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Le nouveau livre de Fuentes renoue avec l'atmosphère trouble et dérangeante du roman gothique et profite de la vogue - nouvelle en France - du genre de la nouvelle. Le résultat est un recueil délicieusement suranné de petites histoires à ne pas fermer l'oeil.
Sur les 12, vous en avez au moins vécu une. Loufoque, glauque ou hilarante, les histoires d'amour de Lola Gruber ont l'air d'avoir été indiscrètement entendues au café hier matin ou recueillies de la bouche amère d'une copine en passe de plaquage immédiat. Le style est incisif, la psychologie des personnages, bien qu'à peine esquissée - nouvelles obligent - est époustouflante de réalisme et de cruelle lucidité. Un jour j'ai vu une fille hilare dans le TGV. Elle tenait ce recueil de nouvelles rose fluo dans les mains.
Ce recueil de nouvelles d'anticipation dresse un portrait au vitriol de notre société en pleine dérive sécuritaire et consumériste.
En plus d'intrigues admirablement ficelées, la puissance des romans d'Indridason réside dans l'épaisseur de l'atmosphère et la finesse des caractères. L'enquête structure une vision de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus noir et de plus fragile aussi. Après les excellents La cité des jarres et La femme en vert, La voix ne dément pas le talent du maître islandais du roman noir.
Harvey : sexe masculin, la trentaine. Métier : libraire spécialisé en BD. Occupations : descendre des pintes de bière, cloper comme une cheminée et harceler quotidiennement Josh, son employé. Signe distinctif : névrosé obsessionnel.
Pour récupérer un numéro collector de Superman bêtement échangé avec Charles Odd 15 ans auparavant dans la cour de récré, Harvey entre par effraction chez la mère de Charles qu'il trouve égorgée entre 2 cartons à la cave. Personnages décalés et humour noir sont les ingrédients de ce thriller psychologique dans le plus pur style british.
Eric Laurrent est un fabuleux styliste, avant tout orfèvre de la langue plus que raconteur d'histoires... Il se délecte du français, s'en pourlèche les babines syntaxiques et lexicales aux contours et détours de phrases jouissives et interminables où toutefois jamais le lecteur ne se perd ni ne s'impatiente tant le propos est drôle et la phrase, tour à tour accumulative et digressive qui le conte, le mène pantelant et ébloui au paroxysme quasi orgasmique de l'admiration.
Pour ce qui est de l'intrigue, car tout de même il y en a une, le narrateur essaie d'oublier Clara Stern dans la solitude et les aventures d'un soir quand il rencontre Yalda dont il tombe amoureux. Mais Eric Laurrent aurait aussi bien pu nous faire une exégèse des Pages Jaunes, que notre plaisir n'en aurait pas été moins complet.
Dans le style habituel de Benameur, pas un mot de trop, la sécheresse du style qui hurle la nécessité de l'écriture. C'est l'histoire d'un secret de famille, de sa révélation. C'est un long poème en prose qui raconte les mots qui n'ont pas été dits, qui raconte le corps d'une danseuse. Une danseuse qui doit apprendre à vivre désormais en déséquilibre.
Gaspard quitte sa Quimper natale où il vit avec ses parents - une brute aviné et une épave grabataire qui sent la truie - pour tenter sa chance à Paris. L'auteur à l'occasion de l'intrigue qui mène son héros des bas fonds jusqu'au grand monde, dresse un portrait vivant de la capitale de l'époque. Si réels vous sembleront les remugles d'ordures et de crasse, le crottin des chevaux d'attelage et la puanteur de la pauvreté que vous aurez parfois le coeur au bord des lèvres. En sus de ces descriptions sensuelles virtuoses, voilà un premier roman époustouflant quant à la construction romanesque et à la maîtrise de la langue. Une éducation libertine se place d'emblée dans la lignée du "Parfum" de Süskind, un soupçon de souffre en plus, à la manière du "Fils Unique" de Stéphane Audeguy.
A force d'écouter les criquets criqueter entre les morceaux de l'album de Scarlett Johansson, j'ai eu envie de robes blanches vaporeuses, de chapeaux et de soirées passées à siroter de la citronnade sur la terrasse dans un fauteuil à bascule. Alors j'ai ouvert l'Eveil de Kate Chopin et mon petit théâtre de Louisiane a pris vie.
