abri de personne, hormis le roi, il dresse le portrait d'une époque entre despotisme et chimères, ajoutant ainsi l'érudition au plaisir de le lire. Sous nos yeux se dessine alors une société qui n'a rien à envier à nos contemporains : avide de châtiments et avare en compliments. Au milieu de cette ténébreuse atmosphère, il fait jaillir un duo d'enquêteurs aussi douteux qu'efficace : ce fameux Volnay et ce non moins fameux Casanova. Olivier Barde-Cabuçon est adroit en écriture, leur prêtant un langage d'époque commun, il n'en oublie pas pour autant leur excentricité personnelle transformant Casanova en parfait flagorneur et Volnay en invétéré méfiant. Leur intérêt restera toujours individuel ; les femmes pour l'un, l'esprit des criminels pour l'autre ; mais leur but est partagé : démasquer le meurtrier de cette jeune perruquière du roi. A eux deux, il leur fait porter l'enquête avec forfanterie et intelligence jusqu'à son aboutissement inattendu. Car, si les indices se dévoilent assez rapidement, jusqu'à la fin le suspens perdure. Le pitre n'est pas forcément celui que l'on croit ! Avec cette femme sans visage, Olivier Barde Cabuçon a magistralement ajouté une corde à l'arc de Casanova.
Un conte pas aussi jaune que cela ?
Pour son huitième roman, Akli Tadjer revient avec un conte moderne teinté de mélancolie et de rêves hasardeux, mais entretenant toujours l'espoir en un lendemain meilleur !
Ce vendredi 11 mars 2011 restera à jamais gravé dans la mémoire de Saïd : alors qu'il vient d'apprendre que sa mère, victime d'un AVC grave, arrive enfin à bouger l'index droit, il se voit congédié de son poste de courtier, malgré les cinq années passées à la Cristalline d'Assurance. Cette putain de journée devient le prétexte pour plonger dans le quotidien de ce jeune français d'origine algérienne, fait d'histoires d'amour en pointillés et de visites à sa mère à l'hôpital. Cette mère qu'il aime tant, avec qui il a partagé sourires, grincements de dents et silences abyssaux autour du couscous dominical, et, qui, aujourd'hui, est cloitrée dans ses souvenirs dédiés à cette mystérieuse petite fille en robe jaune... Dans une langue toujours aussi peu académique, argotique et musicale, Akli Tadjer livre une fable émouvante sur les soucis des immigrés algériens et leur intégration. Le sujet semble ardu, mais son style simple, piqué de dialogues juteux, de phrases pimentées et de formules fougueuses le transcende. Sans jamais basculer dans l'apitoiement, Akli Tadjer mêle humour, tendresse et cruauté et révèle alors la clé d'une vie meilleure : arriver à s'aimer. Un roman délicat, drôle et grave à la fois.
Petite mais costaude !
Combien de fois entendons nous qu'il ne faut plus donner de fessés aux enfants ? Avec La Petite Michèle Halberstadt nous flanque une bonne claque, à nous les adultes !
En à peine 150 pages, Michèle Halberstadt aborde tous les maux de l'enfance ; mais si elle frappe fort, elle n'en oublie pas pour autant la décence. De la mort du grand-père à huit ans à la rivalité avec sa soeur, en passant par les mauvaises amitiés, elle décortique avec acuité l'enfance d'une petite fille en marge. Cette petite fille qui rappelle étrangement la Paloma de Muriel Barbery, une petite fille aussi discrète que surprenante, et qui porte un regard certes acéré sur l'ineptie de la vie des adultes mais qui n'en reste pas moins poétique : la mort est perçue comme «un ciel qui s'écorche» ou «comme une note pure qui devient stridente», la soeur est «une espèce inconnue, qu'on observe avec curiosité, comme le plus insondable des mystères», les amitiés «font qu'on vous regarde au lieu de vous voir, mais nous font prendre conscience que nous ne sommes que des pantins désarticulés.» Mais contrairement à Paloma, La Petite ne se sent pas intelligente, elle se voulait juste invisible, elle se croit désormais insipide. Car ce roman aborde également la solitude, et la compagnie retrouvée dans les livres. Chez Michèle Halberstadt la Littérature est un univers salvateur où les personnages paraissent plus humains que les hommes, où ils ont des mains qui font rêver la petite : «Des mains qui plient, qui ploient, qui caressent et qui brisent. Des mains qui forcent les destins, des mains qui tracent et bouleversent le cours des vies, des mains qui trouvent leur place dans le monde, des mains entrouvertes comme une porte sur un monde inconnu.» Et si finalement, dans ce récit cristallin, où sans cesse innocence et sauvagerie se répondent, Michèle Halberstadt, au lieu de nous flanquer une claque ne nous tendait-elle pas simplement la main ?
