Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Serge Airoldi
Date de saisie : 10/03/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Cheyne, Le Chambon-sur-Lignon, France
Collection : Grands fonds
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782841161669
GENCOD : 9782841161669
Sorti le : 18/02/2011
«Why India ?» : c'est la question que pose au narrateur des "Roses de Samode" un chauffeur de taxi.
Pourquoi l'Inde ; pourquoi tous ces voyages, dont ce livre se fait l'écho, autant d'occasions pour l'auteur de s'interroger sur la nature des liens qui l'unissent au monde, et qui révèlent, entre le présent et son pays d'enfance, de secrètes coïncidences : telles ces roses de Samode que recueille le voyageur en souvenir de celles dont sa grand-mère parsemait sa maison.
Voici un livre auquel le travail de la mémoire confère une douce mélancolie, en même temps qu'il est très fidèle aux charmes de la découverte, à l'étrangeté, à la dureté aussi, à la violence, des villes et des pays traversés.
La langue de Serge Airoldl, souple et enveloppante, sert admirablement le «devoir de reconstituer», de mettre de l'ordre dans sa vie fragmentée, tout en témoignant des joies de la rencontre et de la nouveauté.
Aussitôt, j'ai pensé aux après-midi. C'était le mercredi, parfois le samedi, ces jours où je me rendais à la ferme. J'ai pensé à toutes ces saisons, je faisais confiance à leur logique. Le printemps venait et après une période incertaine, l'été brutal suivait, celui des roches et des vipères, du soleil total. Je courais le long de la haie, les vieux rosiers grimpants s'accrochaient au grillage rouillé. Le chemin empierré conduisait de la vigne, sur le plateau, à la maison, en contrebas. De l'herbe poussait au milieu, de l'herbe que personne ne coupait jamais, elle s'organisait en un bourrelet dru, très compact, et brossait le plancher des automobiles lorsqu'elles s'aventuraient dans le passage. Depuis le plateau, je devinais tout en bas la chienne couchée sur le trottoir en ciment, à guetter l'intrus, je voyais aussi les volets, d'un rouge délavé dont la croûte se soulevait comme l'écorce morte des platanes, et les blocs de calcaire qui constituaient les angles de la demeure, je savais de quelle carrière ils avaient été extraits. Pour me donner une destination, j'y allais parfois à bicyclette, cela faisait une promenade sur la route tout usée où les cailloux affleuraient, la route longeait le ruisseau, puis les aubépines, les châtaigniers et enfin, apparaissait le panneau qui interdisait l'accès au site.
À la saison, les roses embaumaient l'air et, en courant, j'inventais le vent qui donnait du mouvement à cette merveilleuse odeur. Ma grand-mère, bien sûr, en faisait des bouquets qu'elle agençait de façon assez sommaire dans des mazagrans trouvés dans la cuisine, dans des pots à cornichons qu'elle avait pris soin de mettre de côté une fois le contenu consommé, ou bien dans ce vase que j'aimais beaucoup, ce vase venait de Prague, c'est moi qui le lui avais offert; elle installait ensuite les roses dans des endroits plutôt secrets de la maison. Dans sa chambre, près d'un missel, au milieu d'un bric-à-brac fait de papiers froissés, d'ordonnances périmées, d'épingles à cheveux, de pastilles pour soigner les maux de gorge, de deux galets ramassés près d'un torrent. Elle les tenait de sa mère qui les avait elle-même rapportés d'un pèlerinage à Lourdes en 1937.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia