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Auteur : Claire Keegan
Traducteur : Jacqueline Odin
Date de saisie : 23/01/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 9782848050959
GENCOD : 9782848050959
Sorti le : 07/04/2011
Il en faut si peu pour provoquer l'enchantement quand on s'appelle Claire Keegan ! ce tout petit livre est un trésor d'émotions, il dit si simplement et si justement les sentiments nés d'une rencontre entre un couple d'adultes et une fillette, le chagrin, l'attente, l'apprivoisement, le désarroi, l'amour filial pour un enfant qui n'est pas à soi ; c'est tout simplement beau et bouleversant.
L'histoire d'une fillette, oubliée dans sa nombreuse fratrie et qui, à l'occasion d'une nouvelle grossesse de sa mère, se voit confiée à de parents lointains. La rencontre se fait à petits pas. Puis le lien se tisse, dans l'attention et bienveillance de ces adultes. Douceur de la campagne. Émotion des silences. Regards tendres. La petite fille devient Pétale saisissant peu à peu le non-dit dramatique de ce paisible couple. Un court roman, subtil et délicat, d'une lumineuse synergie qui nous happe et se dénoue sur une fin bouleversante.
C'est l'histoire d'une rencontre, de trois lumières affaiblies qui vont se remettre à briller ensemble, le temps d'une saison.
Une "fillette" (elle n'aura de prénom que celui donné par son oncle : pétale) est déposée par son père chez son oncle et sa tante, les Kinsella. Elle va peu à peu découvrir avec ce couple sincère et bienveillant ce que signifie tendresse et amour parental.
John et Edna Kinsella vont retrouver des sensations et des souvenirs qu'ils avaient dissimulés au plus profond de leur être.
Car il y a un mystère qui plane et que "pétale" comprendra lors de son séjour chez les Kinsella. Elle comprendra surtout, combien parfois la vérité des sentiments est plus forte que tout.
Claire Keegan excelle encore une fois dans ce court récit sensible, subtil et poétique. En quelques lignes, elle a l'art maîtrisé de construire des personnages d'une grande force et des tableaux d'une belle sincérité.
Par une radieuse journée d'été, un père emmène sa fillette dans une ferme du Wexford, au fond de l'Irlande rurale. Le séjour chez les Kinsella semble devoir durer. La mère est à nouveau enceinte, et elle a fort à faire. Son mari semble plutôt désinvolte : il oublie le bagage de la gamine dans le coffre de la voiture en partant.
Au fil des jours, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier. Livrée à elle-même au milieu d'adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui l'entourent de leur bienveillance. Pour elle qui était habituée à une nombreuse fratrie, la vie prend une autre dimension. Elle savoure la beauté de la nature environnante, et s'épanouit dans l'affection de cette nouvelle famille si paisible. En apparence du moins. Certains détails l'intriguent : la manière dont Mrs Kinsella lui propose d'aller puiser de l'eau, les habits de garçon dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle...
Claire Keegan excelle à éveiller l'attention de son lecteur sur ces petites dissonances où transparaissent l'ambiguïté et le désarroi de ses personnages, si maîtres d'eux-mêmes. Et, dans cet envoûtant récit, le regard d'une enfant basculant à son insu dans le monde mystérieux des adultes donne toute sa force dramatique à la part cachée de leurs existences.
CLAIRE KEEGAN est née en 1968 en Irlande, où elle vit. Saluée comme une des voix importantes de la jeune génération des écrivains irlandais, elle est publiée dans de nombreux pays et a remporté plusieurs prix importants. L'Antarctique, son premier recueil de nouvelles, paru en mai 2010 chez Sabine Wespieser éditeur, a été très bien accueilli.
Née en 1968, Claire Keegan est une nouvelle venue de la littérature irlandaise, et déjà une grande voix.
Tôt un dimanche, après la première messe à Clone-gai, mon père, au lieu de me ramener à la maison, s'enfonce dans le Wexford en direction de la côte d'où vient la famille de ma mère. C'est une journée chaude, radieuse, avec des zones d'ombre et de brusque lumière verdâtre sur la route. On traverse le village de Shillelagh où mon père a perdu aux cartes notre génisse Shorthorn rouge et, plus loin, on longe le marché de Carnew où l'homme qui l'avait gagnée n'a pas tardé à la revendre. Mon père lance son chapeau sur le siège du passager, baisse la vitre et fume. Je secoue mes cheveux pour défaire mes tresses et m'étends sur la banquette, regardant par la lunette arrière. Ici le ciel est bleu, dégagé. Là le ciel bleu est garni de nuages crayeux, mais le plus souvent c'est un mélange enivrant de ciel et d'arbres strié de câbles électriques en travers desquels, de temps en temps, de petites volées brunâtres d'oiseaux fugaces se précipitent.
Je me demande comment elle sera, cette maison qui appartient aux Kinsella. Je vois une grande femme me surveiller, me faire boire du lait encore chaud du pis de la vache. Je vois une version plus improbable d'elle, en tablier, verser de la pâte à crêpes dans une poêle, demander si j'en voudrais une autre, comme ma mère le fait parfois quand elle est de bonne humeur. L'homme aura la même taille qu'elle. Il m'emmènera en ville sur le tracteur et m'achètera de la limonade rouge et des chips. Ou bien il me fera nettoyer les hangars et ramasser les pierres et arracher les séneçons et les patiences dans les champs. Je le vois tirer de sa poche ce qui, j'espère, sera une pièce de cinquante pence, mais en réalité c'est un mouchoir. Je me demande s'ils habitent dans une vieille ferme ou un pavillon neuf, s'ils auront des cabinets extérieurs ou une salle de bains avec des W.-C. et l'eau courante. Je m'imagine couchée dans une chambre sombre avec d'autres filles, en train de dire des choses que nous ne répéterons pas le matin venu.
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