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Auteur : Joyce Carol Oates
Traducteur : Claude Seban
Date de saisie : 21/05/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Philippe Rey, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782848761824
GENCOD : 9782848761824
Sorti le : 10/03/2011
Plus inventive - et brillante - que jamais, Joyce Carol Oates joue dans ces nouvelles à imaginer les derniers jours de cinq géants de la littérature américaine. Ainsi, dans Le Phare, Edgar Allan Poe, devenu gardien de phare, se retrouve, en proie à ses démons, sur une île déserte du Pacifique avec pour seule compagnie celle d'un chien, témoin aussi de sa lutte contre un monstre hybride né de sa démence. Grand-papa Clemens et Poisson-Ange raconte un Mark Twain obsédé par ses rencontres clandestines - et sa correspondance - avec de très très jeunes filles, tandis que Papa à Ketchum décrit un Hemingway réfléchissant avec soin à son suicide. Dans Le Maître à l'hôpital Saint-Bartholomew, Henry James, surmontant ses révulsions premières devant une salle remplie de soldats blessés, va fatalement s'énamourer de ces «chers garçons» qu'il a toujours désirés en secret... EDickinsonRépliLuxe redonne la vie à Emily Dickinson sous la forme d'une poupée androïde, un robot vivant fait sur mesure pour un couple de bobos entichés de poésie...
Un prodigieux tour de force que ces histoires de folie, de désespoir, de solitude et de frustration sexuelle, superbement tricotées par Oates dans le style même de chacun de ces cinq maîtres pourtant réputés inimitables.
Membre de l'Académie américaine des Arts et des Lettres, professeur de littérature à Princeton, titulaire de multiples récompenses littéraires (dont le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes), Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au tout premier rang des écrivains contemporains.
Voilà donc Folles nuits, recueil de nouvelles publiées dans différentes revues, et brillante récréation d'écrivain. Comme répondant au sujet d'une rédaction, Joyce Carol Oates joue à imaginer les derniers jours de cinq géants de la littérature américaine...
Joyce Carol Oates connaît les mythes, l'enjeu est ici de les bousculer. Au point de faire apparaître Emily Dickinson sous la forme d'une poupée androïde, l'«EDickinsonRépliLuxe», jouet pour couple sans enfants passionné de poésie. Les nouvelles font certes souvent sourire, mais elles sont aussi une manière différente d'aborder le commentaire littéraire. Pour chacune, l'auteur s'inspire en effet d'une oeuvre, citations à l'appui, où elle puise matière à son extravagance. Plus encore, elle pousse le vice jusqu'à écrire dans le style même des cinq référents, pourtant réputés inimitables. Elle module sa prose, s'économise ici, là rallonge sa phrase ; elle emprunte à l'un ses adjectifs, à l'autre sa ponctuation. Elle peut être qui elle veut.
7 octobre 1849. Ah ! réveil - l'âme gonflée d'espoir ! en ce jour, mon premier dans le Phare légendaire de Vina del Mar - c'est avec émotion que je trace les premiers mots de mon Journal comme convenu avec mon mécène, le Dr Bertram Shaw. Aussi régulièrement que je le pourrai, je tiendrai ce Journal - telle est la promesse faite au Dr Shaw, et à moi-même - quoiqu'il soit impossible de prévoir ce qui peut arriver à un homme aussi entièrement seul que je le suis - la lucidité s'impose en la matière - je puis tomber malade ou pis...
Pour l'instant, il semble que je sois de fort bonne humeur, et impatient de m'atteler aux devoirs de ma charge. Mon âme, longtemps déprimée par une multitude de facteurs, a miraculeusement repris vie dans l'air printanier tonifiant que nous avons ici, dans l'océan Pacifique Sud, par 33° de latitude sud et 11° de longitude ouest, quelque deux cents milles à l'ouest de la côte rocheuse du Chili, au nord de Valparaiso ; cela, en se sachant - enfin, après l'étouffement de la société de Philadelphie et l'accueil mitigé réservé à mes conférences sur le Principe poétique à Richmond - entièrement seule.
Qu'il soit noté pour mémoire : après la mélancolie de ces deux dernières années, depuis la mort tragique et inattendue de mon épouse bien-aimée V. et l'opprobre accumulé de mes ennemis, pour ne rien dire d'un excès avoué de «débauche» de ma part, mon jugement rationnel n'a connu aucun affaiblissement. Aucun !
En cette belle journée, j'ai de quoi me réjouir; étant monté au pinacle de la tour avec ce brave coeur de Mercury, qui bondissait et haletait devant moi, j'ai contemplé la mer, en protégeant mes yeux éblouis, saisi par la majesté de ces grands espaces, par la lave mouvante des eaux du grand Pacifique, mais aussi par le ciel, plus prodigieux encore, qui semble n'être pas un ciel singulier mais des ciels multiples, d'étonnantes formations nuageuses cousues ensemble telles des peaux ! Ciel, mer, terre : ah ! vibrants de vie ! La lanterne (à allumer avant le crépuscule) est d'une taille prodigieuse, fort différente des banales lanternes domestiques que j'ai pu voir, et pesant bien cinquante livres. À la regarder, à l'effleurer d'une main révérente, je suis pris d'une étrange ardeur, et impatient de m'atteler à ma tâche. «Comment avez-vous pu douter de moi ?» protesté-je à l'adresse de ces messieurs compassés de la société philadelphienne. «Je vous prouverai votre erreur. Postérité, sois mon juge !»
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