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Auteur : Paul Harding
Traducteur : Pierre Demarty
Date de saisie : 25/04/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France
Collection : Lot49
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782749119953
GENCOD : 9782749119953
Sorti le : 21/04/2011
Sur un lit, au coeur de la maison familiale, George Crosby, horloger de métier, vit ses dernières heures entouré de ses proches. Son agonie appelle le souvenir, et le souvenir, la vie.
Avant toute chose il convient de dire que, bien qu'ayant pour toile de fond la mort d'un homme, Les foudroyés est un récit gorgé de vie, portant au fil des pages le souffle sec, fort, lumineux du vivant.
La surprise qui attend le lecteur est d'abord celle de la structure, le roman étant construit à partir des souvenirs de George, c'est à dire sous la forme d'un kaléidoscope qui aurait capturé les moments forts de la vie du narrateur. Le jeu de miroir entre le souvenir et la situation actuelle est tout d'abord ténu, renvoyant régulièrement le lecteur au présent - la vie finissante de George - jusqu'à de plus en plus l'en éloigner à mesure que la vie du personnage décline. La plongée dans le passé, de plus en plus profonde temporellement, se traduit alors par une structure narrative parallèlement plus logique (le souvenir n'est plus sporadique, il s'inscrit dans une globalité cohérente), aux thématiques également plus fortes (la relation psychologique au père, etc.). De même, le rapport au temps, abordé dans de courts paragraphes techniques tirés d'un traité d'horlogerie du XVIIIème siècle, devient de moins en moins signifiant. Paul Harding construit son roman comme se dessine une vie d'Homme.
D'autre part, si l'oeuvre porte la vie dans ce qu'elle a de beauté éphémère, c'est aussi et surtout grâce à l'évocation sans cesse renouvelée de la nature (l'eau et le vent en premier lieu), qui semble sous-tendre les rapports humains évoqués dans les souvenirs - ceux de George et son père, Howard, et ceux d'Howard et de son propre père. Foudroyer, au premier sens, ne signifie-t-il pas frapper par la foudre ?
Usant de formes dialoguées originales, laissant place à la contemplation, ou encore creusant le sillon de la pensée psychanalytique, l'écriture de l'auteur américain prend des dimensions variables, à l'image de l'histoire abordée. Elle tente, elle aussi, de se faire passeuse de vie.
Paul Harding, avec ce premier roman, dénude la mort de ses oripeaux occidentaux trop lourds de sens, et prouve par là qu'elle n'est rien comparée à sa compagne la vie. Rien d'autre qu'une fin.
Un texte merveilleux, du début à la fin !
Entouré de ses proches, George se meurt. Et il se souvient du passé, de ses horloges adorées, de son père...
Son père, Howard, qui exerçait un curieux métier et que l'on va suivre également dans ce récit fragmenté.
C'est beau, original... ce que n'ont pas manqué de noter les membres du jury qui ont attribué la fameux Prix Pulitzer 2010 à Paul Harding !
George, un ancien horloger, agonise parmi les siens, et tandis que s'égrènent ses dernières heures et que le monde lui échappe, les souvenirs affluent, de plus en plus vibrants, telles des pièces d'orfèvrerie menacées par le temps. Un père toujours en vadrouille, hanté par la foudre et l'épilepsie, des objets chargés de sens et d'émotion, des instants de pure nature, des éclats qu'il convient de polir une dernière fois...
Par la magie de son écriture aussi minutieuse qu'éblouissante, Paul Harding plonge le lecteur dans le miroir brisé d'un personnage inoubliable, nous offrant l'histoire d'une vie faite d'apparitions et de disparitions, de saisons et de silences, une ode à l'éphémère d'une rare intensité.
Paul Harding a 42 ans. Les Foudroyés est son premier roman. Publié aux États-Unis à 3 500 exemplaires par une petite maison d'édition, il a reçu le prix Pulitzer 2010.
«Les Foudroyés est un roman magnifique, mais il est plus encore. C'est un véritable manuel d'instruction pour apprendre à regarder le monde. Harding démontre à quelles immensités peut atteindre le roman, et avec quelle économie de moyens. Lisez ce livre et laissez-vous émerveiller.»
Elizabeth McCracken
Ce récit fragmenté est un grand roman familial et mélancolique, une méditation éblouissante sur le temps qui passe et les hommes «foudroyés» par les surprises de l'existence et la beauté de la nature.
Le lecteur, embringué dans ce roman, tel Charlie Chaplin happé par la machinerie des Temps modernes, ressent - ô trop rare bonheur de lecture ! - des impressions immémoriales, qui jaillissent avec une simplicité neuve. La vie ne défile pas comme un film. Voici un rouage hallucinatoire...
En notre époque prosaïque où tant d'êtres meurent dans l'inaccomplissement, Les Foudroyés offre le secours de la littérature. L'auteur fait montre d'une foi primordiale et instinctive en les mots, les images, les impressions, les souvenirs recomposés.
