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Auteur : Mathias Enard
Date de saisie : 09/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. Inculte, Paris, France
Prix : 13.90 € / 91.18 F
ISBN : 9782916940489
GENCOD : 9782916940489
Sorti le : 09/02/2011
Un coup de fil, la nuit, réveille Mathias. Jeanne lui apprend la mort de Volodia, leur ami commun. Mathias décide alors de parcourir 4000 km en transsibérien pour n'avoir jamais à oublier.
L'auteur du déstabilisant Zone - qui traitait aussi du voyage sous ses deux formes conjuguées, celle physique du déplacement, celle mentale du souvenir - met cette fois-ci en scène un roman autofictif qui, dans sa brièveté, en totale opposition avec l'entreprise démesurée du narrateur, donne à lire la pudeur d'une douleur trop commune : celle de l'absence.
Jonglant tour à tour avec le souvenir, concert de voix venues d'un passé où l'insouciance régnait, et le présent, solitude de Mathias dans ce train de bout du monde, le récit dépose à chaque chapitre les pièces d'un puzzle où se dessine la relation complexe et ambigüe d'amitié et d'amour liant les trois personnages principaux (Mathias, Volodia et Jeanne). L'écriture de Enard, ciselée comme à son habitude, ne mène pas le lecteur à l'émotion empathique via l'appel primaire - facile - du sentimentalisme pesant, mais celui plus osé de la confrontation intimiste. Le dialogue avec le passé, tout en retenu, nous est peint aux couleurs de la fuite dont les moyens employés - l'alcool, la drogue - ne peuvent masquer la peur du don de soi auxquels sont confrontés les acteurs du roman.
Ce don, le narrateur le fait dans le transsibérien qui le mène au village natal de Volodia, il le fait en nouant dans la nostalgie qui va l'habiter, l'infini de la mort et l'intime de la vie.
Réveillé en pleine nuit par un coup de téléphone de Jeanne qui lui apprend la mort de Vladimir, Mathias part dans l'heure à Moscou pour y retrouver celle qui reste, son amour défunt.
Dans la douleur du deuil, au coeur d'une ville déboussolée - vaste terrain vague peuplé par des ombres -, les anciens amants se retrouvent brièvement réunis autour de la dépouille de leur ami.
Mais il va falloir l'escorter jusqu'à son village natal, au fin fond de la Sibérie, pour l'y enterrer. Un voyage que Mathias effectuera seul aux côtés de son compagnon silencieux, à bord du célèbre Transsibérien qui relie Moscou à Vladivostok.
Trois mille kilomètres à parcourir à travers une fabuleuse succession de paysages, et autant de souvenirs de la féroce et complexe histoire d'amour qui met en scène les trois complices dans les lieux interlopes de la capitale Russe, au milieu des volutes d'opium.
Dans ce récit, s'invitent également en résonance l'histoire politique et culturelle russe : la Guerre Civile menée par Trotsky, les goulags racontés par Chalamov, les Premiers Honoraires de Babel. Un texte où les ombres de Dostoïevski, Axionov et Gogol ne sont jamais bien loin... Tout comme Tchekov, qui prétendait que face à la mort, il ne reste que l'alcool et la nostalgie.
Après des études d'arabe et de persan à l'INALCO et de longs séjours au Moyen-Orient, Mathias Énard s'installe en 2000 à Barcelone. Il participe aussi au comité de rédaction de la revue Inculte à Paris et, en 2010, il enseigne l'arabe à l'Université de Barcelone.
En 2008, Actes Sud publie son roman Zone caractérisé par une seule phrase de 500 pages.
Il publie en 2010 aux éditions Actes Sud un conte sur un épisode peu connu de la vie de Michel-Ange, une escapade à Constantinople, où il débarque le 13 mai 1506 à l'invitation du sultan Bajazet II. Ce court récit montre la Constantinople tolérante et européenne qui a su accueillir les Juifs chassés d'Espagne par les terribles rois très catholiques. Le «Goncourt des Lycéens» a été décerné à ce roman en 2010.
Tout comme les matriochkas, ces poupées qui figurent d'abord une manière de remplissage extrême pour exhiber leur vacuité une fois ouvertes. Mathias Enard construit un récit qui dévoile ses divers plans en de permanents glissements. Il fallait bien les étendues de la Russie pour offrir un espace approprié au sentiment de déréliction qui habite son personnage, enfant épuisé du dernier siècle. Là encore, de saisissante façon, à l'image des héros de Tchekhov ou de Dostoïevski. L'écriture fond en une coulée unique ces jaillissements successifs de visions et de réminiscences, d'images du voyage et de souvenirs littéraires. Confirmant la puissance narrative de Mathias Enard.
