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.. Manquant tomber

Couverture du livre Manquant tomber

Auteur : Alain Lévêque

Préface : Yves Bonnefoy

Date de saisie : 12/03/2011

Genre : Poésie

Editeur : Escampette, Chauvigny, France

Collection : Poésie

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 9782356080295

GENCOD : 9782356080295

Sorti le : 12/02/2011

  • Les présentations des éditeurs : 05/07/2011

Il faut prêter attention à la poésie d'Alain Lévêque. Je vois en elle des aspects de la création poétique que notre époque a décidé de négliger, voire de proscrire, privant celui qui se veut poète d'accéder au plus originel de sa vocation à écrire. (...)

Le matin de l'esprit brille clair dans ce beau livre. Et c'est vrai que le jour s'est parfois levé dans son écriture d'une façon quasiment soudaine, ce qui incite à penser qu'existe bien chez Alain Lévêque cet autre qui, s'éveillant ainsi, pourrait bien s'imposer alors aux dépens de tout autre emploi de la parole. J'ai eu la chance de voir naître les poèmes qui paraissent aujourd'hui, ce fut pendant quelques semaines un surgissement inattendu, des suites de 15 à 30 vers, rarement plus, imposant leur rythme, large, accueillant, et montrant aussi, dans le lieu d'existence lavé comme par l'averse l'est une vitre, non seulement le sophora ou la brouette d'un jardinier ou une entrée de métro - ou «la cristalline, la discrète jasione des montagnes» - mais l'air même, l'air de la neuve journée qui prend tout cela dans ses mains légères, l'une le tout, l'autre le rien. En somme, une suffisance. (...)

Un livre de poésie nous incite à une question sur la musique. Ce n'est peut-être pas là sa façon la moins courageuse d'être fidèle au voeu qui a rassemblé les poètes à travers l'histoire et, en voici la preuve, garde sens encore aujourd'hui.»

Yves Bonnefoy

Alain Lévêque, né à Paris en 1942, a travaillé une vingtaine d'année à l'UNESCO où il fut le rédacteur principal de l'édition en langue française du Courrier de l'Unesco puis l'un des acteurs de la Division des droits de l'homme et de la lutte contre la discrimination et le racisme.
Il a collaboré à plusieurs revues (Port-des-Singes, Sud, Solaire, Recueil, Légendes, l'Atelier contemporain, Écriture, Théodore Balmoral, la NRF, Europe, la Revue des Belles-Lettres, Arpa, Missives, etc.) et a publié des études et des préfaces relatives à des écrivains (Bonnefoy, Frénaud, Follain, Jourdan, Roud, Ariand, Perrier, etc.) et à des peintres (Bonnard, Palézieux, Hollan, etc.).


  • Les courts extraits de livres : 05/07/2011

ALAIN LÉVÊQUE
par
YVES BONNEFOY

Il faut prêter attention à la poésie d'Alain Lévêque. Je vois en elle des aspects de la création poétique que notre époque a décidé de négliger, voire de proscrire, privant celui qui se veut poète d'accéder au plus originel de sa vocation à écrire.

Parmi ces aspects, et en premier lieu : l'expression sans détours de sentiments que l'auteur du poème a éprouvés, d'expériences qu'il vient de faire à d'autres moments dans sa vie que son travail d'écrivain. Je sais bien que la poésie n'est pas, en son voeu le plus radical, le consentement à la personne qu'on est, ou paraît être, elle sait trop que ce «moi» est une construction de la pensée par concepts qui ne permet d'avoir prise sur ce qui est qu'en réduisant les choses et même les êtres, même les personnes, à des abstractions, de la généralité : si bien que la conscience de soi, si elle se veut lucide, doit se garder de ces schèmes et tenter de les déconstruire : «je est un autre», depuis Baudelaire, depuis Rimbaud, la poésie a appris à s'en souvenir. Son travail est d'accéder à cet autre en dissipant dans ses mots un moi qui n'est qu'une représentation, nullement l'authentique présence d'une personne à soi-même aussi bien qu'au monde.

Oui, mais peut-on croire sans se faire quelque illusion qu'il suffit de vouloir être poète pour réussir à traverser ce niveau de la parole ordinaire dont les strates enchevêtrées bien plutôt que superposées sont innombrables si ce n'est en nombre infini ? Et n'y a-t-il pas de la vérité, une vérité poétique, à prêter attention à ce que perçoit quelqu'un en nous qui sait voir le monde alentour une minute avant que l'oeil conceptuel ne le contraigne à en mettre en ordre les composantes pour aborder alors d'une façon qui ne sera plus que biaisée ou superficielle les choses qui fleurissent sur nos chemins et les êtres qu'on y rencontre ? Ce regard qui se délivre ainsi, au moins un instant, au moins un peu, de la perception analysante et généralisante pour retrouver l'immédiat, ce regard d'avant le langage, esprit du petit matin, auroral, il vit dans notre maison, il sort par notre porte, il regarde notre horizon habituel, mais il sait voir avec une fraîcheur de rosée ce que vite nous n'allons plus retrouver que drapé de stéréotypes et de formules ; et il y a donc du sens à le laisser toucher à l'épaule, en des débuts de poèmes, quelques mots endormis encore dans les replis du grand rêve. Oui, même si, vite après, ces mêmes vocables vont le trahir, le réduisant à nous-mêmes. On va perdre beaucoup, mais on aura fait quelques pas en sa compagnie à cette heure rien que lumière.
(...)


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