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Auteur : Peter Sloterdijk
Traducteur : Olivier Mannoni
Date de saisie : 15/06/2011
Genre : Philosophie
Editeur : Libella-Maren Sell, Paris, France
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-35580-024-5
GENCOD : 9782355800245
Sorti le : 17/02/2011
Tu dois changer ta vie !»Tels sont les mots énigmatiques qu'écrit Rainer Maria Rilke à la fin d'un poème consacré à un torse antique du Louvre. Quitter l'horizontalité du système actuel, affronter de nouveau la verticalité, tenter de nous grandir par l'exercice, construire pour l'homme et pour la terre un bouclier immunologique qui lui permettra d'échapper à la fatalité. La crise est devenue cette instance, autrefois représentée par Dieu, qui nous impose un impératif absolu : «cela ne peut pas continuer ainsi» - ce serait en effet la fin de notre idée de l'homme et la destruction progressive de la terre qui nous nourrit. Un changement radical s'impose donc, qui doit trouver sa source dans un engagement pratique et responsable dont le résultat dépend de l'intensité de la volonté et de l'effort fourni. Tels sont les objectifs que Peter Sloterdijk fixe à la pratique rigoureuse d'un exercice permettant à l'homme de se former et de s'élever lui-même. Un parcours passionnant à travers l'histoire des idées et des hommes et une porte philosophique ouverte sur le futur.
Peter Sloterdijk est considéré comme l'une des grandes figures de la philosophie contemporaine. Il est notamment l'auteur de Sphères I - Bulles (Pauvert, 2002), Ni le soleil, ni la mort (Pauvert, 2002) et, chez Libella-Maren Sell Éditions, de Sphères III - Écumes (2005), Le Palais de cristal (2006), Derrida, un Égyptien (2006), Colère et Temps (2007), Sphères II -Globes (2010).
Professeur à l'université de Karlsruhe, l'Allemand Peter Sloterdijk est l'une des figures les plus éminentes de la philosophie contemporaine...
Nombreux sont les thèmes sur lesquels la pensée de Sloterdijk apporte de nouvelles lumières : la technique, le défi écologique, la bioéthique, la mondialisation économique, mais ces éclats s'inscrivent dans une pensée plus vaste, attentive à la façon dont l'humanité se vit, se pense et se pratique. La trilogie Sphères en témoigne. Cette vaste fresque, de plus de 2 000 pages, présente l'aventure de l'humanité à partir d'une histoire des formes, allant de la sphère à l'écume...
La pensée écumante nous rend la jouissance de l'imprescrit.» Parmi les multiples séductions que cette pensée exerce, il faut mentionner son écriture qui «utilise l'image pour traduire le concept et l'amener vers la vie», souligne Olivier Mannoni. Ce langage, moins normatif que créatif, croit à la force de la narration, presque du romanesque, dans l'écriture philosophique. C'est aussi un langage jubilatoire, comme chez Nietzsche. «Sloterdijk aime les mots, comme un acrobate. Ils sont ses balles, ses quilles, ses cordes», note son traducteur
Extrait de l'introduction
À propos du tournant anthropotechnique
Un spectre hante le monde occidental - le spectre de la religion. On nous garantit, par monts et par vaux, qu'après une longue absence elle serait revenue parmi les hommes du monde moderne et que l'on ferait bien de prendre en compte sa nouvelle présence. Contrairement au spectre du communisme qui, en janvier 1848, lorsque parut son Manifeste, n'était pas un revenant mais une nouvelle menace, le fantôme actuel est pleinement conforme à sa nature de revenant. Qu'il console ou qu'il menace, qu'on le salue comme un bon esprit ou qu'on le redoute comme une ombre irrationnelle de l'humanité, son apparition, et même déjà sa simple annonce, impose le respect partout à la ronde - pour autant que l'on fait abstraction de l'offensive estivale lancée par les athées en 2007, et que nous devons à deux des pamphlets les plus superficiels de l'histoire récente de l'esprit : ceux de Christophe Hitchens et de Richard Dawkins. Les puissances de la vieille Europe se sont alliées pour célébrer en grande pompe une fête de bienvenue où se retrouvent toutes sortes d'invités dissemblables : le pape et les érudits islamiques, les présidents américains et les nouveaux maîtres du Kremlin, tous les Metternich et tous les Guizot de notre temps, les curateurs français et les sociologues allemands.
Dans cette tentative de réinstallation de la religion dans ses droits jadis garantis entre en vigueur un protocole exigeant des nouveaux convertis, et de ceux qui ont été tout récemment touchés par la fascination, la confession de leurs ignorances antérieures. Comme aux temps du premier Mérovingien, qui se convertit à la Croix après une victoire militaire, les enfants des Lumières banalisées doivent aussi, de nos jours, brûler ce qu'ils ont adoré et adorer ce qu'ils ont brûlé. Au cours de cette conversion, des intuitions liturgiques englouties se mettent en scène. Des novices de la «société» postséculaire, elles exigent une prise de distance publique à l'égard des principes de critique de la religion mis en oeuvre pendant les siècles des Lumières. Pour ceux-ci, atteindre l'autodétermination humaine avait un prix : les mortels devaient demander à récupérer les forces qu'ils avaient dilapidées en direction du monde supérieur et les utiliser pour optimiser les conditions de vie terrestre. Il fallait retrancher de «Dieu» d'importantes quantités d'énergie afin d'arriver en forme pour le monde des hommes. Cette transmission d'énergie fondait l'élan de l'époque qui s'était vouée au grand mot singulier de «progrès». L'agressivité humaniste alla jusqu'à proclamer que l'espérance était un principe. Les provisions de bouche des désespérés devaient devenir le primum mobile des temps meilleurs. Quand on professait cette première cause originelle, on choisissait la terre comme pays d'immigration afin de s'y réaliser, là et seulement là. Il s'agissait désormais de couper les ponts avec les sphères de là-haut et d'investir dans l'existence profane toutes les forces libérées. Si Dieu existait, il serait à l'époque devenu la figure la plus solitaire de l'univers. L'émigration de l'au-delà prenait les traits d'une fuite massive - à côté de cela, la situation démographique rétive actuelle de l'Europe de l'Est ressemble à de la surpopulation. Que les grandes masses, qui ne s'étaient pas laissé égarer par les idéologies de l'immanence, se soient permis, même aux jours des Lumières triomphantes, des excursions secrètes au-delà de la frontière, est une autre paire de manches.
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