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.. Tu verras

Couverture du livre Tu verras

Auteur : Nicolas Fargues

Date de saisie : 10/05/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : POL, Paris, France

Collection : Fiction

Prix : 15.50 € / 101.67 F

ISBN : 978-2-8180-1313-7

GENCOD : 9782818013137

Sorti le : 03/02/2011

Il faut d'emblée s'accrocher à son paquet de mouchoirs lorsqu'on entame la lecture de ce très beau livre. Il s'agit du scénario le plus triste pour les parents : la perte de son enfant. Ici l'auteur nous plonge dans une douleur quotidienne où tout n'est que souffrance et noirceur. Une belle écriture pour décrire ce drame. A recommander chaudement.


  • Les présentations des éditeurs : 20/04/2011

Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d'écouter des chansons vulgaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête chaque fois qu'il voulait m'emmener au musée. Il ajoutait toujours : «Plus tard, tu comprendras que c'est pour ton bien que je te disais ça, tu verras.»

Nicolas Fargues raconte que, sur le périphérique, un dimanche, ses deux fils étaient assis à l'arrière de la voiture et une station de radio a passé Don't Matter, d'Akon, une chanson qu'il n'avait jamais entendue jusque-là. Comme elle ne lui plaisait pas, il a voulu changer de fréquence. Mais son fils aîné, qui connaissait les paroles par coeur, l'a supplié de lui laisser l'écouter jusqu'au bout. Dans les semaines et les mois qui ont suivi, Nicolas Fargues a entendu le morceau à plusieurs reprises sans pour autant l'apprécier davantage. Mais puisque désormais il était immanquablement associé à l'image de son garçon, il l'a lui aussi, chaque fois, écouté jusqu'au bout.
Un matin, son fils a quitté l'appartement pour l'école comme chaque jour, en lui faisant un signe de la main puis en se retournant, avec son énorme cartable sur le dos et son jean baissé jusqu'à mi-fesses. Attendri, Nicolas Fargues a eu cette pensée étrange et en même temps irrépressible que si son fils venait à mourir brutalement au cours de la journée, il ne pourrait plus jamais écouter cette chanson d'Akon qui ne l'émouvait pourtant pas plus que cela. C'est d'imaginer tout ce qu'il pourrait ressentir qui a été le point de départ de ce roman non autobiographique qui, sur un ton proche de son roman J'étais derrière toi (2006), adopte cette fois le motif de l'enfance pour parler d'amour et de solitude.
Dur, car il se situe dans les jours et les semaines qui suivent la mort accidentelle d'un enfant, un pré-ado, on y voit et on y écoute son père revivre non seulement les circonstances du drame mais aussi leur vie quotidienne et tout ce qui commençait à les opposer l'un à l'autre, tous les conflits commençant qui dressent les fils contre les pères et d'autant plus lourdement quand il s'agit d'un père «séparé». On retrouve dans ce roman toute la finesse d'analyse de Nicolas Fargues, son talent d'observateur des comportements, des codes et des modes. Un roman qui nous emmène jusqu'en Afrique, où il va trouver sa conclusion suspendue, un roman qui est aussi un hommage intense à l'enfance.

Nicolas Fargues est né en 1972. Enfance au Cameroun, au Liban puis en Corse. Études de lettres à la Sorbonne. Mémoire de DEA portant sur la vie et l'oeuvre de l'écrivain égyptien Georges Henein. Deux ans de coopération en Indonésie, retour à Paris, petits boulots, publication en 2000 du Tour du propriétaire. De 2002 à 2006, dirige l'Alliance Française de Diégo-Suarez, à Madagascar. Il a deux enfants et vit actuellement à Paris.



  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 23 février 2011

Au-delà de l'émotion crue qu'il dégage, c'est dans le vif de questions fondamentales que tranche ce livre proprement éblouissant. Que transmet-on à ses enfants ? Comment vit-on avec eux ? Comment les aime-t-on ? Nicolas Fargues explore, à travers la souffrance du père qu'il met en scène, l'actualité de ces questions. Avec une justesse saignante. Et une totale liberté, sans tabous, ni souci du politiquement correct. Il observe, marque l'époque à la culotte et n'hésite jamais à dire ce qu'il voit, à donner les noms, à dénoncer les tics et les tactiques d'évitement d'une société contemporaine narcissique et immature.


  • La revue de presse Christine Rousseau - Le Monde du 24 février 2011

A passer un peu vite devant les titres de ses livres, le lecteur pourrait croire que les romans de Nicolas Fargues sont à l'image de ce que semblent annoncer les couvertures : un peu détachés, presque plats, dépourvus d'effets ou de profondeur. Rien de plus faux. Car s'ils n'ont en effet nul clinquant, s'ils jouent volontiers de ce petit côté "mine de rien" que cultive l'auteur, depuis son premier roman, (Le Tour du propriétaire, POL, 2000), ces titres renvoient toujours à des textes beaucoup plus poignants qu'il n'y paraît. Pour preuve, ce Tu verras accroché à la couverture de son huitième livre. Une phrase banale en apparence, familière, mais annonciatrice de menaces. Une phrase, surtout, derrière laquelle se cache un livre sombre et tendu par une prose précise, ourlée d'une émotion sensible.


