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Auteur : William Tanner Vollmann
Date de saisie : 13/04/2011
Genre : Littérature, essais
Editeur : Tristram, Auch, France
Collection : Litterature étrangère
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-907681-88-9
GENCOD : 9782907681889
Sorti le : 17/02/2011
Durant toutes les années 1990, William T. Vollmann n'a cessé de parcourir l'Asie du Sud-Est, ses jungles, ses villages, ses capitales.
Au Cambodge, il est parti sur les traces de Pol Pot et des Khmers rouges. En Thaïlande, il a exploré les réseaux de la prostitution, allant jusqu'à enlever une enfant qui avait été vendue comme esclave sexuelle. En Birmanie, il a rencontré le chef révolutionnaire Khun Sa, connu comme étant le principal producteur d'opium du «triangle d'or». Au Japon, il a enquêté auprès des yakuzas et s'est intéressé à ces «Intouchables» qu'on appelle les Burakumin.
L'auteur de Gomorra, Roberto Saviano, écrit : «Vollmann raconte ce que sont l'Histoire et l'humanité, et sonde tous les aspects de cette dernière. Rien de ce qui est humain ne lui est étranger. Dans ses livres-reportages, il est là, enfoncé dans la réalité qu'il explore. Raconter la misère de l'homme, la toxicomanie, la prostitution, l'exploitation farouche ne signifie pas être attiré par l'abjection, ou exalter la dégradation. C'est voir son propre temps plus clairement et rechercher dans les traces du présent, tel un archéologue, les sédimentations du passé, là où l'homme demeure identique à lui-même, dans sa soif de pouvoir, de sang, de conquête.»
Le Livre des violences - sur un autre versant de la même démarche - explorait la violence dans l'Histoire. Traduite en français en 2009, cette somme a été un considérable événement éditorial et critique.
Le Roi de l'Opium et autres enquêtes en Asie du Sud-Est inaugure une série de volumes, dont les suivants seront consacrés aux enquêtes que William Vollmann a menées en Afrique et dans le monde musulman, dans l'ancienne Yougoslavie, ainsi que dans les pays d'Amérique du Nord et du Sud.
Ces textes impressionnent autant par la profondeur de leurs vues et leur puissance d'expression que par l'engagement de l'auteur. S'il a vécu les situations qu'il nous raconte (à la première personne), Vollmann donne surtout la parole aux protagonistes eux-mêmes - qu'ils soient victimes ou bourreaux. Il fait entendre leurs récits, leurs justifications. Et ce faisant apparaissent des vérités dont seule la littérature, portée à ce niveau d'humanité et d'empathie, peut rendre compte.
Certains journalistes d'investigation pratiquent leur métier en sous-marins, tels J. H. Griffin se teignant le visage pour entrer Dans la peau d'un Noir américain, ou Günter Wallraff se grimant pour partager le sort dévolu à une Tête de Turc en Allemagne. William T. Vollmann fait exactement l'inverse. Lire les enquêtes rassemblées dans son dernier livre, c'est embarquer dans un Hummer avec caméra sur le toit, lancé à toute allure dans les moiteurs de l'Asie à la recherche des Khmers rouges, du roi de l'opium, d'une prostituée non consentante à sauver... Parfois, la course ralentit le temps d'une réflexion déontologique - le véhicule s'attache à ne pas trop perturber l'environnement... Puis elle reprend, Vollmann aimant apparemment l'aventure pour elle-même. De la part d'un journaliste ayant débuté en partageant la vie des moudjahidin afghans, cela n'étonne guère. Mais le journaliste s'est depuis doublé d'un romancier, et ses enquêtes, toutes antérieures à 2001, portent déjà les qualités qui l'ont fait couronner du National Book Award pour Central Europe en 2007. Une écriture à la brutalité travaillée, pour concentrer un maximum d'histoires. Un goût pour les ténèbres, et surtout une méthode pour les percer qui lui permet de tirer des articles réussis de reportages apparemment ratés.
Capable, Vollmann, de parler avec la même précision de Thomas Hobbes et des prostituées Shan. Le roi de l'opium, chez Tristram, est le livre qu'on attendait : ses reportages en Asie. Au Japon avec les yakuzas, au Cambodge avec les derniers Khmers rouges, en Birmanie avec Khun Sa, alias Tigre indomptable. Dans la capitale qu'il s'est construite au coeur de la jungle, le seigneur du Triangle d'or, décédé en 2007, reçoit l'écrivain qui lui demande, tout à son enquête : "Quand la fin justifie-t-elle les moyens ?" Avec ça, écrit dans un style qui vous électrocute de beauté : "Dehors, la rue était gris-bleu et clôturée comme le visage d'un mort. À sept heures du matin, les filles avec de longues couettes d'un noir d'encre commencèrent d'apparaître dans la rue." Un écrivain vivant. C'est si rare, nom de Dieu.
Les livres-enquêtes de William T. Vollmann, né en 1959 à Los Angeles, sont des textes engagés d'une manière très particulière. Ils ne défendent pas une opinion mais se battent plutôt en faveur de toute opinion, montrent la difficulté à en avoir une qui ne ressorte pas seulement de sa personnalité géographique et sociale. Le Roi de l'opium et autres enquêtes en Asie du Sud-Est, qui regroupe des reportages des années 90, est dans la continuité de Pourquoi êtes-vous pauvres ? (Actes Sud, 2008, et Babel, 2010) et le Livre des violences (Tristram, 2009) : à travers ses rencontres, généralement avec des réprouvés, l'auteur met en scène des problèmes qui dépassent de beaucoup ces individus. Les grandes questions sont ici : le Cambodge de Pol Pot, la prostitution, en particulier enfantine, en Thaïlande, le trafic d'opium en Birmanie, les gangs de jeunes asiatiques (mais aussi blacks et latinos) aux Etats-Unis, la question des yakuzas et celle de la caste des burakumin au Japon.
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