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.. Arrêtez-moi là !

Couverture du livre Arrêtez-moi là !

Auteur : Iain Levison

Traducteur : Fanchita Gonzalez-Batlle

Date de saisie : 01/12/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Liana Levi, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 9782867465659

GENCOD : 9782867465659

Sorti le : 03/03/2011

Comme presque tous les soirs, Jeffrey Sutton, chauffeur de taxi, attend une course qui pourrait lui rapporter. Mais ce soir-là il ne récolte qu'une mère de famille tête en l'air qu'il doit suivre jusqu'à l'intérieur de son domicile pour avoir son règlement. Après une nuit courte il est réveillé par des agents de police qui l'accusent de l'enlèvement d'une petite fille. C'est le début d'une lente descente aux enfers...
Iain Levison dresse ici un portrait au vitriol des systèmes pénal et judiciaire aux États-Unis. Un roman qui fait froid dans le dos !


A trente six ans, Jeff est chauffeur de taxi «inerte et indifférent, lessive le mercredi, une distraction quelconque le jeudi, et retour à l'engourdissement le vendredi.» En général, il ne va pas charger de clients à l'aéroport, mais aujourd'hui il se sent en veine et y va. Bingo, une belle course jusqu'aux beaux quartiers. En fin de course, la dame n'a pas assez pour le payer et lui propose d'entrer chez elle pour aller chercher le complément. Jeff accepte, en profite pour aller aux toilettes, et examine les belles menuiseries des fenêtres pour savoir si c'est toujours la même entreprise qui les fabrique (il y a travaillé dix ans)... Puis il part en sifflotant (un beau pourboire). En fin de journée, il tombe sur deux étudiantes qui font du stop. Le quartier n'est pas très sur, il s'arrête pour leur dire, elles sont complètement saoules, au mépris du règlement (il est formellement interdit de charger des gens qui ne paient pas), il se propose de les déposer à la cité universitaire un peu plus loin. Mal lui en prend à l'arrivée une vomit et macule l'arrière du taxi... Nettoyage complet de la voiture avant de la rendre, retour à la maison et dodo. Le lendemain, les flics débarquent : la gamine de sa cliente des beaux quartiers a été enlevée, on a retrouvé ses empreintes sur les fenêtres, c'est le principal suspect. Jeff explique le pourquoi des empreintes et pense avoir un bon alibi : à l'heure présumée de l'enlèvement, il transportait deux étudiantes bourrées... Mais comme c'est interdit par le règlement, ça n'apparaît pas sur le journal de bord, il ne se souvient pas des filles, et les flics, sur de tenir le coupable, ne veulent pas en entendre parler, trop rocambolesque. Les ennuis vont le frapper de plein fouet.
«Ces types pensent vraiment que j'ai fait ça. Pour eux, ce n'est pas le début de l'enquête, c'est la fin.» Une fois de plus, en changeant de registre, Iain Levison surprend, plus qu'allègrement son lecteur. Tout commence par deux malheureux faits anodins qui dans la paranoïa sécuritaire post 11 septembre prennent une dimension tragique. Et pour comprendre l'attitude de la police qui «juge» Jeff, appréciez cette phrase : «Quel monde merveilleux ce serait si seulement les ignorants étaient un peu moins sur d'eux.» Mais le livre n'est pas qu'une banale affaire policière, on y trouve aussi une très belle analyse de l'enfermement. Levison, ne sera pas sans parler, très rapidement, de petits boulots, mais le livre, profondément marquant, n'est pas une partie de rigolade, plutôt une plongée en solitaire avec cet homme broyé, qui se retrouve loin de tous et dépossédé de tout. Encore une fois, c'est un très grand livre.


  • Les présentations des éditeurs : 07/04/2011

Charger un passager à l'aéroport, quoi de plus juteux pour un chauffeur de taxi ? Une bonne course vous assure une soirée tranquille. Ce soir-là, pourtant, c'est le début des emmerdes... Tout d'abord la cliente n'a pas assez d'argent sur elle et, pour être réglé, il vous faut entrer dans sa maison pourvue d'amples fenêtres (ne touchez jamais aux fenêtres des gens !). Plus tard, deux jeunes femmes passablement éméchées font du stop. Seulement, une fois dépannées, l'une d'elles déverse sur la banquette son trop-plein d'alcool. La corvée de nettoyage s'avère nécessaire (ne nettoyez jamais votre taxi à la vapeur après avoir touché les fenêtres d'une inconnue !). Après tous ces faux pas, comment s'étonner que deux policiers se pointent en vous demandant des comptes ? Un dernier conseil : ne sous-estimez jamais la capacité de la police à se fourvoyer !
Dans ce roman magistral, Levison dissèque de manière impitoyable les dérives de la société américaine et de son système judiciaire.

