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Auteur : Jean Le Camus
Date de saisie : 16/03/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Robert Laffont, Paris, France
Collection : Réponses
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782221122334
GENCOD : 9782221122334
Sorti le : 10/02/2011
Dépassons les discours éculés sur la fonction symbolique du père et cette vision étriquée mais tenace de celui qui dit non à tout ! Il est temps d'entrer dans l'ère de «la paternité positive».
Répondre oui pour un père, c'est d'abord s'impliquer en tant que parent au côté de la mère et assumer le partage des responsabilités. C'est ensuite et surtout avoir le souci de l'intérêt supérieur de l'enfant et s'investir dans une position d'ouvreur, de stimulateur, de catalyseur, de donneur de rêves. Le père n'est pas celui qui met des barrières, c'est celui qui allume des feux...
À lui de s'engager le plus tôt possible auprès de son enfant dans les soins et les jeux du premier âge, les activités d'éveil, la compétition sportive simulée, l'ouverture à l'environnement et au monde des autres, la confrontation aux épreuves de la vie... C'est en occupant le terrain émotionnel et éducatif à deux, en toute conscience et dans le plaisir, que les parents permettront à leur enfant de bien grandir.
Professeur émérite de psychologie à l'université de Toulouse-II, Jean Le Camus a créé et animé l'équipe de recherche «Psychologie du jeune enfant» au sein du laboratoire Personnalisation et Changements sociaux. Spécialiste de la cause des pères, il a notamment écrit avec Michèle Laborde Le Père et l'enfant à l'épreuve de la séparation (Odile Jacob, 2009).
COLLECTION «RÉPONSES» Dirigée par Nathalie Le Breton
Extrait de l'avant-propos
Même s'il n'est pas très académique de raconter des «histoires de vie» dans les premières pages d'un essai, je commencerai cet ouvrage en rapportant deux courtes biographies. Au fil de ces itinéraires, fragments d'existence prélevés auprès de deux familles ordinaires implantées dans le sud de la France, on verra déjà en quoi peuvent se différencier des modèles de parentalité apparus à deux époques éloignées l'une de l'autre ; on verra aussi comment se construisent les normes, les attitudes et les conduites qui expriment la façon d'être père ; et enfin pourquoi tel homme, situé dans tel milieu, à tel moment de l'Histoire, met en pratique telle conception de la paternité. Place donc à Georges et à Jean-Paul.
Dans le premier cas, on a affaire à un homme qui a vécu l'expérience de la paternité à la veille, au cours et dans la suite immédiate de la Seconde Guerre mondiale. Georges est né dans un village du Lot-et-Garonne en 1907 au sein d'une famille bourgeoise plutôt aisée, attachée aux valeurs ancestrales de l'honneur, de la fidélité, du respect de l'ordre et très attentive aux bonnes manières. Entraîné à l'observance des convictions et des pratiques catholiques de tradition, élevé dans un établissement privé où régnait une discipline intransigeante, Georges devenu père ne pouvait pas ne pas inscrire sa progéniture, un seul fils en fait, Guy (né en 1936), dans la perspective du devoir à accomplir. En harmonie avec son épouse, Irène, il aurait voulu avoir un enfant exemplaire et qui vivrait en adéquation avec l'idéal chrétien auquel il adhérait avec ferveur (idéal auquel Guy s'est temporairement conformé, avant de basculer, bien plus tard, dans l'agnosticisme). En politique, Georges se disait «modéré» mais il votait à droite et avait une réputation justifiée de conservateur. Sa profession d'agriculteur ne correspondait pas à son niveau d'instruction (il avait obtenu le bachot ès lettres en 1925 !) mais apparemment il ne souffrait pas de ce décalage. Comme le faisaient presque tous les pères des années 1930-1940, il confia à Irène, sans profession, le soin de s'occuper des premières années de la vie de Guy. Celui-ci vécut dans un cadre domestique chaleureux et enveloppant (pas de crèche, ni d'école maternelle), avant de fréquenter l'école élémentaire publique puis les classes de l'enseignement secondaire en pensionnat privé. Dans le ménage, c'était à Georges et à lui seul que revenait la charge de l'autorité : son fils devait obéir et il lui demandait en priorité d'être «sage», c'est-à-dire poli, gentil et discipliné. Georges traitait son fils avec bonté et équité mais aussi avec une grande rigueur (la gifle n'était pas prohibée). On peut dire également que le père et le fils s'aimaient sans réserve. Georges voulait que Guy réussisse sa vie en mettant en oeuvre le projet qu'il avait élaboré à sa place.
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