Nous sommes à la fin du 19e siècle. Edna est en vacances en Louisiane. Et les criquets, les citronnades et tout le reste l'ennuient terriblement. Jusqu'au jour où son coeur soudain est pris. Dans un petit livre qui fit scandale à sa sortie en 1899, Kate Chopin dit l'éveil d'une jeune fille à l'amour et à la vie. De saison !
Anastasia Cayne vient d'arriver en ville. Elle appartient à la tribu «goth». Secrète et mystérieuse, elle est férue de littérature et passionnée par le magicien Houdini. Elle fascine littéralement le jeune narrateur qui se laisse initier à ses jeux étranges, ses messages secrets, sa littérature et sa musique... le monde envoûtant d'Anastasia.
Un jour, elle disparaît. On retrouve sa robe près d'un trou dans la glace à proximité d'une rivière. Est-elle morte ? S'est-elle enfuie ?
Je crois n'avoir pas mieux résisté que le narrateur à cette entêtante jeune fille. Pour tous ceux qui sont encore sensibles à la sombre magie de l'adolescence.
Jean Jacques Rousseau avait un frère. Il y fait brièvement allusion dans les Confessions. Trois lignes avant de retomber aux oubliettes de l'histoire. S. Audeguy répare cette injustice et invente une biographie à François Rousseau.
Double antipodal de son auguste frère, François est un libertin vénal et opportuniste qui ne recule devant aucune perversion sexuelle ou intellectuelle. Audeguy pastiche la langue du 18e en virtuose et mène avec verve les aventures de ce polisson sexopathe pour le plaisir du lecteur tour à tour hilare ou voyeur. Injustement éconduit par les lecteurs au moment de sa sortie - tant ils étaient obsédés par le pavé de J. Littel - il est temps de poser un regard bienveillant sur ce roman jubilatoire au moment de sa sortie en poche.
Troisième roman, mais premier essai directement en français pour ce jeune auteur slovène. Elégant, subtil, tout dans ce roman est en nuance. C'est l'histoire de Lila qu'un incident fait soudain sortir de sa vie. Une histoire de confusion des sentiments. Une histoire de courage aussi, celui de vivre sa propre sa vie sans sacrifier à la sacro-sainte vie de couple.
A Lisbonne, Lucien, un grutier royaliste et chaman à ses heures sème un désordre régénérateur au sein d'une communauté polyglotte d'expats trentenaires. Quelle anarchie dans cette anti Auberge Espagnole (pardon Señor Klapish) ! Un petit bijou de poésie et de mauvais esprit (des péninsules évidemment).
L'auteur est fan de Metal depuis 15 ans. Et si l'on s'imagine volontiers le métalleux de base comme un loup solitaire botté de noir, arborant des T-shirts à l'effigie de succubes improbables et adorant Satan, celui-là détonne franchement. Quand il va aux concerts, Robert Culat balance la tête d'avant en arrière le cou ceint d'un col romain. Car Robert Culat est prêtre catholique. Voulant rompre avec l'image du métalleux décervelé et morbide, il a enquêté et sondé plusieurs centaines d'adepte de ce genre musical, interviewé des dizaines de groupes pour dresser un portrait de la horde métallique. L'éditeur Camion Blanc, une référence du secteur éditorial «musiques et cultures underground» l'a publié tel quel. A l'analyse sociologique qui forme le corps de son étude s'adjoint des traductions de lyrics, des transcriptions d'interviews, des graphiques dignes de l'IFOP ainsi qu'un appareil critique important dont une histoire du Metal et de ses différentes chapelles bien utile au novice.
Cette biographie romancée de la comtesse Bathory est un texte envoûtant dont on a du mal à se détacher. Sadique et possédée, obsédée par sa propre beauté, Erzsébet Bathory a massacré plus de 800 jeunes vierges dans les caves de ses châteaux perdus dans les steppes hongroises. Hurlements étouffés par la neige, conciliabules de sorcières et sauvagerie de la noblesse hongroise du 17e siècle sont les ingrédients de ce petit bijou de littérature macabre.
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