Iain Levison, né en Écosse en 1963, arrive aux États-Unis en 1971. À la fin de son parcours universitaire, il exerce pendant dix ans différents petits boulots, de conducteur de camions à peintre en bâtiments, de déménageur à pêcheur en Alaska ! Tous ces jobs inspireront son premier livre, Tribulations d'un précaire. Le succès arrivera de France avec Un petit boulot et les romans qui suivront.



  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 4 mai 2011

Il y a une sorte d'ironie blanche qui court tout au long de ce roman, le tend et lui donne sa force tout en violence retenue. Le regard tranchant et le verbe à distance, le constat est froid, brûlant d'une rage sourde...
Avec son efficacité habituelle, son style au carré, son humour vinaigré, l'auteur d'Un petit boulot parvient à faire de cette impitoyable dénonciation un roman réjouissant par sa force vitale et sa capacité d'indignation.


  • La revue de presse Julien Bisson - Lire, avril 2011

Iain Levison suit la descente aux enfers d'un chauffeur de taxi, injustement placé dans le couloir de la mort. Une critique au vitriol des dérives de l'Amérique contemporaine...
Si la structure du roman évoque L'homme de Kiev de Bernard Malamud, son héros renvoie, lui, plus volontiers au Joseph K. du Procès de Kafka. Sauf qu'à l'absurdité bureaucratique s'est substituée la folie médiatique. Rien ne doit arrêter la machine à spectacle, pas même la présomption d'innocence. Au fil du calvaire de son chauffeur de taxi, Iain Levison dézingue ainsi à tout-va le système judiciaire américain, ses méthodes expéditives, ses jugements à l'emporte-pièce...
Moins brosse à reluire que papier de verre, cet admirateur des frères Coen verse plutôt du côté de l'humour noir, de la satire au vitriol. Le cinéma ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui prépare l'adaptation de son caustique Une canaille et demie. Une transposition à l'écran de Trois hommes, deux chiens et une langouste serait également dans les cartons. Et quelque chose nous dit qu'on ne devrait pas s'arrêter là...


  • Les courts extraits de livres : 21/03/2011

Ce mardi-là je vais à l'aéroport en fin d'après-midi. Juste après six heures, quand ceux qui voyagent pour affaires ont l'habitude de rentrer. Il y a d'ordinaire une longue file de taxis à la station, tous les chauffeurs le savent, et s'il y a plus de taxis que de clients, vous pouvez attendre là pendant des heures pour rien. C'est pour ça qu'en général je laisse tomber l'aéroport et la gare, et que je ne vais plus à la gare routière depuis des années (si ces gens-là avaient de l'argent pour un taxi ils n'auraient pas pris le car), mais ce soir je me sens en veine.
Et j'en ai. La circulation est fluide, et il n'y a que deux taxis devant moi à la station. L'un des chauffeurs est Charlie White, qui a probablement passé tout l'après-midi là, rien que pour pouvoir être le premier aux arrivées. Charlie conduit depuis trente ans, et sa philosophie est qu'une grosse course vaut mieux qu'une douzaine de petites. Dans les années quatre-vingt il a fait une course de l'aéroport Fort Worth de Dallas jusqu'à Waco, plusieurs centaines de dollars plus le pourboire assorti. Depuis, il traîne à l'aéroport.
Un plein avion de cadres supérieurs sort par les portes automatiques, chacun traînant sa mallette à roulettes. Je réfléchis à l'évolution des styles de bagages quand j'entends ma portière s'ouvrir. Je me retourne et vois une jolie blonde en tailleur marron clair. Je hume un parfum de luxe.
Elle me demande : «Vous connaissez Westboro ?
- Ouais, je connais.» Je sais que c'est à une demi-heure au moins. Ça devrait faire dans les soixante dollars. Je vois Charlie démarrer et je me demande si sa longue attente lui a procuré une aussi bonne course. La plupart des voyageurs ne vont que jusqu'à un hôtel du centre.
Elle jette sa mallette sur le siège, monte, et me donne l'adresse. Puis, comme tout le monde, elle sort son portable.


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