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Dès que je passe la porte de notre appartement, je me transforme. Sans plus aucune coquetterie, je retire mes escarpins, je jette mes vêtements dans la panière à linge sale. Je m'attache les cheveux sur le sommet du crâne, remonte mes manches, et c'est parti pour le rodéo de l'ordre et de la propreté. Une chorégraphie d'un genre peu sexy, à laquelle je ne renonce que tombante de sommeil.
Pauvre Adrien : il vit avec une mégère. L'image n'est pas folichonne.
C'est au bureau qu'ils vivent avec moi. Bien habillée, maquillée, coiffée.
Pourquoi je me transforme ?
Pourquoi je n'arrive pas à suivre le mode de vie d'Adrien ?
Pourquoi ça ne tourne pas plus... plus... plus carré ?
La revue de presse Didier Jacob - Le Nouvel Observateur du 7 avril 2011
Après «Gamines», Sylvie Testud s'impose donc, avec une énergie communicative, un parfait sens du détail vrai, une intelligence des situations comiques, comme la digne petite-fille de Françoise Sagan dont on se souvient qu'elle la ressuscita à l'écran, au mégot près. Seule différence : ce mélange de désillusion et de férocité qui avaient fait le succès de l'auteur de «Bonjour tristesse». Sylvie Testud affiche, elle, un humour de tous les instants, et si, à la fin, sa Sybille finit seule, heureuse et pourtant inquiète, apaisée mais terrorisée à l'idée de vieillir, on ne sent aucune noirceur dans ce style de jeune chien fou qui aime la vie comme la vie l'aime.
Les courts extraits de livres : 17/06/2011
Au premier coup sur le tambourin, il fallait commencer à tourner autour des vingt-deux chaises disposées en cercle dans la classe.
- Il manque une chaise.
- Oui, Sibylle.
La maîtresse m'adressait un sourire compatissant.
- Je vais en chercher une dans la classe à côté ?
- Non. C'est exprès, Sibylle. Je n'étais pas une lumière.
- Pourquoi il n'y a que vingt-deux chaises ? On est vingt-trois !
- C'est le jeu, Sibylle.
- Le jeu, c'est que, y en a un, il ne pourra pas s'asseoir ?
A-t-on jamais enlevé une fourchette à l'un des invités au dîner ? Présente-t-on trois verres d'eau à quatre assoiffés ?
La maîtresse avait détourné la tête pour s'adresser aux autres élèves.
- Je vais jouer du tambourin.
Elle tenait l'instrument en l'air pour que tout le monde voie.
- Lorsque le silence se fera, vous chercherez à vous asseoir. Sans bousculade !
Elle avait insisté sur le terme.
L'enfant resté debout serait éliminé. Elle allait retirer une chaise à chaque tour. À la fin, il n'y en aurait qu'une pour deux.
- Celui qui gagne, c'est le plus malpoli ?
- Garde tes réflexions pour toi. Fallait-il avoir les nerfs solides !
- J'ai pas envie de jouer !
Bérénice avait compris. Tout le monde allait la pousser, lui écraser les pieds pour un siège.
- Moi non plus.
Éloise regardait les places à s'arracher avec terreur.
La patiente maîtresse prenait sur elle, on pouvait voir à son soupir d'épuisement.
- Ce jeu s'appelle les chaises musicales. C'est amusant elle disait, sans rigoler.
Je ne comprenais toujours pas. Des chaises, il y en avait plein l'école. J'allais bientôt refuser de jouer, moi aussi. J'aime pas bouffer avec les doigts, j'aime pas rester debout quand tout le monde est assis.