Singulière destinée que celle du premier roman de Paul Harding, d'abord rejeté partout et relégué au fond d'un tiroir avant d'être édité trois ans plus tard à quelques centaines d'exemplaires, repéré grâce au bouche-à-oreille et finalement récompensé contre toute attente par le prestigieux prix Pulitzer...
Si ce roman a des airs d'élégie, c'est qu'il sonne le glas et s'enivre tout à la fois de cette Amérique originelle dont s'émerveillaient Emerson ou Thoreau. Une Amérique de nature et de spiritualité - celle-là même que ressuscitent avec tant de grâce les romans de Marilynne Robinson, dont Paul Harding a suivi les ateliers d'écriture à l'université de l'Iowa.
Comment fonctionne le cerveau d'un agonisant ? Quelles sensations enregistre-t-il ? Quelles pensées le traversent ? Voilà en somme les questions qui hantent Paul Harding tout au long de ces pages...
Pour éviter tout risque d'abstraction ou d'immobilisme, l'auteur a veillé à ce que le livre reste "incarné". Autour du mourant, tout vit - la nature, les paysages, les saisons. Tout est physique et palpable. Tout renvoie au "monde d'avant", un monde de consolation et de répit, loin de la frénésie moderne - ce qui sans doute n'a pas peu contribué au succès du livre. Les contes de fées ne disent pas tout. Que se passe-t-il après ? Après le coup de baguette magique ? Quand le Pulitzer l'a surpris, Paul Harding était en train d'écrire son deuxième roman. "Une chance, se répète-t-il tous les jours aujourd'hui.
Scandées par l'obsédant mécanisme des horloges remontées et démontées, des images fulgurantes de précision et emplies d'inanité assiègent George, cloué au lit. Le temps est le personnage principal de ce roman. Le temps qui passe, s'égouttant à travers les corps et les mots. Le temps des horloges, aussi. (Lecteurs, vous n'ignorerez plus rien de la technique du mécanisme de l'échappement dans une pendule : "Le terme de la machine, l'endroit où l'énergie se répand, se libère, bat le temps.") C'est peut-être une bonne définition de l'art du roman : réparer les rouages et les engrenages de l'âme.
L'éblouissement surgit à tout instant, au détour d'une page, d'un bout à l'autre de ce roman grave et étincelant, à l'écriture et à l'architecture extrêmement contemporaines (fragmentation du récit, flash-back, descriptions hyperréalistes tendant à un effet d'abstraction), mais où affleure l'héritage de la grande tradition littéraire et philosophique de la Nouvelle-Angleterre du XIXe siècle (Thoreau, donc, mais aussi Whitman, Emerson ou Hawthorne).
George Washington Crosby se mit à avoir des hallucinations huit jours avant de mourir. Du lit médicalisé de location installé au centre de son salon, il vit des insectes entrer et sortir à toute vitesse par des fissures imaginaires dans le plâtre du plafond. Les carreaux des fenêtres, jadis découpés et polis à la perfection, se décrochaient dans leurs châssis. A la moindre bourrasque, ils basculeraient et iraient se fracasser sur la tête des membres de sa famille assis sur le canapé, la causeuse et les chaises de cuisine que sa femme avait apportées pour que tous puissent prendre place. Le déluge de vitres explosées les chasserait de la pièce, ses petits-enfants venus du Kansas, d'Atlanta, de Seattle, sa soeur venue de Floride, et il se retrouverait naufragé sur son propre lit, englouti dans une tranchée d'éclats de verre. Le pollen et les passereaux, la pluie et les écureuils intrépides qu'il avait passé la moitié de sa vie à tenir éloignés des mangeoires pour oiseaux entreraient en trombe dans la maison.
Il avait construit la maison de ses propres mains - coulé les fondations, hissé la charpente, raccordé la tuyauterie, installé les circuits électriques, plâtré les murs et peint les pièces. Un jour, il fut frappé par la foudre alors qu'il était dans les fondations encore ouvertes en train de souder le dernier joint du réservoir d'eau chaude. Il fut projeté sur le mur opposé. Il se releva et termina sa soudure. Les fissures dans son plâtre ne demeuraient pas fissures ; les tuyaux bouchés étaient drainés ; le bois qui s'écaillait était décapé et verni d'une couche de peinture neuve.
Allez chercher du plâtre, dit-il, à demi relevé dans le lit, qui avait une allure étrange et cérémonieuse parmi les tapis persans, les meubles coloniaux et les dizaines d'horloges anciennes. Allez chercher du plâtre. Bon Dieu, un peu de plâtre, une poignée de câbles et deux ou trois crochets. Vous en auriez pour cinq billets à tout casser.
Oui, papy, dirent-ils.
Oui, papa. Un courant d'air se glissa par la fenêtre derrière lui et fit le vide dans les têtes épuisées. Dehors, des boules de pétanque s'entrechoquaient sur la pelouse.
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