Un coup de fil : Vladimir est mort. Mathias revient alors en Russie sur ses traces. Beau et dur...
Lui qui déteste les voyages va aller se perdre au bout du monde. Au fin fond de la Sibérie, à la recherche d'un village paumé. Le village natal de son ami qui lui avait fait lire les Souvenirs de la maison des morts...
Dans le Baïkal Express à destination d'Irkoutsk qui l'emmène vers Novossibirsk, l'écrivain n'arrête plus de se souvenir du passé. Des moments heureux du trio, de leurs frasques. De Moscou et de Saint-Pétersbourg... Traversé par des fantômes et des éclairs, par l'histoire et la littérature, le texte lyrique et musical de Mathias Enard frappe par son envoûtant mélange de mélancolie et d'énergie. A boire cul sec, avec ou sans vodka à portée de main.
Sous un titre emprunté à Tchekhov, pour qui la «fameuse âme russe n'existe pas», c'est un «Jules et Jim» intoxiqué d'opium et de vodka, plein de remords, d'allusions à Cendrars et d'une passion méfiante pour tout ce qui emporte l'imaginaire dès qu'il est question du pays de Gogol, Lénine et Dostoïevski...
Ceux qui l'aiment prendront son train, sans pouvoir sauter en marche.
Le récit ne s'arrête pas au paysage des millions de bouleaux qu'on voit par la fenêtre du Transsibérien, il survole l'histoire et parfois même la géographie puisque la nostalgie est restée à Paris, à Moscou. On croise le train de Trotski, on traverse la Kolyma de Chalamov, on se souvient de Gogol, de Dostoïevski, on voit Saint-Pétersbourg et même Lisbonne où ce train irréfragable ne passe pas. Parfois Jeanne, de Moscou, prend la parole, elle aura le dernier mot, celui de l'extrême solitude : les morts sont ici les seuls interlocuteurs valables. Mathias Énard a réussi son coup, d'un exercice d'écriture proposé, il fait une oeuvre à la fois détachée et poignante, le témoignage poétique de celui qui sait voyager, le récit de paysages intérieurs.
Comment dire la fièvre intense, le chagrin, la sensualité tourmentée que charrient les 90 pages de ce beau roman ? Dire leur goût de cendre. Le lest paradoxal de désespoir et d'exaltation qui, à chaque phrase, donne son poids et sa vigueur, sa résonance. Une centaine de pages pour une histoire d'amour qui est bien plus que cela : l'histoire d'une défaite, d'une chute abyssale...
MOSCOU
Tu es un faux frère, Vladimir, tu ne bois pas, pas une goutte mon salaud, malgré les kilomètres de bouleaux brûlés et les voix éraillées qui crient que nous allons crever. Après avoir vu Moscou, tu me fais ça, te taire, trop saoul, peut-être saoule par la vie t'es-tu laissé aller, alors que le train arrive précisément a Vladimir : j'ai une histoire à te raconter Vlado, je l'ai entendue à Moscou, tu sais, la ville familière et grise, avec ses voitures, les surprises des bulbes d'or, fleurs amicales qui ruissellent de pluie. Décidément, le voyage n'est rien. Tout y ressemble à tout. Cet hôtel soviétique où j'ai dormi hier, avec son lit de 80 cm de large, son frigo vide vibrant dans la nuit, ses rideaux fleurdelisés, sa moquette tachée, son papier peint couleur cul-de -singe, tout ça ne donnait même pas envie de se recoucher. J'essaye d'imaginer cet endroit sous le soleil ; il serait sans doute pire encore. Il faut que je m'habitue. Un voyageur doit s'habituer, dit-on. Une discipline, une pratique. Volodia, je crois que je ne suis pas fait pour voyager, même avec toi. Seule m'intéresse la perspective de l'amitié, de la rencontre, mais je sais par ailleurs que c'est une chose qui n'est pas facilement offerte au voyageur. Il n'y a que la Patagonie, la Patagonie qui convienne a mon immense tristesse. Mensonges que tout cela. Tu sais ce que c'est, la solitude et l'ennui d'une chambre d'hôtel, où l'on n'a rien à faire, où l'on ne fait pas ce que l'on devrait faire, dormir, boire, lire ou écrire des oeuvres inoubliables. Rien de tout cela. Le coeur tiède de Moscou bat dans son cercueil de lave. Combien d'heures me reste-t-il à perdre ? En arrivant de l'aéroport, j'ai vu le monument qui signale la limite de l'avancée allemande, sur la route de Leningrad, deux chevaux de frise géants pour arrêter les chars démesurés du souvenir.
(...)
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