En 1960 au Kazakhstan, la mer d'Aral commence à disparaître et laisse place au désert qui confronte la population à une catastrophe écologique sans précédent. Au loin, les usines russes polluent l'eau restante, engendrant malformations et épidémies. Néanmoins, à Nadezhda, dans ce décor délétère, Alexei et Zena vivent leur amour entre effroi et passion grâce à la musique de ce jeune prodige atteint de surdité. Un jour pourtant, Zena le quitte. Mais, grâce à ses perceptions singulières, l'austère réalité est transcendée : l'écriture de Cécile Ladjali, toute en musicalité, accompagne l'absence et donne vie aux fantômes. Ce nouveau paysage lunaire devient alors propice à la rêverie, aux remises en question et à la création artistique. Sa survie s'organise alors autour de Nulufar sa fille malade et de la découverte de la huitième note ; deux utopies qui feront peut-être revenir la mer d'Aral... Mêlant souvenirs et présent, Cécile Ladjali, teinte son récit d'une grâce juvénile inédite et force les silences à parler. Car plus encore que l'horreur réelle, que l'amour impossible, Aral décrit magnifiquement la Musique. Bouleversant.
Situé au coeur de Lima (Pérou), le pénitencier d'El Sexto est un véritable Enfer, structuré, à l'image de celui de Dante en plusieurs cercles. Sous le regard indifférent des gardiens s'organise la société ultra-hiérarchisée des détenus. Les étages supérieurs sont attribués aux prisonniers politiques opposants au régime en place, repartis en deux factions rivales; d'un côté les démocrates de l'APRA et de l'autre les communistes. Au premier étage se regroupent les prisonniers de droit commun et les délinquants sexuels, qui en contrôlant le trafic de drogue et en contraignant les homosexuels à la prostitution, sont les véritables seigneurs d'El Sexto. Enfin dans tout en bas, livrés au froid, à la faim, la lie de la prison, les clochards constituant une véritable cour des miracles en proie à tous les sévices. C'est en ce lieu ou tout espoir est abandonné à l'entrée qu'est déféré Gabriel, jeune étudiant pris dans une rafle au cour d'une manifestation de protestation. Pris sous l'aile des prisonniers politiques et témoin des exactions des droits communs, il va tenter de garder son humanité ; mais lorsque le terrible Estafilade abuse d'adolescents qu'il vend aussi aux autres détenus, un dilemme se pose à lui : doit-il ou non assassiner Estafilade au risque de perdre son innocence à tout jamais...
Rongé par le remord, le vieux Miklaus ne parvient pas à trouver le repos; alors du fond de sa tombe il prend le lecteur à témoin et livre sa confession en racontant la vie quotidienne du camp tsigane de Suppava en Tchécoslovaquie entre la seconde guerre mondiale et la chute du Mur de Berlin.
Dans son testament, il évoque la belle Chnepki, anéantie par le viol commis par les nazis avant que sa rencontre avec Lubko, le gadjo blond accepté par les roms ne lui redonne le sourire avant que le malheur ne les rattrape. Il raconte les relations dramatiques entre Lubko et sa fille et avoue sa lâcheté lorsqu'il se refuse à divulguer la vérité sur les origines du petit Dilino, l'enfant blond du camp souffre-douleur de ses pairs.
A travers les aveux de Miklaus, c'est l'histoire de toute une communauté, celles des Tsiganes, qui se déroule sur tout le vingtième siècle, dans un récit poignant
A mi-chemin entre thriller et récit d'anticipation, Xabi Molia nous entraîne dans un monde post-apocalyptique dans un futur proche où un terrible virus transforme les hommes en bêtes enragées. C'est dans un Paris assiégé, qu'officie Antoine Kaplan, médecin au passé trouble, chargé de détecter les personnes potentiellement infectées par le virus. Lorsque sa femme Hélène disparaît, il se lance à sa recherche, s'enfonçant de plus en plus dans les entrailles de la citée et découvre médusé que certains hommes collaborent volontairement avec les "infectés". En plus d'être un roman très prenant, Avant de disparaître, s'offre aussi le luxe de permettre au lecteur de s'interroger sur la nature humaine et de réfléchir aux conditions de vie en cas de crise majeure.
Léo a seize ans, élève peu enthousiaste dans un lycée qu'il apprécie peu, il aime surtout le foot, la musique et Béatrice la jolie rousse dont il est tombé amoureux et qu'il n'ose pas aborder. Sa rencontre avec un enseignant d'histoire et de philo (qu'il surnomme le Rêveur) va lui permettre, par le biais d'interrogations philosophiques de petit à petit s'affranchir du monde de l'enfance pour accéder à l'âge adulte. Si bien que lorsque la douce Béatrice sera atteinte de leucémie, le jeune homme, mûri, n'hésitera pas à prendre une décision courageuse et à affronter sereinement les incertitudes de la vie.
Sans mièvrerie, Alessandro D'Avenia nous offre un premier roman plein de sensibilité qui plaira non seulement aux adolescents et jeunes adultes, mais fera aussi vibrer la corde sensible des lecteurs plus âgés.
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