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Auteur : Marc Le Gros
Date de saisie : 27/03/2011
Genre : Poésie
Editeur : Escampette, Chauvigny, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782356080301
GENCOD : 9782356080301
Sorti le : 13/03/2011
Voici la troisième séquence du triptyque commencé avec Éloge de la palourde et poursuivi avec Marée basse. Mélange d'exercice de gourmandise et d'érudition joyeuse, ce livre est à proprement parler un régal pour les sens et pour l'esprit. Il est, de surcroît et comme en passant, un défi lancé à tout ce qui contribue à l'aplatissement de la langue et à l'uniformisation du goût. Un vrai acte de résistance...
Avec Marc Le Gros, parcourons les grèves à marée basse et cédons à l'émerveillement de la découverte.
L'ANATIFE
Le 28 août dernier, le petit port de Térénez en Plougasnou fut le théâtre d'un événement peu banal. Alors qu'il croisait avec sa puissante vedette près des Duon, à quelques milles de la côte, mon ami Jean-Pierre Rousset aperçut, roulant nonchalamment entre deux eaux, un bois d'épave qui brillait étrangement parmi les vagues. Les bois flottés d'ordinaire sont sombres. Celui-ci, qui mesurait bien trois mètres de longueur, était couvert de milliers de minuscules plaquettes blanches qui clignotaient comme autant de miroirs dans le soleil du matin Les navigateurs solitaires craignent au moins autant, la nuit surtout, ces objets navigants mal identifiés que la rencontre intempestive avec les grands mammifères marins dont on dit qu'ils remontent volontiers à la surface des eaux pour y dormir ou, prétendent certains, pour y rêver. Bonjour la coque !
Raison pour laquelle, solidement amarré, notre étrange colis qui de loin ressemblait à une holothurie des abysses, un véritable monstre, fut ramené à la côte et abandonné près de la Petite Cale où il nageotait, à demi échoué, à quelques mètres des enrochements du tombolo.
Très vite des badauds s'approchèrent. On vit même certains s'enhardir jusqu'à toucher cette énigme vivante, grouillante, et, avouons-le, passablement répugnante. Un touriste évoqua, péremptoire comme le sont toujours les Parisiens, les «Parisiens têtes de chiens» comme les appelaient sans vergogne les enfants des côtes, une variété peu commune de moules alors qu'un quarteron de locaux à la retraite confessaient leur ignorance.
Seul Gilles Le Noan, dernier crevettier du port et héritier de surcroît d'une des dynasties parmi les plus prestigieuses de la baie de Morlaix, identifia cet anatife qu'on connaît encore sous l'appellation de macreuse ou de bernache en raison d'une très curieuse légende, au demeurant bien connue, qui prit naissance dès le haut Moyen Âge et s'attacha longtemps à l'animal. Rappelons que «anas, anatis», en latin, est un nom féminin qui signifie «canard».
Le pouce-pied blanc comme on le nomme encore, est la seule espèce que ce professionnel qui compte un nombre non négligeable d'années de métier et connaît la côte comme sa poche, ait jamais rencontrée. Pour le «rouge» au sujet duquel je le questionnais et dont je reparlerai comme on se doute, il m'affirma n'en avoir jamais vu et ne le connaître que «de réputation». Mais quelle réputation !
On ne peut pas dire pourtant que le lepas anatifera qui nous occupe à présent pullule vraiment, ce qu'il n'y a pas lieu d'ailleurs de déplorer outre mesure puisque, non comestible, il ne fait l'objet d'aucune pêche et n'excite aucune convoitise En effet, il ne secrète pas la moindre perle et à ma connaissance, personne n'a encore conçu de le monter en pendentif, comme l'hippocampe. A vrai dire, on ne le rencontre qu'en pleine mer où il dérive ainsi, fixé sur toutes sortes de corps flottants, plastique ou polystyrène, madrier d etrave ou quille de navire.
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