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Auteur : Jérôme Garcin
Date de saisie : 23/03/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-07-013163-1
GENCOD : 9782070131631
Sorti le : 03/02/2011
Dans ce court récit, saisissant, Jérôme Garcin s'adresse directement à son jumeau Olivier, disparu tragiquement à l'âge de six ans. Sous sa plume élégante et précise, l'auteur ressuscite son double et s'interroge sur le mystère de la "gémellité". Une très belle déclaration d'amour...
À la veille de ses 6 ans, Olivier, le frère jumeau de Jérôme Garcin, est fauché par une voiture devant les yeux de son frère et de son père. Dans ce récit, l'auteur fait revivre ce frère, lui raconte ce qu'il est devenu sans lui, comment il a grandi malgré cette absence. Il défile les souvenirs de famille et s'interroge sur la gémellité. Un très beau texte plein de pudeur et d'émotion, une belle langue et une ode à la vie. Je l'ai lu d'une traite avec beaucoup de plaisir.
1) Qui êtes-vous ? !
Un jumeau sans jumeau.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Comment et pourquoi survivre à son double
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"A chaque anniversaire, le même trouble me saisit : j'ai l'impression que je ne suis pas seul"
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Très précisément : le bref "Ombra ma fu" de Haendel, chanté par Andreas Scholl
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La présence d'Olivier
À la veille de ses six ans, Olivier fut fauché par une voiture. Il ne survécut pas à l'accident. Il était le frère jumeau de Jérôme Garcin. Olivier a grandi en lui, en même temps que lui. Une présence fantomatique qui lui a donné très tôt le goût du repli, et un étrange rapport à l'existence.
Dans ce récit, Jérôme Garcin remonte le fil de ses souvenirs, met en regard les grands textes littéraires ainsi que les écrits scientifiques consacrés à la gémellité, et retrouve à chaque fois un peu de ce frère perdu. Un jeu de miroir et de mémoire pour tenter de dire ce drame qui a déterminé sa vie.
Olivier prolonge La chute de cheval et Théâtre intime, deux récits autobiographiques parus aux Editions Gallimard
Jérôme Garcin dirige les pages culturelles du Nouvel Observateur et anime Le masque et la plume sur France Inter. Il est notamment l'auteur, chez Gallimard, de Pour Jean Prévost, prix Médicis essai (Hors Série littérature, 1994, Folio n° 3257), La chute de cheval, prix Roger Nimier (collection blanche, 1998, Folio n° 3335), C'était tous les jours tempête (collection blanche, 2001, Folio n° 3737), Perspectives cavalières (Folio n° 3822) Bartabas, roman (collection blanche, 2004, Folio n° 4371) et Cavalier seul (collection blanche, 2006).
Jérôme Garcin s'adresse à Olivier, directement, publiquement. Il lui rappelle des souvenirs, lui parle de sa vie d'après lui et le fait revivre «au bout de [s]a plume». Ce n'était pas juste un frère, c'était son jumeau. À travers l'alter ego, Jérôme Garcin explore et traverse le mystère de la gémellité, qui va de l'osmose amniotique à la complicité du quotidien, qui élève autant qu'elle asphyxie. Convoquant des textes littéraires autour de la question, des Météores de Michel Tournier à Photo-Photo de Marie Nimier, ainsi que des écrits scientifiques, l'écrivain tente de comprendre ce qu'il a vécu, cet accident fatal pour celui qui était son autre lui-même, comme ce qu'il aurait dû vivre ensuite.
L'absence d'Olivier, son jumeau, mort avant ses 6 ans, emplit la vie de Jérôme Garcin. Qui signe ici un livre étincelant...
Garcin apostrophe Olivier, ce jumeau éternellement gamin, lui dit sa dette, et l'emmène avec lui dans cette introspection lucide et généreuse. Car, au-delà des images floues d'une enfance jamais achevée, c'est bien de lui, le survivant esseulé, qu'il est question dans ce récit intimiste...
Il lui fallait des planches de salut. L'auteur les a trouvées, très vite : Anne-Marie, sa femme, ses trois enfants, la lecture, l'écriture. Olivier n'est pas seulement un livre de deuil, il est aussi un formidable hymne à l'amour.
Le temps, cette grande affaire de la littérature, forme évidemment un nuage menaçant au-dessus du livre de Jérôme Garcin. "L'homme pressé" prend, avec ce récit, le temps de se retourner vers les ombres longues du passé, les silhouettes de sa mère, de son père mort très jeune, de sa grand-mère chérie, de tout un monde évaporé. Le chagrin n'est pas son registre, pourtant. Pas plus que la transcendance. Ce qu'il aime, c'est "le monde à hauteur d'homme". N'a-t-il pas cherché son frère "ici-bas", dans "les forêts de hauts maïs, les mers agitées de blés mûrs, les étendues citronnées de colza", pendant que leurs parents éplorés se réfugiaient dans la prière ? Non, chez lui, le récit de deuil prend plutôt la forme d'une mélancolie surprise, comme si le petit garçon "gourmand et obstiné" s'étonnait, à l'âge adulte, que la vie puisse parfois jouer de si mauvais tours.
Comment vivre sans et avec nos défunts ? Comment faire que nos coeurs survivants ne soient pas leurs trop silencieux tombeaux ? En leur parlant de nous et de leur présence en nous. En leur disant les cicatrices que leur absence a gravées, propose Jérôme Garcin dans un nouvel ouvrage très personnel. S'adressant ainsi à son frère perdu, il nous offre sa réponse à l'épreuve universelle de la perte et de la peine. Olivier est un tendre et élégant récit méditatif où l'intelligence sensible vient féconder la mélancolie...
