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Auteur : Pierre Stasse
Date de saisie : 11/02/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Flammarion, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-08-124871-7
GENCOD : 9782081248717
Sorti le : 05/01/2011
Après le très remarqué "Les restes de Jean-Jacques", voici le second roman de Pierre Stasse. Souvent emphatique, voire enflammée, l'écriture de Pierre Stasse reste toujours très élégante et ses personnages sont parfaitement crédibles du début à la fin du récit.
Simon Koëtels, un jeune homme de 25 ans, décide de quitter son 14ème arrondissement de Paris pour Buenos Aires, sans vraiment savoir pourquoi il choisit cette destination... "Études terminées, métier délaissé, le temps était venu de disparaître". Ces raisons semblent être suffisantes.
Le "métier délaissé", c'est sont travail dans la brasserie de sa mère. On comprend également assez vite que Simon est issu d'une famille morcelée, hantée par des secrets. Buenos Aires lui convient, semble-t-il, il s'y perd, puis semble y trouver des centres d'intérêts ou du moins le dépaysement qu'il cherchait. Il se cherche en tout cas et se laisse bercer par cette ville qu'il décrit comme chaude ("Buenos Aires au mois de janvier cuisait les esprits") et plutôt disparate.
Hébergé par un ami de famille à son arrivée, il va faire la connaissance - par hasard ?-, d'Esteban Menger, "Monsieur Menger". Cet homme est le chef d'une très riche et très puissante famille de Buenos Aires, qui possède un groupe prospère de communication. Avec sa soeur Natacha, il dirige l'Hôtel Implicite. Cet endroit est peuplé d'étranges clients - on ne peut réserver une chambre que si l'on connait un des Menger -, ses chambres sont décorées avec des tableaux de maîtres. Non moins étranges sont les gens qui y travaillent. Deux d'entre eux ont semble-t-il été "adoptés" par Esteban...
De fil en aiguille, Simon en apprendra plus sur cette étrange famille. Il découvrira les activités du frère Juan Pablo, qui prépare dans un hangar des faubourgs un spectacle de danse pharaonique !
Ce voyage, qui se voulait initiatique, semble remplir son office. La lecture de cette histoire est très agréable. Pierre Stasse nous entraîne habilement dans une aventure qui aurait pu être tout à fait banale, voire ennuyeuse, grâce à des personnages hors du commun et une écriture rafraîchissante.
«Treize heures donc. Treize heures de vol avant d'atteindre Buenos Aires. Ville inconnue, rejointe pour des raisons inexprimées. Je quittais. Mélange d'abandon et de découvertes, ouverture sur le mystère. Je suivais pas à pas l'ADN de cette liberté. Études terminées, métier délaissé, le temps était venu de disparaître.»
Au coeur de l'été argentin, Hôtel Argentina raconte l'itinéraire d'un jeune voyageur dans une famille divisée par les secrets. Rencontre avec un Buenos Aires moderne et envoûtant, le deuxième roman de Pierre Stasse est également un éloge du voyage et du souvenir.
Pierre Stasse est né en 1986. Il a déjà publié Les Restes de Jean-Jacques, chez Flammarion.
Je voyageais dans l'ignorance. À Roissy, le vaste terminal couvrait ma valise de lumières métalliques. Rouge de nuit et reflets sur le sol encore humide de produits d'entretien. Devant les guichets, des familles patientaient, exténuées par les retards. Les haut-parleurs annonçaient des nouvelles inaudibles et les forces de sécurité, un peu blasées par tant d'inaction, traînaient leur ennui sur les molosses avachis.
Un employé de la compagnie aérienne proposa de modifier mon vol contre de l'argent. Une escale à Rio, une nuit offerte à l'hôtel de l'aéroport et cent cinquante euros à dépenser au duty-free. Une femme dans le hall criait sur une hôtesse et sa colère résonnait d'autant plus qu'elle glissait sur la bouillie des enceintes. La nuit avançait. La fatigue amenuisait les tolérances. L'organisation du trafic aérien semblait une tâche hors de portée, un maelström auquel aucun humain ne devait se confronter. Car il y avait des retards, des grèves, du surbooking, des aléas météorologiques, des femmes enceintes, des femmes énervées et des femmes sans pitié.
Je refusai la proposition de l'homme. Son regard trahissait la détresse. Il tenta une conciliation différente, mais les haut-parleurs hurlèrent si fort et de manière si incompréhensible qu'ils abrégèrent nos négociations stériles. J'enregistrai mes bagages devant une escouade de voyageurs refoulés. Ce n'était que hasard et justice. J'avais payé cher un billet et ce billet donnait droit au décollage. On me souhaita un agréable voyage avec un regard d'initié.
Dehors, dans les rafales glaciales, des individus solitaires fumaient. Sans paroles. Ils contemplaient l'autre terminal de Roissy, derrière une bretelle de route qui serpentait son macadam entre les dômes d'avions. Une fois l'énorme valise abandonnée, je ne ressentais plus les morsures du froid avec la même intensité. Dans un soulagement attendu, urbain, j'allumai une cigarette. Depuis le trottoir, les grognements du hall devenaient discrets, comme un dialecte tamisé, le petit murmure de l'attente moderne.
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