  • La revue de presse Didier Jacob - Le Nouvel Observateur du 10 mars 2011

Le roman de Fargues tire sa force de la réserve très singulière avec laquelle l'auteur lui-même semble considérer son héros. Comme si les déboires du personnage ne concernaient en rien son créateur et maître. Aucune empathie, même si le récit prend, aux trois quarts, un tournant inattendu, plus chaleureux, ouvrant pour Colin la voie d'une rédemption possible : la drogue, d'abord, qu'il tente d'acheter à La Courneuve auprès d'un dealer qui, plutôt que de tirer parti de la situation, l'admoneste comiquement, un peu comme un père ferait la morale à son fils, l'Afrique, ensuite, cette Afrique si étrangère jusqu'alors à notre petit Blanc à préjugés, et où Colin va chercher, auprès d'un improbable guérisseur, à s'inventer un avenir au son de tam-tam des pilons dans les mortiers.


  • La revue de presse Julien Bisson - Lire, mars 2011

Avec Tu verras, Nicolas Fargues dit la douleur d'un homme confronté au décès de son fils. Lucide et émouvant, l'auteur de J'étais derrière toi dévoile une sensibilité jusque-là méconnue...
Cinéphile averti et admirateur de Gus van Sant, Nicolas Fargues pose un regard sans complaisance sur les adolescents d'aujourd'hui, ces "adultes comme les autres, tout aussi conformistes et prisonniers de l'apparence". Et c'est toute la force de ce fascinant roman de ne jamais sombrer dans le pathos, préférant au mélo larmoyant le règlement de comptes sauvage. Avec les femmes, confites d'égoïsme. Avec les médias, théâtres quotidiens de l'humiliation et de la vulgarité. Avec lui-même surtout, misérable trentenaire en plein désarroi.


  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Point du 31 mars 2011

Attention. Le huitième roman de Nicolas Fargues, couronné du prix France Culture-Télérama, est un grand livre, qui réussit à ancrer la plus grande des tragédies dans une réalité contemporaine si vivante, si proche, si bien rendue, que sa lecture en est à tout instant saisissante...
Dans le genre "ça n'arrive qu'aux autres", ce livre de mithridatisation pourrait paraître sacrilège si l'auteur n'y faisait montre d'une sensibilité bouleversante qu'une écriture follement énergique, balancée entre la nécessité de continuer et l'envie d'en finir, porte de bout en bout.


  • Les courts extraits de livres : 20/04/2011

La chanson s'appelle peut-être Nobody wanna see us together. A moins qu'il ne s'agisse d'un titre plus court, moins explicite. En tout cas, dans le refrain, le dénommé Akon dit : Nobody wanna see us together I But it don't matter no I I got you babe. Le reste des paroles, je ne sais pas. Je n'ai jamais cherché à en retenir davantage. La première fois que j'ai vu Clément écouter le morceau, dans la voiture, ça ne m'intéressait pas. Je n'apprécie pas le R'n'B glucose, où les types jouent les coeurs brisés en marcels moulants et pantalons de lin blanc. Cela m'avait surpris, d'ailleurs, que Clément me demande de lui prêter mon ordinateur portable pour intégrer la chanson à son iPod. Avant que ses camarades de classe ne le convertissent au rap français, que je déteste peut-être encore davantage que le R'n'B chewing-gum au kilomètre, avant que ses condisciples blacks et arabes de cinquième B ne lui fassent plus jurer que par Booba, Rohff, Sefyu, Sinik, MC Jean Gabin ou Kery James, j'avais eu la naïveté de croire qu'il aimerait pour toujours ce que, moi, je lui faisais écouter et qu'il me disait (tout au moins jusqu'à son entrée au collège) aimer aussi, au point de me demander régulièrement d'en remplir son iPod : les Beach Boys, David Bowie, les Stones et Nick Cave, bref, toutes ces vieilleries trop sages qu'on ne peut raisonnablement aimer à douze ans que pour faire plaisir à son papa. Lequel, parce qu'il ne s'agit ni de Bach, ni de Brassens, ni d'une quelconque autre vieillerie avérée, s'imagine qu'à écouter cela plein tube dans l'autoradio de sa 206 déclassée, sur le périphérique, son garçon le considérera jeune pour toujours.
Je me demande comment j'ai pu être assez naïf, mais surtout assez idiot, pour prendre la mouche face à ce brutal changement d'orientation musicale de Clément. Comment j'ai pu oublier qu'il entrait en adolescence et me vexer, jusqu'à éprouver le besoin de singer méchamment devant lui, pour tenter de l'en écoeurer, tous ces rappeurs racailleux qui aujourd'hui, même si je n'apprécie pas davantage leur musique, me bouleversent rien qu'à l'évocation de leur nom. Car, désormais, je suis susceptible de fondre en larmes à la seule vue d'une casquette de base-ball New Era et son autocollant doré 59Fifty, d'une chaîne en argent massif reposant sur des pectoraux gonflés, d'un jean baggy porté trop bas et d'un maillot XXL de basketball, tous ces grimages hip-hop pour lesquels je serais prêt à donner ma santé, mes deux bras et mes deux jambes, pour lesquels je serais prêt à endurer les tortures les plus barbares afin de faire revenir Clément et le voir s'en parer aussi, comme ses camarades.


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