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Comment transformer une paix «politique», signée par des élites, en une véritable réconciliation sociale ? Deux communautés ennemies peuvent-elles apprendre, après des décennies de violence, à gérer pacifiquement les conflits ? Comment accepter de troquer certains idéaux contre des compromis plus modérés ? Comment ne pas avoir le sentiment d'être perdant ? Plus généralement, quelle est la possibilité réelle de faire vivre ensemble des groupes aux identités culturelles et religieuses différentes ?
Le cas de l'Irlande du Nord est emblématique. Les accords de paix de 1998 ont souvent été présentés comme un modèle susceptible d'être appliqué à d'autres conflits, du Pays basque au Moyen-Orient. Mais l'accord politique ne résout pas à lui seul un conflit. Abandonner la violence exige aussi de «démilitariser» les esprits. Élise Féron éclaire ici les mécanismes sociaux et imaginaires qui accompagnent le retour à la paix et ceux qui risquent de perpétuer le conflit, de faire ressurgir la violence.
Élise Féron, docteure en science politique, est professeure en analyse des conflits internationaux à la Brussels School of International Studies et chercheuse au Centre de recherche et d'analyse des conflits (Université du Kent).
La revue de presse Nicolas Weill - Le Monde du 10 mars 2011
La décennie 1990 a été riche en tentatives volontaristes qui cherchaient à pacifier "par le haut" des conflits considérés comme interminables. On sait ce qui est advenu du processus d'Oslo entre Israéliens et Palestiniens. En apparence, l'apaisement recherché depuis les accords du Vendredi saint de 1998 dans une Irlande du Nord déchirée depuis 1969 par l'un des affrontements les plus meurtriers en Europe depuis la seconde guerre mondiale (3 600 morts, au moins 40 000 blessés pour une population d'un peu moins de 1,7 million d'habitants) semble avoir eu un meilleur destin. Mais, comme le montre Elise Féron, politologue spécialiste de l'analyse des conflits internationaux de l'université du Kent (Royaume-Uni), ce n'est peut-être qu'une apparence...
Bref, si la paix règne comme elle n'a jamais régné depuis des décennies, c'est une paix incertaine, bougonne et frustrante. Celle du compromis, en somme, et non de la victoire. N'est-ce pas sur ce point qu'elle se révèle réaliste et exemplaire ?