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Auteur : Jean-Clarence Lambert
Date de saisie : 10/02/2011
Genre : Photos
Editeur : Cercle d'art, Paris, France
Prix : 60.00 € / 393.57 F
ISBN : 9782702209370
GENCOD : 9782702209370
Sorti le : 11/02/2011
La conquête du monde par l'image : c'est le titre d'une plaquette publiée quasi clandestinement en 1942, c'est-à-dire pendant l'Occupation, par les jeunes surréalistes de La main à plume, lesquels, la Libération venue, se retrouveront dans le Surréalisme Révolutionnaire et pour certains d'entre eux dans le groupe COBRA.
Aujourd'hui qu'il m'est offert de présenter les photographies de Sidsel Ramson, cette belle formulation (qui, sans doute, tenait alors autant du souhait que de la prophétie) me revient à l'esprit : - mais Sidsel n'est-elle pas reliée de quelque façon à COBRA, ayant accompagné avec amour la vie et l'oeuvre d'un de ses artistes majeurs, le Danois Carl Henning Pedersen ?
Sans doute, l'image conquérante qui intéressait les jeunes surréalistes (et qui intéressera Cobra) venait-elle principalement du «modèle intérieur». Ils citaient à cet égard une magnifique injonction de Goethe, laquelle a gardé, me semble-t-il, toute son instance : «Il faut que la force créatrice fasse surgir ces images, ces «idoles» demeurées dans l'organisme, dans le souvenir, dans l'imagination». Les images dont il s'agit là sont les images imaginées et imaginantes, qui constituent ce que j'ai appelé le règne imaginal, à la fois ajouté et relié aux différents règnes (minéral, végétal, animal) du réel donné, quotidien, d'où sont issues les images-témoignages, les images-constats.
Les imaginées-imaginantes sont du domaine de la présentation, ou création artistique. Les images-constats, multipliées sans fin, du domaine de la représentation.
Avec la photo, le don est chaque fois définitif. Le souhait immémorial de permanence (on n'ose dire d'immortalité) est exaucé. Du passé non spolié, la photo fait un éternel présent.
Sidsel Ramson est née en Norvège en 1937. Son parcours universitaire l'a conduite de Copenhague à la California University, Berkeley et Paris. Douée d'un talent tout particulier pour approcher les gens et être admise à photographier là où d'autres se le verraient refuser, Sidsel Ramson s'inscrit dans la tradition de la «concerned photography» des Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, David Seymour. «Cette aptitude à se glisser dans le quotidien des gens sans les déranger a sans aucun doute son origine dans l'intégrité qui semble être le fondement même du caractère de Sidsel», écrit Trine Ross. Le matériel photographique de ce livre fut rassemblé durant plus de trente années de voyages à travers le monde. Tous ceux qu'elle a rencontrés et photographiés sont pour elle des «héros du quotidien.» Elle vit et travaille en France et au Danemark.
Ed. bilingue français-anglais
Extrait de la préface
La conquête du monde par l'image : c'est le titre d'une plaquette publiée quasi clandestinement en 1942, c'est-à-dire pendant l'Occupation, par les jeunes surréalistes de La main à plume, lesquels, la Libération venue, se retrouveront dans le Surréalisme Révolutionnaire et pour certains d'entre eux dans le groupe Cobra.
Aujourd'hui qu'il m'est offert de présenter les photographies de Sidsel Ramson, cette belle formulation (qui, sans doute, tenait alors autant du souhait que de la prophétie) me revient à l'esprit - mais Sidsel n'est-elle pas reliée de quelque façon à Cobra, ayant accompagné avec amour la vie et l'oeuvre d'un de ses artistes majeurs, le Danois Carl-Henning Pedersen ? -Il y a là l'un de ces rapprochements chanceux, l'une de ces affinités inattendues à quoi l'esprit (je parle pour moi) se plaît, quand il gamberge en liberté... Sans doute, l'image conquérante qui intéressait les jeunes surréalistes (et qui intéressera Cobra) venait-elle principalement du «modèle intérieur».
Ils citaient à cet égard une magnifique injonction de Goethe, laquelle a gardé, me semble-t-il, toute son instance : «Il faut que la force créatrice fasse surgir ces images, ces "idoles" demeurées dans l'organisme, dans le souvenir, dans l'imagination.»
Les images dont il s'agit là sont les images imaginées et imaginantes, qui constituent ce que j'ai appelé le règne imaginai, un terme que j'ai proposé il y a plusieurs décennies, et qui me semble pertinent dans ce cas.
Or, aujourd'hui, c'est-à-dire un demi-siècle après La main à plume, il apparaît très évident - si l'on pense globalement notre réalité cosmo-historique - que l'image a effectivement conquis le monde. L'image dans toutes ses apparences et en tout premier lieu l'image photographique.
D'où son importance extraordinaire, obsédante : il ne nous est plus loisible de le percevoir, ce monde, le nôtre, comme s'il n'était pas omni-représenté par l'image photographique.
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