Olivier est le cadeau de mémoire et d'amour d'un frère survivant à son frère défunt. Comment ne pas y être sensible ?
À chaque instant, il rend des comptes à celui qui, à son insu, l'a rendu si coupable d'exister. Dialogue perpétuel d'un mort et d'un vivant. Pas la peine de faire tourner les tables. Ici, le présent est perpétuellement connecté à un passé intact...
Caïn et Abel, Amphion et Zéthos, Etéocle et Polynice, Romulus et Remus traversent également ce livre, ainsi que le Michel Tournier des Météores, dont les jumeaux antagoniques parlent cet "éolien" d'eux seuls compris. Tous, à leur façon, racontent l'histoire de Jérôme et Olivier. Garcin leur prête sa langue de rescapé et ses "métaphores abricotées". Cette machinerie l'aide à tenir dans sa tempête. La littérature n'advient que lorsqu'on a besoin d'écrire à quelqu'un qui n'est plus là.
Conversation avec un frère qui, depuis près d'un demi-siècle, est tout ensemble et chaque jour, pour l'écrivain, une présence intense et une absence déchirante - l'une et l'autre enchevêtrées, indémêlables au point de se confondre. Réflexion sur la façon dont cette disparition a construit l'enfant qu'il fut, l'homme qu'il est devenu, un «homme pressé», un homme avide, en quelque sorte sommé de vivre pour deux...
Olivier porte, à chaque page, la marque bouleversante d'une détresse infinie : celle du frère survivant face au destin inaccompli de son jumeau disparu. A cela, il n'est rien à faire.
Nulle complaisance à soi ni traque morbide dans cette confession poignante, dominée par une sorte d'étonnement spéculatif devant les mystères insondables de la gémellité et les oeuvres qu'il a inspirées, auxquelles la passion de Jérôme s'est nourrie. Ce tombeau est un monument à la vie. Sublime méditation au miroir, ou pour le coup «je» est vraiment un autre. Qui entre dans ces pages, il n'en sortira pas le même.
«Survivre à son frère jumeau est une imposture», écrit Jerôme Garcin, traversé par la révolte et l'accablement. Tout passe par le tamis de ce drame qui charpente sa vie aux fondations brisées. La brutalité de cet arrachement n'a jamais cessé de résonner en lui. On ne comprendrait rien du parcours de son existence sans la clef de ce double perdu... Olivier. Comme une pierre tombale posée par «le rescapé d'un naufrage», la couverture de ce livre rassemble les deux frères que relie ce dialogue secret (qui nous atteint, en larmes). Ce récit bouleversant, doux et déchirant, d'un homme accompli, poussé par la nécessité intime de réunir sa «part manquante», est irrigué par l'espérance que, malgré la mort, le lien n'est pas rompu. «Je rêverais qu'un jour, dans mes livres où résonnent les voix de tous ceux qui me sont chers, des inconnus entendent la tienne, si fluette et futée, et se disent : ne le pleurons pas, il a joliment vécu, c'est un sourire qui demeure.»
Avant, il n'était pas prêt. Trop difficile, trop douloureux. Après, c'eût été peut-être trop tard. Le moment était venu pour Jérôme Garcin, 53 ans, d'évoquer Olivier, son jumeau, fauché par une voiture sur une route de campagne alors qu'il n'avait pas encore 6 ans. Cela fait donc quarante-sept ans qu'il vit sans lui mais avec lui, dans son souvenir et dans sa présence, loin de lui mais sous son regard. Une étrange et fascinante intimité, un dialogue intermittent mais jamais interrompu. Peut-être qu'Olivier, quelque part, a aussi senti qu'il ne fallait plus attendre et a pressé Jérôme d'écrire leur histoire d'amour. Les deux jumeaux se sont mystérieusement rejoints dans un livre, lui aussi, double, allègre et méditatif, énergique et émouvant, de deuil et de beauté. Livre de témoignage, de littérature également, car Jérôme Garcin, comme à son habitude, comme dans La Chute de cheval et Théâtre intime, dont Olivier est le complément autobiographique, use d'un style magnifique où l'on reconnaît, à cheval sur la langue, le cavalier rigoureux et buissonnier.
Je viens d'avoir cinquante-trois ans; nous venons d'avoir cinquante-trois ans. Je n'aime pas ce rituel. Il réveille une douleur que le temps a fini par discipliner, mais qu'il n'a jamais réussi à effacer. Il ravive une colère d'enfant révolté par l'injustice, une hébétude, un effroi, dont, malgré tous les efforts qu'on fait pour se tenir droit, on ne se relève jamais.
À chaque anniversaire, le même trouble me saisit : j'ai l'impression que je ne suis pas seul. Il m'arrive même, sans rien en dire à ceux que j'aime et qui m'entourent de leur affection, de m'étonner de ton absence, de pester contre ton éternel retard, de lorgner vers la porte d'entrée, de te guetter, d'imaginer que tu vas m'aider à souffler les bougies - à deux, quelle furieuse tornade ce serait, et quelle rieuse bourrasque. A deux, on ferait un vaillant centenaire.
Mais tu n'es jamais venu autrement qu'en frôlant, de ton aile d'ange, mon épaule et la pointe sensible de ma clavicule fracturée après une chute de cheval. Est-ce une illusion ou une résignation ? Il me semble que, les années passant, ta caresse se fait plus pressante. Plus tu t'éclipses, et plus tu es présent. Peut-être est-ce toi, en vérité, qui trouves le temps long et m'attends, tapant du pied, calculant les heures Dieu seul sait où. Pour moi, les absents ont toujours raison.
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