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Il est des rencontres qui vous révèlent le monde ou qui vous aide à le voir autrement, à en faire partie. Il est des êtes qui vous révèle, qui vous aide à prendre la mesure des événements que traverse le monde et à en être acteur. Tel est le cas de la rencontre entre Ema de Danilo. Ema est une jeune femme fraîchement arrivée de Karst, à Trieste. Elle regarde le monde, sans illusions. La misère, la pauvreté, elle connaît. Mais elle refuse de basculer. Elle est à Trieste «...pour travailler dans un bureau, pas pour faire la servante».
La soumission, la servilité, obéissance, c'est ce que traverse Trieste entre les deux guerres. Au lendemain de la première guerre mondiale, elle devient Italienne. Elle voit naître et prospérer en son sein le fascisme.
Alors Trieste, le grand port de l'adriatique, devient une triste ville entre les mains de fasciste souhaitant effacer la moindre trace de son passé et de son identité. Comme, Ema, Trieste sera aussi une ville résistante.
Plus qu'une rencontre amoureuse, l'histoire d'Ema et Danilo est un parcours initiatique. Une initiation au refus, à la désobéissance. Le refus de voir disparaître une identité Slovène. La désobéissance, face à la force et la brutalité.
Mais malgré tous, cette Europe aux prises avec ses démons, la haine et la violence : espère. Et comme Ema, Trieste attend. Elle n'a pas de certitude, mais elle ressent le changement, le temps annonce le retour du printemps.
Un roman bouleversant, au verbe sans pareille, nous raconte une jeunesse en colère et révolté.
Boris Pahor, nous livre une belle page de notre histoire. Il a le talent de ceux qui savent raconter une histoire particulière, pour nous faire découvrir l'histoire de l'humanité.
Par un bel après-midi de printemps, Vincent Nolan, jeune néonazi au crâne rasé et aux bras entièrement tatoués de symboles SS arrive à Manhattan. Il entre dans les bureaux de la fondation de défense des droits de l'homme «World Brotherhood Watch», dirigé par le très charismatique et survivant de l'Holocauste, Meyer Maslow. Vincent affirme qu'il est membre de l'ARM (Mouvement pour la Résistance Aryenne), qu'il a lu tous les livres de Maslow. Mais qu'il a changé et qu'il veut aider à empêcher des types comme lui de devenir des types comme lui. Il sait comment pensent ces types, comment ils se retrouvent, où ils se retrouvent et comment les faire changer de camp. Ce qu'il ne dit pas, c'est que dans sa fuite, il a emprunté à ses anciens compagnons un pick-up, 1 500 dollars et le contenu d'une armoire à pharmacie. Si Vincent est celui qui veut changer, il influence également et change la vie de ceux qui l'entourent : Meyer, qui s'interroge de plus en plus sur le sens de sa quête vis à vis du pouvoir, des médias et de l'argent ; Bonnie, collectrice de fonds pour la fondation, divorcée, qui élève seule ses deux enfants et qui se demande avec effroi si elle n'est pas en train de tomber amoureuse d'un skinhead ; et enfin Danny, un adolescent qui découvre le monde et dont Vincent va devenir l'ami et le complice. Avec «Un homme changé», Francine Prose élabore un roman d'une grande finesse qui associe avec brio réalisme et humour noir. Le personnage de Vincent Nolan, adepte de la suprématie blanche, issu d'une famille pauvre et pur produit de l'Amérique profonde est totalement crédible. Toutefois, le comique des situations provoquées par l'arrivée d'un néonazi dans une famille américaine typique issue de la classe moyenne new-yorkaise nuance le récit.
Un récit rythmé, dans la plus pure tradition orale, bien que très écrit. Une parfaite illustration des aliénations de l'orient. Où le respect des appartenances religieuses détruit tout destin individuel.
«Arrêtez ce coran de malheur !» le ton est donné. La demoiselle est libre, elle a le courage irréfléchi et le verbe sans concession. Darina Al-Joundi commence son histoire par le récit d'un deuil, celui de son père. Un père auquel elle doit tout, même ses malheurs. Un père qui lui a apprit à être libre, un homme cultivé, affable et orgueilleusement éprit de ses filles. C'est aussi un homme qui a pour religion la liberté et le progrès. Il professe le rejet des conformismes y compris pour ses filles, comme une obligation. Un laïque comparant le Christ à Guevara. Un militant de toutes les espérances, celle de la liberté pour la Palestine, du nationalisme arabe, des décolonisations...
Un homme qui a élevé sa fille comme on transmet un idéal. Il lui apprend à ne pas accepter les limites définies par son genre. A ne suivre aucunes recommandations que celles qui lui sont dictées par ses envies.
Malheureusement, la femme que deviendra cette petite fille libre devra payer les échecs des sociétés arabes. Parce que les idéaux des années 70 ont fait place à l'affrontement entre communautés religieuses. Parce que même dans la Suisse de l'Orient, chacun est sommé de respecter les règles strictes de sa communauté religieuse. Sinon...
Pourtant le récit est souvent drôle et les personnages bien que très crédibles restent très improbables. Dés les premiers mots le texte imposent son rythme, vous invitant à suivre le récit comme un spectateur. Elle conte, on écoute.
J'aimerais croire que cette histoire est unique et que de facétieuses fées fêlées se sont amusées à offrir un tempérament et une éducation qui prédispose à la désobéissance et la liberté à cette talentueuse comédienne. Mais le monde arabe regorge d'histoires de femmes - et quelques fois d'hommes - en total décalage avec leurs sociétés. Que le tribut payé par ses femmes nous apporte autant de talents en consolation.
Rosa Tandjaoui - 27/11/07
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